« Au CHU d’Orléans : « RN ou pas, ça ne changera rien pour nous » »
LIBERATION Date de publication : 20 juin 2024
C’est ce que titre Libération, qui constate que « les soignants du centre hospitalier universitaire semblent résignés ou indifférents à la possible arrivée au pouvoir du parti d’extrême droite ».
Nathalie Raulin observe que « dans l’enceinte du vaste centre hospitalier, les blouses blanches pressées vont et viennent, comme si de rien n’était. Nul ne semble vraiment affecté par les évènements nationaux »
Christophe Dela, délégué CFDT du CHU, déclare : « Il y a dix ans, s’il y avait eu un risque que l’extrême droite arrive au pouvoir, on aurait croulé sous les appels de soignants prêts à se mobiliser. Depuis la dissolution, on nous a posé quelques questions sur ce que ça changerait pour les conditions de travail ou la retraite. C’est tout. C’est fou. Il y a un désamour du politique comme je n’ai jamais vu ».
La journaliste note que « la crise Covid est passée par là. C’est qu’en dépit de la mobilisation sans faille des soignants durant la pandémie, la promesse du chef de l’Etat de relever l’hôpital est restée lettre morte, actant aux yeux des déçus l’impuissance des gouvernants. Depuis, les vies s’abîment dans l’indifférence générale, accentuant le repli sur soi. Désormais, c’est désintérêt pour désintérêt ».
Une aide-soignante remarque : « On a été abandonnées. On n’est pas assez nombreuses, et tout le monde s’en moque. On s’épuise au quotidien et, avec la hausse des prix, la vie est toujours plus difficile. On y laisse notre santé physique et mentale. RN ou pas, ça ne changera rien pour nous. Aucune de nous n’ira voter ».
Nathalie Raulin note que « de son côté, le corps médical fait le dos rond. La dissolution en a «sidéré» beaucoup. Mais ceux qu’on croise disent ne pas avoir «de motivation à agir» ». Un urgentiste observe : « On ne sent pas de stress. Personne n’exprime rien. Ce n’est pas un sujet de conversation dans les services ».
La journaliste relève que « la surcharge de travail y est pour beaucoup. «Tous mes collègues ont la tête dans le guidon», témoigne un psychiatre en oncologie qui, arrivé de Paris en septembre, a découvert ahuri «la grande souffrance» du Loiret ».
Ce dernier déclare : « Jamais je n’ai vu des gens arrivés à l’hôpital avec des cancers si avancés. Le non-recours au soin ou l’errance médicale à ce point, on ne connaît pas à Paris. Malgré cela, on continue de fermer des lits à l’hôpital… ».
Un médecin hématologue remarque pour sa part : « Il faudrait avoir peur ? Mais peur de quoi ? Ce seront des élus comme les autres, qui renieront leur programme comme les autres. La priorité nationale, c’est inepte. Ils ne le feront pas. On manque déjà tellement de médecins et d’infirmières à l’hôpital qu’ils y réfléchiront à deux fois avant de virer les étrangers qui y travaillent. […] Refuser de soigner des gens au prétexte qu’ils sont sans papiers et démunis est inhumain. Ce serait un casus belli avec la profession ».
Reportage
Au CHU d’Orléans : «RN ou pas, ça ne changera rien pour nous»
Article réservé aux abonnés
Elections législatives 2024dossier
Les soignants du centre hospitalier universitaire semblent résignés ou indifférents à la possible arrivée au pouvoir du parti d’extrême droite.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/JVDE4TDPCNA7BJAEG5L66JS6XU.jpg)
par Nathalie Raulin
publié aujourd’hui à 8h30
«Salut les gars ! Votez bien !» Devant l’entrée centrale du Centre hospitalier universitaire d’Orléans, un petit groupe d’agents ouvriers se sépare joyeusement. La dissolution brutale de l’Assemblée nationale décidée en haut lieu pour des raisons nébuleuses fait leur affaire. «Macron a foutu le bordel et ça me plaît bien,rigole l’un des trois hommes restés sur place. Il veut sans doute démissionner pour pouvoir se représenter. Mais cela ne va pas se passer comme cela. Le peuple va parler.» Lui trouve le moment idéal. Dans ce département du Loiret, frappé de plein fouet par la désertification médicale, Jordan Bardella vient de plier le match des européennes en engrangeant 35 % des suffrages, plus du double de la liste soutenue par l’Elysée, près de trois fois le score de celle emmenée par le socialiste Raphaël Glucksmann. Même à Orléans, ville traditionnellement rétive aux extrêmes, le RN a pour la première fois décroché la pole position. En guise d’explication, le fonctionnaire hospitalier désigne l’immense bâtiment moderne qui abrite une panoplie enviée de services de soins. «Notre hôpital, c’est de