ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : « Poutine pensait se retirer d’Ukraine après avoir obtenu un accord »
Guerre en Ukraine, Russie, France – Monde
Publié le 25/06/2024 à 11:41 , mis à jour le 26/06/2024 à 08:09 https://www.ladepeche.fr/2024/06/25/entretien-guerre-en-ukraine-poutine-ne-voulait-pas-la-guerre-il-pensait-se-retirer-apres-avoir-obtenu-un-accord-12037685.php
Plus de deux ans après le début de la guerre en Ukraine, les discussions semblent être au point mort, le contact est rompu entre Kiev et Moscou, pourtant, Vladimir Poutine semble prêt à rendre les armes… à quelques conditions.
La Dépêche du Midi : Y a-t-il des négociations entre la Russie et l’Ukraine ou est-ce que le contact est définitivement rompu ?
Jean Géronimo, docteur en sciences économiques spécialiste de la Russie (1) : Non, les négociations sont au point mort. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a même inscrit dans un texte officiel l’interdiction de négocier avec le régime de Vladimir Poutine. Il faut aussi voir que les États-Unis et le Royaume-Uni poussent en ce sens et ce n’est pas la première fois…

nullJean Géronimo est un spécialiste de la Russie, il a écrit « Poutine, au cœur du piège ukrainien ». Photo Jean Géronimo
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Qu’est-ce que cela signifie ?
Déjà en 2022, ces nations ont enterré un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine. C’est aujourd’hui connu, la signature était imminente, elle devait régler la question du Donbass et mettre fin au conflit en Ukraine, mais les États-Unis et le Royaume-Uni ont fait pression sur Volodymyr Zelensky pour refuser, en lui promettant leur aide militaire pour chasser l’armée russe de leur territoire. Depuis, ils ont vendu des armes à l’Ukraine et pris une part importante du marché mondial de gaz, mais ça, c’est une autre affaire… Ça a également permis l’extension de l’Otan.
Que contenait cet accord ?
L’accord prévoyait la reconnaissance du « statut spécial » du Donbass, la région restait ukrainienne mais bénéficiait d’une certaine autonomie, comparable à celle de la Corse en France. L’emploi de la langue russe devait y être garanti. Un désarmement des zones frontalières devait également être acté. Enfin, l’Ukraine devait bénéficier d’un statut neutre et ne pas rejoindre les rangs de l’Otan. Il faut bien avoir en tête que Poutine ne voulait pas la guerre, il pensait se retirer après avoir obtenu cet accord.
N’aurait-il pas cherché à aller plus loin, comme il l’avait laissé entendre ?
Je ne le pense pas non, je pense qu’il aurait arrêté le conflit si l’accord de paix avait été signé. Le Donbass était son obsession depuis la violation du traité de Minsk par l’Ukraine. L’histoire est complexe mais si on résume, une « charte américano-ukrainienne de partenariat stratégique » a été signée le 10 novembre 2021, confirmant la volonté de Kiev de reprendre le Donbass par la force. En février 2022, Poutine constate une accélération des bombardements sur le Donbass, une concentration des forces ukrainiennes dans la zone et une activité aérienne anormale, trois signes précédant une attaque selon Poutine, c’est pourquoi il a pris les devants.
La Russie a relancé le processus de négociationces derniers jours, que se passe-t-il en coulisse ?
En effet, il a proposé de reprendre les mêmes éléments qu’en 2022 en tenant compte de la réalité du terrain, à savoir, la perte de l’équivalent de 30 % du territoire ukrainien au profit de la Russie (à l’est du pays). Dans ces territoires, il est impossible de revenir en arrière, la population ne le comprendrait pas. Mais du côté de Kiev, la porte est fermée, c’est niet ! Dès 2022, le parti de la guerre a gagné, et le peuple ukrainien a été sacrifié sur l’autel de la guerre froide.(1) auteur de « Poutine, au cœur du piège ukrainien
Voir aussi:
D’où vient la guerre en Ukraine : au fond, à qui la faute ? [Alain Bauer]
23 mai 2023
Xerfi Canal a reçu Alain Bauer, professeur de criminologie du Conservatoire National des Arts et métiers (CNAM), pour parler de la guerre en Ukraine. Une interview menée par Jean-Philippe Denis.