A Millau, les larmes d’un psychiatre »
Date de publication : 11 juin 2024 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=e2fe3ec7670bfa2861aba7f3b2e87d27&id_newsletter=20360&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=20360&from=newsletter

Eric Favereau indique en effet dans Libération que « pour des raisons purement administratives, un psychiatre à diplôme étranger a dû quitter la France, mettant en péril la survie de la psychiatrie dans le Sud-Aveyron, et cela au grand désespoir du médecin psychiatre ».
Le journaliste explique que la semaine dernière, « le Dr Jean-Dominique Gonzalez, psychiatre, chef emblématique du secteur à l’hôpital de Millau, expliquait que «c’était fini», que «[son] collègue a dû quitter le territoire français le 31 mai», et qu’il se retrouvait quasi seul, juste avec un autre médecin à diplôme étranger, pour tenir et suivre une population de près de 80.000 personnes. Cet homme solide avec une longue et forte expérience, exerçant la psychiatrie depuis plus de 40 ans, ayant accompagné de grands malades, s’est alors effondré ».
Le Dr Gonzalez déclare : « J’ai craqué. D’un coup, les larmes m’ont monté aux yeux. On avait essayé des solutions depuis un mois, et je me suis dit que l’on était dans un monde de fous. On est là, dans un combat juridique, à chercher des solutions, alors que notre travail, c’est le soin. C’est d’aider. Mais où est-on ? Car ce sont quand même les autorités de tutelle qui devraient faire quelque chose, c’est la préfecture qui devrait trouver une solution. Face à cette intransigeance, ma passion dans le service public s’est cassée. Cela m’a provoqué un effondrement intérieur, ce que je n’avais jamais connu ».
« Les Padhue, ces fameux médecins à diplôme étranger, c’est eux qui viennent nous aider, ce n’est pas l’inverse. S’ils n’étaient pas là, le système français s’effondrerait », ajoute-t-il.
Eric Favereau explique que « le 31 mai, un jeune psychiatre tunisien, aimé et apprécié de tous, exerçant depuis 18 mois dans le service de psychiatrie de l’hôpital de Millau, a dû quitter son poste et la France en raison d’une mesure d’OQTF. Il était en France depuis 2 ans. Son titre de séjour n’a pas été renouvelé en raison d’un imbroglio administratif, au prétexte qu’il n’avait pas pu s’inscrire dans les délais au concours de validation de ses diplômes. Il n’a pas pu le faire, car il attendait pour son dossier, a-t-il expliqué, l’arrivée d’un papier prouvant son diplôme tunisien – attestation nécessaire pour passer les épreuves de validation des connaissances permettant d’accéder à une autorisation d’exercice en France ».
« A l’hôpital de Millau, cela fut la stupeur. Et la crainte. Car tout le département du secteur de psychiatrie du Sud-Aveyron fonctionnait déjà avec seulement trois postes de psychiatres. Le départ de l’un rendrait la vie intenable aux autres. Une manifestation a eu lieu, le maire s’est décarcassé, le personnel aussi », poursuit le journaliste.
Le Dr Gonzalez réagit : « On avait le sentiment d’avoir construit quelque chose d’humain. Quand j’ai commencé comme jeune interne dans le département, les hommes et les femmes étaient séparés, on avait des trousseaux de clés car toutes les portes étaient fermées. Nous, on était portés par l’idée de mettre les malades dans la ville, par la psychothérapie institutionnelle : soigner aussi les murs. Et on est arrivés à faire du bon travail ».
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Pour des raisons purement administratives, un psychiatre à diplôme étranger a dû quitter la France, mettant en péril la survie de la psychiatrie dans le Sud-Aveyron,