Le gouvernement présente son plan pour la santé des enfants
Quentin Haroche | 24 Mai 2024
Paris – Alors que les assises de la pédiatrie s’ouvrent ce vendredi, le gouvernement a présenté son plan pour améliorer la santé des enfants et sortir la pédiatrie française de la crise.
Mieux vaut tard que jamais : après près de 18 mois d’attente, les assises de la pédiatrie s’ouvrent enfin ce vendredi à Paris et vont permettre, on l’espère, de trouver des solutions aux maux de la pédiatrie française. Les pédiatres français réclamaient cette conférence depuis le difficile hiver 2022-2023, lorsque les services de pédiatrie hospitalière s’étaient retrouvés submergés par les nombreux cas de bronchiolite, mais la tenue de cette réunion a été maintes fois repoussée, la faute notamment à la valse des ministres de la Santé.
C’est d’ailleurs l’actuel ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux, accompagné de son homologue chargé de la jeunesse Sarah El Hairy, qui a ouvert ces assises ce vendredi. Le ministre en a profité pour présenter le plan du gouvernement pour améliorer la santé de l’enfant et qui pourra s’enrichir des propositions des pédiatres. Fruit d’un an de travail, alimenté par 121 auditions et environ 2 000 contributions écrites, ce plan, qui reprend plusieurs des 350 propositions formulées par la Société française de pédiatrie (SFP) il y a un mois en amont des assises de la pédiatrie, s’articule autour de quatre axes, seize grandes mesures et 80 actions ou dispositifs en tout genre. « L’objectif c’est de redonner de l’élan au secteur, une dynamique » défend le ministre, qui espère que ce plan constituera un « tournant » pour la pédiatrie française.
Vers 600 internes par an en pédiatrie d’ici 2027
Sur le plan de la santé publique et de la prévention, le gouvernement souhaite notamment mettre en place une vingtaine de consultations obligatoires pour l’enfant d’ici 2027. Parmi elles, une consultation sera proposée à tous les enfants à l’âge de six ans pour détecter d’éventuels troubles du neurodéveloppement. Toujours sur le volet du dépistage, le ministre souhaite permettre l’accès direct aux orthophonistes (sans passage par le médecin traitant donc) et augmenter le nombre de ces professionnels de 10 % d’ici 2025 et de 50 % d’ici 2030. L’exécutif préconise également d’ouvrir la possibilité d’un « exercice mixte », qui permettra à des pédiatres libéraux ou hospitaliers d’exercer partiellement à l’école, la médecine scolaire manquant cruellement de bras.
Sans surprise, la pédiatrie hospitalière, en grande difficulté depuis plusieurs années, constitue le cœur du plan gouvernemental. Pour augmenter les effectifs, l’exécutif compte faire passer le nombre d’internes en pédiatrie d’environ 350 actuellement à plus de 600 d’ici 2027. Insuffisant pour le Syndicat national des pédiatres en établissement hospitalier, qui milite pour que le nombre d’internes passe à 500 dès septembre puis à 700 en 2027 et qui demande que des efforts soient également faits pour augmenter le nombre d’infirmières.
« Le nombre de futurs pédiatres n’est pas le seul indicateur d’une meilleure prise en charge des enfants » lui a répondu Frédéric Valletoux, insistant sur « la part déterminante du suivi » assuré par les médecins généralistes. A ce titre, le ministre a fait une concession aux pédiatres : alors que la maquette de formation des internes de médecine générale, révélée il y a peu, portait de six à trois mois seulement la durée du stage obligatoire de pédiatrie, Frédéric Valletoux a assuré qu’il veillerait à ce que « rien ne perturbe la place réservée aux six mois de stage en santé de l’enfant » dans la formation des futurs omnipraticiens.
Un investissement de 300 millions d’euros par an pour la pédiatrie
En néonatalogie, un autre secteur en grande souffrance, l’ancien président de la Fédération Hospitalière de France (FHF) s’est fixé comme objectif d’atteindre un ratio d’un lit pour 1 000 naissances, qui est pour le moment loin d’être atteint dans plusieurs régions comme la Corse ou l’Occitanie. Enfin, sur le plan financier, le ministre a rappelé que le tarif des séjours hospitaliers en pédiatrie allait être augmenté de 5,8 % en 2024 et que les négociations conventionnelles en cours avec les syndicats de médecins libéraux devraient aboutir à des revalorisations pour les pédiatres libéraux. Au total, l’investissement pour la pédiatrie devrait être d’environ 300 millions d’euros jusqu’en 2030, même si le chiffrage exact « devra être précisé dans les prochaines semaines » explique le ministre. Une somme qui s’ajoute aux 400 millions d’euros de rallonge budgétaire accordée à la pédiatrie l’an dernier par son prédécesseur, le Dr François Braun.
Augmentation du nombre de psychologues, renforcement de la stratégie des « mille premiers jours », doublement des moyens des centres de protection maternelle et infantile, meilleure prise en charge de la santé mentale des enfants…le plan du gouvernement, qui se veut « ambitieux », contient de nombreuses mesures, certaines nouvelles, certaines déjà évoquées ces derniers mois. Cependant, les pédiatres, qui demandaient il y a un mois encore, un « choc d’attractivité » pour sauver leur spécialité, tenteront d’arracher de nouvelles mesures et concessions lors des discussions qui s’ouvrent ce vendredi.