Pour Sanofi son vaccin quadrivalent à forte dose anti grippal « Efluelda », sera retiré en 2025 car pas vendu assez cher !

Retrait du vaccin antigrippal Efluelda : un symbole des maux du système français

Quentin Haroche | 23 Mai 2024

https://www.jim.fr/viewarticle/retrait-du-vaccin-antigrippal-efluelda-symbole-des-maux-du-2024a10009rt?ecd=wnl_all_240526_jim_jim-pro_etid6541986&uac=368069PV&impID=6541986&sso=true

Paris – Prix des médicaments, inflation des agences de régulation, conflits d’intérêts… : la polémique sur le retrait du vaccin antigrippal Efluelda reflète les différents maux qui affectent le système pharmaceutique français.

Lors de la dernière campagne de vaccination contre la grippe saisonnière cet hiver, 54 % des sujets âgés de 65 ans et plus se sont fait vacciner, soit moins que les 56 % de la campagne vaccinale précédente et surtout loin de l’objectif de 75 % fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Depuis plusieurs années, la France ne parvient pas à améliorer la couverture vaccinale contre la grippe saisonnière chez les seniors. Et pour ne rien arranger à la situation, la France vient de se priver d’un de ses atouts : dans un message adressé aux pharmaciens le 23 avril dernier, la Direction générale de la Santé (DGS) a en effet informé les pharmaciens du retrait du marché du vaccin Efluelda, qui ne sera donc pas disponible pour la prochaine campagne vaccinale.

Commercialisé par le laboratoire français Sanofi, le vaccin Efluelda est un vaccin quadrivalent, protégeant contre deux souches A (H1N1 et H3N2) et deux souches B (Austria et Yamagata) du virus de la grippe et qui a la particularité d’être à haute dose : il contient 60 µg d’hémagglutinine de chacune des quatre souches virales, soit quatre fois plus que dans un vaccin antigrippal à dose standard. 

Le prix des vaccins et des médicaments en débat

Si la DGS a annoncé le retrait du marché du vaccin, ce n’est pas en raison de quelconques effets secondaires, mais à la demande du laboratoire Sanofi lui-même. Le géant pharmaceutique français reproche en effet aux autorités sanitaires d’avoir voulu fixer le prix du vaccin « à un niveau inférieur aux coûts de production et de distribution de ce vaccin ». Estimant que son vaccin n’est dès lors plus suffisamment rentable et pourrait même entrainer des coûts s’il était commercialisé en France, Sanofi dit « regretter cette décision qui rend impossible la mise à disposition du vaccin ». Le laboratoire assure cependant que l’approvisionnement en vaccins antigrippe ne sera pas affecté et qu’il continuera à produire son vaccin quadrivalent à dose standard, le VaxigripTetra.

Le retrait du vaccin Efluelda relance ainsi la polémique sur les prix des médicaments. Nombreux sont ceux qui estiment que les pénuries de médicaments qui touchent régulièrement les officines françaises sont principalement dues aux prix trop bas pratiqués dans notre pays, qui poussent l’industrie pharmaceutique, dont Sanofi, à déserter le marché français. « Face caméra, le gouvernement assure tout mettre en œuvre pour garantir l’accès aux produits de santé mais dans les faits, il s’entête dans une politique tarifaire toujours plus restrictive et dans un paradigme de santé à bas coût » déplore la Fédération des syndications de pharmaciens d’officine (FSPF) dans un communiqué publié à l’annonce du retrait du vaccin Efluelda.

Mais la polémique sur le vaccin Efluelda est également scientifique. Le laboratoire Sanofi soutient en effet, études cliniques à l’appui, que son vaccin à haute dose est plus efficace que les vaccins à dose standard. Il est soutenu en cela par les principales sociétés savantes de gériatrie (SFGG, CNEG et CNPG) qui recommandent d’utiliser le vaccin Efluelda pour vacciner les sujets âgés de 65 ans et plus.

L’Académie de médecine prend le parti de l’Efluelda

Mais d’autres instances et notamment la Haute Autorité de Santé (HAS) ne partagent pas cette position. Dans son avis sur le vaccin Efluelda rendu en 2020, l’instance avait estimé qu’il n’apportait pas une protection significativement supérieure par rapport aux vaccins à dose standard. C’est pour cela que les autorités françaises se refusent à lui attribuer un prix supérieur aux autres vaccins contre la grippe. De plus, selon le collectif pour l’indépendance des professionnels de santé Formindep, les recommandations des sociétés savantes de gériatrie en faveur du vaccin Efluelda seraient biaisées, car ces sociétés n’auraient pas déclaré leurs liens d’intérêts avec Sanofi et notamment les centaines de milliers d’euros qu’elles ont reçues du laboratoire ces dernières années.

Dans ce conflit mêlant débat scientifique, économique et éthique, l’Académie de Médecine a tranché : dans un communiqué publié le 15 mai dernier, elle se désole du retrait du vaccin Efluelda, une « annonce regrettable qui compromet l’efficacité de la prochaine campagne vaccinale chez les personnes âgées » selon elle. Pour les académiciens, il n’y a pas de doute possible : le vaccin à haute dose Efluelda procure bien « une protection accrue contre les complications de la grippe et réduit le risque d’hospitalisation pour cause respiratoire ». Il s’appuie notamment sur une méta-analyse publiée dans The Lancet en 2017.

Cependant, cette prise de position n’est pas un total blanc-seing pour le produit de Sanofi (ce qui permettra d’écarter les potentielles accusations de conflits d’intérêt), puisque l’Académie de Médecine fait parallèlement sienne une récente recommandation de l’OMS invitant à abandonner les vaccins quadrivalents pour n’utiliser que des vaccins trivalents, la souche B Yamagata de la grippe ayant disparu depuis 2020.

L’Académie de Médecine recommande donc que soit élaboré un vaccin trivalent à haute dose le plus vite possible, afin qu’il soit disponible pour la prochaine campagne de vaccination. L’institution appelle surtout à la reprise du dialogue entre les autorités sanitaires et le laboratoire Sanofi dans l’intérêt des patients. Un dialogue entre autorités de régulation et industrie pharmaceutique qui est de plus en plus difficile ces dernières années.

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Commentaire Dr Jean SCHEFFER

Les académiciens déclarent-t-ils leurs liens d’intérêts ?

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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