Législatives 2024 : pourquoi le rejet de l’écologie est-il un moteur du vote pour le Rassemblement national ?
« Questions de campagne ». Après avoir longtemps délaissé les questions environnementales, le parti d’extrême droite a fait de la dénonciation d’une supposée « écologie punitive » sa nouvelle arme électorale.
Par Matthieu GoarPublié aujourd’hui à 05h15, modifié à 09h52 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/06/19/legislatives-2024-le-rejet-de-l-ecologie-est-il-un-moteur-du-vote-pour-le-rassemblement-national_6241187_3244.html
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Le 1er mai 2024, date toujours importante pour les héritiers du Front national, Marine Le Pen délivre son traditionnel discours à Perpignan. Derrière un pupitre et à côté d’un drapeau français, elle déroule les thématiques cruciales pour le Rassemblement national (RN) avant les élections européennes. Et l’écologie y tient une place de choix.
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle tempête contre « Bruxelles » qui « vous oblige, presque du jour au lendemain, à changer votre chaudière pour 15 000 euros », contre les « diminutions autoritaires des surfaces agricoles », contre cette « Commission européenne sans cœur ».
« N’ont-ils pas comme objectif la réduction de l’activité humaine dans son ensemble, lance-t-elle avant d’entremêler ses obsessions à la vie quotidienne des Français, une stratégie qui a porté le RN aux portes du pouvoir. C’est toujours la même logique de la décroissance qui les conduit à interdire la vente des moteurs thermiques en 2035 et programme ainsi volontairement la mise à sac de notre industrie automobile et la dépendance à la Chine. »
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« Localisme »
Longtemps invisibilisés ou moqués, les enjeux environnementaux font maintenant partie intégrante de l’arsenal tribunicien du RN. Après avoir tenté de construire sa propre doctrine sur ces sujets avec le « localisme », un concept issu de l’extrême droite identitaire, la formation populiste a décidé de mettre en place une tactique plus basique : repérer les sujets de crispation et surfer sur les ressentiments et les tensions générés par la transition écologique.
« Au moment de la crise des “gilets jaunes”, le RN a compris que la question climatique pouvait commencer à perturber la vie quotidienne et donc créer du mécontentement », résume Théodore Tallent, chercheur doctorant et enseignant à Sciences Po, auteur d’une récente note pour la Fondation Jean Jaurès sur le risque de backlash, c’est-à-dire le raidissement des opinions face à l’ampleur du défi. « Cela leur permet de trouver un nouveau moyen de critiquer Bruxelles, les élites, de prendre la défense des “petits” qui seraient opprimés par les “puissants”… », poursuit-il.
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Lors des élections régionales 2021, Marine Le Pen s’était ainsi dressée contre les éoliennes, « un combat majeur (…), une catastrophe, visuelle, écologique, économique ». Depuis 2021 et le vote de la loi Climat et résilience, ses proches ont dénoncé pêle-mêle les zones à faible émission, le zéro artificialisation net avant de se jeter sur les barrages de la récente crise agricole pendant laquelle Jordan Bardella, président du RN, vitupérait contre « la tyrannie des ONG, le gouvernement des juges et l’Europe ».
« Bobos déconnectés »
Une façon de fédérer les sympathisants déjà convaincus – au sein des trois blocs, les pro-RN restent les plus sceptiques sur l’origine humaine du réchauffement climatique (48 %), selon l’enquête « Fractures françaises » d’Ipsos-Sopra Steria publiée le 9 octobre dans Le Monde. Mais aussi une manière d’agglomérer un électorat plus large. « Une grande majorité de Français ne nient pas le changement climatique, mais de larges pans ont souvent l’impression que les mesures envisagées sont portées par des milieux soi-disant “bobos déconnectés”, une opinion sur laquelle appuie le RN, analyse Brice Teinturier, délégué général de l’institut Ipsos. Il y a un besoin de protection qui traverse toute la société. Le RN joue là-dessus, sur l’immigration, sur la sécurité, mais aussi sur les normes en disant qu’ils veulent protéger les Français des “délires” de Bruxelles. »
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Lors de la campagne des élections européennes, Jordan Bardella a ainsi répété son opposition au Green Deal, l’ensemble des textes européens votés depuis 2019 pour mettre l’Union européenne sur la voie d’une baisse de 55 % de baisse des émissions de gaz à effet de serre en 2030. Favorable au tout-nucléaire, il a aussi promis d’imposer un moratoire sur les énergies renouvelables et de revenir sur la fin de la vente des véhicules neufs à moteur thermique en 2035 pour protéger la « ruralité » et « la vieille grand-mère qui va acheter le pain avec sa 206 », selon les mots de Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme, lors d’un débat le 16 avril.
« Vu les niveaux de préoccupations sur des questions comme le pouvoir d’achat, l’immigration ou la sécurité avec une guerre en Europe, la question écologique est un argument de tribune plutôt qu’un moteur décisif pour l’extrême droite, mais cela crée une ambiance dans un dessein plus global de dénonciation », décrypte Thierry Pech, directeur général de l’institut Terra Nova.
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« Le GIEC a toujours été alarmiste » pour Marine Le Pen
Même si les critiques contre les scientifiques et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) existent toujours – « Le GIEC a toujours été alarmiste », avait déclaré Mme Le Pen le 1er mai 2023, le Rassemblement national développe maintenant une forme de « climato-rassurisme », en opposant sur chaque sujet une « écologie du bon sens » contre une écologie décrite comme « punitive ».
L’objectif est de récolter le vent de défiance au sein de catégories de la population inquiètes des changements de modes de vie, notamment sur des terres plus modérées comme la Bretagne où il a réalisé des scores historiques le 9 juin (25,6 %). « Le RN exploite et instrumentalise l’angoisse créée par les évolutions rendues nécessaires par le défi climatique, ils chantent une douce musique, estime Loïg Chesnais-Girard, président de la région et ancien socialiste. Sur le recul du trait de côte, sur la baisse des rendements agricoles, ils rassurent en disant à tout le monde qu’on a le temps, tout en se précipitant au chevet des colères. »
Derrière cette agitation politique, les députés du RN occupent le terrain à l’Assemblée nationale, mais semblent naviguer à vue au moment des votes (abstention puis rejet des prix planchers sur les produits agricoles, abstention puis rejet du projet de loi sur la sûreté nucléaire…). « Ils n’ont pas de colonne vertébrale et s’emparent donc des sujets en fonction de l’actualité. C’est plus facile d’échanger avec des écologistes qui ont une pensée structurée », résume Jean-Marc Zulesi, ancien président de la commission du développement durable et candidat Renaissance dans les Bouches-du-Rhône. Contactés, deux cadres du RN spécialisés sur ces enjeux n’ont pas souhaité répondre à nos questions.
L’acceptabilité par les citoyens
Cette évolution au sein du RN, similaire à celles de nombreux partis d’extrême droite en Europe, arrive à un moment très particulier pour la transition écologique, celui de la mise en œuvre des textes votés en Europe ou en France. Une récupération qui met en lumière l’importance d’un des défis majeurs de la transition : l’acceptabilité par les citoyens.
Dans une étude publiée le 4 décembre 2023 dans l’American Political Social Review, plusieurs chercheurs ont montré qu’un « accord de transition juste », noué en Espagne pour éliminer progressivement l’exploitation minière du charbon tout en mettant en place un soutien aux travailleurs, a permis au Parti socialiste d’augmenter son assise électorale dans les municipalités minières.
« Cette poussée électorale de l’extrême droite pose l’immense question de l’accompagnement social de la transition, poursuit Théodore Tallent. Les populistes alimentent le backlash en jouant sur des ressorts émotionnels, et le risque serait que cela infuse dans d’autres partis, ce qui serait catastrophique pour le climat. »
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Bousculée par les extrêmes droites, l’aile la plus droitière du PPE avait fini par pousser la majorité du Parlement européen à temporiser sur des textes du Green Deal. Ensuite, au moment de la crise agricole, de nombreux dirigeants ont reculé sur les normes puis sur les critères environnementaux de la politique agricole commune, par peur de subir une défaite au moment des élections.
« La situation est très inquiétante et doit aussi interroger la gauche : avec un tel risque populiste, ne faut-il pas arrêter de culpabiliser une mère de famille qui élève seule ses enfants si elle roule en voiture diesel ? Nous ne sauverons pas la planète en sacrifiant la démocratie », conclut M. Chesnais-Girard. Une défiance des citoyens, une instrumentalisation par l’extrême droite, une contamination aux autres formations politiques… Ce cocktail politique s’annonce explosif pour la transition écologique.
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
Dénoncer les propos alarmistes du GIEC, comme le fait Marine Le Pen, c’est une forme de complotisme
Au RN, malgré les discours de façade, les climatosceptiques pris en flagrant déni
19 juin 2024 | Par Mickaël Correia et Lucie Delaporte
Si le Rassemblement national et Reconquête s’affichent comme conscients du dérèglement climatique, leurs candidats aux législatives ne cessent de dénoncer des climatologues trop alarmistes ou nient simplement les origines humaines du changement climatique.
Officiellement, le Rassemblement national (RN) et Reconquête ne nient plus le dérèglement climatique, comme ils le faisaient encore il y a quelques années. Fini le temps où Marine Le Pen ironisait sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et mettait en doute la responsabilité humaine dans le changement climatique.
L’enjeu de la crédibilité – pointé enquête après enquête comme le principal handicap du parti dans l’opinion – les a forcés à infléchir leur discours.
« Je n’ai jamais été climatosceptique. J’ai un projet qui, précisément, tient compte de l’environnement, tient compte de l’écologie », affirmait en 2022Marine Le Pen en campagne.
À 28 ans, Jordan Bardella est d’une génération de responsables d’extrême droite qui sait qu’elle ne peut plus s’enfermer dans le pur déni sur le sujet. Face à Hugo Clément, il avait assuré lors de la soirée organisée par Valeurs actuelles en avril 2023 que « les patriotes » ne pouvaient d’ailleurs pas « abandonner ce sujet à la gauche ».
Dans les faits, pourtant, le parti d’extrême droite laisse ses troupes entretenir un bruit de fond climatodénialiste qui séduit une grande partie de son électorat. Un RN encore et toujours dans le double discours.
Le Giec attaqué de toute part
Une des cibles privilégiées des candidats RN aux prochaines législatives est le Giec, organisme qui depuis 1990 a publié six rapports d’évaluation du climat rédigés par des centaines de scientifiques des États membres de l’ONU.

Captures d’écran de posts climatosceptiques d’élus et candidats RN sur X. © Photomontage Mediapart
Captures d’écran de posts climatosceptiques d’élus et candidats RN sur X. © Photomontage Mediapart
Porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale et député sortant du Loiret candidat à sa réélection, Thomas Ménagé a estimé en août 2023 sur France Inter que le dérèglement climatique est une réalité mais que l’on ne peut pas se « baser uniquement sur les données du Giec », considérant qu’ils « ont parfois tendance à exagérer ». « Si on suit bêtement les données du Giec, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français », a-t-il affirmé.
Problème : le Giec ne produit pas de données, mais effectue la synthèse de la littérature scientifique internationale sur les sciences physiques du climat, les conséquences du changement climatique ainsi que sur les solutions à déployer. Chacun des rapports reflète le consensus scientifique en matière climatique. Quant au résumé à l’attention des décideurs de chaque cycle de travail des expert·es, il est validé mot par mot avec les représentant·es des 195 pays membres du Giec, après d’âpres négociations.
Qu’importe. Florent de Kersauson, candidat RN dans la 2e circonscription du Morbihan, a promu sur le réseau social X en mai 2022 un ouvrage du climatosceptique notoire Christian Gerondeau, paru en 2022, avec ce commentaire : « À lire et relire : Les douze mensonges du Giec ou les douze façons de nous asservir. Débarrassons-nous des écolos et de tous ceux qui promeuvent leurs mensonges. »
Jean-Michel Cadenas, membre du conseil national du RN et candidat en Mayenne, a assénéen septembre dernier que « le Giec tente de semer la panique partout ». Quant au candidat dans le Vaucluse, le catholique traditionaliste Hervé de Lépinau, il a tancé en décembre « les propagandistes du Giec », imaginant que, bientôt, ces scientifiques « suggéreront l’extermination de l’espèce humaine au motif qu’elle constituerait une catastrophe pour la biodiversité et le climat »,comme l’a relevé le site Conspiracy Watch.
Nier le réchauffement
Autre marotte des troupes RN : nier le fait établi, « sans équivoque » selon le Giec, que les activités humaines ont réchauffé la planète depuis 1750. Et que la Terre n’a jamais été aussi « chaude » depuis cent vingt-cinq mille ans, du fait de la croissance de la concentration de gaz à effet de serre, comme le CO2 ou le méthane, dans l’atmosphère.
Guillaume Bigot, éditorialiste de CNews, qui se présente sous la bannière LR-RN dans la 2ecirconscription du Territoire de Belfort, a affirméen mai 2019 sur X que « le réchauffement existe mais rien ne prouve que le CO2 en est la cause ».En juin 2019, il avançait, toujours sur X, que « le réchauffement est objet de débats scientifiques. Rien ne prouve l’effet de serre du CO2. Nos ancêtres ont connu des accroissements de température rapides et massifs sans conséquences dramatiques ».
Même son de cloche pour Arnaud Dassier, candidat soutenu par le RN dans la 4ecirconscription de Paris, qui en 2015 tweetait :« On ne sait pas si le réchauffement actuel a des causes humaines. Fin du débat. » Idem pour Olivier Monteil, qui se présente dans la 2ecirconscription des Hautes-Pyrénées. Ce dernier a fustigé en juin 2019 « la pensée unique et obligatoire d’un réchauffement climatique forcément causé par les hommes (comme si l’influence du Soleil était négligeable) » ou encore, « les ayatollas [sic] du “réchauffement climatique” supposé causé par l’activité humaine ».
Dernier exemple : en juillet 2019, Rody Tolassy, candidat RN dans la 3e circonscription de Guadeloupe, a commenté, à propos d’un article du Parisien sur deux études publiées dans Natureet Nature Geoscience qui ont montré que les températures n’avaient jamais monté aussi rapidement en deux millénaires : « 2000 ans ? Exactement ? C’est le loto ? C’est ce genre d’article que sortent les anti-RN ! Le thermomètre a vu le jour à la fin du XVIe siècle. Doucement dans la manipulation, Le Parisien. » Apparemment, Rody Tolassy n’a pas lu que les conclusions des scientifiques étaient basées sur « plus de 700 indicateurs naturels, comme des anneaux d’arbres, des carottes de glace, des coraux ou encore des thermomètres modernes ».

Captures d’écran de posts climatosceptiques d’élus et candidats RN sur X. © Photomontage Mediapart
Captures d’écran de posts climatosceptiques d’élus et candidats RN sur X. © Photomontage Mediapart
Pis, certains membres du RN vont jusqu’à nier l’existence même d’un réchauffement planétaire à l’instar de Grégoire de Fournas, candidat RN en Gironde, qui a posté en juin 2016 : « Les inondations à Paris seraient dues au réchauffement climatique. Il dure donc depuis 1910 ce réchauffement ? » Puis en mars 2020 : « Le réchauffement climatique… #neigeauprintemps »,au-dessus d’une vidéo de vignes sous la neige.
Ivanka Dimitrova, qui brigue la 1recirconscription de Seine-et-Marne, a même, en novembre, dénoncé un « un hypothétique “réchauffement climatique” ».
Christophe Barthès, chantre du climatoscepticisme
Candidat à sa réélection dans la 1recirconscription de l’Aude, Christophe Barthès est connu pour ses nombreuses sorties circonspectes sur le dérèglement climatique.
La dernière remonte à janvier où, sur le réseau X, et face à la chute des températures dans l’Hexagone, il poste une photo de sa fenêtre où tombe la neige avec ce commentaire : « Réchauffement climatique ? Ou dérèglement climatique ? Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec − 43 °C. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec. Ils ne se sont toujours pas manifestés », ironise-t-il. Il s’attire immédiatement les foudres des scientifiques, lui rappelant la différence entre météo et climat – dont celles de Serge Zaka, lui répliquant sur X que la France avait connu en 2023 « 2 500 records de chaleur pour 40 de froid ».
Une nouvelle religion est née : l’écologisme avec ses prophètes de malheur et son Divin Enfant Greta Thunberg.
Edwige Diaz, députée RN de Gironde
Pris en flagrant délit de climatoscepticisme, plus tout à fait conforme à la ligne officielle du parti, Christophe Barthès avait finalement argué d’une « provocation pour énerver les gauchistes ».
Depuis longtemps, l’agriculteur et viticulteur se pose en tout cas beaucoup de questions sur le réchauffement global. « Mais est-ce l’effet de l’homme ? Peut-être que oui, peut-être que non, expliquait-il au Monde. Est-ce que la sécheresse s’installe ou est-ce que ce sont des cycles ? Si vous le dites, vous passez pour un climatosceptique. Il y a longtemps, on a déjà eu de grosses inondations : ça marche par cycles. La chaleur, c’est peut-être pareil. On ne peut pas nier que le changement climatique est là, mais pour combien de temps ? Je ne sais pas. Peut-être que plus tard, pendant dix ans, il pleuvra tous les jours ? Moi, je ne suis pas expert. »
Alors que le Giec préconise de baisser la consommation de viande, eu égard à son impact sur le réchauffement climatique, Christophe Barthès se plaît à poser à l’Assemblée nationale avec la revue Boucherie française devant le député insoumis végétarien Aymeric Caron. Une communication tout droit issue des youtubeurs d’extrême droite qui se filment en train de manger des entrecôtes pour emmerder les « hommes-soja ».
Accents complotistes et nouvelle religion du climat
Figure montante du RN, la députée de Gironde – région qui a connu en 2022 les pires incendies jamais vus dans l’Hexagone – Edwige Diaz avait fait un communiqué de presse le 9 juillet 2019 où elle dénonçait le « catastrophisme écologique nommé “urgence climatique”. À l’origine de ce “dérèglement climatique”, un seul responsable : l’homme et son comportement climaticide ».
« Toute personne n’adhérant pas à cette propagande alarmiste est qualifiée au mieux de climatosceptique, au pire de néonégationniste. Une nouvelle religion est née : l’écologisme avec ses prophètes de malheur et son Divin Enfant Greta Thunberg », s’enflamme-t-elle.À lire aussiLe Rassemblement national s’enracine dans une écologie démagogique et identitaire
Ensuite, avec des accents complotistes, la candidate à la députation affirme que « l’hypothèse d’un changement climatique sert des intérêts particuliers au service d’un green business très juteux et une idéologie majoritairement rejetée par les Français : apologie d’un gouvernement mondial, contrainte d’accueil de réfugiés climatiques, financement d’études coûteuses ».
Du côté de Reconquête, Éric Zemmour n’a cessé, du Figaro au plateau de CNews, de mettre en doute la réalité et/ou la gravité du dérèglement climatique. « Je trouve toujours curieux que des scientifiques nous expliquent qu’une augmentation de température de 1,5 °C provoque des catastrophes absolument apocalyptiques et incalculables et que l’homme ne s’adaptera jamais à ça, alors que l’homme est depuis des millions d’années la seule espèce qui s’adapte à toutes les températures », affirmait-il sur le plateau de CNews, en juin 2021.
Lui aussi parle de « la nouvelle religion du climat », reprenant la rhétorique commune des candidats d’extrême droite consistant à faire de l’écologie une « religion », donc, aussi sectaire qu’opposée au règne de la raison. Une vulgate qui s’est nourrie notamment des best-sellers de Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l’Apocalypse(2011, Grasset) et de Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique (Grasset, 1993).
En résumé, les grandes idéologies du XXe siècle sont mortes et ont donné lieu à une nouvelle illusion mortifère et culpabilisante : l’écologisme. Les scientifiques qui travaillent sur le climat ne feraient que propager ce nouveau dogme.
Une rhétorique réactionnaire et antiscience qui s’effrite chaque jour un peu plus face à la réalité du mur climatique. Mai 2024 a été le mois de mai le plus chaud jamais enregistré, marquant le douzième mois consécutif à connaître un tel record. Et la réactualisation des indicateurs clés du climat publiés début juin a encore dévoilé que la planète est en surchauffe à un rythme « sans précédent ».