Le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), le grand rendez-vous politique autour de la transition écologique du premier semestre de 2024, n’a toujours pas été présenté.

 La présentation du plan national d’adaptation au changement climatique sans cesse repoussée par le gouvernement

Les sujets climatiques sont encore une fois bousculés par des crises jugées plus urgentes par l’exécutif. Et font les frais de la prudence du gouvernement sur ce dossier à l’approche des élections européennes. 

Par Audrey Garric et Matthieu GoarPublié hier à 16h19 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/05/23/la-presentation-du-plan-national-d-adaptation-au-changement-climatique-sans-cesse-repoussee-par-le-gouvernement_6235059_3244.html

Temps de Lecture 4 min

Gabriel Attal, lors de son premier déplacement en tant que premier ministre, à Clairmarais (Pas-de-Calais), le 9 janvier 2024, après les inondations.
Gabriel Attal, lors de son premier déplacement en tant que premier ministre, à Clairmarais (Pas-de-Calais), le 9 janvier 2024, après les inondations.  POOL / VIA REUTERS

Le rendez-vous a d’abord été fixé « à la fin du mois d’avril ». Puis l’échéance a successivement été décalée à la « mi-mai »« à la fin du mois »« bientôt »… Les jours passent et le troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), le grand rendez-vous politique autour de la transition écologique du premier semestre de 2024, n’a toujours pas été présenté.

Lire aussi |   Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique lancé sur fond de crise agricole

Selon nos informations, il devrait être révélé lors d’un séminaire gouvernemental consacré à la transition écologique. Cette réunion a failli se tenir vendredi 24 mai, mais, mardi soir, Emmanuel Macron s’est subitement envolé pour la Nouvelle-Calédonie et ne pouvait donc plus effectuer un déplacement consacré à l’adaptation. Ce « kick off » – temps de lancement dans le vocabulaire macroniste – aurait dû ouvrir cette « séquence ». A cause de la période de réserve liée aux élections européennes, qui débute le 27 mai, la présentation de ce plan ne pourra désormais avoir lieu qu’après le scrutin, prévu en France le 9 juin.

Encore une fois, les sujets climatiques sont bousculés par des crises plus urgentes et font les frais de la prudence du gouvernement sur ce dossier. Après plus d’un an de travail des différentes administrations, des scientifiques et des experts qui ont réfléchi à la meilleure façon de préparer la France à un réchauffement de 4 °C en moyenne à la fin du siècle, tous attendent un portage politique ambitieux.

Fin avril, Matignon a récupéré le plan de 53 mesures déclinées en 250 points et le premier ministre, Gabriel Attal, voulait en faire un premier marqueur écologique, ce qui donnait espoir au ministère de la transition écologique. Le secrétariat général à la planification écologique assure que le document est prêt avec des fiches détaillées pour chacune des mesures.

« Risque de recul »

Depuis ce moment, aucune semaine n’a été jugée propice, Matignon préférant se concentrer sur des thématiques comme l’assurance-chômage ou les problèmes de sécurité. Vendredi, le sujet de l’adaptation ne devait être qu’un des points du séminaire gouvernemental, avec les données actualisées de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (– 5,8 % en 2023). Selon l’Elysée, M. Macron ne participera même pas à la future réunion de travail avec les membres de son gouvernement. Un programme minimal, même si des conseillers promettent toujours que l’Elysée et Matignon s’empareront du dossier au moment voulu.

Lire la synthèse :    Comment la France peut-elle s’adapter à un réchauffement climatique de 4 °C ?

La forme choisie et le décalage dans l’agenda font craindre à de nombreuses sources une « entrée dans l’atmosphère »en catimini puis des annonces au fil de l’eau, par exemple en juin, lors de déplacements consacrés à la préparation de la saison des feux de forêt, des canicules ou des sécheresses… Mais plus de mise en scène pour faire comprendre aux Français l’importance et la globalité de ce dossier de l’adaptation au changement climatique, qui avait pourtant été évoqué, à plusieurs reprises, par le couple exécutif.

Newsletter « Chaleur humaine »Comment faire face au défi climatique ? Chaque semaine, nos meilleurs articles sur le sujetS’inscrire

« On sait bien que nous devons réduire nos fragilités face aux tempêtes, aux incendies, aussi aux canicules et aux sécheresses, et ceci avec un plan d’adaptation et de résilience sur notre territoire, bâti avec nos maires, nos élus locaux, en métropole comme dans nos outre-mer », avait ainsi déclaré M. Macron, lors de sa conférence de presse, le 16 janvier. Les conseillers de l’exécutif décrivaient alors l’adaptation comme un sujet plus « parlant » que l’atténuation des émissions des gaz à effet de serre, car il s’agissait de la préservation des paysages et de la protection des Français.

Lire aussi :   L’adaptation au changement climatique, un défi pour les politiques

Les acteurs de la cause climatique ne cachent pas leur impatience. Dans une lettre adressée au premier ministre, rendue publique début avril, le Haut Conseil pour le climat (HCC) « s’inquiétait d’un risque de reculde l’ambition de la politique climatique » de la France, en raison des « dérives de calendrier », notamment dans la publication du Pnacc. « Il est plus qu’urgent que l’Etat présente ce plan, pour faire face à des extrêmes climatiques qui se multiplient », rappelle Quentin Ghesquière, chargé de la campagne sur l’adaptation à Oxfam France.

Arbitrages complexes

Ce plan devrait, entre autres mesures, intégrer une réforme du régime des catastrophes naturelles, une évolution du droit du travail, inclure le service civique écologique et mettre à contribution les entreprises pour accroître le financement. Autant de dossiers très épineux à quelques jours d’une échéance électorale, malgré les précautions prises par le gouvernement dans les documents de travail. « A ce stade, il n’y a pas de volonté de rendre l’ensemble du plan contraignant et opposable », regrette M. Ghesquière.

Ces reports successifs s’expliquent ainsi par la complexité des arbitrages au sein du gouvernement. Face à ce défi tentaculaire, où il est question du trait de côte, des logements ou de la résistance des infrastructures, l’Elysée a demandé de travailler sur la « territorialisation » en impliquant plus les collectivités locales et en intégrant l’adaptation au travail des COP régionales. Alors que le ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, aurait aimé avoir une loi qui inscrirait la trajectoire de + 4 °C dans la législation, l’exécutif a freiné, par peur de la cascade de contraintes potentielles et à cause de la faiblesse de sa majorité relative à l’Assemblée nationale, comme pour la loi Energie-climat, décalée à de multiples reprises, puis abandonnée.

Lire aussi :   Réchauffement climatique : une consultation lancée pour préparer la France à une hausse de 4 °C en 2100

En cette période de disette budgétaire, le financement de l’adaptation est aussi très complexe. D’autant que ni l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) ni la Cour des comptes ne sont parvenus à un chiffrage global. Pour tranquilliser les compagnies d’assurances, de plus en plus inquiètes face aux coûts des événements extrêmes, le ministère de la transition écologique aurait voulu disposer de 1 milliard d’euros d’argent public, mais le couple exécutif a réclamé que les assureurs participent aussi en investissant de l’argent dans la prévention des risques.

« Il est difficile de trouver le bon narratif, surtout si le gouvernement n’est pas en mesure d’annoncer des moyens financiers concomitants, analyse Vivian Dépoues, spécialiste de l’adaptation au sein de l’I4CE. Par exemple, les collectivités auront bien besoin du fonds vert pour financer des projets liés à l’adaptation, mais elles savent qu’il a perdu 500 millions d’euros d’augmentation lors des récentes coupes budgétaires. »

Lire l’entretien (archive 2022) :    « Il va falloir vivre avec le changement climatique et la France est loin d’être préparée »

La France est en tout cas tenue de se doter d’une stratégie en matière d’adaptation au titre de l’accord de Paris sur le climat mais également d’un règlement européen de 2018. Le plan aurait dû être présenté avant juillet 2023, comme le prévoyait la loi relative à l’énergie et au climat de 2019. Il doit remplacer le Pnacc-2, jugé insuffisant par les experts, qui courait jusqu’en 2022.

La France est restée dans une réponse « réactive et curative, fragmentée et incrémentale » face au réchauffement, au lieu d’une adaptation « préventive, systémique et transformationnelle », regrettait le HCC en juin 2023. Ronan Dantec, sénateur écologiste de la Loire-Atlantique et président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, ne s’alarme pas et dit « préférer un Pnacc ambitieux et mal présenté que l’inverse ». Une fois présenté, le plan devrait encore être soumis à consultation tout l’été.

Audrey Garric et  Matthieu Goar

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire