Elections européennes : la timide place de l’éthique et de la santé publique dans les débats
Quentin Haroche| 04 Juin 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/elections-européennes-timide-place-léthique-et-2024a1000ahf?ecd=wnl_all_240604_jim_daily-doctor_etid6568836&uac=368069PV&impID=6568836&sso=true
Bruxelles – A cinq jours des élections européennes en France, les questions de santé sont peu évoquées par les candidats.
Dimanche prochain, les électeurs français (mais aussi les étrangers européens résidents en France) seront appelés à élire pour cinq ans les 81 députés qui représenteront la France au Parlement européen. Et comme à chaque fois lors d’une élection européenne, il semble être question de tout sauf d’Europe. Les uns essayent de transformer l’élection en un référendum pour ou contre Emmanuel Macron (avec une certaine efficacité au vu des sondages) tandis que d’autres semblent plus préoccupés par la situation, certes dramatique mais sans grand rapport avec les institutions européennes, au Proche-Orient.
A la lecture des programmes des listes candidates aux élections européennes, on constate que les questions de santé sont loin d’être la priorité des différents partis politiques français, qui préfèrent se concentrer sur l’immigration ou l’économie. Si la santé n’est certes pas l’une des compétences principales de l’Union Européenne, Bruxelles joue en la matière un rôle de plus en plus important, comme on a pu le constater notamment lors de la pandémie de Covid-19 mais également au quotidien concernant la politique du médicament (question pratiquement absente des programmes des diverses listes).
Les écologistes combattent les pesticides…et la vérité scientifique
La question de la santé publique est essentiellement abordée par des listes de gauche, sous l’angle notamment de la nécessaire (selon eux) interdiction des pesticides. Les Ecologistes proposent ainsi d’interdire « toutes les substances reconnues comme les plus dangereuses » et d’assurer « l’indépendance des agences d’autorisation, d’évaluation et des laboratoires pour garantir la transparence ». Dans son combat contre les produits chimiques, la tête de liste EELV Marie Toussaint n’a pas hésité parfois à tordre quelque peu la réalité, affirmant, sans aucune preuve, qu’il existait en France « 19 clusters de cancers pédiatriques liés à des produits toxiques », affirmant s’appuyer sur « un faisceau d’indices suffisamment puissant ». Marie Toussaint est même allée plus loin affirmant que Santé Publique France (SPF) avait été incitée à ne pas enquêter sur ces clusters de cancer « pour de basses raisons financières ». Des affirmations démenties par SPF et qui ont provoqué la colère des médecins sur les réseaux sociaux.
Toujours sur les pesticides, La France Insoumise (LFI) préconise également d’interdire le glyphosate et d’établir un plan de sortie des pesticides. Plus modestement, la liste Renaissance souhaite diviser par deux l’utilisation de pesticides en Europe d’ici 2030. On se souvient néanmoins qu’en début d’année, à la suite de la révolte des agriculteurs, le gouvernement était revenu sur ses engagements concernant l’utilisation des pesticides. La promesse faite par Emmanuel Macron en 2017 d’interdire le glyphosate d’ici 2022 n’a par ailleurs jamais été tenue et ce produit controversé (dont la dangerosité fait débat parmi les scientifiques) a vu son autorisation renouvelée pour dix ans en novembre dernier par la Commission Européenne.
Défense de l’IVG à gauche, lutte contre le « wokisme » et la GPA à l’extrême-droite
Mais ce sont surtout sur les questions d’éthique que les différentes listes candidates sont les plus prolixes, avec sur ces sujets un clivage droite-gauche assez clair. Quatre partis (LFI, Ecologistes, PS et Renaissance) souhaitent ainsi inscrire le droit à l’IVG (et à la contraception pour LFI et les Ecologistes) dans la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne, dans la lignée de la constitutionnalisation de l’IVG en France en mars dernier. Une proposition qui a peu de chance d’aboutir puisque l’avortement reste interdit dans deux pays de l’Union Européenne (la Pologne et Malte).
Entre les différentes listes de gauche, c’est presque un concours à qui se montrera le plus progressiste sur ces questions. LFI souhaite ainsi également inscrire « le droit à mourir dans la dignité » dans la charte des droits fondamentaux (alors que seule une poignée de pays européens a légalisé le suicide assisté) et « garantir le remboursement et l’accès aux soins de santé spécifiques aux personnes transgenres ». Pour sa part, la liste des écologistes milite pour l’interdiction de la stérilisation forcée des personnes handicapées, la garantie de la prise en considération des spécificités de genre en Europe et l’engagement dans « une approche féministe des politiques du médicament » (sans que l’on comprenne très bien ce que cela pourrait vouloir dire). Plus timidement, la liste du Parti Socialiste veut déployer une carte européenne du handicap pour uniformiser les droits des personnes handicapées au niveau de l’Union.
Dans une position diamétralement inverse, la liste d’extrême-droite Reconquête dit vouloir « interdire toute campagne européenne faisant la promotion de l’idéologie woke » (qui reste à définir), encourager la natalité (déclinante en Europe) et abolir la GPA dans tous les Etats membres. Si aucun pays de l’Union Européenne n’autorise explicitement la GPA à but lucratif, certains pays n’ont aucune législation en la matière et d’autres autorisent la GPA altruiste.
Les élections européennes de dimanche prochain ne se gagneront certainement pas sur les questions de santé publique ou d’éthique. Il n’y a qu’à voir le quasi-silence de la liste Rassemblement National (RN), qui caracole en tête dans les sondages, sur ces thématiques. Mais les positions des différents partis sur ces sujets illustrent leur vision diamétralement opposée de la société.