Paris, France – Quelles ont été l’incidence et la mortalité associées au cancer de la prostate en France entre 2010 et 2021 ? A quoi sont dues les disparités régionales observées ? Des réponses issues de vastes cohortes ont été apportées au congrès de l’Association française d’urologie (AFU) [1].
Une tendance notable est l’augmentation tant de la prévalence que de l’incidence au cours de la dernière décennie, de 2010 à 2020 Dr Hugo Crespin
Augmentation de la prévalence et de l’incidence
En 2015, le cancer de la prostate occupait le premier rang parmi les cancers incidents et se plaçait comme la troisième cause de décès chez les hommes en France, selon le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) – INSERM, avec une surmortalité inexpliquée dans certaines régions.
Une nouvelle étude [2] a pour sa part exploité le Système National des Données de Santé (SNDST) afin de décrire l’incidence et la mortalité liées au cancer de la prostate en France, ainsi qu’au niveau régional.
Entre 2010 et 2021, 564 975 nouveaux cas de cancer de la prostate ont été diagnostiqués, avec une incidence moyenne annuelle de 47 081 cas, augmentant sur la période. La mortalité toutes causes confondues s’élevait à 20 259 décès par an, dont 7 265 étaient spécifiques au cancer de la prostate. L’âge moyen au diagnostic était de 70,1 ans ± 9,6 ans tandis que celui au décès toutes causes confondues était de 80,2 ans ± 9,7 ans.
Les patients métastasiques d’emblée représentaient 4,6% des cas incidents.
« Une tendance notable est l’augmentation tant de la prévalence que de l’incidence au cours de la dernière décennie, de 2010 à 2020, décrypte le Dr Hugo Crespin, urologue (CHRU de Tours) et auteur de l’étude.
Certains territoires dépassent les seuils d’incidence définis à + 5%. Les rapports standardisés indiquent particulièrement une sur-incidence significative dans les Pays de la Loire et la Nouvelle-Aquitaine, avec des augmentations variant de 6 % à 12 % mais aussi en Martinique et en Guadeloupe. »
Une surmortalité spécifique au cancer de la prostate a aussi été observée, allant de + 10 % à + 46 % dans des régions telles que la Normandie, les Hauts-de-France, la Bretagne, le Centre-Val de Loire et les DROMs par rapport à la moyenne nationale. « Ces chiffres, tirés de données réelles, permettent d’éviter des extrapolations hasardeuses, souligne l’urologue, et malgré la présence de facteurs de confusion régionaux, les tendances semblent comparables. »
On note une sur-incidence significative dans les Pays de la Loire et la Nouvelle-Aquitaine, mais aussi en Martinique et en Guadeloupe
Des facteurs de risque de mortalité identifiés
Dans une analyse poussée des précédents chiffres [3], la même équipe a identifié les facteurs de risque de mortalité, qu’elle soit globale ou spécifique : un âge >60 ans, une augmentation de l’indice de comorbidité, et la présence de métastases dès le début de la maladie (HR 16,1 ; IC95% : 15,2 -17). D’autres éléments contribuant à la mortalité globale incluent la précarité, l’accessibilité aux soins et l’affiliation au régime agricole.
En ajustant les données selon les facteurs de risque, une surmortalité persiste dans les Hauts-de-France et en Bretagne, respectivement de +19 % et +18 %. « Pour la Bretagne, les Hauts-de-France, et la Martinique, la surmortalité spécifique par cancer de la prostate persiste même après correction pour les caractéristiques de la population, suggérant un impact régional, analyse Hugo Crespin. Cela soulève des questions sur les facteurs environnementaux ou de soins dans ces régions. Les bases de données agricoles ont montré un lien potentiel avec le risque de cancer de la prostate. La mortalité liée à l’accès à la médecine générale est plus complexe, avec des effets protecteurs en mortalité globale et des effets délétères spécifiquement dans le contexte du cancer de la prostate métastatique. »
Les bases de données agricoles ont montré un lien potentiel avec le risque de cancer de la prostate
Hugo Crespin déclare de pas avoir de liens d’intérêts avec le sujet.
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