Face à la menace de l’extrême droite, l’engagement protéiforme des organisations de défense de l’environnement
Unanimement perçu comme un danger pour les politiques climatiques et de protection de la nature, le Rassemblement national suscite des prises de position variées dans les rangs des organisations environnementales. De l’appel au barrage républicain non partisan à la préparation d’un « réseau de résistance ».
Par Matthieu GoarPublié aujourd’hui à 15h00, modifié à 17h16 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/06/21/face-a-la-menace-de-l-extreme-droite-l-engagement-proteiforme-des-organisations-de-defense-de-l-environnement_6242109_3244.html
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Appeler à faire barrage au Rassemblement national (RN), soutenir le Nouveau Front populaire (NFP), tenter d’infléchir les programmes des candidats sur le fond ou même commencer à structurer des réseaux de résistance… A dix jours du premier tour des élections législatives, où se profile une vague d’extrême droite sans précédent, la société civile et notamment les associations de protection de l’environnement cherchent la meilleure façon de s’impliquer. Avec la conscience de l’importance du moment. « L’extrême droite a toujours été et restera un danger pour le monde associatif et les politiques climatiques, résume Rémi Donaint, d’Alternatiba, un mouvement apparu dans les années 2010 qui avait beaucoup participé aux marches pour le climat en 2019. Voter est indispensable, car c’est un moyen d’action, un moyen sans doute très insuffisant, mais un moyen absolument nécessaire. »
Comme quasiment toutes les organisations environnementales, Alternatiba a signé un premier texte de la Ligue des droits de l’homme, publié mercredi 12 juin, qui appelle à la « mobilisation citoyenne » pour « battre l’extrême droite dans les urnes, combattre son projet raciste ». Cet appel à un barrage uni est un dénominateur commun de quasiment toutes les associations écologistes, effrayées par les reculs prévus par le RN. D’autres initiatives vont plus loin en mettant des propositions sur la table. Ainsi, la centaine de syndicats et d’associations (CFDT, Réseau Action Climat, Oxfam, etc.), qui avaient lancé le Pacte du pouvoir de vivre, en 2019, au moment de la crise des « gilets jaunes », se sont associés à l’Alliance écologique et sociale pour monter Coalition 2024.
Dans leur communiqué, publié mercredi 19 juin, ces organisations décrivent une extrême droite qui provoquerait « une accélération du changement climatique » et mettent en débat seize propositions. Parmi celles-ci, de nombreuses idées revendiquées par les protecteurs de l’environnement, comme la taxation « des superprofits et du patrimoine financier et immobilier des très riches pour financer la transition écologique » ou encore une politique de rénovation des bâtiments avec un reste à charge nul pour les foyers à « faibles ressources ».
Ligne rouge
« C’est important d’essayer d’avoir un débouché politique en faisant confiance à l’intelligence des citoyens », explique Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France et coreprésentante de cette alliance syndicale et sociale avec Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. « Notre rôle n’est pas d’appeler à voter pour tel ou tel parti, mais de dire clairement ce qui nous semble nécessaire pour la société et la planète tout en rappelant que les idées d’extrême droite au pouvoir ne seraient pas une solution », ajoute ce dernier. Pour continuer à tenter d’alimenter la campagne sur le fond, le Réseau Action Climat devrait publier, avant le premier tour, une expertise des différents programmes des trois blocs, comme il l’avait fait pour les élections européennes. Signataire de Coalition 2024 et d’autres textes, France Nature Environnement (FNE) va également mettre des propositions sur la table.
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De leur côté, Greenpeace et Bloom ont franchi un autre cap en écrivant un texte de soutien au NFP publié jeudi 13 juin.Il a été signé par les responsables d’associations et d’ONG telles que 350.org, Alternatiba, Action Justice Climat, Reclaim Finance, Agir pour l’environnement, etc. Mais, pour de nombreuses associations, par définition non partisanes, l’engagement derrière une formation politique a toujours été une ligne rouge. Lors d’une assemblée générale, les adhérents à la FNE ont tranché à environ 60 % pour ne pas se ranger derrière l’alliance des partis de gauche. Et les débats ont été intenses dans de nombreux autres collectifs. Un reflet des discussions, existantes mais encore embryonnaires, sur l’attitude qu’il faudrait avoir si jamais le RN obtenait la majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Depuis 2022, de nombreuses associations se demandaient s’il fallait rencontrer les députés RN au moment de l’arrivée de certains projets de loi importants. Faudra-t-il, en cas de nomination de Jordan Bardella, président du RN, à Matignon, continuer à participer à des instances comme le conseil national de transition écologique (CNTE) ? « Cela dépendra de beaucoup de choses. On ne sait même pas encore si elles seront convoquées, s’il y aura la moindre écoute, se projette Antoine Gatet, président de FNE. Essayer d’influencer dans le bon sens les choses sans servir de caution, c’est toujours une ligne de crête très compliquée, encore plus dans ce cas-là… »
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Dimanche 16 juin, le collectif Les Soulèvements de la Terre a, de son côté, envoyé un document beaucoup plus offensif. Sous le titre « Construire un réseau de résistance », Il propose de « multiplier les initiatives antifascistes à la campagne ». Et si le RN arrivait à Matignon, il affiche sa volonté d’organiser « des blocages ciblés et des prises des ronds-points partout en France » et d’« empêcher que les Jeux olympiques assurent, sous les regards du monde entier, la consécration d’un gouvernement fasciste ». « J’espère que les résultats des élections ne nous obligeront pas à agir, mais notre organisation en comités locaux nous permet de mener des actions spécifiques », résume Léna Lazare, porte-parole du collectif, alors que M. Bardella a déjà annoncé son envie de dissoudre « les organisations d’ultragauche et d’ultradroite ». Une tonalité qui pourrait donner une autre dimension au rassemblement contre les mégabassines organisé du 16 au 21 juillet dans les Deux-Sèvres : il deviendrait un « lieu de rassemblement pour organiser la résistance », selon les termes des Soulèvements de la Terre.
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