Le projet de gouvernement défendu par Jordan Bardella reste introuvable (éditorial du « Journal le Monde »)

Le RN et ses impostures

Éditorial

Le Monde

A dix jours du premier tour des élections législatives, le projet de gouvernement défendu par Jordan Bardella reste introuvable. Performant dans sa fonction tribunitienne, le parti d’extrême droite dont la matrice est la préférence nationale n’est pas prêt à gouverner.

Publié hier à 11h00, modifié hier à 11h02  Temps de Lecture 2 min. Read in English

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/06/20/le-rn-et-ses-impostures_6241769_3232.html

    En position de force depuis sa victoire aux élections européennes du 9 juin, le Rassemblement national (RN) mène la campagne des élections législatives en pratiquant l’évitement sur à peu près tous les sujets. Son président, Jordan Bardella, se dit prêt à devenir le premier ministre d’Emmanuel Macron au cas où son parti sortirait vainqueur du scrutin des 30 juin et 7 juillet, mais pas dans n’importe quelle configuration. Il lui faut la majorité absolue sinon rien. En cas de majorité relative, il n’ira pas. Premier refus d’obstacle pour un dirigeant de 28 ans qui faisait jusqu’à présent preuve d’une assurance à toute épreuve et semble pris de vertige devant la réalité du pouvoir.

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    A dix jours du premier tour, le projet de gouvernement qu’il défend reste introuvable, car Marine Le Pen et lui se contorsionnent pour tenter de sortir de leur isolement européen sans trop se renier. Ils proclament désormais qu’ils ne veulent plus « quitter le commandement intégré » de l’Alliance atlantique… Du moins tant que la guerre est Ukraine est en cours, ils se disent d’accord pour soutenir militairement Kiev, tout en y mettant une « ligne rouge » : la livraison de missiles longue portée et autres armes qui permettraient de frapper le territoire russe.

    Le plus marquant est la façon dont ils remisent certaines de leurs promesses économiques. La suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, qui servait d’étendard au parti durant la crise inflationniste, n’est plus considérée comme prioritaire. L’exonération d’impôt sur le revenu pour les jeunes de moins de 30 ans, qui était la principale nouveauté du projet présidentiel de Marine Le Pen en 2022, s’est évaporée. L’abolition de l’impopulaire réforme des retraites Macron disparaît un jour, réapparaît le lendemain mais par étapes et sans autre précision. Rarement dirigeants politiques auront autant godillé en aussi peu de temps. Performant dans sa fonction tribunitienne, le RN apparaît face à l’exercice du pouvoir comme un lapin pris dans les phares. Il n’est pas prêt à gouverner.

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    Préférence nationale et rejet de l’autre

    Les renoncements visent à gagner en crédibilité dans une situation budgétaire tendue. En réalité, ils éclairent sur la nature du parti. Les mesures les plus édulcorées concernent le pouvoir d’achat, que Marine Le Pen s’était pourtant fait fort de doper pour fidéliser l’électorat populaire. A ce stade surnage la baisse du taux de TVA sur l’énergie et le carburant de 20 % à 5 %. Nécessitant un bras de fer avec Bruxelles, la mesure, coûteuse, ne cible en rien ceux qui en auraient le plus besoin.

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    Sur la sécurité et l’immigration, deux questions qu’il n’a cessé de lier, le RN adopte à l’inverse une posture offensive. Rétablissement des peines planchers en matière de stupéfiants et d’atteintes aux personnes dépositaires de l’autorité publique, suspension des allocations familiales aux parents de mineurs délinquants récidivistes, « loi d’urgence » sur l’immigration intégrant non seulement la réforme de l’aide médicale d’Etat mais aussi la suppression du droit du sol.

    Il n’y a plus là matière à contorsion. Le RN révèle ce qu’il est : un parti dont la matrice est la préférence nationale, le rejet de l’autre. La perspective d’un rapport de force avec le Conseil constitutionnel est clairement ouverte, le risque d’affrontements dans la société aussi. C’est le contraire de l’alternance tranquille que les dirigeants du RN prétendent aujourd’hui vouloir préparer. L’imposture est totale.

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    Publié par jscheffer81

    Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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