Elections législatives : face au RN, les syndicats réagissent en ordre dispersé
Après une réunion des huit principales organisations de salariés, lundi 10 juin, cinq d’entre elles, la CFDT, la CGT, la FSU, Solidaires et l’UNSA, ont signé une déclaration commune, appelant à manifester le week-end du 15 juin. La CFTC, FO et la CFE-CGC invoquent, pour leur part, une forme de neutralité.
Par Bertrand Bissuel et Thibaud MétaisPublié le 11 juin 2024 à 14h49, modifié le 11 juin 2024 à 17h13
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Les uns appellent à descendre dans la rue, les autres se tiennent à distance – sans pour autant rester indifférents. Alors que l’extrême droite est en situation de force dans la perspective des élections législatives des 30 juin et 7 juillet, les syndicats réagissent de manière dispersée. Dans la soirée du lundi 10 juin, un bloc, formé par la CFDT, la CGT, la FSU, Solidaires et l’UNSA, a publié un communiqué pour exhorter la population à « manifester le plus largement possible »le week-end du 15 et 16 juin, sans donner de date ni de lieu précis, à ce stade. La CFE-CGC, la CFTC et Force ouvrière (FO) ont décidé, pour leur part, de ne pas s’associer à cette mobilisation, la jugeant trop politique à leur goût.
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La déclaration commune diffusée lundi soir a été élaborée pendant une réunion des responsables des huit principales organisations de salariés qui s’est tenue au siège de la CGT, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Ce rendez-vous, qui avait été programmé il y a un peu plus de deux mois, s’est déroulé avec un ordre du jour chamboulé par la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer les électeurs aux urnes. Les dirigeants présents ont consacré une large partie de leurs échanges à l’idée d’une riposte collective contre le Rassemblement national (RN), qui aborde le scrutin à venir avec le vent dans le dos, après sa nette victoire aux élections européennes, dimanche 9 juin.
Sans surprise, les débats entre leaders syndicaux ont confirmé qu’il n’y avait pas de position commune sur le sujet. Les cinq organisations qui appellent à battre le pavé ce week-end avaient déjà participé ensemble à des initiatives contre les thèses d’extrême droite. Il est donc logique de les voir cosigner un texte qui pousse en faveur d’un « sursaut démocratique et social » tout en sonnant le tocsin face au « danger » représenté par la formation de Marine Le Pen.
« Nous ne faisons pas de politique »
La déclaration qu’elles ont paraphée ne contient aucune consigne de vote. Elle énumère une dizaine de revendications, qui entendent répondre aux « aspirations » des travailleurs ainsi qu’à « l’urgence sociale et climatique » : « augmenter les salaires », « revenir sur la réforme des retraites », « taxer les superprofits, dividendes et rachats d’actions », « instaurer enfin l’égalité salariale [entre les femmes et les hommes] »… Le « club des cinq » exige également que l’exécutif renonce à la réforme de l’assurance-chômage, qui durcit les règles d’indemnisation par le biais d’un décret sur le point d’être publié au Journal officiel. Il est nécessaire, aux yeux des auteurs de ce communiqué commun, de porter des « alternatives de progrès », faute de quoi « l’extrême droite arrivera au pouvoir ».
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Les trois confédérations qui ne souscrivent pas à cette démarche invoquent une forme de neutralité ou le désir de préserver leur indépendance. « Nous ne faisons pas de politique et ne commentons jamais les résultats électoraux », confie Cyril Chabanier. Le président de la CFTC considère que son syndicat n’a pas vocation à soutenir des appels à manifester, qui peuvent, par ailleurs, s’avérer « contre-productifs ». Frédéric Souillot, le secrétaire général de FO, développe un discours relativement similaire, tout en rappelant que sa centrale a réaffirmé, lundi, dans un communiqué, son opposition au racisme et au rejet de l’autre, ainsi que son attachement aux valeurs républicaines.
« Cela ne surprend personne que je ne sois pas en capacité de signer ce texte rédigé par cinq organisations, enchaîne François Hommeril, le numéro un de la CFE-CGC. C’est presque contraire à nos statuts. Notre confédération a fait son propre communiqué, qui en appelle à la vigilance et au discernement. Je suis allé au bout de ce que je peux faire sur ce point. » Il ajoute que chacun connaît et accepte « les usages de tous » : « C’est plutôt un signe de maturité entre nous. »
« Revendications fortes »
Un propos dans lequel se retrouve Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT. Elle explique que « le dialogue entre les huit organisations s’est déroulé dans un climat apaisé », lundi soir. « Nous fonctionnons ensemble depuis suffisamment longtemps pour respecter nos différences », poursuit-elle.
« La rencontre s’est déroulée dans un bon état d’esprit, confirme Murielle Guilbert, codéléguée générale de Solidaires. Nous savions que les chances d’aboutir à une expression unanime sur le RN étaient minces. C’était connu et ça n’a pas soulevé de difficulté. » Ce qui est positif, c’est que cinq organisations représentant une large partie du salariat se sont entendues sur des « revendications fortes » dans un moment d’une grande « gravité », complète Benoît Teste, le secrétaire général de la FSU.
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Mme Binet souligne que, en dépit de leurs divergences d’appréciation sur l’attitude à adopter face au RN, les syndicats demeurent soudés contre la réforme de l’assurance-chômage, puisqu’ils réclament « unanimement son abandon ». « C’est d’ailleurs baroque de constater que le gouvernement s’accroche à ce projet, d’un point de vue démocratique, estime la secrétaire générale de la CGT. Il prend des mesures d’une grande violence contre les demandeurs d’emploi, en empêchant l’Assemblée nationale d’exercer son contrôle. » Une allusion à la proposition de loi du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires au Palais-Bourbon : il était prévu que ce texte, qui cherche à détricoter la réforme de l’assurance-chômage, soit discuté en séance jeudi 13 juin, mais l’examen n’aura pas lieu, du fait de la dissolution.