Les industries du tabac, de l’alcool, des aliments ultratransformés et des combustibles fossiles font obstacle aux politiques de santé. 

Quatre industries responsables de 2,7 millions de morts chaque année en Europe, selon l’Organisation mondiale de la santé

L’OMS Europe publie, mercredi, un rapport dénonçant la manière dont les industries du tabac, de l’alcool, des aliments ultratransformés et des combustibles fossiles font obstacle aux politiques de santé. 

Par Delphine RoucautePublié le 12 juin 2024 à 01h00, modifié le 12 juin 2024 à 01h15

https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/06/12/quatre-industries-responsables-de-2-7-millions-de-morts-chaque-annee-en-europe-selon-l-organisation-mondiale-de-la-sante_6238948_3244.html

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Ce sont 7 400 personnes qui meurent chaque jour dans la région européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – un territoire composé de 53 pays comprenant notamment la Russie – en raison des stratégies menées par les industries du tabac, des aliments ultratransformés, des combustibles fossiles et de l’alcool. Au total, selon cette estimation, ces industries puissantes sont responsables directement ou indirectement de 2,7 millions de morts par an, le tabac étant en tête avec plus de 1 million de morts, suivi de la pollution à l’ozone et aux particules fines (près de 580 000 morts), de l’alcool (près de 430 000 morts), de la consommation excessive de sel, de viande transformée, de boissons sucrées et d’acides gras saturés (près de 400 000 morts).

Pourquoi comparer ces secteurs éloignés les uns des autres ? L’OMS Europe publie, mercredi 12 juin, un rapport basé sur 35 cas montrant comment les entreprises de ces secteurs industriels mettent en œuvre des pratiques quasi identiques pour façonner des systèmes entiers (sanitaires, politiques, économiques et médiatiques) dans leur propre intérêt. Avec des conséquences directes sur l’augmentation des maladies non transmissibles, c’est-à-dire essentiellement les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et les maladies respiratoires chroniques, qui sont responsables de 90 % des morts en Europe.

Ce rapport au ton très offensif se veut un plaidoyer concret à destination des parlementaires et décideurs européens nouvellement élus lors du scrutin du 9 juin« Nous permettons à ces industries de tirer profit des décès qu’elles provoquent et de retarder ou d’empêcher une réglementation efficace de leurs produits », commente Hans Kluge, directeur régional de l’OMS Europe.

« Ces industries trompent le monde »

La région affiche déjà les taux de consommation d’alcool les plus élevés au monde, parmi les taux de tabagisme les plus importants notamment chez les adolescents, et deux tiers des adultes européens sont considérés comme en surpoids ou obèses. « Ces industries trompent le monde par le biais de la philanthropie tout en vendant des produits nocifs ; elles financent des associations caritatives qui sensibilisent au cancer du sein et à d’autres dangers, tout en vendant de l’alcool qui cause ces mêmes dommages », argumente M. Kluge.

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Leurs tactiques consistent à exploiter les personnes vulnérables par des stratégies de marketing ciblées, à faire de fausses déclarations sur les avantages de leurs produits ou sur leur respect de l’environnement.

Les exemples convoqués dans le rapport sont à charge, issus d’épisodes plus ou moins récents dans différents pays européens. Concernant la France, les auteurs ciblent les modalités d’application de la loi Evin, adoptée en 1991 pour réglementer la publicité et la promotion des boissons alcoolisées, en particulier celles ciblant les jeunes. Au fil des ans, la liste des endroits où la promotion de l’alcool est autorisée a été élargie, réduisant ainsi le champ d’application de la législation. Par exemple, les espaces publics en 1994 et les médias numériques en 2009.

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L’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie documente régulièrement les tactiques que l’industrie de l’alcool a mises en œuvre pour saper la loi : diffusion de fausses informations, intimidation des groupes de défense, lobbying auprès des décideurs politiques, etc.

« Restreindre le marketing »

Plus récemment, l’industrie du tabac a profité de la pandémie de Covid-19 pour essayer de redorer sa réputation. En mars 2020, le directeur de la communication de la multinationale Philip Morris pour la Grèce a annoncé équiper les unités de soins intensifs grecques en ventilateurs pour « aider à aplanir la courbe », alors même que le tabagisme est un facteur aggravant de la maladie.

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Dans le secteur de la santé, les exemples de « pinkwashing » (le terme, associé à l’utilisation marketing de l’ouverture envers les LGBT, y est aussi employé) sont nombreux – qui consistent pour une marque à s’associer à la lutte contre le cancer du sein en arborant un ruban rose – tout en jouant sur la désinformation en parallèle. Une enquête, publiée en avril, du British Medical Journal a décrit comment des informations erronées sur ce cancer, favorables à l’industrie, apparaissent dans des documents destinés aux écoliers, produits par l’organisation caritative Talk About Trust, qui bénéficie d’un financement indirect de l’industrie de l’alcool.

« Pendant trop longtemps, nous avons considéré que les facteurs de risque étaient essentiellement liés à des choix individuels, a commenté Frank Vandenbroucke, le ministre belge des affaires sociales et de la santé publique en présentant le rapport à Bruxelles. Nous devons redéfinir le problème comme systémique, où la politique doit contrer les “environnements d’hyperconsommation”, restreindre le marketing et mettre fin à l’ingérence dans l’élaboration des politiques. »

Delphine Roucaute

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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