Appel des ministres et anciens ministres macronistes de gauche aux sociaux démocrates pour lutter contre les extrêmes

Législatives 2024 : « Nous, ministres et anciens ministres d’Emmanuel Macron, appelons la gauche républicaine à être à la hauteur de son histoire »

Tribune

Collectif

Des responsables politiques issus de la gauche, avant de rejoindre le gouvernement, dont Nicole Belloubet et Stanislas Guerini, appellent dans une « tribune au Monde » les responsables et électeurs sociaux-démocrates à les rejoindre pour créer un grand rassemblement à même de « lutter contre les extrêmes ».

Publié aujourd’hui à 07h00, modifié à 11h23  Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/06/26/legislatives-2024-nous-ministres-et-anciens-ministres-d-emmanuel-macron-appelons-la-gauche-republicaine-a-etre-a-la-hauteur-de-son-histoire_6243802_3232.html#

« Vous sentez tous que la liberté française est menacée comme la paix européenne. Qui aurait dit cela il y a quatre ans, pendant la dernière campagne électorale ? » Voilà ce que disait Léon Blum, en avril 1936, dans un message radiodiffusé au nom du Parti socialiste. Ses mots résonnent aujourd’hui avec toute leur actualité. Alors qu’une alliance opportuniste et paradoxale usurpe le nom de Front populaire, sous la conduite d’une France insoumise compromise dans le communautarisme, alors que des incohérences rongent un Rassemblement national fondé sur l’exclusion et le rejet, nous voulons rappeler l’idéal qu’avait jadis défendu Léon Blum. Celui d’une lutte pour le progrès, contre la haine et l’antisémitisme, pour la paix en Europe, sans compromission avec les ennemis de la France. Nous défendons toujours cet idéal. C’est celui de la République.

En convoquant de nouvelles élections législatives, le président de la République a voulu redonner la parole au peuple français. C’est, d’abord, un enjeu de clarté. Le paysage politique est désormais sans ombres.

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Nous, ministres et anciens ministres, issus des rangs de la gauche de gouvernement, nous avons choisi de rejoindre Emmanuel Macron dans une démarche de dépassement des clivages anciens. Loin des luttes d’appareil et des manœuvres politiciennes, nous sommes convaincus qu’un large rassemblement des forces républicaines est de nature à lutter contre les extrêmes : pour la fraternité, qui n’est pas le communautarisme ; pour la tolérance, qui n’est pas le laxisme ; pour l’égalité, qui n’est pas l’uniformité ; pour la liberté, qui n’est pas l’individualisme. Nous ne sortirons la France de la menace populiste que par l’action sincère, efficace, raisonnée, et non par les slogans, l’outrance et la provocation.

Le glas de notre prospérité

L’extrême droite n’a pas changé. Derrière un programme sans cesse mouvant se cachent la même obsession identitaire et la même volonté d’en finir avec l’Etat de droit, au nom d’une illusion nationaliste. Suppression de la double nationalité, homophobie et discrimination anti-LGBT+, contrôles au faciès ne sont rien d’autre qu’un recul de notre démocratie. L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite sonnerait aussi le glas de notre prospérité économique. Sous couvert de souverainisme, c’est l’appauvrissement qui nous guette : rupture avec l’Union européenne, fin de la libre circulation, repli frileux sur le marché intérieur. Des millions d’emplois seraient menacés par ce saut dans l’inconnu. Lutter contre l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite est donc aujourd’hui notre priorité.

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Mais cette priorité ne doit pas nous faire tomber de Charybde en Scylla. L’extrême gauche, et en particulier La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, a montré ces derniers mois qu’elle était, elle aussi, une source de chaos et de division. Il n’y a pas de doute qu’au lendemain des élections, si leur coalition devait l’emporter, ses divisions internes ruineraient immédiatement toute possibilité de former un gouvernement solide, plongeant notre pays dans une crise irrémédiable.

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Ce sont d’abord les excès de ce mouvement à l’Assemblée nationale qui ont, pour beaucoup de nos concitoyens, contribué à dévaloriser l’image de leurs représentants. C’est ensuite leur obstination à ne pas condamner clairement l’antisémitisme et la violence, qui, pour certains, a même été jusqu’à soutenir à demi-mot les actions d’un groupe terroriste. Le programme du Nouveau Front populaire confirme enfin sa mue de parti d’opposition à parti d’imposition : 300 milliards d’euros de déficit supplémentaire [selon un chiffrage de la majorité présidentielle], taxation des heures supplémentaires qui appauvrira les ouvriers, taxation des petites retraites qui pénalisera les retraités.

L’héritage de la IIIe République

Fidèles à l’héritage de la gauche républicaine, nous voulons concilier justice sociale et responsabilité : revalorisation du travail par la prime de partage de la valeur, baisse des factures qui pèsent sur le quotidien, indexation des retraites sur l’inflation sans revenir sur l’âge légal de départ… Plusieurs de nos propositions concernent spécifiquement notre jeunesse : mise en place d’une complémentaire santé à 1 euro par jour pour ceux qui ne sont pas couverts par une mutuelle, poursuite de la réforme des bourses et construction de nouveaux logements étudiants, exonération de frais de notaire pour les primo-accédants à la propriété de la classe moyenne. Ces mesures de justice sociale seront financées par des économies en dépenses publiques, et si notre majorité a également su taxer les superprofits nous ne pénaliserons jamais le travail et l’investissement des Français par des hausses d’impôts qui les impacteraient.

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Nous en appelons à tous les responsables et électeurs sociaux-démocrates. Sans trahison, sans reniement, sans débauchage, dans le respect de nos convictions partagées et de l’héritage des figures qui nous rassemblent. La gauche républicaine doit être, aujourd’hui, à la hauteur de son histoire. Elle doit montrer la voie de la dignité, de l’universalisme et de la confiance dans l’avenir. Une voie qui respecte les droits fondamentaux, l’héritage de la Révolution française, celui de la IIIe République. Une voie qui appelle à la raison des Français plutôt qu’à leurs peurs, au courage plutôt qu’à la résignation.

Nous avons une opportunité historique de redonner au débat démocratique toute sa grandeur et toute sa place dans l’hémicycle, sans cris, sans insultes, sans spectacle. Nous, élus, électeurs, Françaises et Français qui croyons à la liberté, sachons nous montrer à la hauteur de l’enjeu. Les générations futures jugeront la sagesse et le courage de notre choix.

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Signataires : Nicole Belloubet, ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse ; Olivier Dussopt, ancien député (Renaissance) de l’Ardèche et ancien ministre du travail, du plein-emploi et de l’insertion ; Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publiques ; Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’industrie et de l’énergie ; Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire ; Sylvie Retailleau, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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