Législatives: le comparateur des programmes sur la santé pour le Nouveau Front Populaire et pour le Rassemblement National

Nos services publics – Le comparateur des programmes

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I/Est-ce que l’on va faire revenir un médecin près de chez moi ?

-SELON LE NOUVEAU FRONT POPULAIRE

Oui, en régulant et en incitant l’installation de professionnels de santé dans les déserts médicaux.

Le NFP prévoit de “réguler l’installation des médecins dans les déserts médicaux” et de “rétablir des permanences de soin des soignants libéraux dans les centres de santé”. 

Il est en cela cohérent avec sa position lors du vote de la dernière loi visant à améliorer l’accès aux soins, ou il a soutenu la régulation du nombre de médecins dans les zones déjà bien pourvues, pour un rééquilibrage avec les déserts médicaux.

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Réguler l’installation des médecins dans les déserts médicaux et rétablir des permanences de soin des soignants libéraux dans les centres de santé

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • LFI : Combler les déserts médicaux, et créer un corps de médecins généralistes fonctionnaires rémunérés pendant leurs études afin de pallier l’insuffisance de médecins dans certaines zones.

DANS LES VOTES ET ACTIONS ANTÉRIEURES

  • Déserts médicaux (juin 2023) : réguler l’installation des médecins dans les zones bien pourvues en soignants (rejeté) : vote pour
  • Obliger les jeunes médecins à s’installer trois ans dans un désert médical (rejeté, 2021) : vote pour
  • Proposition de loi transpartisane n°741

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

Il est cohérent avec la position de la NUPES lors de la discussion sur la loi visant à améliorer l’accès aux soins par l’engagement des professionnels, du 27 décembre 2023. Lors des discussions, l’ensemble des représentants des partis qui composent désormais le NFP avait pris position pour un amendement visant à réguler l’installation des médecins dans les zones bien pourvues en soignants (finalement rejeté du fait de l’opposition des Républicains, de Renaissance et du Rassemblement national). Par ailleurs, dans une proposition de loi, les partis du NFP ont soutenu la régulation et l’incitation des médecins, chirurgien.nes dentistes et sages-femmes dans les zones sous denses. Pour ce faire, il était également proposé un guichet unique départemental d’informations pour faciliter l’installation des nouveaux professionnels. Enfin, en voulant faciliter la reconnaissance des diplômes des praticiens à diplôme hors Union européenne, cela permettrait de mobiliser davantage de professionnels formés. 

-SELON LE RASSEMBLEMENT NATIONAL

Plutôt pas, car le RN propose des mesures qui existent déjà ou des mesures qui n’auront pas d’effets important avant quelques années.

Le RN souhaite réduire les fractures territoriales pour lutter contre les déserts médicaux, mettre en place une rémunération spécifique des consultations pour les médecins en zones rurales et augmenter les places de formation en médecine. Mais la plupart de ces mesures ont déjà été mises en place. Le RN a par ailleurs voté contre la proposition de réguler l’installation des médecins dans les zones déjà bien pourvues. Le programme publié en juin 2024 ne retient que l’augmentation des étudiants en médecine et une incitation au retour des médecins et infirmiers partis en retraite.

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Augmenter le nombre d’étudiants en médecine (fin du numerus apertus) 
  • Allègement des dispositifs de cumul emploi-retraite pour les médecins et les infirmiers

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • « Démétropolisation » consistant en un « rééquilibrage entre les campagnes et les grandes métropoles afin de résoudre les problèmes de la fracture sanitaire, qui est de plus en plus importante ».
  • Pour inciter les médecins à s’installer dans les campagnes : mettre en place une rémunération de la consultation différente selon le lieu d’installation, sans que les praticiens n’aient de démarches spécifiques à faire. 
  • En parallèle, ouvrir un nombre de places suffisantes dans les facultés de médecine.
  • Élargir les tâches confiées aux pharmaciens, aux sages-femmes, aux infirmiers et aux assistantes sociales

DANS LES VOTES ET ACTIONS ANTÉRIEURES

  • Déserts médicaux (juin 2023) : réguler l’installation des médecins dans les zones bien pourvues en soignants (rejeté) : vote RN contre 
  • Obliger les jeunes médecins à s’installer trois ans dans un désert médical (rejeté, 2021) : vote RN pour

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

Si les annonces du RN semblent plutôt montrer une volonté de lutter contre les déserts médicaux, elles présentent plusieurs limites :

  • L’augmentation du nombre de places en faculté de médecine a déjà été mise en place depuis 2018. De plus, le gouvernement a annoncé que le nombre de places en médecine passerait de 9 570 en 2019 à 16 000 d’ici 2027. Les effets de cette mesure ne commenceront à se voir que 8 à 10 ans après l’ouverture de nouvelles places d’étudiants et d’étudiantes, soit à partir de 2028 environ. Il convient également de souligner que les doyens de médecine comme les syndicats d’étudiants ont tiré la sonnette d’alarme car une telle augmentation du volume d’étudiantes et étudiants en formation doit s’accompagner d’un investissement dans les infrastructures et d’une augmentation du volume de professeurs et de maîtres de stage. Il s’agit donc d’une annonce déjà mise en place, dont les effets ne se concrétiseront qu’à moyen-terme et qui, si elle n’est pas accompagnée d’un investissement important, et donc coûteux, conduira à une dégradation des conditions de formation
  • La rémunération des médecins libéraux est soumise à l’adoption d’une convention négociée entre leurs représentants et l’Assurance maladie. La proposition d’adapter la rémunération en fonction du type de territoire est donc soumise à un consensus des professionnels eux-mêmes sur la mesure, ce qui paraît difficile à obtenir. La faisabilité de la mesure n’est donc pas garantie.
  • Par ailleurs, une grande partie du territoire français est aujourd’hui considérée comme un désert médical. A titre d’exemple, en Ile-de-France, 96% des franciliens résident dans une zone sous-dense : 62,4% en zone d’intervention prioritaire et 33,9% en zone d’action complémentaire. Il semble donc difficile de déterminer quelles zones seraient davantage prioritaires pour cibler les installations de médecins. 
  • Si la réduction des fractures territoriales est un objectif cohérent pour augmenter l’attractivité des zones peu denses, il convient toutefois de souligner qu’il s’agit d’un axe de travail très transverse (infrastructures, transports, logement, éducation, justice, etc.) qui ne pourra engendrer de résultats qu’à moyen, voire long terme. 

Dans ses positions de vote, le RN fait preuve d’une forme d’incohérence avec ses propres propositions : le groupe a voté pour l’obligation des jeunes médecins de s’installer trois ans dans un désert médical à la sortie de leurs études, mais a voté contre la proposition visant à réguler l’installation des médecins dans les zones bien pourvues en soignants. 

Au 23 juin 2024, le programme du RN pour les législatives ne fait état que de la proposition suivante : “Augmenter le nombre d’étudiants en médecine (fin du numerus apertus)”


II/Est-ce que l’hôpital public aura les moyens de fonctionner ?

SELON LE NOUVEAU FRONT POPULAIRE

Plutôt oui, car le NFP prévoit un plan de recrutement pour l’hôpital et un rééquilibrage public/privé.

Le programme du NFP prévoit de conditionner l’ouverture de cliniques privées à leur participation à la permanence des soins et à la garantie d’un reste à charge zéro. Cette mesure est précise et permettrait de soulager le fonctionnement de certains hôpitaux. 

Il propose aussi d’engager un plan de recrutement des professionnels du soin, tout en revalorisant les métiers et les salaires. L’enjeu est de savoir si les revalorisations suffiront à trouver suffisamment de professionnels pour couvrir les besoins croissants.

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Lancer le rattrapage des postes manquants de fonctionnaires à l’hôpital public, dans le soin et le médico-social, à l’école publique, dans la justice, dans les services et les agences de l’État, en revalorisant les métiers et les salaires. 
  • Organiser une conférence de sauvetage de l’hôpital public afin d’éviter la saturation pendant l’été, proposer la revalorisation du travail de nuit et du week-end pour ses personnels.
  • Conditionner l’ouverture des cliniques privées à la participation à la permanence des soins et à la garantie d’un reste à charge zéro.
  • Engager un plan pluriannuel de recrutement des professionnels du soin et du médico-social (médecins, infirmiers, aides- soignants, personnels administratifs) et de revalorisation des métiers et des salaire

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • (PS) Investir massivement dans des équipements de proximité, et d’abord dans l’hôpital public, en particulier en milieu rural, dans les îles et dans les outremers, pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé en Europe et permettre à toutes et tous d’accéder aux meilleurs soins, et d’éviter, par la prévention, d’être malade.
  • (PS) Veiller à la qualité des soins, à la formation et aux conditions de travail des personnels dans les établissements de santé en Europe. 
  • (LFI) Revenir sur la tarification à l’acte et les suppressions de lits et de personnels
  • (LFI) Engager un plan pluriannuel de recrutement de médecins, infirmiers, aides-soignants et personnels administratif
  • Mettre fin aux fermetures d’hôpitaux

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

Le programme du NFP prévoit deux orientations structurantes pour redonner à l’hôpital public les moyens de fonctionner. 

D’abord, le NFP assume d’imposer des obligations en matière de santé : conditionner l’ouverture des cliniques privées à la prise en charge de la permanence des soins marquerait une nette rupture avec la situation actuelle. Cette mesure est cohérente avec les derniers positionnements du groupe NUPES à l’Assemblée nationale, ce dernier assumant d’introduire de la coercition dans le système de santé pour faire face à ses fragilités. Il reste que les conditions de mise en œuvre de certaines mesures sont encore à préciser : qu’est ce qui est prévu des cliniques privées déjà ouvertes, puisque l’obligation de prise en charge ne concernerait que les ouvertures de nouvelles cliniques ? Comment garantir le reste à charge zéro pour les usagers de ces cliniques, comme le promet le NFP ?

Ensuite, engager un plan de recrutement des professionnels du soin et du médico-social (médecins, infirmiers, aides-soignants, personnels administratifs), tout en revalorisant les métiers et les salaires. Si cette revalorisation n’est pas chiffrée, il demeure étonnant que, moins de 6 mois après la mise en œuvre des mesures dites Borne sur la rémunération de nuit à l’hôpital, le programme prévoit toujours de “revaloriser le travail de nuit et du week-end” pour les personnels de l’hôpital public. L’ensemble de ces mesures n’est pour l’heure pas précisément défini.

SELON LE RASSEMBLEMENT NATIONAL

Plutôt pas, avec un programme identique qui ne retient plus que la diminution des agents administratifs, ce qui pourrait déstabiliser les hôpitaux.

En 2022, le parti annonçait un plan de 20 milliards d’euros pour la santé qui intégrait la réduction des effectifs administratifs et la revalorisation des salaires des personnels soignants, sans préciser où trouver les financements. En 2024, le RN prévoit seulement de plafonner le nombre des agents administratifs à 10 % des effectifs des hôpitaux pour dégager des moyens. Mais cette proposition pourrait conduire les hôpitaux à prendre plus de sous-traitants extérieurs ou à confier plus de tâches administratives aux soignants. Si c’était le cas, cette proposition ne dégagerait pas d’économies et compliquerait plutôt le fonctionnement des hôpitaux.

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Réduire le poids des services administratifs dans les hôpitaux et transférer une partie des emplois vers les services opérationnels (plafond de 10 % de postes administratifs).
  • Supprimer les Agences Régionales de Santé

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

Plan de 20 milliards d’euros pour la santé :

  • Arrêter les fermetures de lits à l’hôpital et dans les maternités 
  • revaloriser les salaires des personnels soignants à la hauteur de leur travail 
  • investir dans les technologies de santé et rapatrier la fabrication des médicaments 
  • créer des urgences gériatriques dédiées à nos aînés 
  • supprimer les ARS et réduire à 10% maximum la proportion de postes administratifs dans les hôpitaux pour libérer des moyens pour les soignants 
  • agir contre les déserts médicaux grâce à des incitations financières fortes pour les soignants et augmenter le nombre de maisons de santé 
  • Donner plus de place à la prévention, notamment grâce aux visites médicales qui redeviendraient systématiques

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

Difficile de voir dans les propositions du RN sur l’hôpital public de vrais leviers de court terme pour les professionnels concernés. Les vacances de postes de professionnels paramédicaux (infirmiers, infirmiers de bloc opératoire, manipulateurs radio, etc.) dans les hôpitaux publics ne sont pas le fait de contraintes budgétaires mais plutôt d’un marché pénurique. 

On ne sait pas si plafonner les agents administratifs à 10% du personnel total permettrait d’améliorer le fonctionnement de l’hôpital. 

Cette mesure apparaît peu crédible car : 

  • il n’est pas prouvé que les hôpitaux puissent fonctionner avec seulement 10% de personnels administratifs
  • les hôpitaux font face à de nouveaux enjeux (comme les cyber-attaques), qui nécessitent des personnels non médicaux
  • les économies que cela produirait ne sont pas chiffrées, et le RN ne dit pas concrètement comment ces économies seraient utilisées
  • le RN ne montre pas comment cette mesure permettrait d’attirer de nouveaux personnels soignants à l’hôpital. Or, la diminution des personnels administratifs pourrait décourager les personnels de soin de venir travailler à l’hôpital, si cette diminution dégradait la qualité des services aux personnels de soin (accompagnement RH, fournitures, système informatique…), ou les obligeait à prendre eux-mêmes en charge plus de tâches administratives.

III/Est-ce que l’accès aux soins sera garanti à toutes et à tous ?

SELON LE NOUVEAU FRONT POPULAIRE

Oui, la plupart des soins seraient couverts pour toute la population.

Le programme du Nouveau Front Populaire prévoit le maintien de l’Aide Médicale d’Etat. Ce positionnement est aligné sur les votes antérieurs des députés qui composent cette union : ils ont voté contre l’amendement sénatorial visant à réduire le périmètre de l’Aide Médicale d’Etat à une aide médicale d’urgence

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Garantir l’accès à l’Aide Médicale d’Etat 

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • Assumer notre devoir d’accueil et d’humanité envers les réfugiés
  • Garantir l’accès effectif aux soins de toutes et tous face aux instrumentalisations politiques de l’Aide Médicale d’Etat (AME)

DANS LES VOTES ET ACTIONS ANTÉRIEURES

  • Les partis du NFP ont voté contre la suppression de l’AME dans le cadre du vote de la loi Immigration au Sénat

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

L’Aide Médicale d’Etat a été crée en 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin. Son maintien s’inscrit donc dans cette continuité. L’aide médicale de l’État (AME) facilite l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière. Elle ouvre droit à la prise en charge à 100% des soins avec dispense d’avance de frais. L’AME s’inscrit dans une logique humaniste. Face aux critiques contre l’AME, des associations et des collectifs de personnels de santé, du médico-social, du soin et de la recherche ont rappelé leur attachement cette aide.

SELON LE RASSEMBLEMENT NATIONAL

Plutôt pas, car le RN propose des mesures qui existent déjà ou des mesures qui n’auront pas d’effets important avant quelques années.

Le RN souhaite réduire les fractures territoriales pour lutter contre les déserts médicaux, mettre en place une rémunération spécifique des consultations pour les médecins en zones rurales et augmenter les places de formation en médecine. Mais la plupart de ces mesures ont déjà été mises en place. Le RN a par ailleurs voté contre la proposition de réguler l’installation des médecins dans les zones déjà bien pourvues. Le programme publié en juin 2024 ne retient que l’augmentation des étudiants en médecine et une incitation au retour des médecins et infirmiers partis en retraite.

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Augmenter le nombre d’étudiants en médecine (fin du numerus apertus) 
  • Allègement des dispositifs de cumul emploi-retraite pour les médecins et les infirmiers

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • « Démétropolisation » consistant en un « rééquilibrage entre les campagnes et les grandes métropoles afin de résoudre les problèmes de la fracture sanitaire, qui est de plus en plus importante ».
  • Pour inciter les médecins à s’installer dans les campagnes : mettre en place une rémunération de la consultation différente selon le lieu d’installation, sans que les praticiens n’aient de démarches spécifiques à faire. 
  • En parallèle, ouvrir un nombre de places suffisantes dans les facultés de médecine.
  • Élargir les tâches confiées aux pharmaciens, aux sages-femmes, aux infirmiers et aux assistantes sociales

DANS LES VOTES ET ACTIONS ANTÉRIEURES

  • Déserts médicaux (juin 2023) : réguler l’installation des médecins dans les zones bien pourvues en soignants (rejeté) : vote RN contre 
  • Obliger les jeunes médecins à s’installer trois ans dans un désert médical (rejeté, 2021) : vote RN pour

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

Si les annonces du RN semblent plutôt montrer une volonté de lutter contre les déserts médicaux, elles présentent plusieurs limites :

  • L’augmentation du nombre de places en faculté de médecine a déjà été mise en place depuis 2018. De plus, le gouvernement a annoncé que le nombre de places en médecine passerait de 9 570 en 2019 à 16 000 d’ici 2027. Les effets de cette mesure ne commenceront à se voir que 8 à 10 ans après l’ouverture de nouvelles places d’étudiants et d’étudiantes, soit à partir de 2028 environ. Il convient également de souligner que les doyens de médecine comme les syndicats d’étudiants ont tiré la sonnette d’alarme car une telle augmentation du volume d’étudiantes et étudiants en formation doit s’accompagner d’un investissement dans les infrastructures et d’une augmentation du volume de professeurs et de maîtres de stage. Il s’agit donc d’une annonce déjà mise en place, dont les effets ne se concrétiseront qu’à moyen-terme et qui, si elle n’est pas accompagnée d’un investissement important, et donc coûteux, conduira à une dégradation des conditions de formation
  • La rémunération des médecins libéraux est soumise à l’adoption d’une convention négociée entre leurs représentants et l’Assurance maladie. La proposition d’adapter la rémunération en fonction du type de territoire est donc soumise à un consensus des professionnels eux-mêmes sur la mesure, ce qui paraît difficile à obtenir. La faisabilité de la mesure n’est donc pas garantie.
  • Par ailleurs, une grande partie du territoire français est aujourd’hui considérée comme un désert médical. A titre d’exemple, en Ile-de-France, 96% des franciliens résident dans une zone sous-dense : 62,4% en zone d’intervention prioritaire et 33,9% en zone d’action complémentaire. Il semble donc difficile de déterminer quelles zones seraient davantage prioritaires pour cibler les installations de médecins. 
  • Si la réduction des fractures territoriales est un objectif cohérent pour augmenter l’attractivité des zones peu denses, il convient toutefois de souligner qu’il s’agit d’un axe de travail très transverse (infrastructures, transports, logement, éducation, justice, etc.) qui ne pourra engendrer de résultats qu’à moyen, voire long terme. 

Dans ses positions de vote, le RN fait preuve d’une forme d’incohérence avec ses propres propositions : le groupe a voté pour l’obligation des jeunes médecins de s’installer trois ans dans un désert médical à la sortie de leurs études, mais a voté contre la proposition visant à réguler l’installation des médecins dans les zones bien pourvues en soignants. 

Au 23 juin 2024, le programme du RN pour les législatives ne fait état que de la proposition suivante : “Augmenter le nombre d’étudiants en médecine (fin du numerus apertus)”

IV/Est-ce que la santé publique sera une priorité ?

SELON LE NOUVEAU FRONT POPULAIRE

Les premières annonces donnent cette impression, mais elles nécessitent des précisions.

Le programme du Nouveau Front Populaire couvre plusieurs enjeux de santé publique : l’interdiction des polluants éternels (PFAS) ; le développement du sport sur ordonnance ; l’extension du domaine d’intervention de la Miviludes à la santé publique… Cependant, le programme mériterait d’être développé pour indiquer des échéances et des modalités précises.

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

  • Interdire tous les polluants éternels (PFAS) pour toutes les utilisations, notamment les ustensiles de cuisine ; développer des maisons de sport-santé dans tout le pays et rembourser le sport sur ordonnance ;
  • Augmenter les moyens de la Miviludes et élargir son domaine d’intervention à la santé publique.

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • NUPES : Développer la santé environnementale : faire du plan national santé environnement (PNSE) un moyen d’éradiquer les maladies chroniques liées à la pollution de l’air, à la malbouffe et à l’exposition aux pollutions dans un cadre professionnel (pesticides, radioactivité, amiante, produits chimiques)
  • Mettre fin à l’épidémie de VIH en France en 2030 par un grand plan national de dépistage et de traitement
  • Affecter les recettes des taxes sur le cannabis à des programmes de lutte contre les addictions, notamment en milieu scolaire, et à une politique de prévention, de réduction des risques et d’aide à la désintoxication

DANS LES VOTES ET ACTIONS ANTÉRIEURES

Vote pour l’interdiction du glyphosate, reconnu comme étant la cause de nombreuses maladies tels que les cancers (proposition de loi visant à interdire le glyphosate, 13 janvier 2022)

DANS LES DÉCLARATIONS PUBLIQUES ET AUTRES PROPOSITIONS FAITES

(LFI) Interdire le glyphosate et établir un plan de sortie de l’ensemble des pesticides de synthèse et des engrais chimiques dangereux pour l’environnement et la santé humaine. Développer une politique agricole au service d’une agriculture paysanne respectueuse de l’écologie, de notre santé, des droits sociaux et du bien-être animal.

SELON LE RASSEMBLEMENT NATIONAL

Non, le programme du RN est même dangereux en matière de santé publique.

Le RN défend des mesures qui affaiblissent la puissance publique dans le champ de la santé. La suppression des agences régionales de santé aurait pour conséquence la perte de compétences indispensables pour la santé publique.Le député Grégoire de Fournas, porte-parole du RN sur les questions agricoles, demande que l’Etat puisse passer outre l’avis des autorités sanitaires pour autoriser la mise sur le marché d’un produit phytosanitaire. 

DANS LE PROGRAMME DES LÉGISLATIVES 2024

Pas de programmes pour les législatives 2024. 

Pour les européennes 2024 : Refuser toute intervention de l’UE dans le champ de la santé.

DANS LE PROGRAMME DES PRÉSIDENTIELLES 2022

  • Suppression des agences régionales de santé (ARS) ; la santé publique est absente du livret santé du programme de Marine Le Pen

DANS LES DÉCLARATIONS PUBLIQUES ET AUTRES PROPOSITIONS FAITES

Le député Grégoire de Fournas (porte-parole du parti sur les questions agricoles) a déposé une proposition de loi pour rendre consultatifs les avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail au moment de l’autorisation de mise sur le marché d’un produit phytosanitaire (Proposition de loi visant à opérer le transfert de compétence d’autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques de l’Anses au ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, n°1365, déposée le jeudi 15 juin 2023)

L’ANALYSE DE NOS SERVICES PUBLICS

La santé publique est systématiquement absente des programmes du Rassemblement National. Les propositions de ce parti vont dans le sens d’un affaiblissement de la puissance publique dans ce domaine.

Pourtant, une politique ambitieuse de santé publique est la seule solution face à la hauss ou e continue des besoins induite par le vieillissement de la population (en 2050, 16% de la population aura plus de 75 ans, contre 9% aujourd’hui) et l’essor des polypathologies chroniques (21 % des plus de 75 ans et 8% des 65-74 ans cumulent 3 pathologies ou traitements chroniques). 

Aujourd’hui, la France décroche déjà par rapport aux autres pays : en 2000, notre espérance de vie en bonne santé à 65 ans (19,3 années) était la 2e la plus élevée au monde, après le Japon ; en 2021, cet indicateur a certes progressé (21,4 années), mais moins que dans d’autres pays comme l’Australie (21,7), la Corée (21,5) et l’Espagne (21,4).

Loin d’améliorer les résultats de la France, un gouvernement dirigé par le Rassemblement National aggraverait la situation.

A propos du Collectif Nos services publics

Ce comparateur a été conçu par le collectif Nos services publics de manière à éclairer les citoyennes et les citoyens sur les enjeux des élections législatives au regard des services publics.

Il analyse le programme, les votes des parlementaires et des déclarations des responsables politiques en essayant de répondre, pour chacun des quatre partis analysés, à une trentaine de questions du quotidien sur les services publics et leur évolution, dans neuf secteurs clefs des politiques publiques.

Il vise à proposer, avec l’appui d’une trentaine d’experts de leur secteur, une lecture pédagogique aux citoyennes et aux citoyens qui le souhaiteraient pour comprendre les conséquences des élections sur leur quotidien.

Il sera mis à jour dès lors que de nouvelles propositions ou déclarations le rendront nécessaire.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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