Alors que les Pyrénées-Orientales souffrent d’une sécheresse intense, le gouvernement veut notamment détourner l’eau du Rhône jusqu’à Perpignan.

Un plan de résilience pour faire face au manque d’eau dans les Pyrénées-Orientales

Un plan de résilience spécifique aux Pyrénées-Orientales afin d’affronter la sécheresse a été présenté par Christophe Béchu, mercredi 22 mai 2024. Le département doit servir de laboratoire d’expérimentation pour une adaptation au changement climatique.

Eau  |  22.05.2024  |  D. Laperche https://www.actu-environnement.com/ae/news/plan-resilience-crise-eau-pyrenees-orientales-mai-2024-44100.php4

Un plan de résilience pour faire face au manque d'eau dans les Pyrénées-Orientales

© X – ministère de la Transition écologique

Cinq pistes pour répondre à la situation de forte tension sur l’eau dans les Pyrénées-Orientales : c’est ce que propose le plan de résilience présenté par Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, mercredi 22 mai à l’occasion d’un déplacement dans le département. Cette déclinaison du Plan eau national a été rendue nécessaire par le contexte particulier qui y sévit. Les Pyrénées-Orientales sont en effet confrontés depuis deux ans à un déficit de pluies, entraînant des cours d’eau à sec, des nappes à des niveaux historiquement bas et un déficit d’eau pouvant atteindre 90 % dans les sols. Cette situation met à mal les différents usages, dont l’approvisionnement en eau potable et l’agriculture. « Sur les 226 communes, 50 sont aujourd’hui sous surveillance renforcée, a ainsi détaillé le ministre de la Transition écologique. J’ai une pensée particulière pour les 12 d’entre elles qui sont d’ores et déjà privées d’eau potable de manière totale ou partielle. »

Mieux connaître les volumes prélevés

Le premier axe du plan vise une meilleure connaissance et une meilleure gestion de la ressource. Pour cela, des compteurs équipés de la télérelève, afin de mieux suivre les prélèvements d’eau, seront installés et des canaux d’irrigation seront instrumentés pour mesurer les débits et les volumes transportés. Les données seront diffusées dans le cadre d’un observatoire de l’eau. Par ailleurs, une stratégie sera bâtie pour définir une trajectoire d’économies d’eau par usage et d’adaptation de l’économie locale au changement climatique à l’horizon 2030.

Réduire les prélèvements“ Nous ne pouvons pas continuer à ouvrir des forages ou à forer sans autorisation et sans vision objective qui nous permette de partager l’eau ”Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique

Le second pilier du plan reposera sur l’action sur les besoins en eau. Notamment à travers la sensibilisation, avec par exemple des travaux sectoriels sur les économies possibles et des formations sur les savoir-faire innovants. « Nous devons régulariser des forages, qui pour un certain nombre sont historiques et se sont montés au fur et à mesure, pointe Christophe Béchu. Nous ne pouvons pas continuer à ouvrir des forages ou à forer sans autorisation et sans vision objective qui nous permette de partager l’eau. » L’interdiction des forages sera maintenue tant que la régularisation de ces ouvrages n’est pas terminée. Les autorisations existantes seront mises en cohérence pour assurer le retour à l’équilibre quantitatif.

Par ailleurs, la lutte contre les fuites va se poursuivre. « Au 1er janvier de cette année, neuf communes avaient encore un taux de fuites supérieur à 50 % ; elles étaient 13, il y a un an, a détaillé le ministre. Le taux de fuites global à l’échelle du département est au-dessus de la moyenne nationale et nous devons continuer à avancer là-dessus. Dans les communes qui rencontrent des difficultés d’approvisionnement en eau potable, ce taux est en moyenne supérieur à 35 %, avec des impacts lourds. » Par ailleurs, les canaux d’irrigation vétustes seront modernisés.

10 millions d’euros apportés à 7 projets

Le troisième axe du plan s’intéresse à la disponibilité de la ressource. Une des mesures phares consiste à soutenir financièrement sept projets « structurants et sans regrets » à hauteur d’« au moins » 50 % pour faciliter leur mise en œuvre. Un budget de 10 millions d’euros, dégagé par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, sera apporté en cofinancement nouveau dans cette optique. Ainsi, trois projets de réutilisation des eaux usées épurées seront lancés à Argelès (irrigation agricole), à Saint-Cyprien (usages urbains et agricoles) et au Canet-en-Roussillon (usages urbains et agricoles).

« La profession agricole attend, en particulier où elle souffre le plus, la vallée de l’Agly, le projet structurant que constitue la sécurisation et l’alimentation des réseaux d’irrigation de l’Agly aval, a indiqué Christophe Béchu. C’est le premier projet sur lequel nous nous engageons. »L’agriculture, plus gros préleveur d’eau dans le département© Ministère de la Transition écologique

Un autre projet consiste à installer la télégestion à la parcelle sur le canal de Corbère, afin de mieux allouer les enveloppes de volumes d’eau aux arboriculteurs installés. Les deux derniers projets s’attacheront, pour l’un, à améliorer le fonctionnement du canal de Perpignan, qui irrigue près de 3 000 hectares agricoles, pour l’autre, à rénover les réseaux d’eau fuyards à Ille-sur-Têt. « Le ministère de l’Agriculture, Marc Feysneau, va mettre les moyens du Fonds hydraulique agricole pour qu’on puisse relayer et amplifier une partie des projets, a complété Christophe Béchu. La Caisse des dépôts va mettre à la disposition des Pyrénées-Orientales des Aqua Prêts. »

D’autres projets sont envisagés à plus longue échéance, comme des études de sécurisation des usages de l’eau sur le territoire de la Têt aval (les pistes sont une valorisation des eaux traitées de la station d’épuration de Perpignan ou la création d’un adducteur pour le remplissage de la retenue de Villeneuve-de-la-Raho) ; la création d’un réseau d’irrigation dans les Aspres en cours d’instruction (pour un usage agricole et la sécurité incendie) ; l’extension du projet Aqua Domitia« Aqua Domitia, pour lequel nous avons officialisé notre soutien aux études conduites par la Région, avec l’objectif qu’elles soient terminées pour la fin de l’année 2025, a expliqué Christophe Béchu. L’ambition, c’est potentiellement jusqu’à 1,5 milliard d’euros de travaux pour amener l’eau du Rhône, ce qui explique qu’il faut un peu plus de temps pour appuyer sur le bouton. »

Un regroupement encouragé et une gouvernance revue

1,5 milliard d’euros

C’est le montant qui est envisagé pour la réalisation du projet d’extension d’Aqua Domitia, qui vise à amener l’eau du Rhône jusque dans les Pyrénées-Orientales.

Le quatrième pan va s’attaquer à la révision de la gouvernance. Le Gouvernement souhaite accélérer le transfert de la compétence « alimentation en eau potable » vers les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). « La moitié des communes des Pyrénées-Orientales sont isolées ou organisées dans des petits syndicats intercommunaux : c’est clairement un facteur de fragilité, a estimé le ministre. Nous devons avoir des regroupements, de la mutualisation : c’est ce qui permet que les investissements que nous faisons soient les plus efficaces et utiles. » De la même manière, les 200 associations syndicales autorisées (Asa) du département seront structurées dans une logique de mutualisation d’organismes uniques de gestion collective (OUGC) pour les canaux et les eaux souterraines.

Le Gouvernement appelle également à une hausse du prix départemental de l’eau. « Il y a une corrélationentre le fait que nous ayons globalement moins de travaux qu’ailleurs et un prix moyen départemental qui est 25 % inférieur à la moyenne nationale », a pointé Christophe Béchu.

Par ailleurs, une directrice « plan de résilience », Christine Portero-Espert, assurera le suivi, l’animation et la poursuite de la discussion aux côtés du préfet.

Le dernier axe se consacrera à une réponse immédiate aux crises, avec des tests prévus du plan Orsec, la mise en œuvre d’une stratégie de contrôle du respect des restrictions ou la convocation régulière d’un comité de ressource pour suivre l’évolution de la situation et acter les mesures de restrictions.

« Le plan de résilience a deux vocations : l’une est d’apporter des solutions qui soient les plus pertinentes et les plus durables possibles, l’autre de faire que nous ayons une sorte de démonstrateur des processus et des solutions d’adaptation, a indiqué le ministre.Car ce que vous vivez, c’est globalement ce qui nous attend, c’est-à-dire des températures qui augmentent, la part de l’eau qui est absorbée par la végétation et la part d’évapotranspiration qui augmentent aussi, tandis que l’eau disponible pour les activités humaines diminue. »

Face à la sécheresse, le gouvernement préfère les mégaprojets à la sobriété

Par Nicolas Celnik24 mai 2024 à 09h23

Face à la sécheresse, des militants d’Extinction Rebellion ont déployé une banderole « Boire ou Loisir, il faut choisir. Non au golf » près du lac de Villeneuve-de-la-Raho (Pyrénées-Orientales), le 16 mars 2024. – © Arnaud Le Vu / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Alors que les Pyrénées-Orientales souffrent d’une sécheresse intense, le gouvernement veut notamment détourner l’eau du Rhône jusqu’à Perpignan. Des habitants, eux, réclament une gestion plus citoyenne de l’eau.

« Ce que vous vivez, c’est ce qui nous attend. » Le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu était en déplacement à Perpignan, le 22 mai. Dans les Pyrénées-Orientales, la situation est rude. Après deux années de sécheresse consécutives, les nappes ne se sont pas rechargées, les cours d’eau sont secs, les forêts roussies au sortir de l’hiver et douze communes sont déjà privées d’eau potable, de manière totale ou partielle.

Le gouvernement entend donc répondre à la crise, et « faire du territoire des Pyrénées-Orientales un démonstrateur des solutions et des processus d’adaptation », a précisé le ministre. Autrement dit : pour avoir une idée de la manière dont la France va réagir aux tensions sur l’eau dans les années à venir, il faut s’intéresser à ce qui se passe dans les Pyrénées-Orientales.

Si le ministre a mentionné « la mobilisation des acteurs du territoire » pour faire des économies d’eau, l’essentiel des annonces a porté sur des financements d’infrastructures, à hauteur « au minimum » de 10 millions d’euros, financés au moins pour moitié par l’État par l’intermédiaire de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. L’État s’apprête aussi à investir par le biais du ministère de l’Agriculture, la Caisse des dépôts prévoyant de mettre en place des « aquaprêts » permettant d’emprunter sur soixante ans pour des projets liés à la gestion de l’eau.

Nouveau mégaprojet

Si le ministre a commencé par parler chiffres, c’est que les projets retenus sont globalement coûteux. D’abord, trois installations pour faire de la réutilisation des eaux usées (Reut) à Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien et Canet-en-Roussillon : « C’est pas la solution miracle, sauf que quand on est au bord de la mer, on n’a aucun intérêt à rejeter [l’eau] dans la mer. » Les quatre autres mesures portent sur l’amélioration des infrastructures d’acheminement d’eau, notamment en traquant les fuites et en installant une « télégestion à la parcelle ».

Christophe Béchu sur la plage de Canet-en-Roussillon, le 22 mai 2024. © Nicolas Celnik / Reporterre

Mais le gros des annonces concerne surtout un mégaprojet dont les études de faisabilité seront rendues « au plus tard fin 2025 », a annoncé le ministre : la création d’un nouveau réseau de canaux en extension d’Aqua Domitia, le vaste système de tuyauterie qui achemine l’eau du Rhône jusqu’à Montpellier. Il s’agit cette fois d’un projet allant « jusqu’à un demi-milliard d’euros de travaux » : de quoi comprendre des « évolutions tarifaires » à venir sur le prix de l’eau dans le département.

Christophe Béchu a enfin regretté la multitude de « petits syndicats » qui gèrent l’eau dans le département, qui constituent selon lui un « facteur de fragilité », et préfère miser sur la « mutualisation ».

« Nous, on veut gérer notre eau »

Les propositions étaient toutes autres, quelques jours plus tôt, lors de « palabres pour une assemblée populaire de l’eau » organisées dans le village de Fillols. Une centaine d’habitants étaient réunis par le collectif des Brulls, pour faire un point sur les années écoulées et réfléchir aux « moyens de s’organiser », avec un point commun : « Nous, on veut gérer notre eau », résume Annie [*], une participante.

Face aux arrêtés préfectoraux imposant des restrictions d’eau, perçus comme des « décisions infantilisantes venues d’en haut », peste François, certains reconnaissent s’être organisés au niveau d’un village pour y déroger collectivement, afin notamment de continuer d’arroser des jardins partagés. Et de pointer du doigt le modèle d’agriculture intensive qui mise sur l’irrigation et le stockage de l’eau, mais aussi des aménagements du territoire qui accélèrent la bétonisation des terres au profit du tourisme.

Lors de l’assemblée populaire de l’eau dans le village de Fillols, le 18 mai 2024. © Nicolas Celnik / Reporterre

« Cela fait cinquante ans que le territoire est aménagé pour le tourisme et les résidences secondaires de retraités qui viennent profiter du soleil, pointe Stéphane, du collectif des Brulls. Alors la solidarité avec les habitants du territoire, je dis oui ; mais en se demandant : “Une solidarité pour quoi, avec quelle logique ?” »

En marge de la visite de Christophe Béchu, Jean Henric, le président des Jeunes agriculteurs, syndicat agricole classé à droite, se félicitait d’avoir « évité la guerre de l’eau » l’été dernier. Mais la sécheresse dans le département met en exergue des lignes de fracture qui ne feront que s’intensifier à mesure que l’eau s’amenuisera.

Les Pyrénées-Orientales, asséchées par de mauvais choix politiques

Les Pyrénées-Orientales, asséchées par de mauvais choix politiques

Par Lorène Lavocat et David Richard (photographies)28 avril 2023 à 09h57

https://reporterre.net/Les-Pyrenees-Orientales-assechees-par-de-mauvais-choix-politiques

Les Pyrénées-Orientales sont à sec. Certes, des mesures de court terme viennent d’être prises. Mais des années d’inaction politique ont ancré la crise de l’eau : trop d’urbanisation, trop de siphonnage des rivières…

Perpignan, reportage

Dans les Pyrénées-Orientales, l’eau manque partout : six communes connaissent déjà des coupures au robinet, une vingtaine d’autres pourraient bientôt être concernées ; les réserves d’eau servant en cas d’incendie sont au plus bas. « Il n’y aura pas assez d’eau pour couvrir tous les besoins d’ici la fin de l’été, a convenu le préfet Rodrigue Furcy, mardi 25 avril. La situation est extrêmement dégradée, le mois d’avril est le plus sec jamais enregistré depuis 1959. » La crise actuelle de l’eau est (aussi) le résultat de choix – et d’inactions – politiques, qui ont laissé le champ libre à des pratiques agricoles et économiques délétères.

« Il y a une forme de déni, on n’a pas pris les mesures au moment où on aurait dû le faire », estime Agnès Langevine, vice-présidente de la région Occitanie, originaire du département. Pendant des années, les Catalans ont fait comme si l’eau était une ressource infinie. Il finirait bien par pleuvoir ; il y aurait toujours les montagnes et leur or blanc ; il resterait toujours la possibilité de forer dans les nappes. « On s’est un peu comportés comme des enfants pourris gâtés », a admis un représentant des entreprises de tourisme, présent à la préfecture.

Adama Dajon, arboricultrice, entourée de ses pêchers aux feuilles jaunissantes : « Il n’y a pas eu de pluie depuis des mois, c’est la catastrophe. » Elle s’est installée sur 4 hectares près de Millas. © David Richard / Reporterre

L’irrigation est à ce propos un cas d’école. Pour arroser les vergers du Roussillon, les agriculteurs ont toujours compté sur l’eau de la Têt. Et même un peu trop. Avec l’aval de l’État, les irrigants pompaient dans la rivière bien au-delà des limites réglementaires définies par la loi sur l’eau [1]… jusqu’à la fin de l’année dernière, quand la justice a cassé les arrêtés préfectoraux.

En parallèle, nombre d’agriculteurs – mais aussi des particuliers – se sont mis à puiser dans les nappes phréatiques. Sans toujours déclarer leurs forages. Résultat, impossible de connaître aujourd’hui avec précision l’état de la ressource en eau profonde. « Pour l’irrigation agricole, on compte sur 2 000 forages [sur le secteur de la plaine du Roussillon], moins de 50 % en situation régulière », estimait la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement des Pyrénées-Orientales (Frene 66) dans une contribution adressée au Sénat fin 2022. Les pouvoirs publics prévoyaient un recensement et une opération de régularisation en… 2018. Cinq ans plus tard, « le travail est toujours en cours », assure-t-on à la préfecture.

Cette réunion autour de l’eau à Perpignan a réuni des acteurs économiques, le préfet et la présidente du département des Pyrénées-orientales. © David Richard / Reporterre

Du retard a également été pris quant à la rénovation des canaux, qui amènent le précieux liquide de la Têt jusqu’aux parcelles agricoles : d’après des études effectuées en 2011, ces conduits dérivent chaque année 275 millions de mètres cubes de la Têt ; or les besoins des plantes irriguées s’élèveraient à 51 millions de mètres cubes annuels. Il y a donc là une importante marge de manœuvre pour économiser l’eau, notamment en luttant contre les fuites. Sauf que les travaux tardent à venir. Le gouvernement a annoncé qu’il débloquerait 180 millions d’euros par an pour réparer « en urgence » les fuites d’eau dans les canalisations. Dans 170 communes, les pertes atteignent 50 % : un litre sur deux perdu. 14 de ces communes se trouvent dans les Pyrénées-Orientales.

Autre exemple de cet aveuglement, l’urbanisation. « Alors que la situation climatique devrait nous conduire à stopper l’arrivée de nouveaux habitants, comme certains maires l’ont décidé dans le Var, et à désimperméabiliser les sols pour permettre à l’eau de s’infiltrer, ici, on en est loin », regrette Joseph Genébrier, membre de Frene 66. Les zones pavillonnaires – avec piscines – ont fleuri sur le territoire. Sur le bassin de la Têt, la Frene 66 a constaté des projets de lotissements à Argelès-sur-Mer, à Sorede, à Banyuls… Pour un total de 1 700 logements et une artificialisation de 70 hectares.

Une division par dix de la consommation pour les golfs

Pour faire face, la préfecture a bien décrété la mobilisation générale, chaque secteur étant sommé de se serrer la ceinture. « Il faut passer d’une logique de passager clandestin à une logique de solidarité », a martelé le préfet lors de la conférence de presse. Les acteurs du territoire lui ont remis leurs bonnes résolutions. 500 000 mètres cubes d’économie pour l’hôtellerie-restauration ; une division par dix de la consommation pour les golfs ; 50 % de réduction et une réutilisation des eaux usées pour les parcs aquatiques. « On prélève 75 % d’eau en moins qu’en année normale », a assuré la présidente de la Chambre d’agriculture, Fabienne Bonet, la mine grave, avant de prévenir : « On est en mode survie, on ne peut pas aller plus loin. » Le préfet a salué « un effort collectif ».

Les zones pavillonnaires – avec piscine – ont fleuri sur le territoire. L’artificialisation des sols a des effets directs sur les ressources en eau. © David Richard / Reporterre

Mais si élus, agriculteurs et acteurs touristiques se réveillent, pas sûr qu’ils soient prêts pour la mutation écologique qui s’impose. « Bien sûr, il faut gérer au mieux les mois qui s’annoncent, mais il nous faut aussi nous adapter. Et pour ce faire, il faut du courage politique », estime Agnès Langevine. Aucun édile n’a pour le moment emboîté le pas au maire d’Elne par exemple, qui a interdit les nouvelles piscines. Sceptique lui aussi, le militant écologiste de longue date Joseph Genébrier critique ce regain de mobilisation qu’il juge complètement hors sujet : « Les acteurs économiques, les élus, les agriculteurs continuent de raisonner les économies en litres alors qu’il faudrait penser en mètres cubes, résume-t-il. Il nous faut des mesures fortes. » Interdire les usages trop gourmands en eau, stopper l’urbanisation, transformer l’agriculture.

La préfecture a décrété la mobilisation générale, chaque secteur étant sommé de se serrer la ceinture. lci la présidente du département, Hermeline Malherbe. © David Richard / Reporterre

Mais les députés et conseillers municipaux du Rassemblement national – le parti d’extrême droite a remporté une victoire historique aux législatives dans le département – ont brillé par leur discrétion sur ce sujet de la sécheresse. En mars, plusieurs chercheurs, dont le climatologue et auteur du Giec Christophe Cassou, ont tenu à Perpignan une conférence sur la pénurie d’eau. Aucun élu de droite ni d’extrême droite n’a fait le déplacement. Le même jour, des adjoints de Louis Aliot (maire RN de la capitale catalane) annonçaient la tenue d’une procession religieuse pour implorer la pluie.

Principale réaction – du moins la plus visible – des responsables politiques et agricoles : des manifestations et des prises de position véhémentes contre les écologistes« On désigne les coupables, qui seraient les écolos… c’est sans doute plus simple que de s’atteler aux problèmes de fond », constate, amère, Agnès Langevine.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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