Un exploit: deux heures de politique sans entendre le nom de Jean-Luc Mélenchon…( Thomas Legrand)

Le billet de Thomas Legrand

Débat des législatives : la prestation réussie de Manuel Bompard

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Représentant du Nouveau Front populaire face à Attal et Bardella, mardi 25 juin sur TF1, le patron de LFI a fait mieux que résister à ses adversaires. Il a dignement incarné les valeurs communes aux gauches unies.

Débat télé sur TF1 entre Gabriel Attal, Jordan Bardella et Manuel Bompard à Paris, le 25 juin 2024. (Denis Allard/Libération)

par Thomas Legrand

publié le 25 juin 2024 à 23h15 https://www.liberation.fr/politique/debat-des-legislatives-la-prestation-reussie-de-manuel-bompard-20240625_LXUKXC4WDZFLVHOZX4D5TSLVY4/?redirected=1

Au début, et pendant de longues et pénibles minutes, on avait l’impression d’être dans cette émission de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 dans les années 90 : Combien ça coûte ! «Comment vous allez financer vos mesures ?»lançaient les journalistes aux débatteurs, et les débatteurs à leurs adversaires. Le pauvre téléspectateur était obligé de subir les réponses invérifiables, à coups de milliards. «J’assume ce poste budgétaire» : telle était l’échappatoire d’autorité de chacun d’entre eux en guise de point final. Dans ce genre de débat, on en est réduit à se demander quel est le programme dont on comprend à peu près la logique et le financement. A ce jeu du lancer de milliards, les propos de Manuel Bompard (LFI) et de Gabriel Attal (Renaissance) étaient les plus argumentés et honnêtes mardi 25 juin au soir sur TF1. Mais ces batailles de chiffres, très technocratiques, semblaient loin du tragique de la situation politique du moment. Parce que nous sommes à dix jours de la possible accession au pouvoir de l’extrême droite.

Dans ce contexte, la partie était forcément plus compliquée pour Manuel Bompard, le représentant du Nouveau Front populaire, puisqu’il ne pouvait décemment pas avouer la vérité politique de son étiquette à la fois neuve et glorieuse. Le Nouveau Front populaire est un accord électoral. La charte des valeurs est importante, pour que chaque électeur de gauche puisse s’y reconnaître, mais le détail programmatique, particulièrement sur les questions économiques et sociales ou énergétiques ne fait, en réalité, pas consensus (sur l’âge de la retraite ou la composition du mix énergétique par exemple). La gauche, prise au dépourvu par la dissolution, a dû réaliser à la hâte un rassemblement que les deux autres grands camps, Ensemble et le RN, n’ont pas eu à effectuer.

Dès lors, Attal comme Bardella avaient l’avantage, non pas forcément de la pertinence, mais de la cohérence de leurs programmes. Programmes qui ne souffrent par ailleurs d’aucune ambiguïté quant à leurs incarnations respectives. C’est lesté de ces inconvénients que le représentant de NFP devait se démener. Et Manuel Bompard a réussi à trouver les mots pour qu’un électeur socialiste, communiste ou écologiste puisse se reconnaître dans les valeurs qui sous-tendaient son propos. Ce n’était pas gagné. Sur la retraite, sur la laïcité, sur le nucléaire, Manuel Bompard ne s’en est pas tenu à la partition insoumise et a su exposer une position dont le caractère synthétique n’entamait pas trop la cohérence. Enfin, deux heures de débat sans la sempiternelle question qui plombe le moral des électeurs de gauche de ces derniers temps : qui pour incarner le NFP à Matignon ? Deux heures de politique sans entendre le nom de Jean-Luc Mélenchon…

Réaction:

« Je dois vous dire Monsieur Bardella que quand vos ancêtres personnels sont arrivés en France, vos ancêtres politiques disaient exactement la même chose que ce que vous dîtes aujourd’hui »

Salutaire recadrage hier par M. Bompard pour le Front Populaire qui a rappelé au candidat du RN qu’il n’aurait pu faire un tel parcours en France si sa famille politique avait été au pouvoir.

A ceux qui utilisent l’expression indigne « des extrêmes », gardez en tête que ne pas faire barrage à l’extrême droite aura de lourdes conséquences. Seul le RN est un parti xénophobe qui cherche à hiérarchiser nos concitoyens.

19 millions de français ont un ancêtre étranger en France. C’est aussi grâce à eux qu’on a pu construire notre pays. Peut-on imaginer que dans le pays des droits de l’homme et du citoyen les binationaux deviennent indésirables ?

Alors que le débat médiatique semble avoir perdu toute boussole morale, il est temps de se reprendre collectivement pour tenter d’éviter le pire.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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