Déchets nucléaires : l’IRSN rend un premier avis sur le dossier du projet Cigéo
Déchets | 10.06.2024 | F. Gouty. https://www.actu-environnement.com/ae/news/dechets-nucleaires-irsn-avis-dossier-cigeo-44213.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzU1MQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© E. Poirot / Andra
Le dossier de demande d’autorisation de création(DAC) de Cigéo, déposé en janvier 2023, est en bonne voie, quoique certains flous demeurent. Ce lundi 10 juin, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a publié l’avis (1) de son premier groupe permanent (GP1) sur les données de base pour évaluer la sûreté de ce projet de stockage géologique des déchets nucléaires vers Bure (Meuse). Cette publication fait suite à la présentation de cet avis, les 24 et 25 avril, au groupe permanent d’experts pour les déchets (GPD) de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Celle-ci en a adressé, le 30 mai, les recommandations (2) à Pierre-Marc Abadie, le directeur général de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) qui porte ce projet.
Si l’IRSN estime que l’Andra a « réuni des données suffisantes pour l’évaluation de la sûreté de Cigéo », il conserve quelques « incertitudes » et « points de vigilance ». Les premières concernent la flexibilité des capacités volumiques de stockage « dans l’hypothèse d’un éventuel futur parc » (avec au moins huit réacteurs EPR de type 2, des petits réacteurs modulaires et des réacteurs existants prolongés jusqu’à 60 ans). Quant aux seconds, l’IRSN nécessite des informations supplémentaires justifiant le « dimensionnement des composants métalliques », qui serviront de gaines aux alvéoles creusées pour y stocker les déchets de haute activité, tant le niveau de corrosion ou de flexure pris en compte lui paraît faible. Il demande également des éléments pour démontrer « l’opérationnalité » des futurs ouvrages de scellement et pour « minimiser (leur)endommagement de la roche ».
Dans sa lettre, l’ASN laisse à l’Andra jusqu’au 30 juin 2024 pour fournir au GPD les informations sollicitées. Pendant ce temps, les deux autres groupes de l’IRSN, sur la phase d’exploitation (GP2) et sur la phase d’après fermeture (GP3), continueront leur évaluation du dossier de DAC. L’ASN en rendra ensuite un avis définitif courant 2026, pour un feu vert de l’État à prononcer a priori en 2027.1. Consulter l’avis de l’IRSN
https://www.irsn.fr/sites/default/files/2024-06/Avis-IRSN-2024-00051-CIGEO.pdf2. Télécharger la lettre de l’ASN à l’Andra
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44213-courrier-asn-irsn-cigeo-mai-2024.pdf

Avec la relance du nucléaire, le dimensionnement du centre d’enfouissement des déchets Cigéo en question
L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ne voit pas d’obstacle rédhibitoire au stockage des déchets de six EPR supplémentaires dans l’installation située à Bure, dans la Meuse. L’incertitude est beaucoup plus grande au-delà.
Par Perrine MouterdePublié hier à 19h09, modifié à 08h26 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/06/11/avec-la-relance-du-nucleaire-le-dimensionnement-du-centre-d-enfouissement-des-dechets-cigeo-en-question_6238770_3244.html
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Les annonces de nouvelles constructions de réacteurs nucléaires, si elles se concrétisent, auront des conséquences sur le temps long. Où, et dans quelles conditions, seront stockés les déchets radioactifs qu’ils produiront ? A l’occasion d’un avis publié lundi 10 juin, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) soulève la question du dimensionnement du centre d’enfouissement Cigéo, en lien avec les choix de politique énergétique.
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A Bure, à cheval sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, doivent être enfouis sous 500 mètres de roche argileuse les déchets nucléaires dits « de moyenne et haute activité à vie longue », soit les plus dangereux. La demande d’autorisation de création de Cigéo a été déposée début 2023 par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), ouvrant la voie à une phase d’instruction technique.
Dans ce cadre, l’Andra doit réaliser une démonstration de sûreté pour un inventaire dit « de référence » : les déchets générés par les réacteurs du parc actuel fonctionnant jusqu’à 50 ans et par l’EPR de Flamanville (Manche), où vient d’avoir lieu le chargement du combustible – soit environ 10 000 mètres cubes de déchets de haute activité.
Caractéristiques géologiques
Mais, ces dernières années, la politique énergétique a largement évolué. En 2022, le président Emmanuel Macron a annoncé une relance de l’atome, avec la construction d’au moins six réacteurs de type EPR, voire jusqu’à quatorze. En janvier, il a semblé confirmer que le chantier de huit réacteurs supplémentaires serait bien lancé, même si le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, s’est montré plus mesuré sur cette perspective, le 5 juin, devant une commission d’enquête du Sénat. Le parc doit également être prolongé, autant que possible, jusqu’à 60 ans. Le Rassemblement national, arrivé en tête du scrutin européen, proposait même, lors de la présidentielle de 2022, la construction de vingt EPR.
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L’Andra a défini des inventaires dits « de réserve », en fonction de plusieurs scénarios. L’un d’entre eux prend en compte la décision du gouvernement de construire six EPR supplémentaires à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain).
L’IRSN a étudié leurs conséquences en termes d’emprise du site de stockage : celle-ci pourrait « dépasser de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres les limites actuelles de la zone d’implantation des ouvrages souterrains », écrit-il. Rien de rédhibitoire cependant à ce que les déchets de six EPR supplémentaires soient bien stockés à Cigéo : la superficie concernée reste dans une zone de 250 kilomètres carrés identifiée pour ses caractéristiques géologiques favorables à l’enfouissement.
Une nouvelle démonstration de sûreté
« L’IRSN n’a pas identifié à ce stade d’élément de connaissance relative à la géologie qui remette en cause l’adaptabilité de Cigéo aux inventaires de réserve », souligne l’institut – qui doit être fusionné avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pour accueillir de tels déchets, l’Andra devrait effectuer une nouvelle démonstration de sûreté et réaliser des études détaillées.
« Les choix de politiques énergétiques peuvent conduire à étendre significativement les temps de mise en stockage, précise aussi Delphine Pellegrini, adjointe au directeur de l’environnement à l’IRSN. Avec six réacteurs de plus et un allongement à soixante ans de la durée de fonctionnement de tous les réacteurs du parc, des colis de déchets pourraient arriver jusqu’en 2220 plutôt que 2150. Il pourrait commencer à y avoir de forts enjeux de vieillissement des matériaux. »
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Concernant les déchets générés par huit ou davantage d’EPR supplémentaires ainsi que par de petits réacteurs modulaires, que l’exécutif entend aussi promouvoir, l’incertitude est en revanche beaucoup plus grande, cette option n’ayant pas été étudiée. « En termes d’emprise, la capacité de Cigéo n’est pas infinie », remarque Delphine Pellegrini.
« Nous devons nous assurer que nos choix de conception permettent de laisser les options ouvertes, note de son côté Sébastien Crombez, directeur sûreté, environnement et stratégie filières de l’Andra. De nombreuses autres études seront menées après l’autorisation de création en fonction des évolutions de politique énergétique. »
Rythme de corrosion
Au-delà du dimensionnement de Cigéo, l’IRSN souligne dans ce premier avis technique – deux autres doivent suivre – que les connaissances réunies par l’Andra concernant les déchets, la roche argileuse et les matériaux qui seront utilisés sont solides. Il met tout de même en avant deux principaux points de vigilance.
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D’abord, concernant la zone où doivent être stockés les déchets les plus radioactifs : le rythme de corrosion de composants métalliques, entourés d’un matériau contenant du ciment, apparaît trop rapide, et l’homogénéité de la roche dans cette zone soulève des interrogations. « Il y a peut-être des déformations de la roche, il faudra que l’Andra aille vérifier avant de creuser à cet endroit », explique Delphine Pellegrini.
Ensuite, l’IRSN estime que la copie de l’Andra est encore « assez préliminaire » concernant la conception des ouvrages de scellement, ces bouchons qui devront permettre de fermer l’installation lorsqu’elle sera remplie de déchets. Une fois l’instruction terminée, l’autorisation de création, qui permettrait de lancer la construction du site, pourrait intervenir vers 2027-2028. Avant une demande de mise en service prévue à l’horizon 2040.
L’éventuelle prolongation des vieux réacteurs nucléaires pose des questions systémiques
En l’absence d’une loi de programmation énergétique ou d’une PPE, l’ASN peine à concevoir la faisabilité, vis-à-vis de la sûreté et du cycle du combustible, d’un système nucléaire où cohabitent nouveaux et anciens réacteurs prolongés.
Energie | 21.05.2024 | F. Gouty https://www.actu-environnement.com/ae/news/prolongation-reacteurs-nucleaires-questions-systemiques-asn-44082.php4

© Ralf – stock.adobe.comL’ASN réclame de la visibilité à long terme sur le devenir des centrales nucléaires en production, qui devraient fonctionner encore plusieurs années.
Dix-sept ans après son autorisation de création et le début de sa construction (soit douze années de plus que prévues initialement) et plus de 19 milliards d’euros dépensés depuis (contre 3,3 milliards estimés au départ), la tranche numéro trois de la centrale de Flamanville (Manche), le premier réacteur pressurisé européen de type 1 (EPR1) de France, est prêt à démarrer. Le 15 mai dernier, son exploitant, EDF, a confirmé la fin du chargement du combustible et s’apprête, d’ici à l’été, à raccorder la machine au réseau, puis à pratiquer les essais de démarrage et de montée en puissance, qui devront être validés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
Emblème (discuté) du renouveau de la filière nucléaire française, l’EPR – et ses futurs « petits frères » de type 2 – n’est néanmoins pas ce sur quoi l’ASN mobilise sa vigilance. La prolongation potentielle des réacteurs existants jusqu’à soixante ans d’exploitation, voire au-delà, génère encore des inquiétudes laissées sans réponse.
Mesurer les moyens de ces ambitions
Depuis le discours du président de la République, Emmanuel Macron, à Belfort en février 2022, la politique énergétique du Gouvernement assume sa volonté « pro-nucléaire », notamment à travers la loi de juin 2023 dite d’accélération pour la relance du nucléaire ou le soutien aux projets de petits réacteurs modulaires (PRM). Cependant, toujours en l’absence d’une loi de programmation énergétique (ou de ce qu’il en restera) et d’une nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), cette politique ne dit toujours pas ce qu’elle entend mettre en œuvre pour assurer la prolongation souhaitée des plus anciens réacteurs jusqu’à leur soixantième anniversaire et les conséquences sur le cycle du combustible.“ Il n’est pas concevable d’avoir une politique nucléaire ambitieuse sans traiter en parallèle le problème des déchets ”Bernard Doroczszuk, ASN
« Ces sujets exigent une très grande anticipation, a rappelé le président de l’ASN, Bernard Doroczszuk, le 16 mai devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst). Aussi, nous demandons d’avoir de la visibilité à long terme », soit bien plus que les cinq années projetées par une PPE. Qui plus est, pour le gendarme de l’atome, miser uniquement sur cette poursuite « ne peut pas être la variable d’ajustement d’une politique énergétique mal calibrée » et nécessite une « vraie vision pour assurer le mix énergétique lorsque ces installations seront mises à l’arrêt, même au-delà de soixante ans ».
Mais pour garantir cette poursuite, au regard de sa faisabilité comme de sa sûreté, l’ASN doit pouvoir s’appuyer sur des « plans robustes et concevables », prouvant la « fiabilité et la sécurisation du système nucléaire dans son ensemble » face à cette nouvelle variable. Plans qui n’existent pas encore, quoique l’Autorité travaille déjà, de son côté, à évaluer les conséquences de cette éventualité. À titre de rappel, plusieurs réacteurs en activité ont d’ores et déjà dépassé leur quarantième année d’exploitation, palier d’obsolescence symboliquement retenu jusqu’à présent mais qui n’oblige en rien à les arrêter. Légalement, la durée de vie d’un réacteur n’a pas de limite tant que l’autorité compétente continue à l’autoriser par période d’au moins dix années supplémentaires.
Cependant, qui dit vieillissement accru, dit également risque d’aléas en hausse. « Comment fiabiliser, sécuriser et acceptabiliser de telles conditions d’exploitation ? » s’est interrogé ouvertement le président de l’ASN, dont la volonté est de réévaluer l’ensemble des critères de conformité et de sûreté de ces réacteurs vieillissants, notamment en prenant en compte l’impact du réchauffement climatique sur certains éléments ou composants. Cela étant, il rejette l’idée de revoir, pour cela, le rythme des visites décennales pour vérifier la conformité et améliorer la sûreté des installations. « En cinq ans [au lieu de dix], nous ne bénéficions pas du recul nécessaire. »
Réévaluer les capacités du « système nucléaire »
L’histoire du couvercle de Flamanville
La mise en service du premier EPR français se fera avec une cuve dont le couvercle s’avère défectueux. Cette situation, identifiée en 2014, n’a pas empêché l’ASN d’autoriser cette mise en service à la condition, fixée par une décision de mai 2023, que cette couverture soit remplacée lors du premier arrêt volontaire (par exemple à la fin d’un premier cycle complet de fonctionnement dans quinze à dix-huit mois). Pour cela, EDF en a commandé un neuf à Framatome qui doit être livré cet été. « Le démontage de l’ancien couvercle et le montage du nouveau demanderont des mois de travail et si l’opération avait lieu maintenant, elle aurait forcé EDF à reporter la mise en service du réacteur, a expliqué Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, aux membres de l’Opecst. Nous estimons que ce sujet n’entraîne pas d’enjeu de sûreté et qu’il est d’ailleurs préférable que cette opération ait lieu durant un arrêt programmé et ne provoque pas une interruption imprévue. »
Hormis le fonctionnement des installations elles-mêmes, l’ASN s’inquiète surtout de la résilience du système nucléaire, en particulier en ce qui concerne ses capacités de retraitement, d’entreposage et de stockage. « Il n’est pas concevable d’avoir une politique nucléaire ambitieuse sans traiter en parallèlele problème des déchets », a souligné Bernard Doroczszuk. Car si jamais le parc nucléaire se gonfle d’un côté de nouveaux réacteurs mais ne se sépare pas, de l’autre, des anciens, les flux actuels de combustibles et de déchets ne seront plus valables. D’autant que la gestion française des combustibles et déchets n’est pas infaillible à l’heure actuelle. Pour ce qui est de la fourniture, Orano mise notamment sur l’extension (actée en octobre 2023) des capacités de son usine d’enrichissement d’uranium, Georges-Besse-II, près de la centrale du Tricastin (Drôme), jusqu’à 30 % d’ici à 2028. Néanmoins, Melox, son usine de retraitement à Marcoule (Gard), dont la prolongation a été récemment approuvée, « n’est pas à sa production nominale depuis de nombreuses années ». Si elle dysfonctionne ou s’arrête prématurément, l’entreposage des combustibles usés à La Hague (Manche) pourrait présenter un « risque de saturation ».
Or, « si le parc nucléaire ne peut plus entreposer ses combustibles usés, alors il ne peut plus les évacuer et nous ne pouvons plus garantir son fonctionnement », a expliqué la direction de l’ASN. De plus, en temps normal, environ 10 % des déchets nucléaires n’ont aujourd’hui pas de solution d’exutoire définitive. Celle-ci est néanmoins prévue avec le projet de centre industriel de stockage géologique (Cigéo), dont le dossier de demande d’autorisation de création (DAC) a été déposé en janvier 2023. La longue instruction technique de ce dossier s’achève progressivement depuis la présentation, en avril, des conclusions d’un premier groupe de travail. L’avis final de l’ASN sera remis au Parlement, « courant 2026 », et lancera, à son tour, entre « dix-huit et vingt-quatre mois » de consultation, puis d’enquête publique. Le feu vert définitif de lancement du projet est ainsi attendu en 2027, « avant ou après l’élection présidentielle » en fonction du bon déroulement de la procédure.

Félix Gouty, journaliste
Rédacteur spécialisé
Relance du nucléaire : les mises en garde de l’Autorité de sûreté
Jeudi, l’autorité administrative indépendante a jugé « satisfaisant » l’état du parc, tout en multipliant les alertes sur les risques liés au vieillissement des centrales, à la corrosion ou au développement des miniréacteurs.
Par Adrien Pécout
Publié le 17 mai 2024 à 10h24, modifié le 17 mai 2024 à 10h38 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/05/17/relance-du-nucleaire-les-mises-en-garde-de-l-autorite-de-surete_6233786_3244.html
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Prolongation de la durée de fonctionnement du parc existant et projets de nouveaux réacteurs, petits ou grands : telle que souhaitée par le gouvernement, la relance du nucléaire civil en France soulève déjà bon nombre de questions du côté de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Jeudi 16 mai, à l’Assemblée nationale, cette autorité administrative indépendante (en voie de fusion avec l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) présentait son rapport sur l’état de la sûreté nucléaire en 2023 dans le pays – niveau jugé « satisfaisant ».
Hasard du calendrier, c’est la veille, le 15 mai, après une semaine de manœuvre, qu’EDF a achevé le premier chargement d’uranium dans le cœur de son réacteur EPR de Flamanville (Manche). Avec douze ans de retard, l’unité désormais la plus puissante du groupe public, soit 1 600 mégawatts (MW), devra encore monter en régime avant d’enfin commercialiser son électricité.
EDF étudie la possibilité d’exploiter jusqu’à leurs 60 ans, voire au-delà, tous les réacteurs existants. Hormis l’EPR nouvelle génération, fin 2023, la moyenne d’âge de ses cinquante-six unités déjà en fonctionnement dans le pays était de 26 ans pour les quatre de 1 450 MW, de 36 ans pour les vingt de 1 300 MW, et de 41 ans pour les trente-deux de 900 MW.
Corrosion sous contrainte
Comment anticiper le vieillissement d’une cuve de réacteur, ou d’une enceinte de confinement ? Par la voix de son président, Bernard Doroszczuk, l’ASN insiste sur un « besoin fort et immédiat d’identification des mesures à prendre ». Le « gendarme » du nucléaire est censé recevoir les conclusions d’EDF, d’ici à la fin de l’année, avant de se prononcer lui-même, en 2026.
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Il faudra aussi rester vigilant sur un phénomène détecté à l’automne 2021 : la corrosion sous contrainte. Des fissures sur certaines tuyauteries avaient conduit EDF, en 2022, à mettre à l’arrêt une bonne partie de son parc. Soit pour réparation, soit par prévention. « Personne ne peut dire et affirmer que l’on n’en trouvera pas de nouveau », prévient M. Doroszczuk, évoquant par ailleurs un certain « degré d’incertitude autour de l’origine du phénomène ». La géométrie des lignes de tuyauterie fait partie des principaux facteurs possibles. C’est la raison pour laquelle, lorsqu’il s’est manifesté, le problème a surtout concerné… les seize réacteurs les plus récents.
Des « exigences spécifiques »
Voilà pour l’existant. Les chantiers pour six futurs réacteurs de grande puissance (EPR 2), eux, n’ont pas encore commencé. Ils sont prévus dans les centrales de Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et du Bugey (Ain). Après des années d’atonie, tous ces nouveaux projets « imposent un effort exceptionnel en matière de compétences, de conduite de projets et de rigueur industrielle », souligne l’ASN.
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M. Doroszczuk relève le « manque de connaissances », chez certains sous-traitants, des « exigences spécifiques » aux équipements nucléaires. « La pression du planning » et la crainte de pénalités en cas de retard peuvent pousser un fournisseur à des falsifications et autres irrégularités, par exemple au moment d’établir la conformité ou non d’un produit.
Parmi ses mises en garde, l’ASN modère, plus précisément, l’« engouement » autour des projets de miniréacteurs. Ces modèles réduits (SMR ou AMR), dits « innovants », se font encore attendre. Le 29 avril, la start-up Jimmy a déposé auprès du gouvernement une demande d’autorisation de création – une première, en France, pour ce type d’installation. Son générateur thermique de 10 MW produirait de la chaleur décarbonée pour une usine du sucrier Cristal Union, à Bazancourt (Marne). Ce qui pose d’emblée une question d’acceptabilité sociale, le site n’étant pas encore nucléarisé.
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Dans ce microcosme des miniréacteurs, la majorité des porteurs de projet sont sans « véritable expérience d’exploitant nucléaire », rappelle Stéphanie Guénot-Bresson, commissaire de l’ASN. Et les « plus innovants de ces projets » misent sur des « combustibles spécifiques » pour lesquels, à ce jour, « il n’existe pas (…) d’installations de retraitement des combustibles usés ».
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