Il y a une place pour le recyclage par pyrolyse », mais il faut réserver cette technologie à certains déchets difficiles à bien recycler

Recyclage par pyrolyse du plastique (1/5) : Bruxelles veut fixer les règles

La certification des plastiques recyclés par pyrolyse soulève de nouvelles questions. L’Europe veut fixer les règles de traçabilité de ces polymères qui changent radicalement de forme, sont diluées, puis reformulées.

Déchets  |  10.06.2024  |  P. Collet

https://www.actu-environnement.com/ae/news/bruxelles-pret-fixer-regles-recyclage-chimique-pyrolyse-plastique-44212.php4

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Recyclage par pyrolyse du plastique (1/5) : Bruxelles veut fixer les règles

© Roman StrigaLa tracabilité des plastiques recyclés dans le cas du recyclage chimique se révèle complexe.

La Commission européenne est sur le point d’adopter une décision d’exécution concernant la prise en compte du plastique recyclé chimiquement dans le calcul du taux d’incorporation de matière recyclée. Les producteurs de polymères, les recycleurs, les secteurs consommateurs de plastique et les associations environnementales attendent ce texte qui pourrait chambouler les positions établies. Les options retenues détermineront la vitesse et l’ampleur du déploiement du recyclage par pyrolyse. À long terme, les parts de marché de certaines résines pourraient être redistribuées.

Vérifier la teneur en plastique recyclé

Concrètement, Bruxelles doit compléter une décision d’exécution publiée en novembre 2023 qui encadre le calcul et la vérification de la teneur en plastique recyclé dans les bouteilles en plastique, afin de garantir le respect de directive SUP (pour single-use plastics). Pour l’instant, cette décision ne fixe les règles de calcul que pour le recyclage mécanique. Normalement, la Commission devait adapter ce texte au recyclage par pyrolyse avant fin mars.

Tous les acteurs le confirment : la Commission veut adopter la nouvelle décision avant la fin de son mandat en octobre. Et il semble bien que l’exécutif européen ait presque achevé le travail. Les dernières étapes sont en vue : une consultation des services de la Commission ; une consultation publique ; un vote des États membres ; et, enfin, l’adoption définitive du texte. « Le texte pourrait être présenté en consultation publique dans les toutes prochaines semaines », explique Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France.

L’incorporation moteur du recyclage

Le sujet est technique, mais crucial pour l’avenir du recyclage en Europe. En 2019, la directive SUP fixait un objectif de 25 % de plastique recyclé dans les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) à partir de 2025, et de 30 % dans toutes les bouteilles en plastique à partir de 2030. Aujourd’hui, le recyclage mécanique du PET n’impose pas de fixer rapidement de nouvelles règles pour le recyclage chimique. Le sujet est même « presque marginal », explique Jean-Yves Daclin. Mais Bruxelles veut finir le travail et préparer l’échéance de 2030.

Surtout, le recyclage chimique concerne d’autres produits. Soit parce que l’Europe a étendu les obligations d’incorporation, soit parce qu’elle pourrait le faire progressivement. La future décision européenne « est de la plus haute importance car elle créera un précédent pour les prochains textes législatifs introduisant des objectifs obligatoires en matière de contenu recyclé », résume Zero Waste dans un courrier (1)adressé en janvier au ministre de la Transition écologique. L’association cite le nouveau règlement sur les emballages et la directive sur les véhicules hors d’usage(VHU).

Garantir la traçabilité des plastiques

Au cœur du sujet figure la traçabilité des plastiques recyclés. Avec le recyclage mécanique, la question est facilement réglée puisque les déchets peuvent être tracés depuis la collecte jusqu’à l’usine de régénération. Ensuite, cette étape n’altère pas fondamentalement la matière. Il suffit donc de décider d’un point de mesure dans la chaîne de valeur pour déterminer le volume de matière recyclée.

Avec le recyclage chimique, la situation est tout autre, puisque les plastiques sont « déconstruits » et reformulés dans de nouveaux produits pétrochimiques. De plus, plusieurs installations sont en jeu : des usines pour « casser » les polymères et d’autres pour les reconstruire à partir des molécules obtenues à la première étape. Comment garantir la traçabilité tout au long de la chaîne quand les résines subissent de si profondes modifications dans des unités basées sur des procédés chimiques complexes ?

Une succession d’étapes complexes

Le sujet concerne essentiellement le recyclage par pyrolyse. Concrètement, les déchets en polyéthylène (PE), polypropylène (PP) et polystyrène (PS) sont chauffés à haute température et sans oxygène pour obtenir une huile de pyrolyse. Après purification, cette huile, considérée comme une matière recyclée, est employée dans un vapocraqueur en substitution d’une partie des hydrocarbures habituellement employés. En sortie de vapocraqueur, plusieurs « grands intermédiaires » (ou « coupes ») sont obtenus, parmi lesquels ceux utilisés dans les réacteurs de polymérisation pour produire de nouveaux plastiques.

Tout l’enjeu est donc de calculer, à l’issue de ces étapes, la partie des polymères vierges qui peut être labélisée « matière recyclée », car issue des déchets de plastique. Le nombre des unités industrielles en jeu et leur complexité compliquent singulièrement la tâche. Et cela d’autant plus qu’à chaque étape, les molécules issues de déchets plastiques changent de forme et sont diluées avec des molécules similaires issues d’hydrocarbures.

Quand la nature des matières change

Plus gênant encore, il devient possible de découpler la matière utilisée pour la pyrolyse et le polymère obtenu en bout de chaîne. Par exemple, on peut produire une huile à partir d’un mélange de PP et de PE et l’employer pour produire du PS. En d’autres termes, le recyclage par pyrolyse ouvre la voie à la mise en marché de produits contenant une résine considérée comme recyclée, alors que dans les faits cette résine n’est pas collectée et recyclée.

Tout l’enjeu de la décision de la Commission européenne est donc de mesurer, à chaque étape, la quantité de matière considérée comme recyclée, tout en assurant un minimum de cohérence entre les déchets en entrée et les nouvelles résines produites.1. Télécharger le courrier de Zero Waste
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44212-courrier-mass-balance-zwf.pdf

Philippe Collet, journaliste
Chef de rubrique déchets / économie circulaire

Recyclage par pyrolyse du plastique (2/5) : l’Europe planche sur sa formule du Mass Balance

Le recyclage par pyrolyse impose de s’accorder sur le calcul des quantités considérées comme recyclées. Avec, à la clé, d’importants écarts selon les règles en vigueur. Les pétrochimistes sont sur le point de gagner cette bataille.

Déchets  |  11.06.2024  |  P. Collet

https://www.actu-environnement.com/ae/news/regles-recyclage-chimique-pyrolyse-plastique-mass-balance-44215.php4

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Recyclage par pyrolyse du plastique (2/5) : l'Europe planche sur sa formule du Mass Balance

© luchschenFL’enjeu est de calculer lorsque de l’huile de pyrolyse issue du recyclage chimique des plastiques est introduite dans le process la part de polymères vierges labellisable « matière recyclée ».

Le recyclage des plastiques par pyrolyse interroge la notion de recyclage, tant les matières sont transformées et diluées. Comment garantir qu’un produit fini contienne bel et bien de la matière recyclée et comment quantifier cette matière ? C’est tout l’enjeu d’un texte en préparation à Bruxelles pour garantir le respect des obligations d’incorporation.

Pour fixer les règles du jeu, la Commission européenne va s’appuyer sur le Mass Balance, une chaîne de contrôle permettant de suivre et de contrôler les entrants, les sortants et les informations associées. Ce modèle fait consensus, mais ses modalités de mise en œuvre suscitent de vifs débats.

Un dispositif de traçabilité connu

De quoi parle-t-on ? Le Mass Balance est une comptabilité qui garantit que certains produits respectent des critères recherchés, alors qu’ils ont été mélangés avec d’autres ne les respectant pas. La méthode permet par exemple de garantir que des tablettes de chocolat ou des jus d’orange sont issus du commerce équitable, alors que les usines dont ils sortent transforment aussi des ingrédients non estampillés par le label.

De la même manière, avec le recyclage par pyrolyse, on sait ce qui entre dans le processus, mais on ne peut pas établir de lien direct avec ce qui en sort. « Cela transforme l’ensemble du processus de production [de matière recyclée] en une boîte noire », résume Zero Waste dans un courrier (1) envoyé à Christophe Béchu en janvier 2023. Et de rappeler au ministre de la Transition écologique que « le taux de recyclage passerait d’environ 10 % jusqu’à 80 % selon les règles d’allocation ».

Rolling Average, ou la répartition neutre

Deux grandes options existent. La première, appelée Rolling Average, consiste à attribuer à tous les produits qui sortent du processus la proportion moyenne de matière recyclée introduite en amont. C’était la méthode plébiscitée par les ONG environnementales (2) et les professionnels du recyclage (3) .

Concrètement, TotalEnergies construit à Grandpuits (Seine-et-Marne) une unité qui produira 10 000 tonnes d’huile de pyrolyse par an. Cette huile devrait alimenter un vapocraqueur d’une capacité comprise entre 500 000 et un million de tonnes. La matière recyclée représentera donc 1 à 2 % de l’approvisionnement. Si l’on incorpore 2 % d’huile issue du recyclage, alors tous produits en sortie (les « coupes ») sont considérés comme issus du recyclage à 2 %. « Cela aboutirait à un contenu en recyclé « moyen » dont l’ordre de grandeur resterait faible et donc peu attractif pour les acheteurs de ces matières », résume un rapport de l’Agence de la transition écologique (4) (Ademe) sur le sujet.

Privilégier les produits intermédiaires les plus nobles“ Le « Mass Balance » avec crédits est indispensable pour un développement rapide du recyclage ”Plastics Europe

La seconde option, appelée Credit Methode, consiste à attribuer les caractéristiques recherchées à certains produits en fin de processus. La matière recyclée génère des crédits que l’industriel attribue aux produits finis, indépendamment du contenu réel en matière recyclé. « Le Mass Balance avec crédits est indispensable pour un développement rapide du recyclage », défend Plastics Europe. Le recyclage avec pyrolyse coûtant deux fois plus cher que la production classique de plastique, les industriels veulent valoriser au mieux l’huile en l’allouant aux produits les plus demandés.

Dans la version la plus souple, l’industriel peut allouer librement les crédits « issus du recyclage » aux deux coupes employées pour produire des polymères : l’éthylène (27 % des produits des vapocraqueurs français, selon l’Ademe) et le propylène (16 %). Avec 2 % d’huile en entrée, il peut donc étiqueter « 100 % recyclé » 7,5 % de l’éthylène produit (5) , ou 12,5 % du propylène (6) , ou encore toutes proportions intermédiaires. C’est la règle retenue aux États-Unis.

La directive Déchets s’impose

Mais en Europe, cette méthode pose un problème de taille car une partie de l’huile alimente en énergie le vapocraqueur ou est transformée en coupes à vocation énergétique. Or, la directive-cadre Déchets interdit de comptabiliser de la valorisation énergique comme du recyclage. Les industriels de la pétrochimie ont dû se rendre à l’évidence : il faudra soustraire des calculs les pertes et les produits énergétiques. C’est ce qu’on appelle le Mass Balance « fuel-use exempt ».

Toujours selon l’Ademe, en France, les pertes représentent 2 % des intrants, l’autoconsommation 18 % et les coupes à vocation énergétique 20 % supplémentaires (les industriels avancent des chiffres plus favorables, avec un cumul de pertes et d’usages énergétiques réduit à 30 %). Pour 100 crédits « recyclés » associés à l’huile de pyrolyse, seulement 60 peuvent être alloués à l’éthylène ou au propylène. Si l’on reprend l’exemple d’une introduction de 2 % d’huile, alors on ne peut plus considérer comme « 100 % recyclé » que 4,5 % de l’éthylène produit (contre 7,5 % précédemment) ou 7,5 % du propylène (12,5 % initialement).

Ne retenir que la production de polymère ?

C’est aujourd’hui la méthode défendue par Plastics Europe. Mais pour les recycleurs mécaniques et les ONG, cette allocation reste trop avantageuse car elle permet de compter comme du plastique recyclé des coupes utilisées pour faire des solvants, des peintures, des colles, ou encore des détergents. Les procédés comme la pyrolyse « deviennent arbitrairement plus rentables (…), au détriment des technologies de recyclage aux rendements clairs et aux sous-produits limités (par exemple recyclage mécanique et dépolymérisation) », résume Zero Waste.

Les opposants ont donc défendu une autre option, appelée « polymer-only ». Avec cette méthode, seuls les crédits correspondant à la part de l’éthylène et du propylène permettent de qualifier de recyclés des plastiques en bout de chaîne. Seule souplesse admise : l’industriel peut choisir d’allouer les crédits à l’un ou l’autre des deux monomères, selon la demande. Ici, toujours selon les données Ademe, les 100 crédits initiaux deviennent 43 crédits en sortie du vapocraqueur et permettent d’étiqueter comme « 100 % recyclé » qu’un peu moins de 3,5 % de l’éthylène produit ou moins de 5,5 % du propylène.

Allemagne et France font pencher la balance

Rapidement, le projet de la Commission a oscillé entre les options fuel-exempt et polymer-only. Désormais, Plastics Europe a bon espoir d’avoir eu gain de cause. Ce que confirment et déplorent les autres acteurs impliqués. Le basculement a eu lieu lorsque la position du Conseil s’est dessinée.

Dès le début, l’Espagne a été dans le camp fuel-exempt. Plastic Energy, pionnier de la pyrolyse et partenaire de TotalEnergie à Grandpuits, possède deux sites à Almeria et Séville. Mais « longtemps, la France et d’autres États membres ont été en faveur de l’option polymer-only », explique Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France. La donne a changé lorsque Berlin et Paris se sont rangés du côté de Madrid. Aujourd’hui, de l’avis de tous, il devrait y avoir une majorité qualifiée d’États membres en faveur du fuel-exempt, au grand dam de Zero Waste, qui estime que « la barre ne pouvait pas être placée plus bas : il s’agit de la règle la plus flexible légalement acceptable dans l’UE ».1. Télécharger la lettre de Zero Waste2. Télécharger la position des ONG européennes
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44215-position-ONG-europeennes-mass-balance.pdf3. Télécharger la position des professionnels du recyclage
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44215-position-recycleurs-mass-balance.pdf4. Télécharger le rapport de l’Ademe
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44215-rapport-Ademe-mass-balance-recyclage-chimique.pdf5. Soit 2 % d’huile de pyrolyse rapportés aux 27 % d’éthylène produits6. Soit 2 % d’huile de pyrolyse rapportés aux 16 % de propylène produits

Philippe Collet, journaliste
Chef de rubrique déchets / économie circulaire

Recyclage par pyrolyse du plastique (3/5) : les rendements, nerf de la guerre

La Commission européenne devrait valider une méthode de calcul du plastique recyclé par pyrolyse qui accroît le rendement des futures installations. Au grand dam des industriels du recyclage mécanique et des ONG.

Déchets  |  12.06.2024  |  P. Collet

https://www.actu-environnement.com/ae/news/regles-recyclage-chimique-pyrolyse-plastique-mass-ballance-rendement-44217.php4

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Recyclage par pyrolyse du plastique (3/5) : les rendements, nerf de la guerre

© eleonimagesLa bataille se joue au stade du vapocraquage, lorsque l’huile de pyrolyse est transformée en éthylène et en propylène.

Le rendement. Ce mot résume l’enjeu central du Mass Balance : fixer la quantité de plastique qu’on peut étiqueter « recyclé » à partir d’une tonne de déchets en plastique envoyée en pyrolyse. Et selon la méthode retenue, ce rendement varie du simple au triple.

Le recyclage par pyrolyse y joue une partie de sa compétitivité face au recyclage mécanique. Le polyéthylène (PE), le polypropylène (PP) et le polystyrène (PS) y jouent eux aussi une partie de leur compétitivité face au polyéthylène téréphtalate (PET), dont la recyclabilité et la traçabilité sont plus simples. À l’heure où l’Europe impose des taux d’incorporation règlementaires, ce détail n’en est plus un.

Le recyclage du PET plus simple à évaluer

Le PET pour être recyclé chimiquement n’a pas besoin de recourir au Mass Balance puisqu’il est dépolymérisé sans être mélangé. En d’autres termes, on introduit uniquement des déchets et l’on obtient en sortie des monomères 100 % issus du recyclage. Le calcul du rendement est donc direct.
Les polymères ainsi récupérés peuvent ensuite être introduits dans un réacteur de polymérisation pour obtenir du PET, ce qui nécessite de différencier les deux sources pour déterminer la fraction recyclée. Mais le problème est moins complexe qu’avec le vapocraquage.

Pertes en cascade

Lors de la pyrolyse, entre 20 et 40 % du plastique sont perdus sous forme d’autoconsommation énergétique, explique un rapport de l’Agence de la transition écologique (1) (Ademe) sur le sujet. Ensuite, dans le vapocraqueur, 27 % de l’huile de pyrolyse sont transformés en éthylène et 16 % en propylène, les deux monomères utilisés pour la fabrication du PE, du PP et du PS. Au global, le rendement réel se situe donc entre 25 % et 35 %. Les industriels avancent des chiffres légèrement plus favorables, mais sans remettre en cause les ordres de grandeur.

C’est au stade du vapocraquage que se joue la bataille, en fonction du mode de calcul de l’éthylène et du propylène issus du recyclage qui sera retenu. La Commission européenne devrait valider la méthode fuel-use exempt qui permet d’obtenir 4,5 % d’éthylène ou 7,5 % de propylène recyclés, à partir de seulement 2 % d’huile de pyrolyse en entrée. Soit un rendement au stade du vapocraquage supérieur à 100 % (voir ici pour les détails). Et en bout de chaîne, le rendement total retenu est plus que doublé par rapport au rendement réel.

Les projets ne sortent pas

L’entreprise de chimie Dow Chemical a présenté une étude qui fixe les ordres de grandeur en jeu. Pour atteindre 10 % d’emballages PE et PP recyclés en boucle fermée en Europe, il faut produire près d’un million de tonnes de résines recyclées par pyrolyse. Et pour cela, il suffit de « seulement » 1,8 million de tonnes de déchets en plastique si la méthode fuel-use exempt est retenue, contre 4,5 millions de tonnes si l’on applique le rendement effectif. Quant au coût, il peut être divisé par deux avec le fuel-use exempt.

Pour l’instant, les industriels attendent. Les unités de pyrolyse annoncées en France ne représentent que quelques dizaines de milliers de tonnes consommées : 28 000, puis à terme 70 000, à Damazan en Lot-et-Garonne (une unité de Dow Valorgen qui combine pyrolyse et recyclage mécanique) ; 25 000, puis à terme 35 000, à Notre-Dame-de-Gravenchon en Seine-Maritime (ExxonMobil) ; et 15 000 à Grandpuits(TotalEnergies). Le potentiel est pourtant bien plus important : un peu plus d’un million de tonnes de plastiques, soit les trois quarts des plastiques non recyclés, ne peuvent être traitées que par la pyrolyse, estime l’étude sur les gisements (2) de l’Ademe. De leur côté, les projets PET, qui ne dépendent pas du Mass Balance (lire l’encadré), totalisent déjà des capacités comprises entre 250 000 et 400 000 tonnes, pour un gisement de seulement 142 000 tonnes.

Un cadeau accordé à la pyrolyse

Bien sûr, les ONG et les industriels du recyclage mécanique sont vent debout contre l’adoption du modèle fuel-use exempt« C’est un cadeau fait aux industriels », critique Michael Mansuy, qui préside la commission des affaires européennes de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (Fnade). Sophie Sicard, vice-présidente de la filière plastiques de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec), dénonce une méthode qui « n’est pas équitable » car elle compte comme du plastique recyclé de la matière transformée en d’autres produits. Et Zero Waste (3) déplore une « concurrence déloyale entre les acteurs » du recyclage.“ On gonfle artificiellement le recyclage chimique ”Michael Mansuy, Fnade

Ils dénoncent tous une approche qui permet d’atteindre les objectifs de recyclage et d’incorporation du PE, PP et PS recyclés avec des investissements en capacités de pyrolyse limités. « Certes, les technologies sont en cours de déploiement, mais était-il vraiment nécessaire de leur accorder cet avantage ? » interroge Michael Mansuy, déplorant qu’« on gonfle artificiellement le recyclage chimique ».

Quid du rendement réel de l’huile ?

Enfin, une dernière chose interroge les acteurs : le rendement réel de l’huile de pyrolyse. Tous les calculs considèrent qu’il s’agit d’un substitut identique aux hydrocarbures utilisés dans les vapocraqueurs. Sur ce sujet, l’Ademe explique qu’en France on utilise environ 50 % de naphta (un mélange d’hydrocarbures légers) et un mélange de sept autres bases pétrolières. Chacune d’entre elles à un rendement en éthylène et en propylène allant de 80 % à 35 % (le naphta un rendement intermédiaire de 45 %).

Les professionnels du recyclage mécanique aimeraient que les rendements réels des huiles de pyrolyse soient pris en compte, plutôt que le rendement des vapocraqueurs avec les intrants habituels, explique Sophie Sicard. De son côté, Plastics Europe prévient que le sujet est scruté de près par les industriels, mais que les données ne sont pas publiques, puisque la règlementation n’encadre pas les intrants des vapocraqueurs. Il semblerait toutefois que l’huile soit proche d’un mélange 50 % naphta et 50 % gazole, ce dernier affichant un rendement en éthylène et en propylène environ 10 % plus faible que le naphta.1. Télécharger le rapport de l’Ademe
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44215-rapport-Ademe-mass-balance-recyclage-chimique.pdf2. Télécharger l’étude gisement de l’Ademe
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44217-etude-gisement-ademe.pdf3. Télécharger la lettre de Zero Waste
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44212-courrier-mass-balance-zwf.pdf

Philippe Collet, journaliste
Chef de rubrique déchets / économie circulaire

Recyclage par pyrolyse du plastique (4/5) : un consensus pour poser des garde-fous

La méthode de calcul du plastique recyclé par pyrolyse confère un avantage à cette technologie par rapport au recyclage mécanique. Des mesures pourraient être mises en place pour limiter les dérives.

Déchets  |  13.06.2024  |  P. Collet

https://www.actu-environnement.com/ae/news/regles-recyclage-chimique-pyrolyse-plastique-mass-balance-allegation-environnementales-echanges-credits-44228.php4

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Recyclage par pyrolyse du plastique (4/5) : un consensus pour poser des garde-fous

© curtoParmi les points à arbitrer figure l’affichage du contenu en plastique recyclé des produits.

Tous les acteurs interrogés estiment que les industriels de la pétrochimie devraient remporter la bataille des règles de calcul des volumes de plastique considérés comme issus du recyclage. Pour autant, deux autres points doivent aussi être arbitrés : la gestion des crédits associés à la matière recyclée et l’affichage du contenu en plastique recyclé des produits. Et sur ces points, les acteurs du recyclage mécanique peuvent espérer obtenir quelques garanties.

Reprendre le modèle de l’électricité verte ?

Le premier sujet concerne l’utilisation des crédits « matière recyclée » associés à l’huile de pyrolyse produite à partir des déchets en plastique. Concrètement, il s’agit de savoir sur quel périmètre ces crédits pourront être transférés : pourront-ils être librement échangés ? Ces échanges doivent-ils être limités aux entités d’un même groupe ? Ou faut-il interdire les échanges et considérer que les crédits sont strictement attachés à des lots d’huile et suivent les flux physiques de matière ?

Initialement, les industriels de la chimie demandaient que l’on puisse échanger librement les crédits à l’échelle mondiale. L’idée reprend le principe des garanties d’origine qui alimentent les offres « vertes » des fournisseurs d’électricité. De l’huile de pyrolyse produite en Asie pourrait ainsi être virtuellement convertie en plastique étiqueté « recyclé » en Europe. Cela, sans changer de continent. Mais cette position a vite été abandonnée. Aujourd’hui, « l’industrie chimique ne demande pas que les crédits puissent être librement vendus et achetés », explique Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France, confirmant que la décorrélation entre les intrants et les produits finis serait trop forte.

Limiter les échanges pour favoriser l’activité locale

En revanche, les pétrochimistes défendent l’idée de transferts de crédits au sein d’un groupe. Ils expliquent que le transport physique de l’huile de pyrolyse d’un site à un autre introduit des coûts et à un impact environnemental qui pourraient être réduits avec le transfert de crédits entre les deux sites. Mais « la Commission européenne est très frileuse » sur le sujet, explique Jean-Yves Daclin.“ La robustesse des débouchés pour la matière recyclée [est] induite par le niveau de qualité qui peut être atteint ”Les éco-organismes

Bruxelles semble plutôt pencher pour une interdiction des transferts au profit d’un suivi des lots de matières. C’est l’idée défendue par les recycleurs mécaniques et les associations environnementales. C’est aussi la position (1) prise par sept éco-organismes (2) qui préconisent « l’interdiction des transferts de crédits entre sites industriels ». Ils y voient une manière de garantir que les efforts des pays européens pour développer l’économie circulaire locale favorisent la réindustrialisation des territoires.

Des acteurs prudents

Un autre sujet concerne les allégations environnementales. Si les metteurs en marchéet les éco-organismes soutiennent le recyclage chimique, c’est parce qu’ils estiment que c’est la seule façon d’obtenir une matière recyclée de grande qualité. « La robustesse des débouchés pour la matière recyclée [est] induite par le niveau de qualité qui peut être atteint », expliquent les éco-organismes. Et les appels à projets de Citeo pour le recyclage des emballages en plastique aujourd’hui sans solution illustrent parfaitement ce point en mettant l’accent sur la boucle fermée et le retour au contact alimentaire.

Pour autant, tous les acteurs sont conscients que les transformations de la matièrelors du recyclage par pyrolyse sont telles que les déclarations environnementales des entreprises qui utiliseront ces plastiques recyclés pourraient être critiquées. D’abord, parce que la notion même de recyclage l’est déjà. Ensuite, parce qu’avec le recyclage par pyrolyse, il devient difficile de faire le lien entre un lot de plastique recyclé et les déchets employés en début de chaine. Surtout, on ne peut pas garantir un contenu en matière recyclée précis dans chaque produit, contrairement au plastique recyclé mécaniquement.

Communiquer sur la démarche

« C’est le sujet le plus sensible », juge Plastics Europe, qui craint que certaines allégations puissent être considérées comme trompeuses. Avec, à la clé, le risque de ternir l’image du plastique issu du recyclage par pyrolyse. Les pétrochimistes préconisent donc de ne pas employer de formules telles que « cet emballage contient 30 % de plastique recyclé ». Ils préfèrent des formules plus générales comme « la société XYZ utilise 30 % de plastiques recyclés ». Une position partagée par les éco-organismes, qui recommandent aux marques de « ne pas [communiquer] à l’échelle d’un produit, pour lequel il sera impossible d’avoir une communication proportionnée », mais plutôt « sur la démarche globale d’approvisionnement ».

Les recycleurs mécaniques abondent. « Il y a déjà une défiance vis-à-vis du plastique recyclé, et plus généralement du plastique », regrette une représentante de Federec, qui tient à assurer la crédibilité des allégations « contient du plastique recyclé ». « On ne veut pas de tromperie qui démobiliserait par rapport au recyclage. » Même son de cloche chez Zero Waste, qui estime qu’une communication axée sur un contenu précis en plastique recyclé par pyrolyse « pourrait constituer une violation de la loi sur la protection des consommateurs ».

Quid de la cohérence entre les matières

Et cela d’autant plus qu’un autre point inquiète les acteurs : avec la pyrolyse, il est possible de partir d’un mélange de polyéthylène (PE), de polypropylène (PP) et de polystyrène (PS) pour produire un seul de ces polymères. Comment expliquer, par exemple, que des déchets en PP et PE deviennent du PS recyclé ? Là aussi, les éco-organismes « s’accordent sur l’importance de garantir une cohérence entre la nature des résines recyclées et la nature des résines qui portent les crédits ». Et pour cela, ils défendent une « communication relative à ces pratiques (…) honnête et transparente afin de ne pas induire en erreur le consommateur sur la réalité industrielle de ces nouvelles technologies de recyclage et la souplesse qu’elles permettent ».

Ce sujet est toutefois un angle mort de la réglementation. Ou plutôt, il est abordé indirectement en imposant progressivement deux mesures complémentaires : une obligation de recyclage réelle des plastiques et des taux d’incorporation. La combinaison des deux dispositions doit garantir une certaine cohérence entre les matières à recycler et celles issues du recyclage. Pour autant, il est difficile d’anticiper aujourd’hui les effets concrets de ces mesures qui devraient pleinement s’appliquer à l’horizon 2030.1. Télécharger la position de éco-organismes
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44228-position-eo-mass-balance.pdf2. Il s’agit d’Adivalor, pour la filière agricole, de Citeo, pour les emballages ménagers et de la restauration, d’Ecologic, pour les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les articles de sport et de loisir (ASL) et le articles de bricolage et de jardin (ABJ), d’Ecomaison, pour le mobilier, les produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB), les jouets et les ABJ, d’Ecosystem, pour les DEEE, Refashion, pour les textiles, et Valdelia, pour le mobilier et les PMCB.

Philippe Collet, journaliste
Chef de rubrique déchets / économie circulaire

Recyclage par pyrolyse du plastique (5/5) : l’accès aux gisements inquiète

L’arrivée de capacités de recyclage par pyrolyse pose la question de leur approvisionnement. Idéalement, ces unités traiteront les déchets aujourd’hui non recyclables. Mais ce scénario ne convainc pas les acteurs en place.

Déchets  |  Aujourd’hui à 10h44  |  P. Collet

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Recyclage par pyrolyse du plastique (5/5) : l'accès aux gisements inquiète

© nordrodenLes acteurs du recyclage plaident pour réserver la pyrolyse aux déchets sans solution de recyclage mécanique.

Si la fixation des règles de comptabilisation du plastique recyclé inquiète tant les acteurs du recyclage mécanique, c’est qu’en avantageant la pyrolyse, elles risquent de lancer une ruée vers la matière à recycler. Bien sûr, « il y a une place pour le recyclage par pyrolyse », explique Sophie Sicard, vice-présidente de la filière plastiques de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec), mais il faut réserver cette technologie à certains déchets difficiles à bien recycler, comme les films en polyéthylène (PE) collectés dans le bac jaune.

1 million

C’est le tonnage de déchets en plastique que la pyrolyse serait capable de recycler en France.

Une étude de l’Agence de la transition écologique (1) (Ademe) estime qu’en France la pyrolyse pourrait conduire à recycler environ un million de tonnes de déchets en plastique, aujourd’hui sans solution, soit les trois quarts du gisement non adressé. Pour Plastics Europe, la pyrolyse est donc indispensable et la concurrence entre le recyclage mécanique et la pyrolyse sera marginale.

Des déchets peu et mal triés

Mais cette même étude pointe un risque : « Il n’est pas exclu que des gisements aujourd’hui recyclés mécaniquement soient ciblés pour l’approvisionnement de certaines usines [de pyrolyse] de taille significative ». D’abord, parce que ces déchets sont des emballages, des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), des textiles, des déchets du bâtiment, du mobilier ou encore des plastiques agricoles qui sont encore peu collectés ou mal triés. « Les défenseurs de la pyrolyse oublient ce détail », estime Sophie Sicard, qui prévient : « Il va falloir que quelqu’un paie pour ça. »“ Il n’est pas exclu que des gisements aujourd’hui recyclés mécaniquement soient ciblés pour l’approvisionnement de certaines usines [de pyrolyse] de taille significative ”Ademe

Ensuite, parce que les industriels du recyclage mécanique considèrent que les difficultés de traitement actuelles de certains déchets peuvent être dépassées. Ils rappellent que l’écoconception et la suppression des perturbateurs de recyclage doivent être privilégiées. Surtout, ils investissent pour « ne pas rester cantonnés à ce qui se fait depuis quinze ans », rappelle la représentante de Federec, qui déplore qu’on considère que le recyclage mécanique ne produira jamais de plastique régénéré destiné aux usages sensibles, comme l’alimentaire. D’où l’importance de fixer des règles qui préservent la neutralité technologique.

Gérer les substances préoccupantes

Surtout, certains plastiques non collectés présentent un vrai défaut : ils contiennent des substances préoccupantes qui imposent de purifier l’huile de pyrolyse. Le sujet a d’ailleurs été abordé par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa). Elle estime que, compte tenu des doutes sur le devenir de ces substances, il faudrait renforcer la traçabilité pour limiter leur présence. D’ailleurs, pour Zero Waste, la méthode de calcul du contenu en matière recyclée, permet accessoirement aux industriels de diluer l’huile dans le vapocraqueur. Avec, à la clé, une dilution des polluants qui « [masque] l’incapacité de la pyrolyse à éliminer les produits chimiques nocifs ».

Quoi qu’il en soit, « la présence de ces substances est un sujet qui n’est pas vraiment adressé en Europe », regrette Michael Mansuy, président de la commission des affaires européennes de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (Fnade). Il précise que le sujet semble mieux étudié aux États-Unis parce qu’un usage énergétique des huiles de pyrolyse est envisagé. Et cet emploi pose la question des émissions polluantes lors de la combustion.

Premières restrictions sur les intrants

En conséquence, les acteurs du recyclage plaident pour réserver la pyrolyse aux déchets sans solution de recyclage mécanique. Mais, pour l’instant, le message est peu entendu. La réglementation française, par exemple, interdit l’utilisation en pyrolyse de DEEE, de plastiques bromés et, plus généralement, de plastiques contaminés ou contenant des substances dangereuses. C’est probablement préférable sur le plan environnemental, mais cela n’apporte pas de solution de recyclage à certains gisements délaissés censés être traités par cette technique.

Si toutes ces craintes sont si vives chez les recycleurs traditionnels, c’est aussi parce que la pyrolyse prend son essor alors que le marché des plastiques recyclés est chahuté. « On ne sait pas où on va », explique un interlocuteur. Aujourd’hui, la demande en plastiques recyclés est mise à mal par la concurrence des résines vierges à bas prix qui abreuvent l’Europe depuis l’Asie. Et dans dix-huit mois, il sera interdit d’exporter les déchets plastiques dans des pays hors OCDE. « Ça va être un choc », prévient notre interlocuteur, qui explique ne pas savoir comment le modèle économique du recyclage va évoluer.1. Télécharger le rapport de l’Ademe
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44217-etude-gisement-ademe.pdf

Plastique : seize multinationales fixent les conditions du développement du recyclage chimique

Seul le recyclage chimique est capable de traiter certains emballages plastique, expliquent seize multinationales très consommatrices. Elles défendent six principes pour assurer son développement. La traçabilité des matières recyclées est essentielle.

Déchets  |  21.04.2022  |  P. Collet

https://www.actu-environnement.com/ae/news/plastique-seize-entreprises-condtions-developpement-recyclage-chimique-39495.php4

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Plastique : seize multinationales fixent les conditions du développement du recyclage chimique

© Vladimir MucibabicLes deux résines concernées représentent environ 60 % des plastiques employés par le secteur de l’emballage.

Actu-Environnement le Mensuel N°426

Cet article a été publié dans Actu-Environnement le Mensuel N°426
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Le 19 avril, seize géants mondiaux des produits de consommation ont présenté un plaidoyer en faveur du recyclage chimique des plastiques. Réunies au sein du Consumer Goods Forum (CGF), ces entreprises estiment que « le recyclage chimique est le seul moyen de recycler de grands volumes d’emballages en plastique souple et autres mélanges de polyéthylène et polypropylène en plastique recyclé de qualité alimentaire ». Les signataires proposent six principes qui, selon eux, permettent d’assurer le développement du recyclage par pyrolyse. En jeu : le recyclage de deux résines qui représentent environ 60 % des plastiques employés par le secteur de l’emballage.“ Le recyclage chimique est le seul moyen de recycler de grands volumes d’emballages en plastique souple et autres mélanges de polyéthylène et polypropylène en plastique recyclé de qualité alimentaire ”CGF

Parmi les signataires de cette prise de position (1) intitulée « Chemical Recycling in a Circular Economy for Plastics » figurent Barilla, Colgate-Palmolive, Danone, Ferrero, Henkel, Mars, Nestlé, Pepsico, Procter & Gamble ou encore Unilever. Pour appuyer leur démarche, les signataires publient aussi une analyse du cycle de vie (2) (ACV) selon laquelle « l’impact environnemental du recyclage chimique des déchets plastique difficiles à recycler serait inférieur à celui de l’incinération ».

Une demande de près de 800 000 tonnes par an

Cette prise de position concerne le recyclage par pyrolyse des polyoléfines, c’est-à-dire du polyéthylène (PE) et du polypropylène (PP). Concrètement, les déchets en PE et en PP sont chauffés à haute température et sans oxygène pour obtenir une huile. Après purification, cette huile de pyrolyse est utilisée dans un vapocraqueur pour réduire la consommation de naphta (un mélange liquide d’hydrocarbures légers employé comme matière première par la pétrochimie). En sortie de vapocraqueur, plusieurs « coupes » sont obtenues, parmi lesquels l’éthylène et le propylène, les produits intermédiaires employés pour produire du PE et du PP. Ainsi, à travers l’intégration de cette huile de pyrolyse, une partie des résines vierges est considérée comme de la matière recyclée issue des déchets de plastique.

Actuellement, la technologie est en déploiement. Une première unité industrielle, d’une capacité de traitement de 20 000 tonnes de plastique par an, devrait être inaugurée en fin d’année par Sabic, à Geleen, aux Pays-Bas. Pour répondre aux objectifs d’incorporation de plastique recyclé qu’envisage de fixer l’Union européenne, les seize signataires estiment qu’ils auront besoin de 780 000 tonnes par an de PE et de PP recyclés, dont 680 000 tonnes aptes au contact alimentaire. Pour répondre à cette demande, 60 à 70 unités de pyrolyse doivent être construites entre 2025 et 2030, préviennent-ils. Les six principes qu’ils défendent doivent permettre ce déploiement dans des conditions « crédibles, éthiques, sûres et respectueuses de l’environnement ».

L’approche « mass balance »

Avec le recyclage par pyrolyse, les déchets plastique sont transformés en éthylène et en propylène, mais aussi en d’autres produits intermédiaires. En outre, le rendement en éthylène et en propylène varie selon les technologies employées et la qualité de l’huile.

Les défenseurs du recyclage chimique plaident pour une approche « mass balance » qui permet de considérer que toute l’huile est transformée en éthylène et en propylène. Concrètement, des « crédits de recyclage », basés sur le volume d’huile utilisé, sont librement attribués aux produits en sortie de vapocraquage. Ces crédits sont ensuite tracés dans la chaîne de valeur des plastiques, jusqu’à l’emballage « 100 % plastique recyclé » proposé par le producteur qui a acquis suffisamment de crédits.

Les opposants défendent une approche très différente selon laquelle tous les produits intermédiaires sont en partie issus de l’huile « recyclée ». La proportion de matière recyclée dépend alors, pour chacun d’entre eux, des caractéristiques du vapocraqueur et de la qualité de l’huile.

L’enjeu central de la traçabilité

Le premier principe concerne l’accès aux déchets plastique. Les signataires plaident pour que le recyclage par pyrolyse permette d’augmenter les volumes de recyclage globaux. En d’autres termes, les déchets destinés au recyclage chimique ne devront pas être ceux recyclables mécaniquement à une échelle industrielle.

Le deuxième est essentiel et concerne un point âprement débattu à l’échelle européenne : la traçabilité et le décompte des matières recyclées. Sur ce sujet, les signataires plaident pour une approche « mass balance » (lire l’encadré ci-contre) qui soit « largement acceptée et appliquée ». Cette approche doit notamment distinguer clairement la part des plastiques employée sous forme d’énergie (par exemple, lors de la pyrolyse, une partie du plastique se décomposant en gaz de synthèse employé pour alimenter la réaction). Bien sûr, il faut aussi trancher la question de l’attribution des crédits de recyclage en tenant compte, ou pas, des liens chimiques entre l’huile de pyrolyse et la production des plastiques.

Parallèlement, les pétrochimistes qui fourniront le PE et le PP recyclés par pyrolyse devront être en mesure de démontrer que leurs procédés maximisent la production de plastique et minimisent celle des produits non prioritaires (comme le bitume et les cires) et énergétiques. Le quatrième principe vise à réduire les impacts environnementaux, notamment climatiques, des plastiques recyclés. Il s’agit de « démontrer de manière crédible » que ces impacts sont équivalents ou inférieurs à ceux des plastiques vierges à base d’hydrocarbures.

Les deux derniers principes ne sont pas liés aux procédés de production. L’un concerne la gestion des émissions et des pollutions. Il s’agit là de limiter les risques sanitaires et environnementaux. L’autre a trait à la crédibilité des allégations environnementales des entreprises qui utiliseront les plastiques recyclés par pyrolyse.1. Télécharger la prise de position
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-39495-CGF-six-principes.pdf2. Télécharger l’ACV du recyclage par pyrolyse 
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-39495-ACV-recyclage-pyrolyse.pdf

Philippe Collet, journaliste
Chef de rubrique déchets / économie circulaire

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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