«Irréaliste», le programme du Nouveau Front populaire? On a vérifié
Par Erwan Manac’h
21 juin 2024 à 16h08Mis à jour le 22 juin 2024 à 09h18
Cible d’une cabale inédite, le programme de la gauche, dont le chiffrage a été dévoilé le 21 juin, fait primer l’urgence sociale et écologique sur la santé des affaires, avec des arguments rigoureux.
Deux visions de l’économie s’affrontent, plus que jamais à couteaux tirés. Dans le rôle des artilleurs en chef, un président de la République et un ministre de l’Économie en exercice squattent l’arène médiatique depuis dix jours et n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le programme du Nouveau Front populaire (NFP). Bruno Le Maire a exhorté, fait inédit, les chefs d’entreprises à «se mouiller». Ce qu’on fait comme un seul homme les syndicats patronaux du Medef et de la CPME, rejoints par l’Afep, le club réunissant 117 des plus grosses entreprises françaises : la France ferait face à la menace d’un «décrochage durable de l’économie» si elle devait changer de politique économique, alerte leur missive.
Pour leur répondre, les membres du Nouveau Front populaire ont publié le 21 juin un chiffrage détaillé de leur programme. «Nous avons travaillé jour et nuit et nous sommes le seul rassemblement à vous présenter un tel chiffrage», a soufflé Éric Coquerel, président La France insoumise (LFI) de la commission des finances de l’Assemblée, au milieu d’une brochette de représentants de partis aux traits tirés, à Paris. Ils ont néanmoins pu s’appuyer sur de nombreuses contributions. «Je n’ai jamais vu ça, témoigne Boris Bilia (un pseudonyme), statisticien et haut fonctionnaire au sein de ministères économiques et financiers, coanimateur du groupe Intérêt général. Des dizaines de boucles de discussion, avec de hauts fonctionnaires et des économistes de différentes sensibilités, travaillent ensemble. C’est un joyeux foutoir, mais ça marche. Le NFP saura gouverner, il se prépare.»
Les sept économistes et techniciens que nous avons interrogés, habitués à ce type de procès en « crédibilité », défendent aussi la nécessité — et la possibilité — d’une reprise en main de l’économie.
Un programme radical?
Smic à 1 600 euros, blocage des prix, revalorisation des aides aux logements… «C’est un programme audacieux, estime Dany Lang, membre des Économistes atterrés. Il est un peu plus à gauche que les derniers programmes du Parti socialiste (PS) et un peu plus à droite que l’Avenir en commun de La France insoumise.» Il n’a «rien à voir», selon l’économiste, avec le programme commun de la gauche de 1981, qui prévoyait notamment des nationalisations dans le secteur bancaire. Et certaines mesures parmi les plus coûteuses ont été écartées — dont la retraite à 60 ans, reportée à l’horizon 2027.
La rupture proposée est également sans commune mesure avec celle du premier Front populaire de 1936, «dont l’audace économique et sociale est de toute façon inégalée dans l’histoire de France», souligne Éloi Laurent, économiste à Sciences Po et à l’Université de Stanford, qui s’exprimait le 21 juin comme expert indépendant en soutien au NFP.
Une vision déconnectée de la réalité économique ?
C’est l’argument d’autorité par excellence, employé par Emmanuel Macron depuis le début de la campagne : les propositions du NFP ne seraient «pas sérieuses». «Les économistes libéraux présentent l’économie comme un château de cartes, qui s’effondrerait aussitôt qu’on y touche. Mais c’est une matière malléable, qui est d’ailleurs fréquemment façonnée par ceux qui ont accès au pouvoir, recadre Timothée Parrique, chercheur en économie écologique. C’est une vision très dépolitisante, presque antidémocratique.»
La question du «réalisme» doit donc être reconsidérée au regard d’autres enjeux. «Des partis sans solution crédible à la crise écologique comme le Rassemblement national (RN) devraient être considérés comme inéligibles, insiste Timothée Parrique. L’équilibre des finances publiques est un sous problème de l’équilibre écologique. Il ne faut pas se laisser enfermer par la question des euros.»

Manifestation contre l’extrême droite et pour le NFP à Paris, le 15 juin 2024. © NnoMan Cadoret / Reporterre
Les rédacteurs du programme économique du Nouveau Front populaire ont ainsi choisi de répondre au procès en crédibilité en faisant chauffer leurs calculatrices. Une loi de finances rectificative sera présentée en cas de victoire, portant sur 25 milliards d’euros de dépenses d’urgence : hausse de 10% du point d’indice des fonctionnaires, abrogation des réformes des retraites et du chômage, revalorisation des aides au logement de 10%. Suivront deux trains de mesures «structurelles», en 2025 et à l’horizon 2027, portant la hausse totale des dépenses publiques à 150 milliards d’euros, entièrement financés par de nouvelles recettes, selon les rédacteurs du programme.
Une explosion des dépenses publiques?
L’augmentation des dépenses publiques de 150 milliards d’euros à l’horizon 2027 représente 22% du budget de l’État. C’est un peu plus que ce que contenait le programme de la Nupes, union des gauches en 2022 (+18% du budget), plus également que ce qu’a réalisé Nicolas Sarkozy (+15%) et moins que ce que prévoyait le président des États-Unis Joe Biden en 2022 (+27%). «Le “quoi qu’il en coûte” d’Emmanuel Macron, pendant le Covid, c’était 240 milliards d’euros de dépenses», a aussi recadré Éric Berr, économiste à Bordeaux et présent le 21 juin pour soutenir le programme du NFP.
Or ce débat sur les dépenses omet généralement les «dépenses fiscales», c’est-à-dire les baisses d’impôts, instrument dont raffole l’actuelle majorité. C’est ce que souligne Benjamin Lemoine, spécialiste de la question de la dette publique. Il dénonce une «politique des caisses vides», matérialisée par des années «d’accumulation hors de contrôle, et sans contrepartie, des dépenses fiscales en faveur des entreprises et des grandes fortunes».
Mais cette politique fiscale a dû être compensée par des baisses de dépenses, et le retour de l’austérité. «Nous sommes engoncés dans un cercle vicieux», a martelé Ian Brossat, sénateur communiste, lors de la présentation du chiffrage. C’est cette spirale que le NFPpropose d’inverser, notamment sur les questions écologiques, où il est établi que l’inaction coûte davantage que la bifurcation.
Un matraquage fiscal?
Le NFP prévoit donc de nouvelles recettes en face de chaque mesure coûteuse [1], ce qui lui vaut le courroux de ses opposants. La plupart de ces nouveaux impôts n’ont pourtant rien de révolutionnaires. Il y a d’une part ceux qu’Emmanuel Macron a supprimés : la taxe maximale de 30% sur le capital, l’impôt sur la fortune, qui serait rebranché avec un «volet climat» et rapporterait 15 milliards d’euros — une proposition de Jean Pisani-Ferry, ancien rédacteur du programme d’Emmanuel Macron en 2017.
D’autres mesures, comme la taxe sur les transactions financières, l’impôt sur les superprofits (15 milliards d’euros), l’impôt minimum sur les multinationales, rencontrent un consensus de plus en plus large à l’échelle internationale, y compris chez les économistes libéraux.
«Une recette nouvelle qui couvre chaque dépense et aucune hausse du déficit public»
Plus clivant, la progressivité de l’impôt sur le revenu (14 tranches au lieu de 5) et sur l’héritage vise à «aller chercher l’argent là où il se trouve et est actuellement mal utilisé, défend l’économiste Thomas Piketty. Le patrimoine des 500 plus grandes fortunes est passé en dix ans de 200 milliards à 1 200 milliards d’euros».
Le Nouveau Front populaire entend également piocher dans la manne captée par les actionnaires des entreprises du CAC 40, qui ont distribué près de 100 milliards d’euros de dividendes et de rachats d’actions en 2023. C’est le sens de mesures réglementaires qui devront être financées par les entreprises, comme l’indexation des salaires sur l’inflation ou le blocage des prix de l’énergie et de l’alimentation.
Enfin, la suppression des niches fiscales «inefficaces, injustes et polluantes» doit rapporter 25 milliards d’euros dès 2025 : dans l’immédiat, elles portent sur la hausse de la TVAsur les billets d’avion et une baisse des subventions au kérosène, a précisé Éva Sas, députée Les Écologistes à la commission des finances.
Il est admis également que l’investissement public, en stimulant la consommation et l’emploi, crée de la croissance et génère donc des recettes fiscales. Cet effet d’entraînement n’a toutefois pas été retenu pour l’équilibre du programme économique, a martelé Alexandre Ouizille, sénateur socialiste dans l’Oise : «Nous avons été extrêmement précautionneux, avec une recette nouvelle qui couvre chaque dépense et aucune hausse du déficit public.»
Des mesures qui détruisent l’emploi?
La hausse du Smic de 1 400 à 1 600 euros net entraînerait selon la majorité des destructions d’emplois dans les entreprises fragiles. Certaines petites entreprises ou associations devront certes être aidées, ont reconnu les porte-parole du NFP. Mais tous les secteurs n’emploient pas massivement des smicards et ne seront donc pas frontalement affectés, souligne l’économiste Clément Carbonnier dans une note sur le sujet : «Certains secteurs, comme l’hébergement et la restauration gagneraient bien plus à la hausse du pouvoir d’achat de leurs clients que cela ne leur coûterait en salaires.»
Une dette qui explose vers «un scénario à la grecque»?
La perspective d’un virage fiscal a déjà suscité un vent de panique sur «les marchés». La bourse de Paris a perdu 6,7% dans la semaine qui a suivi l’annonce de la dissolution, voyant partir en fumée 240 milliards d’euros de capitalisation boursière. Les «investisseurs»fuient vers d’autres cieux. Problème, ils rechignent également à prêter de l’argent à la France. Pour financer son action, l’État devra donc emprunter à des taux plus élevés, ce qui lui coûte plus cher et l’expose au risque d’une spirale infernale la conduisant vers une crise de la dette. Le fameux «scénario à la grecque».
Difficile de ne pas en tenir compte. «Cette menace des taux d’intérêt est réelle», concède Benjamin Lemoine. «Ça commence à être inquiétant, reconnaît Dany Lang. Le programme sera difficile à appliquer entièrement dans le contexte actuel. Il faudra entendre cette inquiétude et tenir un discours rassurant : la relance fera remonter la croissance et les mesures sociales permettront d’augmenter la qualité de la main-d’œuvre.»
Face à cette menace, le NFP compte avancer avec doigté. Un «séquençage» est prévu entre des mesures d’urgence et d’autres, plus profondes, qui se déploieraient dans un second temps.
Des mesures très concrètes existent également pour enlever au secteur financier le pouvoir considérable qu’il a conquis en quarante ans de politiques néolibérales. Le contrôle des capitaux, par une taxe sur les investissements ponctuels destinés uniquement à la spéculation, aujourd’hui tabou, «était courant dans les années 1980 et jusque dans les années 1990», rappelle Dany Lang.
D’autre part, une confrontation politique, à l’échelon européen, devra s’enclencher pour que la Banque centrale européenne ne soit plus «alignée avec les investisseurs», mais accepte de coopérer avec les États, estime l’économiste.
Pour se donner de l’air, le Nouveau Front populaire entend sortir des règles budgétaires européennes qui viennent d’être réactivées après quatre ans de pause en raison du Covid. «On est au milieu d’une catastrophe écologique sans précédent, qui va nécessiter un changement radical des règles du jeu économique, défend Timothée Parrique. N’érigeons pas en lois naturelles quelques conventions comptables décidées au doigt mouillé par un groupe de mecs en costume il y a des décennies.»
Public Sénat – 150 milliards de dépenses supplémentaires d’ici fin 2027 : le Nouveau Front populaire détaille le coût de son programme
ISF à 15 milliards, taxation des superprofits, CSG progressive… La gauche mise sur les recettes fiscales pour financer son programme. Les mesures que compte déployer le « Nouveau Front populaire » entraineraient une augmentation des dépenses de 150 milliards d’euros d’ici 2027, selon un chiffrage présenté vendredi 21 juin.
Par Romain David
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Publié le 21/06/2024 à 16:53 https://www.publicsenat.fr/actualites/economie/150-milliards-de-depenses-supplementaires-dici-fin-2027-le-nouveau-front-populaire-detaille-le-cout-de-son-programme
Mis à jour le 21/06/2024 à 16:53
Tordre le cou aux accusations d’irresponsabilité financière. Ce vendredi 21 juin, les forces de gauche rassemblées sous la bannière « Nouveau Front populaire » (NFP), ont présenté lors d’une conférence de presse commune une budgétisation globale de leur programme de gouvernement, en cas de victoire aux législatives anticipées.
Depuis plusieurs jours, le sujet monte dans le débat public et la question du chiffrage des promesses de campagne, qui incluent notamment d’importantes mesures en matière de protection sociale ou de hausse des salaires, est devenu l’angle d’attaque privilégié de la majorité présidentielle et du Rassemblement national. Avec des estimations passant du simple à plus du double : 287 milliards selon les soutiens d’Emmanuel Macron, contre seulement 106 milliards pour la députée socialiste Valérie Rabault.
« Nous sommes aujourd’hui la seule force politique à vous présenter un budget avec des dépenses chiffrées année après année », a salué le député LFI sortant Éric Coquerel, ancien président de la commission des Finances, passablement agacé par les attaques des derniers jours. « Gabriel Attal qui s’aventure sur le terrain social, c’est Madoff qui explique aux pauvres que Robin des Bois va leur faire les poches », a dénoncé le sénateur communiste Ian Brossat, avec, en ligne de mire, le dérapage du déficit sur l’année 2023.
« Vous pouvez être crédibles un jour… et puis le Covid arrive ! »
La gauche entend marquer une rupture avec « la politique de l’offre » déployée par Emmanuel Macron et s’appuyer sur une relance de la demande, via « un choc de pouvoir d’achat » : en clair, l’augmentation des salaires, notamment des classes populaires, devrait booster la consommation. « L’Etat ne sera plus le spectateur du laisser-faire et laisser-aller, mais l’organisateur de la redistribution sociale des richesses », explique le sénateur socialiste Alexandre Ouizille.
Aux côtés des élus, plusieurs économistes engagés à gauche : Eloi Laurent, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques, Éric Berr, co-responsable du département d’économie à l’institut La Boétie, ou encore Julia Cagé, professeure d’économie à Sciences Po Paris. Manière aussi pour le NFP de défendre sa crédibilité économique. « La crédibilité, il faut l’apprécier en dynamique. Vous pouvez être crédibles un jour… et puis le Covid arrive ! », pointe Eloi Laurent.
Instaurer un ISF qui rapporterait 15 milliards d’euros
En cas de victoire, les mesures d’urgence que compte immédiatement engager le Nouveau Front populaire coûteraient 25 milliards d’euros. Parmi elles : la hausse de 10 % du point d’indice des fonctionnaires, la fin de la réforme de l’assurance-chômage, la prise en charge du coût de la cantine, des fournitures scolaires et du transport des élèves de l’école publique et la revalorisation des Aides au logement à hauteur de 10 %. Mais surtout : l’abrogation de la réforme des retraites pour un retour à 62 ans, avant d’engager, d’ici 2027, une réflexion sur la possibilité d’abaisser l’âge légal de départ à 60 ans.
Le NFP compte financer ce premier paquet de mesures par la création de deux impôts, visant « l’argent oisif et improductif de notre pays », selon la formule du sénateur socialiste Alexandre Ouizille. En l’occurrence, l’instauration d’une taxe sur les superprofits, pour un rendement estimé à 15 milliards, et le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). La gauche estime qu’il pourrait générer jusqu’à 15 milliards de recettes, alors qu’il ne rapportait que 4 à 5 milliards au moment de sa suppression en 2017. « La situation des grands patrimoines a évolué. Même si l’on applique la même fourchette qu’en 2017, on aurait des recettes supérieures », justifie l’économiste Julia Cagé.
14 tranches pour l’impôt sur le revenu
« En 2025, nous bifurquons de manière structurelle », explique Éric Coquerel. Le NFP fait correspondre l’exercice 2025 à une première série d’investissements massifs « pour l’égalité, la justice et l’écologie », avec une dépense publique estimée à 100 milliards d’euros en fin d’exercice. Au menu : des embauches massives d’enseignants et de professionnels de santé, avec des revalorisations salariales à la clef, le déploiement d’aides dédiées à la rénovation thermique globale, notamment avec la mise en place du zéro reste à charge, la création de filières de production d’énergies renouvelables et l’introduction d’une garantie autonomie pour les jeunes sous le seuil de pauvreté.
En parallèle, le NFP mise sur l’adoption d’un ambitieux projet de loi de financement pour multiplier les recettes fiscales. La suppression de plusieurs niches « inefficaces, injustes et polluantes », devrait rapporter 25 milliards d’euros. La réforme de l’impôt sur les successions doit dégager 17 milliards, et la suppression de la flat tax 2,7 milliards d’euros. Par ailleurs, la progressivité de l’impôt sur le revenu est remise à plat avec la mise en place d’un barème de 14 tranches et la création d’une CSG progressive, ce qui devrait permettre de dégager 5,5 milliards de recettes fiscales nouvelles.
Taxer les bénéfices des multinationales
Les reformes retenues pour 2027 seront consacrées « à la vie du pays ». « On va s’attaquer à la question du transport ferroviaire et du fret, à l’accès aux services publics dans les territoires, au soutien à l’agroécologie et au recrutement de nouveaux fonctionnaires », résume Éric Coquerel. Le programme du « Nouveau Front populaire » prévoit également de renforcer à hauteur de 2,6 milliards les fonds consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et de porter à 1 % du PIB le budget de la Culture. Les dépenses publiques supplémentaires pour 2027 devraient ainsi s’élever à 150 milliards d’euros.
Dans le même temps, la politique fiscale qu’entend mener la gauche doit être renforcée par l’application d’un impôt sur les bénéfices des multinationales, et le renforcement de la taxe sur les transactions financières.
Une équation à plusieurs inconnues
« Ce que nous proposons sur la fiscalité revient à dire que les revenus du capital doivent être imposés de la même manière que les revenus du travail », défend Éric Coquerel. « Nos dépenses correspondent exactement aux recettes supplémentaires que nous mettons sur la table », argue l’insoumis. « On met les recettes en face des dépenses, nous n’augmentons pas le déficit. Nous avons même été conservateurs puisque nous n’avons pas pris en compte l’effet d’entraînement sur la croissance », abonde Alexandre Ouizille.
Pour autant, le programme ne prévoit pas non plus de mesures concrètes de résorption d’une dette publique estimée à 3 000 milliards fin 2023. Par ailleurs, la fin de l’exercice 2027 pourrait potentiellement être percutée par la présidentielle. Surtout, certaines dépenses doivent encore être affinées. En effet, le point d’atterrissage d’une nouvelle réforme des retraites et la question du mix énergétique sont renvoyés aux discussions avec les partenaires sociaux, ou aux débats en hémicycle autour d’un texte « énergie climat ».
« En face, il y a des gens qui ont beaucoup d’ambiguïtés », balaye Ian Brossat. « Le RN, sur la question de l’abrogation des retraites, ça n’est absolument pas clair ! Mais évidemment qu’en fonction de l’Etat des finances publiques, on pourra pousser le curseur plus loin, plus vite. »
Législatives 2024 : la gauche veut rassurer sur le sérieux de son programme économique
Le programme du Nouveau Front populaire coûtera 100 milliards d’euros en 2025, ont détaillé ses représentants, vendredi, dans l’optique des élections. Les recettes proviendraient de prélèvements nouveaux, dont un impôt sur la fortune avec une « composante climat ».
Par Elsa Conesa
Publié le 21 juin 2024 à 21h44, modifié hier à 09h04 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/21/legislatives-2024-la-gauche-veut-rassurer-sur-le-serieux-de-son-programme-economique_6242177_823448.html
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La gauche a choisi une stratégie plus risquée que celle de la majorité et du Rassemblement national (RN). Tandis que ce dernier a peu détaillé son programme, le Nouveau Front populaire (NFP) a très vite diffusé une ambitieuse feuille de route comportant plusieurs dizaines de mesures économiques au coût élevé. Au risque de s’exposer davantage que ses adversaires et de devoir fournir des explications sur des dispositifs pas encore complètement aboutis.
« On est la seule force politique à présenter un budget et un programme, a souligné, vendredi 21 juin, Eric Coquerel (La France insoumise, LFI), le président de la commission des finances, lors d’une conférence de presse. J’espère que les mêmes questions techniques seront posées aux deux autres ! »
Depuis que le programme de cette coalition, qui rassemble plusieurs forces de gauche, a été dévoilé, le 14 juin, celui-ci a fait face à une vague de critiques émanant du monde économique et du camp présidentiel. Lesquels mettent en doute sa crédibilité économique et brandissent, comme l’a alerté le premier ministre, Gabriel Attal, le 20 juin, le risque d’un « matraquage fiscal ». « C’est Madoff qui explique que Robin des bois va vous faire les poches ! », a répondu le sénateur communiste de Paris, Ian Brossat, renvoyant le locataire de Matignon au bilan de la majorité en matière de finances publiques.
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Les responsables du NFP ont donc réuni, vendredi, les économistes Julia Cagé (présidente de la Société des lecteurs du Monde), Eloi Laurent et Eric Berr pour assurer du sérieux de leurs promesses, et déminer les critiques sur leur coût pour les finances publiques, qui faisait ces derniers jours l’objet d’estimations divergentes : 200 milliards d’euros, selon le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon ; 106 milliards d’euros, d’après la socialiste Valérie Rabault. Et près de 300 milliards selon la majorité.
Eteindre le « feu social »
M. Coquerel a détaillé, vendredi, ce qui s’apparente à un plan de relance budgétaire : 25 milliards de dépenses supplémentaires, dès cette année, pour éteindre le « feu social », avec l’abrogation des réformes des retraites et de l’assurance-chômage, le relèvement de 10 % du point d’indice des fonctionnaires, et des aides aux logements.
Cette somme sera portée à 100 milliards d’euros en 2025 pour financer de grands travaux de rénovation thermique, investir dans les énergies renouvelables et mettre en place la « garantie d’autonomie », un revenu minimal pour les jeunes. Enfin, à partir de 2026, les dépenses atteindraient 150 milliards d’euros avec, notamment, des recrutements de fonctionnaires et un grand plan fret. La gauche promet aussi d’aider les PME à absorber le coût de l’augmentation du smic à 1 600 euros net et envisage une nouvelle « grande loi » avant 2027 sur un retour de la retraite à 60 ans.
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En face, les recettes proviendraient de prélèvements nouveaux sur l’argent « oisif » : dès 2024, un nouvel impôt sur la fortune avec une « composante climat », dont le rendement s’élèverait à 15 milliards d’euros, et une taxe sur les « superprofits » au rendement équivalent. Ces deux impôts seraient introduits, dès cette année, dans un budget rectificatif.
L’année suivante, les recettes seraient puisées dans la suppression de niches fiscales et de la « flat tax » (un prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital), dans une réforme de l’impôt sur le revenu et la mise en place d’une CSG (contribution sociale généralisée) progressive. Au-delà, la taxe sur les transactions financières et une taxation des grands groupes sont censées apporter les recettes manquantes.
Scepticisme des économistes libéraux
La coalition de gauche assure que 92 % des Français ne paieront pas plus d’impôts et que le déficit public ne se creusera pas. Le NFP compte néanmoins s’émanciper des règles budgétaires européennes.
L’opération destinée à rassurer a-t-elle atteint son objectif ? Les économistes libéraux sont évidemment sceptiques. L’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international Olivier Blanchard a estimé, vendredi, sur le réseau social X, que le programme économique du NFP était « pire » que celui du RN, parce qu’il est « dangereux » et « confiscatoire ». « Il est difficile de voir comment il ne va pas conduire les entrepreneurs à massivement partir ailleurs », écrit-il. « Ce n’est pas possible de financer toutes ces dépenses nouvelles juste en taxant les riches et les grands groupes », estime, de son côté, l’économiste Xavier Jaravel.
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« Certaines réformes peuvent être menées au nom de la crédibilité, a voulu mettre en garde jeudi l’économiste Eloi Laurent, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques. Si vous voulez être cru par les instances européennes, et que vous faites une réforme des retraites contre laquelle sont 80 % des gens, il est possible que, deux ans plus tard, vous ayez dix points de plus pour l’extrême droite et que la stabilité des comptes publics ne soit pas la seule en cause, mais également l’Etat de droit. »
Lire le récit | Les quatre jours qui ont conduit au Nouveau Front populaire et au programme commun des partis de gauche
Législatives en France: la gauche détaille son programme budgété, dont un impôt climatique et le Smic à 1600 euros
À neuf jours du premier tour, le Nouveau Front populaire a dévoilé le chiffrage et le financement de son programme vendredi 21 juin, s’ils obtiennent une majorité à l’Assemblée. L’alliance de gauche parie sur une relance de l’économie en dopant la dépense publique, soutenue par de nouvelles recettes.
Publié le : 21/06/2024 – 18:52Modifié le : 21/06/2024 – 19:40 https://www.rfi.fr/fr/france/20240621-législatives-en-france-la-gauche-détaille-son-programme-budgété-dont-un-impôt-climatique-et-le-smic-à-1600-euros
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Ils le présentent comme un programme en rupture avec le bilan du « trio infernal Macron-Attal-Le Maire », comme le décrit le sénateur communiste Ian Brossat. Le programme économique du Nouveau Front populaire (NFP) détaillé ce vendredi, à neuf jours des élections législatives, affiche une volonté de relance keynésienne pour stimuler l’économie, en augmentant la dépense publique avec comme effet de rassurer les entreprises.
L’accent est mis sur pouvoir d’achat des Français, le service public et l’écologie. Des mesures phares étaient déjà dévoilées, comme le passage du Smic à 1 600 euros. Dans le détail, le programme prévoit des recettes supplémentaires de 150 milliards d’euros pour la même somme de dépenses supplémentaires (dont 25 milliards dès 2024) d’ici à fin 2027.
Mais Éric Coquerel, député sortant LFI, expliquait ce vendredi que 92% des Français ne verraient pas leur fiscalité changer avec ce programme économique. Une réponse aux accusations de Gabriel Attal et du patronat, qui dénoncent « un matraquage fiscal » à venir avec ce programme.
Création d’un « ISF climatique »
Pour financer en partie les mesures, d’autres sont prévues : « Nous réinstaurerons immédiatement un impôt sur la fortune (ISF) avec une composante climatique à 15 milliards d’euros et surtout, cette imposition des superprofits que nous avons demandée au Parlement chaque année et qui rapportera aussi 15 milliards d’euros», détaille Alexandre Ouizille, sénateur socialiste. Ces 30 milliards d’euros serviraient à financer notamment la revalorisation des allocations personnelles au logement (APL) de 10%, une hausse de 10% du point d’indice des fonctionnaires et l’abrogation des réformes des retraites et de l’assurance-chômage. Car la gauche envisage une nouvelle « grande loi », avant 2027 sur un retour de la retraite à 60 ans.
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Selon l’économiste engagée à gauche Julia Cagé, qui participait à la présentation de ce programme, des recettes sont mises en face de chaque dépense. Ce qui participerait la crédibilité du programme, mais aussi à créer un équilibre budgétaire. Reste que le programme est largement critiqué par la majorité sortante qui accuse la gauche d’emmener le pays à la banqueroute. « C’est une broyeuse à classe moyenne, ce sont des hausses d’impôts sur la classe moyenne », a réagi Gabriel Attal.
Législatives: beaucoup de dépenses, mais avec quelles recettes ?
Dans cette campagne, il y a au moins un point sur lequel le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national sont d’accord : il faut redonner du pouvoir d’achat aux Français. Mais sur la question des recettes, indispensables pour financer de nouvelles mesures, la gauche unie et l’extrême droite n’ont pas tout à fait la même approche.
D’un côté, le Nouveau Front populaire. Dont l’un des volets du programme parle de lui-même : « Abolir les privilèges des milliardaires ». L’alliance à gauche propose davantage de tranches pour l’imposition sur le revenu, le rétablissement de l’impôt sur la fortune ou encore l’abandon de la « flat tax » qui permet une taxation limitée sur les capitaux.
De l’autre côté, le Rassemblement national reste flou, mais s’évertue à ne pas trop toucher aux fortunés. Certes, Jordan Bardella propose la suppression de quelques niches fiscales et un impôt sur la fortune financière, mais avec le RN au pouvoir, les ménages les plus aisés seraient plutôt favorisés notamment par un allégement des droits de succession. Si toutefois, le parti à la flamme ne revenait pas, une fois de plus, sur ses promesses.
Programme du Nouveau Front populaire : 150 milliards d’euros de dépenses nouvelles… mais autant de nouvelles recettes
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Elections législatives 2024
La coalition de gauche a précisé, ce vendredi 21 juin, son chiffrage macro-économique : abrogation des réformes des retraites et de l’assurance chômage, revalorisation des APL, création de postes dans l’éducation… Pour les financer, des impôts sur les ultrariches et une plus grande contribution des très hauts patrimoines et revenus.
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publié le 21 juin 2024 à 17h55
«Une rupture tranquille», a résumé Alexandre Ouizille (sénateur PS de l’Oise). Une «rupture immédiate et claire avec la politique d’Emmanuel Macron», a renchéri Eva Sas (Ecologistes). Avec Eric Coquerel, l’ancien président LFI de la commission des finances à l’Assemblée et Ian Brossat (PCF), ils ont commencé à lever le voile lors d’une conférence de presse sur ce qui a affolé la presse économique cette semaine : le chiffrage macro-économique du programme du Nouveau Front populaire (NFP). En renfort à la Maison de la chimie, à Paris vendredi, trois économistes, Julia Cagé, Eloi Laurent et Eric Berr, ont insisté sur sa cohérence, sur le choc de confiance qu’il créerait ou sur la nécessaire politique d’investissement sur le long terme.
Une semaine que ce chiffrage est attendu. Le premier à avoir fait l’exercice est le camp macroniste, qui a diffusé le jour même de la présentation du programme du Nouveau Front populaire un tableau totalisant 287 milliards de dépenses supplémentaires. Tableau qui reprenait une mesure chiffrée à 30 milliards, celle sur l’instauration d’une sixième semaine de congés payés, pourtant absente du programme du NFP… Mardi, la socialiste Valérie Rabault qui, elle, se dit en «total accord» avec le programme même si elle n’a pas… (suite abonnés)
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L’évaluation par le think tank néo-liberal l’Ifrap
https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/le-vrai-cout-du-programme-du-nouveau-front-populaire
Le vrai coût du programme du Nouveau Front Populaire
- Publié le 20 juin 2024 à 17:33
- Mis à jour le 21 juin 2024 à 15:54 https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/le-vrai-cout-du-programme-du-nouveau-front-populaire

À l’approche du premier tour des élections législatives, la Fondation IFRAP a chiffré à l’horizon 2027 et pour le Figaro Magazine, les programmes des trois principales forces politiques : le Rassemblement National, Ensemble pour la République (majorité présidentielle) et le Nouveau Front Populaire.
Côté dépenses : +233 milliards d’euros
Le programme budgétaire du Nouveau Front Populaire représente un choc budgétaire de 233 milliards de dépenses supplémentaires, par an et à l’horizon 2027 selon les calculs de la Fondation IFRAP. On retrouve parmi les propositions de l’union : l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage, le blocage des prix des biens de première nécessité, la hausse du smic à 1 600 euros, une hausse de 10% du point d’indice des fonctionnaires ou encore la mise en place de la gratuité totale de l’école (cantine, transport scolaire, etc). À côté de cela, la mesure la plus impactante est de loin le retour à l’âge de départ à la retraite à 60 ans pour un coût de 54 milliards d’euros en 2025 et 68 milliards en 2027.

Note : * nouvelles mesures/précisions présentées dans le chiffrage interne du Nouveau Front Populaire, le 21 juin 2024.
Ce chiffrage sera remis à jour en temps réel jusqu’au scrutin.
Côté recettes : +55,5 milliards
Et côté recettes ? Dans sa première version, le programme du Nouveau Front Populaire affichait 40 milliards de rentrées supplémentaires avec une fiscalité renforcée sur les plus riches dans l’objectif de financer son « programme de rupture ». Désormais, après les précisions apportées par l’union le 21 juin 2024, c’est 55 milliards de recettes nouvelles qui sont sur la table. On trouve ainsi le rétablissement de l’ISF, la suppression de la flat tax sur les revenus des capitaux mobiliers ainsi que la hausse de la progressivité de l’IR et la hausse des droits de successions (et la mise en place d’un héritage maximum autorisé).
Quel équilibre ?
Avec le Nouveau Front Populaire, la déficit public s’alourdirait de près de 178 milliards d’euros par an (193 milliards d’euros dans la version initiale du projet), soit un quasi doublement par rapport à son niveau actuel. Le risque ? Qu’un gouvernement qui appliquerait un tel programme soit très vite sanctionné par les investisseurs alors que la France a déjà besoin, pour se financer, d’emprunter 300 milliards d’euros par an sur les marchés financiers. D’où les batailles de chiffres entre Valérie Rabault et les élus LFI. La première, ancienne Rapporteur du budget et députée sortante socialiste soutenue par le Nouveau Front populaire, préconise de vérifier avant de décider de la temporalité que le retour à 60 ans est finançable mais le reste ne semble pas vouloir en entendre parler pour l’instant.
Nouveau Front populaire, RN, Renaissance… Le vrai coût des programmes par l’Ifrap
Par Ghislain de Montalembert, pour Le Figaro Magazine
Mis à jour hier à 18:15SUIVRE https://www.lefigaro.fr/elections/legislatives/nouveau-front-populaire-rn-renaissance-le-vrai-cout-des-programmes-par-l-ifrap-20240621?utm_content=link&utm_term=Le_Figaro&utm_campaign=Nonli&utm_medium=Social&utm_source=Twitter
EXCLUSIF – À l’approche du premier tour des élections législatives, la Fondation Ifrap a chiffré les programmes des trois partis politiques en tête des sondages.
C’est Noël avant l’heure. Les promesses pleuvent à l’approche du premier tour des élections législatives! Oubliés, la situation dramatique des finances publiques, la dégradation de la note de la France par les agences de notation, le spectre d’une crise financière; l’urgence, soulignée il y a seulement quelques semaines, de réaliser des économies sur le train de vie de l’État pour éviter la banqueroute; ou encore ce double record qui fait de notre pays le champion d’Europe, voire du monde, en matière de pression fiscale et de dépenses publiques. Ces élections précipitées sonnent le retour inattendu d’une illusion tenace et très française, celle de l’argent magique; comme si tous avaient oublié les leçons du passé, le tournant de la rigueur auquel François Mitterrand avait dû se résoudre après les mirages de 1981 et, plus récemment, les promesses – intenables face aux réalités budgétaires – d’Alexis Tsipras en Grèce (2015) ou de Giorgia Meloni en Italie (2022).
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