Des candidats RN dénoncent des climatologues trop alarmistes ou qui nient simplement les origines humaines du changement climatique.

Au RN, malgré les discours de façade, les climatosceptiques pris en flagrant déni

19 juin 2024 | Par Mickaël Correia et Lucie Delaporte

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Si le Rassemblement national et Reconquête s’affichent comme conscients du dérèglement climatique, leurs candidats aux législatives ne cessent de dénoncer des climatologues trop alarmistes ou nient simplement les origines humaines du changement climatique.

Officiellement, le Rassemblement national (RN) et Reconquête ne nient plus le dérèglement climatique, comme ils le faisaient encore il y a quelques années. Fini le temps où Marine Le Pen ironisait sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et mettait en doute la responsabilité humaine dans le changement climatique.

L’enjeu de la crédibilité – pointé enquête après enquête comme le principal handicap du parti dans l’opinion – les a forcés à infléchir leur discours.

« Je n’ai jamais été climatosceptique. J’ai un projet qui, précisément, tient compte de l’environnement, tient compte de l’écologie »affirmait en 2022Marine Le Pen en campagne. 

À 28 ans, Jordan Bardella est d’une génération de responsables d’extrême droite qui sait qu’elle ne peut plus s’enfermer dans le pur déni sur le sujet. Face à Hugo Clément, il avait assuré lors de la soirée organisée par Valeurs actuelles en avril 2023 que « les patriotes » ne pouvaient d’ailleurs pas « abandonner ce sujet à la gauche ».

Dans les faits, pourtant, le parti d’extrême droite laisse ses troupes entretenir un bruit de fond climatodénialiste qui séduit une grande partie de son électorat. Un RN encore et toujours dans le double discours. 

Le Giec attaqué de toute part

Une des cibles privilégiées des candidats RN aux prochaines législatives est le Giec, organisme qui depuis 1990 a publié six rapports d’évaluation du climat rédigés par des centaines de scientifiques des États membres de l’ONU.

Captures d’écran de posts climatosceptiques d’élus et candidats RN sur X. © Photomontage Mediapart

Porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale et député sortant du Loiret candidat à sa réélection, Thomas Ménagé a estimé en août 2023 sur France Inter que le dérèglement climatique est une réalité mais que l’on ne peut pas se « baser uniquement sur les données du Giec », considérant qu’ils « ont parfois tendance à exagérer ». « Si on suit bêtement les données du Giec, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français », a-t-il affirmé.

Problème : le Giec ne produit pas de données, mais effectue la synthèse de la littérature scientifique internationale sur les sciences physiques du climat, les conséquences du changement climatique ainsi que sur les solutions à déployer. Chacun des rapports reflète le consensus scientifique en matière climatique. Quant au résumé à l’attention des décideurs de chaque cycle de travail des expert·es, il est validé mot par mot avec les représentant·es des 195 pays membres du Giec, après d’âpres négociations.

Qu’importe. Florent de Kersauson, candidat RN dans la 2e circonscription du Morbihan, a promu sur le réseau social X en mai 2022 un ouvrage du climatosceptique notoire Christian Gerondeau, paru en 2022, avec ce commentaire : « À lire et relire : Les douze mensonges du Giec ou les douze façons de nous asservir. Débarrassons-nous des écolos et de tous ceux qui promeuvent leurs mensonges. » 

Jean-Michel Cadenas, membre du conseil national du RN et candidat en Mayenne, a assénéen septembre dernier que « le Giec tente de semer la panique partout ». Quant au candidat dans le Vaucluse, le catholique traditionaliste Hervé de Lépinau, il a tancé en décembre « les propagandistes du Giec », imaginant que, bientôt, ces scientifiques « suggéreront l’extermination de l’espèce humaine au motif qu’elle constituerait une catastrophe pour la biodiversité et le climat »,comme l’a relevé le site Conspiracy Watch

Nier le réchauffement 

Autre marotte des troupes RN : nier le fait établi, « sans équivoque » selon le Giec, que les activités humaines ont réchauffé la planète depuis 1750. Et que la Terre n’a jamais été aussi « chaude » depuis cent vingt-cinq mille ans, du fait de la croissance de la concentration de gaz à effet de serre, comme le COou le méthane, dans l’atmosphère.

Guillaume Bigot, éditorialiste de CNews, qui se présente sous la bannière LR-RN dans la 2ecirconscription du Territoire de Belfort, a affirméen mai 2019 sur X que « le réchauffement existe mais rien ne prouve que le CO2 en est la cause ».En juin 2019, il avançait, toujours sur X, que « le réchauffement est objet de débats scientifiques. Rien ne prouve l’effet de serre du CO2. Nos ancêtres ont connu des accroissements de température rapides et massifs sans conséquences dramatiques ».

Même son de cloche pour Arnaud Dassier, candidat soutenu par le RN dans la 4ecirconscription de Paris, qui en 2015 tweetait :« On ne sait pas si le réchauffement actuel a des causes humaines. Fin du débat. » Idem pour Olivier Monteil, qui se présente dans la 2ecirconscription des Hautes-Pyrénées. Ce dernier a fustigé en juin 2019 « la pensée unique et obligatoire d’un réchauffement climatique forcément causé par les hommes (comme si l’influence du Soleil était négligeable) » ou encore« les ayatollas [sic] du “réchauffement climatique” supposé causé par l’activité humaine ».

Dernier exemple : en juillet 2019, Rody Tolassy, candidat RN dans la 3e circonscription de Guadeloupe, a commenté, à propos d’un article du Parisien sur deux études publiées dans Natureet Nature Geoscience qui ont montré que les températures n’avaient jamais monté aussi rapidement en deux millénaires : « 2000 ans ? Exactement ? C’est le loto ? C’est ce genre d’article que sortent les anti-RN ! Le thermomètre a vu le jour à la fin du XVIe siècle. Doucement dans la manipulation, Le Parisien. » Apparemment, Rody Tolassy n’a pas lu que les conclusions des scientifiques étaient basées sur « plus de 700 indicateurs naturels, comme des anneaux d’arbres, des carottes de glace, des coraux ou encore des thermomètres modernes ».

Captures d’écran de posts climatosceptiques d’élus et candidats RN sur X. © Photomontage Mediapart

Pis, certains membres du RN vont jusqu’à nier l’existence même d’un réchauffement planétaire à l’instar de Grégoire de Fournas, candidat RN en Gironde, qui a posté en juin 2016 : « Les inondations à Paris seraient dues au réchauffement climatique. Il dure donc depuis 1910 ce réchauffement ? » Puis en mars 2020 : « Le réchauffement climatique… #neigeauprintemps »,au-dessus d’une vidéo de vignes sous la neige.

Ivanka Dimitrova, qui brigue la 1recirconscription de Seine-et-Marne, a même, en novembre, dénoncé un « un hypothétique “réchauffement climatique” ».

Christophe Barthès, chantre du climatoscepticisme

Candidat à sa réélection dans la 1recirconscription de l’Aude, Christophe Barthès est connu pour ses nombreuses sorties circonspectes sur le dérèglement climatique.

La dernière remonte à janvier où, sur le réseau X, et face à la chute des températures dans l’Hexagone, il poste une photo de sa fenêtre où tombe la neige avec ce commentaire : « Réchauffement climatique ? Ou dérèglement climatique ? Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec − 43 °C. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec. Ils ne se sont toujours pas manifestés », ironise-t-il. Il s’attire immédiatement les foudres des scientifiques, lui rappelant la différence entre météo et climat – dont celles de Serge Zaka, lui répliquant sur X que la France avait connu en 2023 « 2 500 records de chaleur pour 40 de froid ».

Une nouvelle religion est née : l’écologisme avec ses prophètes de malheur et son Divin Enfant Greta Thunberg.

Edwige Diaz, députée RN de Gironde

Pris en flagrant délit de climatoscepticisme, plus tout à fait conforme à la ligne officielle du parti, Christophe Barthès avait finalement argué d’une « provocation pour énerver les gauchistes ».

Depuis longtemps, l’agriculteur et viticulteur se pose en tout cas beaucoup de questions sur le réchauffement global. « Mais est-ce l’effet de l’homme ? Peut-être que oui, peut-être que nonexpliquait-il au Monde. Est-ce que la sécheresse s’installe ou est-ce que ce sont des cycles ? Si vous le dites, vous passez pour un climatosceptique. Il y a longtemps, on a déjà eu de grosses inondations : ça marche par cycles. La chaleur, c’est peut-être pareil. On ne peut pas nier que le changement climatique est là, mais pour combien de temps ? Je ne sais pas. Peut-être que plus tard, pendant dix ans, il pleuvra tous les jours ? Moi, je ne suis pas expert. »

Alors que le Giec préconise de baisser la consommation de viande, eu égard à son impact sur le réchauffement climatique, Christophe Barthès se plaît à poser à l’Assemblée nationale avec la revue Boucherie française devant le député insoumis végétarien Aymeric Caron. Une communication tout droit issue des youtubeurs d’extrême droite qui se filment en train de manger des entrecôtes pour emmerder les « hommes-soja ».

Accents complotistes et nouvelle religion du climat

Figure montante du RN, la députée de Gironde – région qui a connu en 2022 les pires incendies jamais vus dans l’Hexagone – Edwige Diaz avait fait un communiqué de presse le 9 juillet 2019 où elle dénonçait le « catastrophisme écologique nommé “urgence climatique”. À l’origine de ce “dérèglement climatique”, un seul responsable : l’homme et son comportement climaticide ».

« Toute personne n’adhérant pas à cette propagande alarmiste est qualifiée au mieux de climatosceptique, au pire de néonégationniste. Une nouvelle religion est née : l’écologisme avec ses prophètes de malheur et son Divin Enfant Greta Thunberg », s’enflamme-t-elle.À lire aussiLe Rassemblement national s’enracine dans une écologie démagogique et identitaire

Ensuite, avec des accents complotistes, la candidate à la députation affirme que « l’hypothèse d’un changement climatique sert des intérêts particuliers au service d’un green business très juteux et une idéologie majoritairement rejetée par les Français : apologie d’un gouvernement mondial, contrainte d’accueil de réfugiés climatiques, financement d’études coûteuses ».

Du côté de Reconquête, Éric Zemmour n’a cessé, du Figaro au plateau de CNews, de mettre en doute la réalité et/ou la gravité du dérèglement climatique. « Je trouve toujours curieux que des scientifiques nous expliquent qu’une augmentation de température de 1,5 °C provoque des catastrophes absolument apocalyptiques et incalculables et que l’homme ne s’adaptera jamais à ça, alors que l’homme est depuis des millions d’années la seule espèce qui s’adapte à toutes les températures », affirmait-il sur le plateau de CNews, en juin 2021.

Lui aussi parle de « la nouvelle religion du climat », reprenant la rhétorique commune des candidats d’extrême droite consistant à faire de l’écologie une « religion », donc, aussi sectaire qu’opposée au règne de la raison. Une vulgate qui s’est nourrie notamment des best-sellers de Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l’Apocalypse(2011, Grasset) et de Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique (Grasset, 1993).

En résumé, les grandes idéologies du XXsiècle sont mortes et ont donné lieu à une nouvelle illusion mortifère et culpabilisante : l’écologisme. Les scientifiques qui travaillent sur le climat ne feraient que propager ce nouveau dogme. 

Une rhétorique réactionnaire et antiscience qui s’effrite chaque jour un peu plus face à la réalité du mur climatique. Mai 2024 a été le mois de mai le plus chaud jamais enregistré, marquant le douzième mois consécutif à connaître un tel record. Et la réactualisation des indicateurs clés du climat publiés début juin a encore dévoilé que la planète est en surchauffe à un rythme « sans précédent ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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