
Entre 9 et 12 % de la population française vit aujourd’hui dans un désert médical, soit entre 6 et 8 millions de personnes. Pixabay – orzalaga
Publié le 28/05/2024 à 06:31 https://www.ladepeche.fr/2024/05/28/editorial-deserts-medicaux-effet-retard-11977790.php
Dominique Delpiroux
IQuel document administratif est le plus précieux, si l’on veut se faire soigner en Occitanie ? La carte Vitale ? L’attestation de la mutuelle ? Eh bien non ! Le plus utile, aujourd’hui, c’est le permis de conduire. Et mieux vaut aussi posséder une voiture, tant les transports en commun sont compliqués, quand on vit loin des TGV ou des autoroutes. Heureux les habitants de Toulouse, qui d’un coup de métro, vont avoir accès à Purpan et Rangueil, CHU prestigieux… même si les rendez-vous se prennent longtemps à l’avance.
Malheureux les habitants de la province de la province, ceux qui vivent loin des centres urbains et de leurs hôpitaux : leurs plus gros frais de santé se facturent à la pompe à essence. La faute à qui ? A nos dirigeants des années 70. Déjà à l’époque, l’augmentation des dépenses de la Sécurité sociale préoccupait nos argentiers. Qui ont cru avoir une idée lumineuse : pour limiter les frais, limitons le nombre des médecins, pardi, c’est mathématique ! Voilà comment est né ce « numerus clausus » qui a étranglé durablement la formation des toubibs.
Personne n’y a touché pendant un demi-siècle, on a même serré la vis dans les années 90, où l’on ne formait plus que 3 000 ou 4 000 toubibs par an, dans notre Hexagone ! Mais cela arrangeait tout le monde, y compris la faculté qui y renforçait son prestige, et Bercy qui croyait faire la bonne affaire. Ce n’est qu’en 2020 que ce système a été abandonné. Tard, bien trop tard, car le mal est fait, nous payons l’effet retard. Nous nous retrouvons dans un immense désert médical, où toutes les spécialités font défaut dès que l’on sort des métropoles. Et où obtenir un rendez-vous est devenu quasiment mission impossible.
La pénurie créée par le numerus clausus a été amplifiée par d’autres phénomènes. La génération des docteurs « boomers » est en train de partir massivement à la retraite, avec personne pour les remplacer. Ensuite, les jeunes diplômés n’ont pas du tout la vocation de la vie sacrificielle des « médecins de famille », au chevet des malades 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Beaucoup de ces jeunes qui ont étudié à Toulouse ou Montpellier, des cités bouillonnantes, n’ont guère envie d’aller exercer dans des villes assoupies, et loin des théâtres pour eux et des établissements de prestiges pour leurs gamins.
Il faudra encore une bonne dizaine d’années pour que les déserts médicaux le soient un peu moins. Toutefois, avec une science médicale qui se perfectionne sans cesse (et c’est tant mieux !), il est probable que les spécialistes restent difficilement accessibles, même dans dix ans. Télémédecine, centres de soins, mutualisation, oui. Mais aussi meilleurs routes, trains et bus, pour pouvoir raccrocher tous le monde dans les wagons de la santé.
TEMOIGNAGES. Déserts médicaux : « J’ai fait 250 km pour un dentiste » : ils racontent leur galère pour voir un spécialiste
Publié le 28/05/2024 à 06:48 , mis à jour à 10:00 https://www.ladepeche.fr/2024/05/28/temoignages-deserts-medicaux-jai-fait-250-km-pour-un-dentiste-ils-racontent-leur-galere-pour-voir-un-specialiste-11971123.php
De plus en plus d’Occitans doivent se résoudre à parcourir des centaines de kilomètres pour obtenir un rendez-vous médical. Une situation qu’ils ont beaucoup de mal à accepter.
« 250 km pour une douleur dentaire… » Benoît vit en Corrèze et pour obtenir un rendez-vous de dentiste, il doit avaler les kilomètres jusqu’à Toulouse. « Dans le département, aucun praticien n’acceptait de nouveaux patients », regrette-t-il. La problématique des déserts médicaux n’est pas nouvelle… Dans certaines zones de la région Occitanie, il est devenu très difficile, voire impossible, de se faire soigner. Tant et si bien que certains n’ont plus le choix que de parcourir des centaines de kilomètres pour avoir un rendez-vous médical.
« Le centre médical nous a dirigés vers les urgences pour une bronchite »
C’est le cas pour Anne*, 48 ans, installée à Auch dans le Gers depuis neuf mois avec sa famille. En arrivant de la région lyonnaise, elle ne s’attendait pas à se trouver dans une telle situation. La famille n’a pas réussi à obtenir un seul rendez-vous médical depuis neuf mois. « Tous les médecins traitants partent à la retraite et ne prennent plus de nouveaux patients », explique-t-elle, « Lorsque mon fils de 16 ans est tombé malade, le centre médical nous a dirigés vers les urgences pour une bronchite ». Cette mère de famille est dans l’incompréhension totale. « J’ai dû aller à 1 heure de route à Pibrac (Haute-Garonne) pour avoir un rendez-vous chez le dentiste », ajoute-t-elle. Éberluée par cette situation, elle s’est adressée à l’ARS qui l’a « redirigée vers le service des gens du voyage », à sa grande surprise.
Même constat pour Sabrina, habitante de Garrevaques dans le Tarn : « Aucun médecin traitant n’accepte de nouveau patient sur la commune de Revel ». Sa famille doit se résoudre à faire 100 km aller-retour « jusqu’au centre-ville de Toulouse » pour avoir un rendez-vous médical. « C’est une aberration », se désole-t-elle. Pire encore à Montbeton dans le Tarn-et-Garonne où le village n’a plus de médecin depuis six ans, Sonia, elle aussi, a dû se rendre à Toulouse afin d’avoir une consultation avec un dermatologue, « même à Montauban c’était quasi impossible d’avoir une consultation ».
« 3 h de route pour un rendez-vous chez le dentiste »
La région Occitanie est touchée de plein fouet par la désertification médicale et certains patients parcourent des distances à peine croyable. C’est le cas d’Arnaud habitant de Maxou dans le Lot. Dans ce petit village de quelques centaines d’âmes, il est « impossible d’obtenir un rendez-vous chez un dentiste après la retraite du précédent ». Pour un rendez-vous, l’homme nous confie avoir été obligé de se rendre à Quint-Fonsegrives (Haute Garonne) « à 3 heures de route et plus de 250 km aller-retour ». Comme beaucoup, il dénonce le coût de ces transports et dénonce « une honte pour un pays comme la France ».
A lire aussi : REPORTAGE. Déserts médicaux : à Albi, des médecins retraités enfilent la blouse pour compenser les manques en ville
Un autre Arnaud, à Albi dans le Tarn lui, rencontre les mêmes problèmes : « Nous cherchions un ORL pour notre fille d’un an. Aucune possibilité sur Albi… Nous avons dû aller jusqu’à Castres durant plusieurs mois avant de trouver enfin sur Albi ». Mais ce fut un bonheur de courte durée pour ce Tarnais, « le médecin trouvé dans notre ville est parti à la retraite et pour continuer le suivi, nous devons maintenant aller à Toulouse ». Une situation compliquée à vivre avec un bébé pour ce jeune papa : « Il y a un sentiment de ne pas pouvoir faire le mieux pour son bébé », déplore-t-il avant de dénoncer une situation ubuesque : « Devoir faire presque une heure de route pour une consultation pour un bébé d’un an, c’est difficilement compréhensible… Surtout lorsqu’on vit dans une ville qui est une préfecture ».
DOSSIER. Déserts médicaux : des heures de route pour un rendez-vous… comment expliquer l’aggravation du « nomadisme médical » ?
Santé, France – Monde, Vie pratique – conso
Publié le 28/05/2024 à 06:21 , mis à jour à 07:54
Valentin Marcinkowski
Face à la pénurie de médecins et confrontés à des temps d’attente à rallonge, certains Français n’hésitent plus à faire des heures de route pour trouver un créneau libre. Une situation qui s’explique par plusieurs facteurs et qui pourrait encore se dégrader à l’avenir.
On connaissait le nomadisme digital, à savoir la possibilité de travailler tout en voyageant grâce aux outils numériques. Le « nomadisme médical », lui n’a rien d’aussi plaisant. Si le sens premier de l’expression désigne la tendance, pour certains patients, à multiplier frénétiquement les consultations chez différents médecins à propos d’une même pathologie ; ces derniers mois, il renvoie plutôt à un problème auxquels sont confrontés de nombreux Français, principalement en zones rurales. À savoir la nécessité de parcourir plusieurs centaines de kilomètres en voiture pour trouver un docteur, voire plus dans certains cas. » Certains patients arrivent même en avion depuis Toulouse, en passant par Orly, relate Sébastien Tavolaro, radiologue à Antony (Hauts-de-Seine), auprès du Monde. Ils passent une semaine médicale en région parisienne, enchaînent examens et rendez-vous chez divers spécialistes… » Ou quand l’extension des déserts médicaux oblige au périple pour trouver son oasis et ne pas attendre durant plusieurs mois.
Cardiologie, dermatologie, ophtalmologie : spécialités sinistrées
Le mois dernier, la Fondation Jean-Jaurès publiait un rapport sur l’accès aux soins en France. Une étude complète se basant sur l’analyse de l’activité des 75 000 professionnels de santé utilisateurs de Doctolib, l’application qui a enregistré environ 200 millions de consultations sur l’ensemble du territoire l’an passé. L’occasion de classer par nombre de jours l’attente des patients pour obtenir un rendez-vous.
A lire aussi : TEMOIGNAGES. Déserts médicaux : « J’ai fait 250 km pour un dentiste » : ils racontent leur galère pour voir un spécialiste
Sans surprise, ce sont les généralistes qui présentent le délai le plus court : trois jours. Suivent ensuite les pédiatres (7 jours), les dentistes (11 jours). De l’autre côté de l’échelle, il faut vraiment prendre son mal en patience pour voir un cardiologue (42 jours), dermatologue (36 jours), ou ophtalmologue (25 jours). Des temps d’attente à rallonge, souvent source de stress pour les patients qui galèrent à trouver des créneaux libres. Malgré ces délais, parfois bien plus conséquents, la Fondation précise que ces derniers ont largement baissé depuis 2017. Et de citer des chiffres de l’institut IFOP d’il y a sept ans, où l’attente pouvait monter à 117 jours pour un ophtalmologue ou encore 8 jours pour un généraliste. Le décalage, lui, est palpable avec la perception des patients, et parfois des professionnels. « Même moi, en tant que généraliste, j’ai du mal à rediriger mes patients vers des confrères », souffle Jérôme Marty, le président du syndicat Union française pour une médecine libre (UFML-S), qui exerce à Fronton (Haute-Garonne).
Inégalités territoriales
La France n’est pas un désert médical uniforme. Dans son étude, la Fondation Jean-Jaurès évoque notamment une quinzaine de départements en difficulté avec des délais médians au moins deux fois supérieurs à la moyenne nationale concernant au moins trois spécialités. En Occitanie, le Gers est particulièrement concerné par le phénomène. À l’inverse, l’Ile-de-France, les départements des littoraux méditerranéen et atlantique ou ceux accueillant de gros pôles urbains ou universitaires sont généralement mieux lotis.
A lire aussi : Désert médical : la téléconsultation, une fausse bonne idée ?
Dans ce contexte, l’obligation de se déplacer pour être soigné devient une réalité puisque nombreux sont les praticiens à ne pas prendre de nouveaux patients car déjà bien débordés. La faute à toujours moins de médecins (99 457 généralistes en 2023, soit – 2 % par rapport à 2012 selon la Drees) alors que de nombreux docteurs partent en retraite sans être remplacés et que le numerus clausus a longtemps été prôné dans notre pays. Sans oublier le vieillissement général de la population qui accroît les besoins.
« Est-ce possible d’en prendre beaucoup plus (des patients, Ndlr) à partir du moment où il faut maintenir le suivi des patients chroniques avec des délais de rendez-vous pertinents, tout en assurant entre 16 % et 44 % d’activité non programmée dans la semaine ?, s’interroge Marc Villaceque, cardiologue à Nîmes et président du Conseil national professionnel cardiovasculaire (CNPCV), sollicité dans l’étude. Faire plus de soins non programmés aboutirait automatiquement à rallonger le suivi des patients souffrant de maladies chroniques. »
A lire aussi : ENTRETIEN. Déserts médicaux : « On bricole alors que la priorité, c’est de faire installer les jeunes », appuie le Dr Jérôme Marty
Une situation qui paraît inextricable. D’où le pessimisme du docteur Jérôme Marty sur cette question de raccourcissement des délais. « Honnêtement, je ne vois pas comment ça pourrait aller mieux. Il faut bien avoir conscience qu’on mange encore du pain blanc à l’heure actuelle, et le pain noir viendra d’ici deux ou trois ans. »
ENTRETIEN. Déserts médicaux : « Notre objectif est de recruter 200 médecins d’ici trois ans », selon Vincent Bounes vice-président de la région Occitanie
Publié le 28/05/2024 à 06:33 https://www.ladepeche.fr/2024/05/28/entretien-deserts-medicaux-notre-objectif-est-de-recruter-200-medecins-dici-trois-ans-selon-vincent-bounes-vice-president-de-la-region-occitanie-11971830.php
Comme la France entière, l’Occitanie est largement touchée par la désertification médicale. Vincent Bounes, vice-président à la Santé de la région, s’exprime sur la situation et dresse un ubilan du Groupement d’Intérêt Public (GIP) Ma santé, Ma Région lancé il y a un peu plus d’un an.
La situation en matière de désertification médicale va-t-elle en s’aggravant ?
En termes d’accès aux soins, la situation est très préoccupante, voire catastrophique dans certaines zones de la région. En gros, 80 % de l’Occitanie est en zone en tension, selon l’ARS. Le constat est très dur mais il faut rappeler que la santé est une compétence de l’État. Et la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. Notamment car la population des médecins va encore baisser pendant 5 ans. La population médicale est âgée et les départs à la retraite vont encore se multiplier. 35 % des médecins généralistes de la région ont plus de 60 ans.
La région a mis en place un réseau de centres de santé, où en est-on ?
Pour contrer ce phénomène, nous avons décidé de lancer, un réseau de centres de santé « Ma Santé Ma Région » avec des médecins salariés. Depuis le lancement, il y a un an et demi, nous avons embauché 75 médecins généralistes qui font entre 11 000 et 12 000 consultations par mois, avec des visites à domicile et des gardes. On les positionne préférentiellement dans les coins où il y a des gros manques d’accès aux soins. Une majorité des patients qui bénéficient de ces centres sont des personnes âgées.
A lire aussi : Face aux déserts médicaux, le succès de Ma Région Ma santé en Occitanie
75 médecins ? C’était vos objectifs au moment où vous avez lancé ce réseau ?
Notre objectif est de recruter 200 médecins d’ici la fin de mandat dans 3 ans. Pour l’instant nous sommes à 15 centres de santé ouverts dans des zones isolées. Nous voulons en ouvrir une dizaine par an. La dynamique est plutôt bonne même si on sait que cela ne suffit pas. Le nombre de départs reste supérieur au nombre d’arrivées alors que l’Occitanie est une région très attractive.
Mais alors quel est le problème ?
C’est multifactoriel. Il n’y a plus assez de médecins. Notamment à cause du numerus clausus, on a un vrai trou numérique et ceux qui partent à la retraite ne sont pas remplacés. Le deuxième aspect, c’est que les médecins s’installent peu et en particulier, les médecins généralistes. En sortie de diplôme, ils sont 20 % à s’installer. Sur cette minorité, il faut comprendre que les jeunes médecins travaillent moins que ceux qui partent à la retraite. C’est générationnel, le rapport au travail a changé. Les jeunes travaillent moins en nombre d’actes et moins en nombre de jours. On compte que pour faire le même nombre d’actes médicaux, le même nombre de prescriptions qu’un médecin qui part à la retraite, il faut à peu près 2,5 jeunes médecins qui s’installent.
A lire aussi : REPORTAGE. Déserts médicaux : à Albi, des médecins retraités enfilent la blouse pour compenser les manques en ville
Obliger les jeunes médecins à s’installer dans les déserts médicaux. Cela pourrait être une solution ?
Il y a une vraie prise de conscience des pouvoirs publics et de la société sur l’accès à la santé. Il faut probablement mettre des mesures un peu plus fermes c’est vrai. Mais celle-ci me semble compliquée à mettre en place… Surtout car elle ne pourrait pas s’appliquer rétroactivement donc il faudrait attendre 10 ans pour en constater les effets (il faut 10 ans pour former un médecin). Donc je ne pense pas que ce soit la solution à court terme. Mais je ne pense pas qu’il y ait de mesures systémiques capables de renverser d’un coup 20 ans de mauvais choix.
Désert médical : la téléconsultation, une fausse bonne idée ?
Publié le 28/05/2024 à 06:32 https://www.ladepeche.fr/2024/05/28/desert-medical-la-teleconsultation-une-fausse-bonne-idee-11977282.php
V.M.
Comment relancer l’attractivité du métier ?
Près de 9 millions de téléconsultations sont réalisées chaque année en France. Une pratique qui a explosé avec la crise Covid… mais peut-elle vraiment être une solution dans la lutte contre les déserts médicaux ?
Généralisée en 2018 dans l’Hexagone, la téléconsultation peut être remboursée par l’Assurance maladie au même titre qu’un rendez-vous en présentiel chez un médecin. Si en 2019, le nombre de téléconsultations n’excédait pas 80 000, une explosion a été constatée en 2020, Covid-19oblige, avec un chiffre de 13,6 millions de rendez-vous en ligne. Depuis 2021, chaque année, celui-ci s’est stabilisé autour de 9 millions.
A lire aussi : DOSSIER. Déserts médicaux : des heures de route pour un rendez-vous… comment expliquer l’aggravation du « nomadisme médical » ?
S’agit-il dès lors, d’une solution miracle, même en vidéo, pour obtenir un rendez-vous médical ? « Pour répondre à des demandes urgentes et rapides », le dispositif « semble particulièrement adapté », note la Fondation Jean-Jaurès dans son étude basée sur les données de la plateforme Doctolib. Et de noter : « en moyenne, les délais médians d’octroi de rendez-vous sont cinq fois plus rapides en téléconsultation par rapport à l’ensemble des consultations ».
A lire aussi : TEMOIGNAGES. Déserts médicaux : « J’ai fait 250 km pour un dentiste » : ils racontent leur galère pour voir un spécialiste
« La technologie ne fera pas tout »
De son côté, le président du syndicat Union française pour une médecine libre (UFML-S) Jérôme Marty pointe du doigt « plein de systèmes commerciaux où les médecins font de l’acte non programmé mais ne suivent pas les patients, ce qui n’est pas sans poser problème sur la qualité des soins ».
Ce dernier ne se montre en revanche pas fermé à ce type de rendez-vous, « quand c’est le médecin traitant qui consulte par confort pour le patient quand celui-ci ne peut pas se déplacer ». « Mais l’intelligence artificielle, la technologie ne fera pas tout, poursuit-il. On aura toujours besoin d’avoir des yeux qui regardent, des oreilles qui écoutent et des mains qui palpent. »
Et contrairement aux idées reçues, la téléconsultation ne profite pas aux habitants des zones rurales et profite à un public jeune. Selon une étude de la Drees, 7 téléconsultations de médecine générale sur 10 concernaient des patients de grands pôles urbains.
ENTRETIEN. Déserts médicaux : « On bricole alors que la priorité, c’est de faire installer les jeunes », appuie le Dr Jérôme Marty
Santé, France – Monde, Société
Publié le 28/05/2024 à 06:40
Propos recueillis par V.M.
Jérôme Marty, président du syndicat Union française pour une médecine libre, estime qu’il faudrait en faire plus pour favoriser l’installation des jeunes et ainsi mieux lutter contre les déserts médicaux.
La Dépêche du Midi : Des patients qui n’hésitent plus à faire des kilomètres pour un rendez-vous médical, vous le constater aussi ?
Dr Jérôme Marty : C’est une tendance qui se généralise, et va s’aggraver. On est dans une pyramide inversée : à chaque fois que vous avez une tranche de médecins qui part à la retraite, celle qui arrive est moins importante pour la remplacer. Et ce malgré la fin du numerus clausus qui n’a pas modifié grandement la donne. Le problème, c’est que la médecine est un compagnonnage. On apprend au pied du malade à partir de la quatrième année, et il faut des enseignants. Si on augmente le nombre de médecins formés mais que vous n’avez pas de chargés de cours, c’est compliqué. On ne peut altérer la qualité de la formation sous prétexte qu’il faut produire des médecins.
A lire aussi : DOSSIER. Déserts médicaux : des heures de route pour un rendez-vous… comment expliquer l’aggravation du « nomadisme médical » ?
Quels sont les autres facteurs qui expliquent la situation ?
On pourrait parler de l’expatriation des médecins qui est un vrai phénomène. Il y a aussi les médecins retraités actifs, qui tiennent la médecine générale. Mais beaucoup de ceux qui partent à la retraite de nos jours refusent de poursuivre l’activité. Mentionnons également tout un tas de praticiens qui, pour X raisons, se tournent vers des activités commerciales comme les généralistes ou dermatos qui vont faire de l’esthétisme. Aussi, on constate un ras-le-bol chez les étudiants en six ou septième année, qui jettent l’éponge.
null
A lire aussi : Désert médical : la téléconsultation, une fausse bonne idée ?
Le problème plus général, c’est qu’un médecin, après 10 ans de formation, met plusieurs années avant de s’installer. Au sortir de la faculté, seulement 7 à 8 % s’installent directement. Ça démontre une crainte pour l’avenir. Et aujourd’hui, à 26,50 euros la consultation, vous ne pouvez pas faire tourner un cabinet au regard des charges. On verra ce que ça donne avec le passage à 30 euros, mais il ne s’agit que d’un rattrapage de l’inflation.
null
A lire aussi : TEMOIGNAGES. Déserts médicaux : « J’ai fait 250 km pour un dentiste » : ils racontent leur galère pour voir un spécialiste
Comment relancer l’attractivité du métier ?
On joue petit bras. La médecine libérale s’occupe de 95 % des patients dans ce pays. Et on ne veut pas investir dans cette médecine. À la place, on crée des communautés professionnelles de territoire de santé (CPTS), des structures avec un tout un tas d’acronymes. Bref, on bricole, on donne des actes que font les médecins aux pharmaciens, aux infirmières. Alors que ce qu’il faut, c’est faire installer les jeunes, et vite. L’Aveyron, par exemple, a pu être sauvée en organisant des terrains de stage dans les cabinets. Le département, pourtant très rural, ne connaît pas vraiment de problème de déserts médicaux parce qu’il y a beaucoup de maîtres de stage là-bas. Et quand c’est bien organisé, on favorise l’installation.
On joue petit bras. La médecine libérale s’occupe de 95 % des patients dans ce pays. Et on ne veut pas investir dans cette médecine. À la place, on crée des communautés professionnelles de territoire de santé (CPTS), des structures avec un tout un tas d’acronymes. Bref, on bricole, on donne des actes que font les médecins aux pharmaciens, aux infirmières. Alors que ce qu’il faut, c’est faire installer les jeunes, et vite. L’Aveyron, par exemple, a pu être sauvée en organisant des terrains de stage dans les cabinets. Le département, pourtant très rural, ne connaît pas vraiment de problème de déserts médicaux parce qu’il y a beaucoup de maîtres de stage là-bas. Et quand c’est bien organisé, on favorise l’installation.