Des mutuelles et Générations futures interpellent les partis pour une réelle protection de la santé.

Pesticides et amiante : «  La santé n’est pas négociable  » 

Dans un contexte politique incertain, des mutuelles et Générations futures interpellent les partis pour une réelle protection de la santé. Précisions de Martin Rieussec-Fournier, administrateur de la Mutuelle familiale. 

Interview  |  Risques  |  01.07.2024  |  D. Laperche

https://www.actu-environnement.com/ae/news/pesticides-amiantes-mutuelles-sante-appel-tour-europe-44350.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzU2Ng%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

 Pesticides et amiante : «  La santé n'est pas négociable  »

Martin Rieussec-Fournier
Administrateur de la Mutuelle familiale

Actu-Environnement : Des mutuelles de santé ainsi que Générations futures ont interpellé des représentants politiques aux échelons national et européen pour que la protection de la santé par rapport à l’exposition aux pesticides ou l’amiante soit prise en compte. Un rendez-vous était fixé à Matignon, fin juin, mais il a été annulé dans le contexte de la dissolution de l’Assemblée nationale. Quelles suites envisagez-vous ?

Martin Rieussec-Fournier : Les équipes de Gabriel Attal nous ont indiqué qu’elles ne pouvaient pas fixer de nouveau rendez-vous… Tout dépendait de ce qu’il allait se passer pour la future Assemblée nationale ou le futur gouvernement. Ce qui est sûr, c’est que les mutuelles signataires (1) , quelle que soit la couleur politique du gouvernement, continueront à porter les demandes.

Sur le plan européen, le 5 juin dernier, nous avons réuni autour de la table plusieurs partis politiques pour engager le dialogue et leur demander de se positionner par rapport à ces sujets. Très clairement, les partis politiques qui composent le nouveau Front populaire sont en accord avec l’ensemble de nos demandes, par exemple le désamiantage des bâtiments publics ou de faire en sorte que la loi soit appliquée par rapport aux pesticides – car aujourd’hui elle ne l’est pas – et de diminuer de 50 % leur usage en Europe d’ici à 2030. Concernant Les Républicains, ils sont pour que chacun puisse faire comme bon lui semble : ce n’est pour eux ni une priorité ni un sujet. Les partis d’extrême droite, les positionnements, tant à l’échelle de l’Europe que française de ces deux dernières années, montrent que la santé publique par rapport aux conséquences des pesticides n’est absolument pas une priorité pour eux.

Plus les couleurs politiques qui partagent nos demandes seront présentes dans l’Assemblée nationale, plus nous aurons de probabilité de les voir advenir… Mais nous n’allons pas attendre pour mettre en place des actions pour être contributrices de ce nouveau chapitre de la santé publique.

AE : Quelles sont les actions que vous pensez engager ?

MRF : La première jambe des actions à venir concerne les mutuelles en interne : une dizaine d’entre elles ont décidé de mettre en place des initiatives en leur sein. Par exemple, la Mutuelle familiale que je représente a soutenu des recherches scientifiques sur les liens entre infertilités et pesticides, mais aussi, des associations de soutiens aux victimes des pesticides comme Phyto-victimes ou le Collectif Stop aux cancers de nos enfants. 

Les six demandes des mutualistes

• Retirer l’amiante des écoles, gymnases et autres bâtiments publics en Europe d’ici à 2032. 
• Réviser le guide du diagnostic amiante européen sur la base des connaissances scientifiques actuelles. 
• Appliquer la législation européenne sur l’évaluation de la toxicité des pesticides. 
• Maintenir l’objectif de réduction de 50 % de l’utilisation des pesticides dans l’UE d’ici à 2030. 
• Introduire 20 % au minimum d’alimentation bio dans les marchés publics alimentaires y compris pour les établissements scolaires dans l’UE en 2025. 
• Mettre en œuvre une Europe 100 % agroécologique sans pesticides d’ici à 2050 et 25 % d’ici à 2030. 

Nous aidons aussi des associations qui font de la sensibilisation comme Générations futures et la campagne Secrets toxiques. Un autre exemple : la mutuelle Mutami, qui souhaite œuvrer sur le sujet des bienfaits de l’alimentation bio. Ces récentes actions ne sont pas négligeables, car depuis cinquante ans les mutuelles de santé ne s’étaient pas positionnées sur le lien entre le modèle agricole et les enjeux de santé publique.

Ensuite, des mutuelles vont mettre en commun des moyens humains et financiers pour des actions plus conséquentes. Nous allons réaliser un documentaire qui montre des points communs entre la gestion de l’amiante et celle des pesticides, recherche des enseignements qui ont permis de sortir de l’amiante pour les appliquer aux pesticides. Le film servira d’outil de mobilisation. Nous prévoyons ensuite de faire un tour d’Europe des solutions qui a pour vocation de montrer comment faire changer de cap au modèle agricole. Mais aussi faire que cette réorientation soit bonne pour la santé publique comme planétaire. L’objectif est d’organiser durant trois ans 100 soirées dans 100 villes-étapes, mais également de rencontrer plus de 4 000 politiques : des conseillers municipaux, des maires, des sénateurs, des députés français et européens…

Nous partirons d’Allemagne et feront le tour des principaux pays producteurs agricoles : la Belgique, la France, l’Italie, puis la République tchèque, avant un retout en Allemagne et nous finirons à Bruxelles pour dire symboliquement à la Commission européenne et au Parlement européen que la santé n’est pas négociable.

AE : Vos actions misent avant tout sur la sensibilisation et l’information, auriez-vous d’autres leviers plus incitatifs ?

MRF : L’information est importante. Par exemple, les travaux de l’Inrae qui montrent qu’il y a trois options possibles pour passer à un modèle agricole sans pesticides de synthèse en une génération sont très peu connus du grand public et des dirigeants mutualistes. Nous avons la volonté de montrer que des solutions existent… Nous sommes dans un contexte où il existe une énorme résignation, avec un risque du repli sur soi. Quand Ambroise Croizat a créé la sécurité sociale, il a délimité une responsabilité pour les mutuelles, celle d’être une locomotive de la santé publique et de la prévention.

Avec ces actions pour un nouveau modèle agricole, nous mettons le doigt sur un débat public qui n’a pas lieu. Nous sommes à un moment de grands choix par rapport à notre modèle de protection sociale et au modèle agricole. Nous n’avons pas quarante ans pour le faire . Nous connaissons une accélération de la dégradation : outre le drame des maladies professionnelles agricoles, 23 millions de Français souffrent de maladies chroniques et, chaque année, un demi-million d’entre eux déclenchent des cancers dont deux hormono-dépendants (sein et prostate) qui explosent, un couple sur quatre n’arrive pas à avoir d’enfant après un an sans contraception et 70-80 % des insectes volants ont disparu en Europe… Le temps est maintenant aux solutions, à l’action. Mais il n’y aura jamais de déclinaison dans les cotisations suivant les modes alimentaires des personnes protégées, car ce n’est pas l’esprit des mutuelles. L’esprit mutualiste, c’est chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. Les biens portants sont solidaires des malades et les jeunes sont solidaires des anciens.

Des scientifiques, des associations de sensibilisation comme Générations futures, des agriculteurs se sont mobilisés pour faire changer d’échelle la bio et, maintenant, il y a les mutuelles de santé… Il faudra bien sûr une mobilisation politique, même si l’instant immédiat est compliqué.

AE : Avez-vous des affiliés qui travaillent la terre ?

MRF : La mutuelle que je représente, la Mutuelle familiale, vient historiquement d’entreprises de la métallurgie. Nous avons des adhérents du monde agricole, mais nous ne sommes pas la Mutualité sociale agricole (MSA). Le problème actuel est que dans la gestion de la MSA, il y a la FNSEA… qui a décidé de ne pas prendre à bras-le-corps ce sujet.

Et nous nous retrouvons dans une situation où le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides n’a que 1 000 dossiers en cours, alors que quand il a été créé, l’évaluation portait à 10 000 le nombre de bénéficiaires. La principale raison est qu’il n’y a pas de campagne d’information massive auprès des publics concernés. Et les agriculteurs peuvent se retrouver dans une situation de culpabilité… Parce qu’il est donné à croire qu’avec de bonnes pratiques d’utilisation, les pesticides ne sont pas dangereux et que s’il y a des problèmes de santé, c’est lié à un mauvais usage.

Pour nous, c’est une priorité d’engager le dialogue avec la MSA. Nous espérons trouver des dénominateurs communs et peut-être porter des revendications communes.1. La Mutuelle Familiale, Mutuelle du personnel du groupe RATP, Tutélaire, SMH, Mutuale, la Mutuelle Générale de Prévoyance, Nuoma Mutuelle, Mutami, Mutuelle de Bagneaux, Mutuelle des œuvres de la Méditerranée, Aubéane, 525e Mutuelle d’Entreprises, Unalis mutuelles et Alternatives Mutuelles 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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