L’utilisation de l’herbicide Avanza dans les rizières de Camargue validée par la justice
Deux associations avaient saisi en urgence la justice administrative pour faire annuler la dérogation accordée aux riziculteurs de recourir à cet herbicide, toxique pour les organismes aquatiques. Leur demande a été rejetée après plus de six semaines.
Par Agathe Beaudouin (Nîmes, correspondante)Publié le 18 juin 2024 à 14h20, modifié le 18 juin 2024 à 14h40
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En Camargue, la décision était attendue depuis des semaines, du côté des riziculteurs comme des défenseurs de l’environnement. Le tribunal administratif de Melun a rejeté, le 13 juin, la demande de suspension d’une autorisation de mise sur le marché temporaire de l’Avanza, un herbicide utilisé en Camargue depuis quatre ans. Le 21 avril, deux associations, France Nature Environnement et Générations futures, avaient déposé un recours en référé pour demander la suspension de ce produit phytosanitaire jugé toxique.
Dans une décision étayée, rendue plus de six semaines après le dépôt du référé, un délai particulièrement long dans ce type d’affaire, le tribunal de Melun considère que l’autorisation d’utilisation sur cent vingt jours n’a pas un « effet direct et significatif sur l’environnement en l’état de l’évaluation réalisée au niveau européen ». Le tribunal a estimé que les deux associations n’avaient pas apporté la preuve de la dangerosité de ce produit. Il ajoute que les deux parties requérantes « ne font état d’aucun élément de nature à remettre sérieusement en cause les connaissances scientifiques et techniques actuelles ».
Les riziculteurs du Gard et des Bouches-du-Rhône, qui cultivent la céréale en agriculture conventionnelle, pourront continuer à utiliser ce produit qui n’est pas encore homologué en Europe par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. L’Avanza contient des molécules très toxiques pour les milieux aquatiques, selon l’Agence européenne des produits chimiques, qui ne le classe cependant pas au rang des produits cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques. Le ministère de l’agriculture accorde aux riziculteurs français une autorisation de pulvériser l’herbicide entre le 15 mars et le 15 juillet au titre de l’« urgence phytosanitaire ». « C’est un produit qui nous permet de lutter contre les adventices. Sans ce traitement, les récoltes sont plus que compromises, explique Bertrand Mazel, le président du Syndicat des riziculteurs français, très satisfait de la décision. Les juges se sont basés sur des éléments scientifiques et ont mis en avant le fait que la preuve qu’il y avait danger n’a pas été apportée. »
« Le combat de ne s’arrête pas là »
Juriste pour l’association France Nature Environnement, Olivier Gourbinot prend acte de la décision. « En effet, le juge rejette notre requête en référé, mais la requête au fond peut encore aboutir, ce n’est que le début, le combat de ne s’arrête pas là. Nous allons continuer à travailler sur l’usage des pesticides et herbicides en Camargue, car ce territoire est un hotspot de la biodiversité avec un caractère exceptionnel qu’il faut préserver plus qu’ailleurs. Il faut voir au-delà de l’Avanza. Le fait que l’on retrouve d’autres molécules, comme le bentazone, dans les eaux de Camargue nous préoccupe fortement. »
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Dévoilé le 27 mars par le journaliste Hugo Clément, l’usage de l’Avanza a suscité une controverse en Camargue, entre la filière rizicole et les défenseurs de l’environnement. La maire des Saintes-Maries-de-la-Mer, Christelle Aillet (Les Républicains), avait réagi en s’inquiétant des conséquences pour sa commune. Les eaux des rizières se retrouvent dans les roubines qui alimentent la Camargue, l’étang du Vaccarès et le Petit-Rhône, où se situe la station de pompage pour alimenter la commune des Saintes-Maries en eau potable. Sollicitée pour réagir sur cette décision de justice, la maire, qui a depuis été mise en difficulté au sein du conseil municipal, n’a pas donné suite.
En Camargue, le riz est cultivé sur 12 000 hectares par 150 exploitants qui produisent 70 000 tonnes annuelles, dont 25 % en agriculture biologique.
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