Les votes du RN au parlement européen

Au Parlement européen, le RN s’oppose aux droits des femmes et au salaire minimum

13 mai 2024 par  Emma BougerolRachel Knaebel

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Que votent nos parlementaires européens ? Sur le droit à l’avortement, la liberté de la presse, les droits des travailleurs, le RN est le plus souvent contre, ou absent. Décryptage à un mois des élections européennes du 9 juin.

 EUROPÉENNES 2024 : QUE VOTE L’EXTRÊME DROITE AU PARLEMENT EUROPÉEN ? 

  • Temps de lecture :8 minutes

Selon les sondages, la liste du Rassemblement national (RN) menée par Jordan Bardella arriverait en tête des élections européennes qui se dérouleront le 9 juin en France. Le parti d’extrême droite pourrait ainsi devenir le premier groupe d’eurodéputé·es français à Bruxelles, devant Renaissance, et devant la gauche.

Aujourd’hui, 79 député·es français·es siègent au Parlement européen. Les deux groupes les plus importants sont celui de Renaissance et apparentés (avec 23 élu·es, dont des Modem, Agir, Horizons, Parti radical) et celui du Rassemblement national (18). Viennent ensuite les écologistes (12), Les Républicains (7 LR et une centriste), le groupe socialiste et apparentés (7 élu·es, dont un qui a quitté Renaissance, deux de Place publique, un Nouvelle donne), et la France insoumise (6).

On trouve aussi un député Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, et quatre eurodéputé·es français·es non inscrit·es, qui sont aussi d’extrême droite. Élu·es au Parlement européen avec le RN en 2019, trois l’ont quitté pour Zemmour en 2022, un autre a été exclu du groupe.

Du droit à un salaire minimum digne pour tous et toutes au droit à l’avortement et à la liberté des médias, le Parlement européen a adopté une série de positions progressistes ces deux dernières années. En dépit de l’opposition de l’extrême droite française.

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Salaire minimum européen : le RN est contre

Le 14 septembre 2022, le Parlement européen vote en faveur d’un salaire minimum européen. Cela ne signifie pas que chaque pays aura le même salaire minimum. Il s’agit plutôt de s’assurer que chaque citoyenne et citoyen puisse vivre dignement de son travail. Aujourd’hui, même si 22 pays membres sur 27 ont défini un salaire minimum, les écarts de salaire au sein de l’Union restent conséquents : en 2023, le salaire minimum en Bulgarie était de 399 euros par mois face à plus de 2500 euros au Luxembourg.

Comme le coût de la vie n’est pas le même partout en Europe, ce salaire minimum sera défini en fonction d’un « niveau de vie décent », estimé, pour chaque pays, en prenant en compte le pouvoir d’achat, les niveaux de revenus moyens ou le seuil de pauvreté.

Infographie : ©Christophe Andrieu

Presque tous les groupes d’eurodéputé·es français ont voté en faveur du texte. Tous, sauf le Rassemblement national, qui a pris position contre le salaire minimum européen.

Pourquoi le RN a-t-il voté contre ? L’Union européenne n’a pas à légiférer pour assurer un salaire digne, argumentait alors l’eurodéputée RN Dominique Bilde : « La question des rémunérations est une compétence exclusivement nationale. » Tant pis pour les salarié·es des pays européens qui n’ont pas de salaire minimum.

Protection du droit à l’avortement : le RN aux abonnés absents

Lors du vote sur la constitutionnalisation de l’IVG en France en mars dernier, une majorité des député·es RN ont voté pourcette inscription du droit à l’avortement dans la Constitution (46 sur 88). Les autres ont voté contre (12), se sont abstenu·es (14) ou n’étaient pas là (16).

Le 4 mars 2024, l’eurodéputé et président du Rassemblement national Jordan Bardella affirme même« refuser qu’une seule femme en France puisse un jour s’inquiéter de voir un de ses droits reculer ».

Infographie : ©Christophe Andrieu

Au Parlement européen, les votes de son groupe contredisent cette déclaration. Le 7 juillet 2022, alors que la Cour suprême des États-Unis vient de défaire la protection constitutionnelle du droit à l’avortement, les eurodéputé·es adoptent une résolution pour affirmer la « nécessité de protéger ce droit ainsi que la santé des femmes, y compris dans l’Union européenne ».

Ce jour-là, l’ensemble du groupe RN est absent lors du vote, alors que tous les autres parlementaires de France votent pour cette défense du droit à l’avortement.

En avril 2024, le Parlement européen adopte une nouvelle résolution sur le sujet, appelant cette fois à inclure le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, par 336 voix pour, 163 contre et 39 abstentions.

Les Verts et LFI votent en faveur de la résolution, comme les groupes Renaissance et socialistes. Les élus LR sont tous·tes absent·es sauf une, qui vote pour. À nouveau, les élu·es du groupe RN ne sont pas là, ou s’abstiennent.

En avril dernier, les eurodéputé·es se sont aussi exprimé·es au sujet d’une loi extrêmement répressive contre les personnes LGBTQI+ qui vient d’être promulguée en Ouganda. Elle prévoit la réclusion à perpétuité et jusqu’à la peine de mort pour des relations homosexuelles. Face à cette répression des personnes LGBTQI+, qui menace aussi au Ghana, les eurodéputé·es décident dans leur majorité, de s’exprimer en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualitéet de la transidentité.

Infographie : ©Christophe Andrieu

Chez LR et divers droite, sur huit eurodéputé·es, quatre votent en faveur de la résolution, trois s’abstiennent et l’un n’est pas présent au moment du vote. Le RN vote cette fois pour en majorité (malgré un contre et des absents), alors que ses alliés d’extrême droite, les partis représentés dans les groupes Identité et démocratie (dont le parti allemand AfD), et Conservateurs et réformistes européens (ECR, dont fait partie entre autres le parti de la Première ministre italienne et le parti espagnol Vox), ont majoritairement voté contre ou se sont abstenus.

Les élu·es Nicolas Bay (Reconquête), Brice Hortefeux (LR) ou Nadine Morano (LR) se sont aussi abstenu·es. « Jordan Bardella s’est pour sa part contenté d’assister à la séance sans prendre part au vote du texte complet »rapportait le magazine Têtu.

Dans un autre vote sur les droits des personnes LGBTQI+, en octobre 2022, le RN s’était abstenu en bloc plutôt que de voter pour. Le Parlement européen avait alors dénoncé les crimes contre les personnes LGBTQI+ à la suite d’un meurtre homophobe en Slovaquie. Presque tous les eurodéputé·es s’accordent alors à condamner l’acte de haine, sauf le parti de Marine Le Pen.

Protéger la liberté des médias : le RN contre

Le 13 mars 2024, les élu·es européen·nes valident un accord pour la protection de l’indépendance des médias. Il s’agit de mieux soutenir les médias de services publics et aussi d’interdire l’espionnage des journalistes. Le texte vise à réduire l’ingérence des pouvoirs, publics comme privés, dans les informations fournies par les médias européens.

Les Verts, LFI, socialistes et Place publique, Renaissance et apparentés, ainsi que LR votent pour. Le RN contre.

L’eurodéputé RN Gilles Lebreton, parle même, lors des débats d’intentions « effrayantes » derrière ce texte. Pour lui, il s’agirait « de mettre au pas les médias qui résistent à la doxa européiste en Hongrie, en Pologne et aussi en France, en ce qui concerne le groupe de Vincent Bolloré ».

Infographie : ©Christophe Andrieu

Quelques semaines plus tôt, le 27 février, les député·es européen·nes avaient adopté à une large majorité la directive européenne sur les procédures-bâillons. Celle-ci doit protéger les journalistes, les ONG et les chercheur·es de procédures en diffamation abusives, qui viennent le plus souvent de grandes entreprises.

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Il s’agit par exemple des « procédures à répétition lancées par le groupe Bolloré et Socfin contre des médias commeMediapart, L’Obs, Le Point, mais aussi des ONG telles que Sherpa et ReAct, les récentes procédures intentées par les multinationales Shell et Total à l’encontre de Greenpeace, ou encore celles de l’entreprise Pure Salmon contre les opposants au projet de ferme à saumon géante au Verdon », cite alors Marie Toussaint, eurodéputée écologiste française en charge du dossier. Pour elle, « bien qu’incomplet et imparfait, le texte adopté permettra de protéger les victimes de ces procédures-bâillons, lorsqu’elles répondent à certains critères. »

Verts, socialistes, Renaissance, et LR votent pour. Le RN est contre.

Accords de libre-échange : seul Renaissance est pour

Au moment des protestations agricoles du début d’année, on a beaucoup parlé des accords de libre-échange entre l’UE et le Mercosur (Amérique latine) et du Ceta (avec le Canada). Ces derniers mois, le Parlement européen a dû se prononcer sur d’autres accords de libre-échange, avec le Chili et le Kenya. SUR LE MÊME SUJET

Le 29 février, les eurodéputé·es ont accepté les deux accords-cadres qui ouvrent la voie à l’exemption de nombreux droits de douane entre l’Union européenne et ces deux pays. Le Parlement a adopté par 366 voix pour, 86 contre et 56 abstentions l’accord avec le Kenya. L’accord-cadre avec le Chili a quant à lui été approuvé par les député·es européen·nes à 358 voix pour, 147 contre et 45 abstentions. Il prévoit notamment la suppression des droits de douane sur la quasi-totalité des exportations de l’UE vers le Chili, à l’exception du sucre. L’accord doit aussi permettre un meilleur accès de l’UE aux matières premières telles que le lithium et le cuivre, dont le Chili est un producteur important. 

Sur les deux accords, les Verts, LFI, socialistes et Place publique s’expriment contre. LR et le RN aussi. Seul·es les élu·es Renaissance et apparentés ont voté pour.

Emma Bougerol, Rachel Knaebel

Infographies : Christophe Andrieu

CC BY 2.0 Parlement européen via flickr.

Pesticides, bétonisation, agriculture bio : l’inconsistance du RN et de Bardella sur l’écologie

2 mai 2024 par  Sophie Chapelle

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Le programme du Rassemblement national est parsemé de contradictions, évoluant au fil des mobilisations agricoles et des sondages. Les revirements s’opèrent parfois du jour au lendemain, notamment sur les thématiques environnementales. Illustrations.

 DÉMOCRATIE

  • Temps de lecture :6 minutes
  • Des pesticides qui « empoisonnent » puis sont indispensables

« Je considère que Monsanto est une entreprise criminelle. Ces entreprises qui, en toute connaissance de cause, empoisonnent notre santé et celle de nos enfants. » Le 28 novembre 2017, Marine Le Pen dénonce sur le plateau de RMC le renouvellement de l’autorisation du glyphosate par la Commission européenne. « Voyez les pesticides, herbicides et autres phytosanitaires, dont le résultat économique est sans aucun doute négatif, une fois pris en compte tous les effets secondaires », ajoute t-elle. Celle qui est alors présidente du Front national se livre à un plaidoyer en faveur des normes et des contrôles. Les parts de marché de l’agriculture française dans le monde viennent de « l’excellence sanitaire agricole et environnementale de nos produits », affirme t-elle encore. SUR LE MÊME SUJET

Or, ces derniers mois, le Rassemblement national (RN, ex Front national) fait la guerre à ces mêmes normes environnementales et sanitaires. Ce parti considère désormais que la baisse de l’usage des produits phytosanitaires nuirait aux capacités de production des filières, et ne mentionne plus leurs effets délétères à long terme.

En février 2023, des député·es RN ont même déposé une proposition de loi en faveur d’une réautorisation des pesticides néonicotinoïdes pour le traitement des betteraves à sucre. Le 22 novembre 2023, le groupe RN – comme l’ensemble de son groupe d’extrême droite au Parlement européen – s’est prononcé contre un projet de règlement visant à réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici à 2030 et de 65 % pour les plus dangereux d’entre eux.

Le livret thématique du RN sur l’agriculture, affirme aujourd’hui qu’ « il n’y aura désormais plus d’interdiction de substances actives sans solution équivalente et économiquement soutenable ». Le parti reprend là les termes du syndicat agricole majoritaire FNSEA.

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L’agriculture bio soutenue dans le programme, pas lors des votes

Lors de la campagne présidentielle de 2022, Marine Le Pen promet dans son programme « un plan de soutien pour l’agriculture biologique ». C’est précisément l’objet du volet agriculture du Pacte vert européen (« Green Deal ») qui prévoit une hausse de 25 % de surface cultivée en bio.

Mais dans l’hémicycle européen, le RN vote systématiquement contre la stratégie dite « de la ferme à la fourchette » – la déclinaison du Pacte vert pour l’agriculture – et s’oppose à tous les textes qui en découlent, notamment sur la montée en puissance de l’agriculture biologique.

Dans le livret thématique agriculture actuellement en ligne sur le site du RN, le parti assure pourtant continuer à défendre un « plan de soutien de cinq ans propre à l’agriculture biologique », tout en votant le contraire au niveau européen. Le RN dit aussi vouloir « contraindre les cantines à utiliser 80% de produits agricoles français », mais n’apporte aucune précision sur la qualité de ces produits ni sur leur mode de production.

Il s’affiche contre la bétonisation mais s’oppose à préserver les terres agricoles

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Depuis les protestations des agriculteurs et des agricultrices en début d’année, un nouveau visuel du RN réclame de « garantir la préservation des terres agricoles face à l’urbanisation excessive ». Pourtant, quelques mois plus tôt, à l’été 2023, le groupe RN à l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité pour l’assouplissement de la loi zéro artificialisation nette (ZAN). Ce texte visait justement à ralentir drastiquement l’artificialisation des sols.

Un terrain de foot toutes les 7 minutesTerre de Liens, une association qui aide les agriculteurs à s’installer, évoque le chiffre de 57 600 hectares supplémentaires de terres naturelles artificialisées en moyenne chaque année. C’est l’équivalent d’un terrain de foot toutes les 7 minutes.

Le RN communique sur la défense des revenus agricoles puis s’abstient sur le sujet

Un jour, un avis. On pourrait résumer ainsi la position du RN sur les prix planchers pour les agriculteurs. L’idée est de fixer un prix en dessous duquel l’industriel ou le distributeur ne peut descendre lors de l’achat d’une matière première agricole. Fin février, Jordan Bardella, président du RN, s’y oppose. « Au niveau français, c’est une trappe à pauvreté parce que précisément, on ira se fournir sur le marché européen », estimait-il. Il défendait pourtant cette même mesure la veille. Il aurait suffi d’une discussion avec le président des Jeunes Agriculteurs pour qu’il fasse volte-face.

Deux jours plus tard, Marine Le Pen a affirmé, à l’inverse de son bras droit, avoir toujours défendu l’idée d’« un prix garanti par l’État, qui intervient comme arbitre ». Le 5 avril, le parti s’est finalement abstenu à l’Assemblée nationale lors de l’examen d’une proposition de loi des députés écologistes prévoyant d’instaurer des prix planchers.

Le RN veut rompre avec la Pac puis la défend, au profit des plus gros

En 2019, Jordan Bardella affirme que la Politique agricole commune européenne, la Pac, « doit laisser place à la politique agricole française, pour protéger le savoir-faire et l’excellence agricole nationale ». Mais le 23 novembre 2021, son parti vote finalement au Parlement européen le règlement général de la nouvelle Pac 2023-2027, qui continue de verser les primes à l’hectare et demeure aveugle au changement climatique. Interrogé à ce sujet lors du dernier salon de l’agriculture à Paris, Jordan Bardella tente de se défendre : « La Pac, c’est mieux que rien : je l’ai votée parce que ça va dans le bon sens ».

Un an plus tôt, en octobre 2020, un amendement vise à plafonner les aides de la Politique agricole à 60 000 euros par an par exploitation. L’objectif pour les eurodéputés écologistes est d’assurer une meilleure distribution des subventions, et de ne pas laisser sur le côté les petites fermes. L’ensemble de l’extrême droite s’y est opposé. Selon les données de l’Union européenne, 80 % des paiements de la Pac sont allés aux 20 % d’exploitations les plus lucratives en 2019.

Sophie Chapelle

Photo : Marine Le Pen au Parlement européen/CC BY-NC-ND 2.0 European Parliament via flickr.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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