Législatives : y-aura-t-il un « front républicain » médical ?
Quentin Haroche| 12 Juin 2024
Paris – Le Rassemblement National (RN) caracole en tête des sondages pour les prochaines législatives anticipées. Les médecins, traditionnellement réputés hostiles aux idées de l’extrême-droite, peinent pour le moment à se mobiliser.
Jamais dans l’histoire de la Vème République l’extrême-droite n’avait été aussi proche de s’emparer du pouvoir. A la suite de la victoire triomphale du Rassemblement National (RN) à l’élection européenne de dimanche (32 % des suffrages), le Président de la République Emmanuel l’Assemblée Macron a en effet pris la décision surprise de dissoudre Nationale et, si l’on en croit les sondages, le Rassemblement National est bien parti pour remporter la majorité des sièges lors des élections législatives qui se tiendront les 30 juin et 7 juillet prochain.
Rien n’est joué cependant et peut-être les médecins auront-ils leur rôle à jouer dans cette campagne électorale express qui commence, même si leur rôle de faiseurs d’opinion dans la société s’est sans doute estompé ces dernières années. On le sait, les médecins, sans doute du fait des valeurs humanistes prônées par la profession, sont traditionnellement hostiles aux idées de l’extrême-droite et soutiennent plus généralement les candidats de la droite dite républicaine ou de la gauche modérée.
Il n’y a qu’a voir les résultats des sondages réalisés sur notre site en 2022 au moment de l’élection présidentielle : 41 % des médecins lecteurs du JIM déclaraient vouloir voter pour Emmanuel Macron au 1ertour et 75 % au second tour, alors que seulement 3 % des médecins comptaient voter pour Marine Le Pen au 1er tour et 25 % au second.
Les médecins LR opposés à une alliance avec le RN
Ce rejet de l’extrême-droite chez les médecins s’est notamment exprimé ce mardi, lorsque le président du parti Les Républicains (LR) Eric Ciotti a affiché sa volonté de nouer une alliance avec le Rassemblement National. Une décision qui a été immédiatement dénoncée par les nombreux médecins qui garnissent les rangs du parti de droite.
Le Pr Philippe Juvin, anesthésiste-réanimateur et député LR des Hauts-de-Seine a ainsi appelé Eric Ciotti à la démission, tandis que le Dr Yannick Neuder, cardiologue et député de l’Isère dit ne pas vouloir être « un supplétif du RN ». Sénatrice LR de Gironde, le Dr Florence Lassarade, pédiatre, s’est quant à elle dite « sidérée » par la prise de position du président de LR. Sans surprise, la ministre de la Santé Catherine Vautrin et le ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux, tous deux anciens membres de LR, ont également fustigé le revirement d’Eric Ciotti.
Mais contrairement à ce qu’il a pu en être en 2002 lorsque Jean-Marie Le Pen avait atteint le second tour de l’élection présidentielle, résultat surprenant qui avait suscité une forte mobilisation de la société civile y compris des médecins, le monde médical reste pour le moment relativement silencieux, signe que l’image du RN a évolué chez les praticiens comme elle comme chez leurs patients. Seul le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML, s’est ouvertement positionné contre le parti d’extrême-droite. « Installer l’extrême-droite au pouvoir c’est oublier ce qui a fait la France, solder notre histoire, couper avec nos racines et nos valeurs et laisser à nos enfants pour tout avenir une sous France» met en garde le généraliste de Fronton dans un texte publié ce mercredi sur les réseaux sociaux.
La fin de vie, enjeu des prochaines élections législatives
Pour le moment, pour les organisations représentant les professionnels de santé, l’essentiel semble de s’assurer que la santé ne soit pas oubliée lors de cette campagne des législatives et par le futur gouvernement issu des urnes. Dans un communiqué publié ce mardi, le syndicat de jeunes généralistes ReAGJIR indique qu’il « portera une exigence toute particulière aux programmes santé des différents partis».
S’il ne prend pas clairement position, le syndicat s’oppose à l’extrême-droite en se déclarant favorable au maintien de l’aide médicale d’Etat (AME) pour les immigrés clandestins. Le syndicat national des infirmières libéraux (Sniil) se dit lui « inquiet » des conséquences de la dissolution sur la refonte du métier d’infirmière en cours et espère (naïvement sans doute) que cette réforme sera « un enjeu prioritaire pour le gouvernement à venir » quel qu’il soit.
L’autre sujet sanitaire qui pourrait s’inviter dans la campagne des législatives est évidemment celui de la fin de vie. Le projet de loi légalisant le suicide assisté et l’euthanasie, qui devait constituer la grande réforme sociétale du second quinquennat d’Emmanuel Macron, est en effet la principale victime collatérale de la dissolution : tous les travaux parlementaires effectués sur le texte, qui devait initialement être voté par l’Assemblée Nationale mardi prochain, ont en effet été réduits à néant.
Selon un sondage commandé par l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) et publié ce mardi, 60 % des Français estiment que l’aide à mourir est un sujet majeur qui pourrait orienter leurs choix lors des prochaines élections législatives. Nul doute que la question devrait donc être abordé lors des débats politiques à venir.
Voir aussi:
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
La mutualité française ** a réagi clairement vis avis du programme antisocial et mettant en danger l’organisation des soins en france pour tous nos concitoyens et les étrangers?
Seulement deux organisations minoritaires de praticiens* ont réagi.`
Comment se fait-il que devant les risques d’atteinte à la prise en charge médicale des étrangers (suppression de l’AME) et de la diminution des ALD, du financement de l’assurance maladie avec la diminution des cotisations sociales, les grandes organisations de praticiens libéraux (MG France, CSMF, SML…) et hospitaliers, soient aux abonnés absents ?