Publication : Le réseau Atlas, la France et l’extrême-droitisation des esprits

Le réseau Atlas, la France et l’extrême-droitisation des esprits

Les progrès de l’extrême-droite ne se mesurent pas seulement aux scores électoraux du RN, mais aussi à la manière dont elle réussit à imposer ses idées et ses thèmes dans le paysage médiatique et politique.

Un nouveau rapport de l’Observatoire des multinationales met en lumière l’un des facteurs méconnus de cette « extrême-droitisation des esprits » : le soutien d’un puissant réseau américain de think tank libertariens spécifiquement organisé pour mener la « bataille des idées » et qui, du Brexit à l’élection de Javier Milei, a déjà de nombreuses victoires à son actif dans le monde. 

Un réseau qui a pour partenaires en France l’iFrap, Contribuables associés, l’institut Molinari, l’IREF ou encore l’Institut de formation politique.

Le rapport « Le réseau Atlas, la France et l’exrême-droitisation des esprits« , qui s’appuie en partie sur des documents internes inédits, est à la fois une présentation de l’Atlas Network, encore inconnu du public français, et une enquête sur ses partenaires dans l’Hexagone, dont certains comme l’Ifrap sont omniprésents dans les médias, tandis que d’autres comme l’IFP jouent un rôle clé dans la formation et la mise en réseau de leaders et porte-paroles de droite et d’extrême-droite.
 

Lancé dans les années 1980, l’Atlas Network est aujourd’hui l’un des plus importants réseaux de think tanks au monde, financé par des fondations américaines comme celles des frères Koch et par certaines multinationales. Son objectif avoué est de recouvrir le monde de think tanks et autres organisations libertariennes et souvent ultraconservatrices pour « changer le climat des idées » et s’attaquer à des causes comme l’action climatique, la promotion des droits des femmes et des minorités, la justice fiscale ou encore les services publics.  

Le réseau se prévaut de nombreuses victoires politiques tout autour de la planète, comme le rejet de référendums au Chili et en Australie, le Brexit, le départ forcé de Dilma Rousseff au Brésil ou encore l’élection en Argentine de Javier Milei, très proche d’Atlas. Aux États-Unis, il se mobilise au côté des Républicains et compte bien peser sur le programme politique de Donald Trump s’il est élu.
 

Notre enquête revient sur l’histoire déjà ancienne du réseau Atlas en France et focalise l’attention sur cinq de ses partenaires dans l’Hexagone – l’Ifrap, Contribuables associés, l’IREF, l’Institut Molinari et l’IFP – qui illustrent la diversité des modes d’actions recommandés par le réseau libertarien pour influencer le climat des idées. Tous préfèrent rester discrets sur leurs relations avec Atlas. Tous ont de nombreux liens entre eux et avec des hommes d’affaires et des grandes fortunes, ainsi qu’avec toutes les nuances de la droite conservatrice et de l’extrême-droite française. De plus en plus efficaces et omniprésents dans les médias, où ils s’affichent comme experts objectifs ou comme défenseurs des simples contribuables, ils réussissent à imposer leurs idées et leurs thèmes parfois jusque dans les discours gouvernementaux, sur l’éducation ou le logement par exemple.

Rapport à lire ici : https://multinationales.org/fr/enquetes/le-reseau-atlas-la-france-et-l-extreme-droitisation-des-esprits/

Premiers extraits en ligne :

Du ClimateGate à Javier Milei, les faits d’armes du réseau Atlas et de ses partenaires *

L’Ifrap : bon élève du réseau Atlas, et lobby des 10% les plus riches **

Du ClimateGate à Javier Milei, les faits d’armes du réseau Atlas et de ses partenaires

Avec des centaines de membres dans le monde entier, le réseau Atlas a réussi à influencer le « climat des idées », gagné des victoires politiques, et parfois pesé sur le résultat d’élections. Tour d’horizon de quelques-unes de ces success storieslibertariennes, extrait de notre rapport Le réseau Atlas, la France et l’’extrême-droitisation des esprits.

Publié le  22 mai 2024 , par  Anne-Sophie Simpere https://multinationales.org/fr/enquetes/le-reseau-atlas-la-france-et-l-extreme-droitisation-des-esprits/du-climategate-a-javier-milei-les-faits-d-armes-du-reseau-atlas-et-de-ses

Sur les questions climatiques, Greenpeace épinglait dès 2010 les frères Koch pour leurs financements à une multitude d’organisations jouant le rôle de « chambre d’écho » pour amplifier artificiellement les messages portant atteinte à l’action climatique ou à la crédibilité des recherches scientifiques sur le sujet [1]. L’organisation environnementale citait par exemple des rapports critiquant la viabilité économique et l’impact sur l’emploi des énergies renouvelables en Espagne et au Danemark : ceux-ci seront largement relayés par des membres du réseau Atlas en dépit de leurs biais et erreurs factuelles [2].

Contre l’action climatique

Mais l’exemple le plus connu de cette « chambre d’écho » reste certainement le « ClimateGate » de 2009. Des courriels de scientifiques du Giec sont alors hackés et détournés de leur sens pour semer le doute sur leurs travaux. Les Cato Institute [3], Heritage Foundation, Heartland Institute ou encore Competitive Enterprise Institute seront tous très actifs dans la diffusion de ce qu’ils présentent comme un scandale, et seront relayés par les partenaires du réseau Atlas au-delà des États-Unis. L’institut économique de Montréal, l’Institute of Public Affairs en Australie ou encore la Freedom Association au Royaume-Uni participent tous à la diffusion du doute. Les enquêtes commissionnées par la suite démontreront que cette fuite d’emails est une fausse affaire, mais la « caisse de résonance » alimentée dans les médias et le débat public a eu son effet. Entre 2008 et 2010, la confiance des Américains dans les travaux du Giec a significativement baissé [4].

Récemment encore, plusieurs organisations européennes du réseau Atlas ont été épinglées pour leur activisme contre la lutte contre les dérèglements climatiques : Austrian Economics Centre (Autriche), Instituto Juan de Mariana (Espagne), Liberales Institut (Suisse), Centre for Policy Studies et Institute of Economic Affairs (Royaume-Uni) [5]… Quant à l’Institut économique de Montréal, « parrain » de l’institut économique Molinari (IEM) en France, une récente étude universitaire montre que « cette organisation est intégrée dans la coalition canadienne de l’industrie des hydrocarbures et qu’elle a fait évoluer son comportement public de la négation du réchauffement climatique d’origine anthropique vers une posture de résistance systématique aux politiques climatiques sur deux décennies » [6]. Martin Masse [7], directeur de l’institut montréalais de 2000 à 2007 et chercheur associé à l’IEM a ensuite rejoint l’homme politique canadien Maxime Bernier, vivement opposé à toute action climatique, qui a qualifié Greta Thunberg de « mentalement instable » et pense que le mouvement climat est une menace pour la prospérité et la civilisation [8]. Selon une analyse de la City University de Londres, en 2022, un quart de l’ensemble des tweets climato-sceptiques provenaient de seulement 10 comptes, dont celui de Maxime Bernier [9].

Contre les droits des populations autochtones

Une autre cible favorite des membres du réseau Atlas, en plus des régulations environnementales, est la question des droits des communautés autochtones. Le chercheur Jeremy Walkers a montré comment ils se sont mobilisés en Australie contre le référendum pour « the Voice », qui visait à créer un organe consultatif pour représenter les aborigènes d’Australie et les indigènes du détroit de Torres auprès du Parlement et du gouvernement fédéral. En novembre 2022, plus de 60% des électeurs australiens soutenaient the Voice. En avril 2023, cette proportion avait chuté à 40%, suite entre autres à une campagne orchestrée par Advance Australia.

Cette organisation, formée dans le sillage de la réforme pour autoriser le mariage pour tous, s’attaque aussi aux activistes climatiques et accuse les « politiciens woke » et les « élites activistes » de vouloir imposer un agenda radical et remettre en cause le mode de vie traditionnel des Australiens [10]. Si elle prétend représenter des intérêts populaires, elle est en réalité soutenue par de grands chefs d’entreprises comme le milliardaire Sam Kennard ou l’ancien président de l’Australian Broadcasting Corporation. Alors que les sondages montrent qu’au moins 80% des aborigènes soutenaient le oui au référendum [11], Advance a assuré une importante présence médiatique à un petit nombre d’autochtones qui y étaient opposés, comme Nyunggai Warren Mundine et Jacinta Nampijinpa Price, tous deux liés au Centre for Independent Studies (CIS), partenaire du réseau d’Atlas en Australie. Mundine a d’ailleurs aussi été président de LibertyWorks, un autre membre d’Atlas dans le pays, ainsi que de CPAC Australia, une réunion annuelle des conservateurs.

Pendant des mois, ces membres d’Atlas vont s’aligner pour créer une « chambre d’écho » en faveur du non au référendum. Aux côtés du CIS [12] et de LibertyWorks [13], l’Australian Institute for Progress [14], l’Australian Taxpayers’ Alliance [15], l’Institute of Public Affairs [16], ou la Mannkal Economic Education Foundation [17] publient notes et articles, prennent la parole dans les médias et sur les réseaux sociaux et organisent des événements contre the Voice. En octobre 2023, le référendum est finalement rejeté par 60% des votants.

Le réseau Atlas se prévaut d’avoir pesé sur sur le contenu de législations aux quatre coins du monde. En Grèce, le think tank KEFiM réussira à faire déposer une loi pour donner davantage d’autonomie aux écoles privées. En Bosnie Herzégovine, l’association Multi s’est battue avec succès contre l’augmentation du salaire minimum [18]. Au niveau de l’Union européenne, Epicentre a efficacement porté la promotion des politiques de libre-échange. En Indonésie, le Center for Indonesian Policy Studies (CIPS) a fait campagne pour l’ouverture des marchés agricoles (en particulier du riz) [19]. Alors même que le réseau se décrit comme apolitique et indépendant, et tout dévoué à la « bataille des idées », on retrouve également la trace de son influence derrière certains candidats ou leaders politiques.

Pour Javier Milei en Argentine

Exemple le plus récent : Javier Milei, élu à la tête de l’État argentin en novembre 2023. Si certains médias ont entretenu l’image de l’irruption subite d’un illuminé ultra-libéral, celui-ci a certainement bénéficié du « climat des idées » créé par les think tanks du réseau Atlas dans son pays. Selon le site d’investigation DeSmog, entre 2010 et 2021, le réseau Atlas a versé environ 12 millions de dollars à des partenaires en Amérique latine, principalement pour des projets d’« éducation économique » [20]. En Argentine, Atlas a une dizaine de partenaires dont la Fundación Libertad, la Fundación Federalismo y Libertad, la Fundación Atlas ou Libertad y Progreso, qui soutiennent Milei et son programme [21], et avec qui le nouveau président a des liens parfois étroits.

Son mentor, Alberto Benegas Lynch, est ainsi président du conseil académique de Libertad y Progreso et de la Fundacion Federalismo y Libertad et a aussi été membre du conseil d’administration de la société du Mont Pèlerin, membre du conseil consultatif de l’Institute of Economic Affairs (le think tank fondé par Antony Fisher) et chercheur associé au Cato Institute et au Ludwig von Mises Institute, tous deux également partenaire d’Atlas.

Milei lui-même a ainsi participé à des événements, conférences et entretiens avec plusieurs de ces think tanks, reçu le prix Liberty de la Fundacion Atlas en 2018 [22] et il affiche fièrement sur sa veste un pins de Students for Liberty [23]. Selon DeSmog, il a même directement siégé au conseil consultatif de la Fundación Libre [24]. Son élection a également permis à des membres du réseau d’entrer au gouvernement. Sa ministre des affaires étrangères, Diana Mondino, siège au conseil académique de la Fundación Atlas, mais aussi dans celui de Libertad y Progreso, dans lequel on retrouve Filgueira Lima, auteur du programme de Milei sur la santé. À côté de sa politique économique ultra-libérale, la politique de Milei s’annonce aussi comme autoritaire : dès son arrivée au pouvoir, il s’en est pris au droit de manifester.

Contre la nouvelle constitution au Chili

Ce mélange entre ultralibéralisme économique et autoritarisme se retrouve au Chili. Déjà, le dictateur Augusto Pinochet avait bénéficié des conseils de l’économiste James Buchanan, membre de la société du Mont Pèlerin, du conseil consultatif de l’IEA d’Antony Fisher, et associé au Cato Institute. Hernan Buchi, l’ancien ministre des Finances du dictateur, fondera ensuite Libertad y Desarollo, un think tank qui a reçu une subvention du réseau Atlas pour son travail autour des récents référendums sur un changement de constitution, en 2022 puis en 2023. Le premier projet présenté visait à instaurer un système politique plus démocratique, plus écologiste, plus protecteur des droits des femmes et des populations autochtones, et consacrait un certain nombre de droits sociaux (droit à la santé, à l’éducation, à la sécurité sociale). La douzaine de think tanks et autres associations membres du réseau Atlas au Chili se sont mobilisés contre ce texte, dénonçant le coût que représentent les services publics pour l’État, ainsi que les menaces pour la propriété privée [25]. Ils ont mené une campagne intense sur les réseaux sociaux [26] allant jusqu’à relayer des « fake news » parfois grossières. Le leader d’extrême droite José Antonio Kast, a par exemple répété que le nouveau texte autoriserait l’avortement jusqu’à neuf mois [27]. Kast a siégé au conseil d’administration de la Fundación Jaime Guzmán, qui a été membre d’Atlas. Cet homme politique anti-immigration, anti-avortement, défenseur du port d’armes a reçu le soutien d’Alejandro Chafuen, directeur du réseau Atlas de 1991 à 2018 [28]. Le projet de nouvelle constitution a finalement été rejeté.

SOUTENEZ L’OBSERVATOIRE

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com’ du CAC 40.FAITES UN DON

Contre Dilma Rousseff, pour Bolsonaro

Au Brésil, des partenaires du réseau Atlas ont participé au mouvement qui demandait la destitution de Dilma Rousseff, sur les réseaux sociaux et dans la rue. Le movimiento Brasil Libre, qui a contribué à l’organisation des manifestations, est une émanation de Students for Liberty, le groupe dont Javier Milei affiche aujourd’hui le pin’s sur sa veste. « De nombreux membres du Mouvement pour un Brésil libre ont suivi le premier programme de formation du réseau Atlas, l’Atlas Leadership Academy, et appliquent aujourd’hui ce qu’ils ont appris sur le terrain, là où ils vivent et travaillent », s’est réjoui le réseau Atlas sur son site [29]. Le réseau apprécie davantage Jair Bolsonaro. Pour son directeur Brad Lips, « s’il est juste de prendre à partie le président Jair Bolsonaro pour les divers commentaires dérangeants et illibéraux qu’il a faits, il est également clair que les politiques économiques du Brésil ont évolué dans le sens d’une plus grande liberté sous son administration » [30] – une évolution qu’il attribue à un « consensus intellectuel » qui n’existerait peut-être pas sans l’Instituto de Estudos Empresariais, un partenaire d’Atlas créé en 1984.

Deux chercheurs ont dénombré pas moins de 14 membres du réseau Atlas qui ont rejoint l’administration Bolsonaro. Paulo Guedes, « gourou » économique du candidat placé à la tête d’un super ministère de l’Économie incluant le budget, la planification et l’industrie, est l’un des fondateurs de l’Instituto Millenium, membre du réseau Atlas. Geanluca Lorenzon, venu de Students for liberty Brazil [31] et passé par l’institut Ludwig Von Mises, s’est vu attribuer un secrétariat d’État au ministère de l’Économie (il est également passé par Mc Kinsey et Goldman Sachs [32]). Salim Mattar, fondateur de l’Instituto de Formação (membre du réseau Atlas), qui a reçu en 2023 le prix de Gardien de la Liberté de la part de l’Acton Institute, un autre think tank du réseau, a pris le poste de ministre de la Privatisation et du Désinvestissement (sic). Le très controversé ministre de l’éducation Ricardo Velez, ultraconservateur qui finira par être limogé après plusieurs polémiques [33], est quant à lui lié à l’Instituto Liberal, encore un partenaire du réseau Atlas. On peut aussi citer Paulo Uebel, ancien président de l’Instituto de Estudos Empresariais – crédité par Brad Lips, d’avoir oeuvré au « consensus intellectuel » ayant permis l’élection de Bolsonaro – qui a occupé plusieurs postes dans son gouvernement, dont celui de secrétaire spécial de la Débureaucratisation, de la Gestion et du Digital, avant de retrouver le monde des affaires.

Pour le Brexit

Au Royaume-Uni, le réseau Atlas n’a pas pris de position commune sur le Brexit, et certains de ses membres s’y sont même opposés. Mais la plupart, réunis au 55 Tufton Street à Londres, ont joué un rôle clé dans la sortie du pays de l’Union européenne. Matthew Elliot, fondateur de la Taxpayers Alliance, a été directeur général de VoteLeave. Le lanceur d’alerte Shahmir Sanni, ancien de la campagne VoteLeave, a dénoncé la collusion entre la TaxPayers Alliance et d’autres think tanks, dont plusieurs membres du réseau Atlas, pour amplifier leur impact médiatique et sur les réseaux sociaux [34].

L’éphémère Première Ministre britannique Liz Truss, contrainte à la démission après avoir présenté un budget trop radical même pour les conservateurs britanniques , est elle aussi très proche de l’IEA du réseau Atlas. L’IEA a multiplié les rencontres avec des parlementaires [35] et les interventions médiatiques en amont de sa désignation en 2022 [36]. Plusieurs personnalités de son équipe étaient issues de la galaxie Atlas : son conseiller économique Matthew Sinclair et son attaché de presse Alex Wild viennent tous deux de la TaxPayers Alliance, sa conseillère en matière de santé Caroline Elsom était chercheuse au Centre for Policy Studies, sa secrétaire politique Sophie Jarvis travaillait à l’Adam Smith Institute [37].

Contre l’avortement et pour Trump, ou en tout cas pour son projet politique

Si la vie politique américaine est façonnée par une myriade de fondations et milliardaires, les entités liées à Atlas sont très proches de la frange la plus extrémiste des Républicains. On peut par exemple penser au soutien apporté par Americans for Prosperity (membre d’Atlas) au mouvement du Tea Party. Ou au « Project 2025 », un programme présidentiel conçu par la Heritage Foundation, dont le Guardian dénonce les impacts terrifiants pour le climat et dont plusieurs rédacteurs sont issus de l’administration Trump [38]. Au sein de la galaxie Atlas, Donald Trump n’est pas forcément le candidat favori parmi les Républicains , mais le réseau préfère se ranger derrière lui et surtout derrière son programme politique. «  La personnalité du président américain peut déplaire, son programme présente moins d’incertitudes que celui de son adversaire, Joe Biden », analysait ainsi en 2020 Jean-Claude Gruffat, le membre français du Conseil d’administration du réseau Atlas, et l’un de ceux qui a contribué à son développement dans l’Hexagone.

Cette alliance entre réactionnaires et libertariens économiques se retrouve sur d’autres sujets encore. Les cinq juges de la Cour Suprême qui ont voté la révocation du droit à l’avortement aux États-Unis viennent tous de la Federalist Society, un autre membre du réseau Atlas. Celle-ci est également classée comme un champion de l’inaction climatique par Greenpace USA [39], elle a joué un rôle dans l’affaiblissement de la réglementation sur le financement privé des campagnes électorales et s’est battue contre l’instauration d’un système d’assurance maladie universel sous la présidence de Barack Obama [40]. Enfin, en 2022, le Président de la Heritage Foundation, allé rencontrer le président hongrois Viktor Orban, a appelé à « un mouvement qui lutte pour la vérité, pour la tradition, pour les familles et pour l’individu moyen » [41]. Sa Fondation se bat aussi contre les législations environnementales, les hausses du salaire minimum, pour la privatisation des systèmes de sécurité sociale ou contre l’école publique.

Anne-Sophie Simpere

BOÎTE  NOIRE

Infographies : Maria Boidin

Notes

[1Greenpeace, « Koch Industries : Secretly Funding the Climate Denial Machine » – https://www.greenpeace.org/usa/fighting-climate-chaos/climate-deniers/koch-industries/

[2Greenpeace USA, « Koch Industries : Secretly Funding the Climate Denial Machine », mars 2010
https://www.greenpeace.org/usa/wp-content/uploads/legacy/Global/usa/report/2010/3/koch-industries-secretly-fund.pdf?9e7084

[3Cato Institute, rapport annuel 2009 : https://www.cato.org/sites/cato.org/files/pubs/pdf/annual_report-2009.pdf

[4Leiserowitz, A. A., Maibach, E. W., Roser-Renouf, C., Smith, N., & Dawson, E. (2013). Climategate, Public Opinion, and the Loss of Trust. American Behavioral Scientist, 57(6), 818-837. https://doi.org/10.1177/0002764212458272

[5Natalie Rauscher, « American Philanthropy in the Age of Political Polarization : Conservative Megadonors and Foundations and Their Role in Spreading Climate Skepticism », Juillet 2023

[6Lamy, G. (2022). Recherche ou lobbyisme ? L’Institut économique de Montréal et le réchauffement climatique depuis 1999. Politique et Sociétés, 41(3), 129–162. https://doi.org/10.7202/1092340ar

[7Martin Masse a également fait l’objet d’une polémique en raison de certains de ses écrits où il qualifie les participantes de la Marche mondiale des femme de « féministes hystériques » ou encore de « lesbiennes frustrées », où il défend la liberté de porter des armes ou s’efforce de démontrer que Jean-Marie Le Pen et l’ex-dirigeant autrichien Jörg Haider n’étaient pas des « néonazis » Voir par exemple : Marc Tibodeau, « Un conseiller de Maxime Bernier défend ses écrits polémiques », 14 février 2019 – https://plus.lapresse.ca/screens/fd210e60-640d-4dd1-970e-4dd7d485d8d1%7C_0.html

[8« Greta Thunberg est « mentalement instable », dit Maxime Bernier », Le journal de Québec, 2 sept. 2019 – https://www.journaldequebec.com/2019/09/02/greta-thunberg-est-mentalement-instable-dit-maxime-bernier

[9« Retour en force des théories du complot sur le changement climatique en 2022, Elon Musk pointé du doigt », Le Nouvel Obs, 1er février 2023 – https://www.nouvelobs.com/ecologie/20230201.OBS69051/retour-en-force-des-theories-du-complot-sur-le-changement-climatique-en-2022-elon-musk-pointe-du-doigt.html

[10Voir le site d’Advance Australia : https://www.advanceaustralia.org.au/story

[11Rod McGuirk, « Australian prime minister says he’s confident Indigenous people back having their Parliament ‘Voice’ », Associated Press, 26 septembre 2023 – https://apnews.com/article/australia-voice-disinformation-referendum-26cbd7cf4520ed53848d072be81f9e17

[12https://www.cis.org.au/commentary/opinions/indigenous/

[13Voir par exemple la déclaration de Daniel Wild, directeur exécutif adjoint de l’Institute of public affairs « No Vote A Victory For The Australian Way Of Life », 14 octobre 2023 : https://ipa.org.au/publications-ipa/media-releases/no-vote-a-victory-for-the-australian-way-of-life

[14Voir par exemple le post de Graham Young sur le site de l’Australian Institute for progress, « The Voice – a portent of more to come ? », 24 octobre 2023 – https://aip.asn.au/2023/10/the-voice-a-portent-of-more-to-come/

[15Voir le site de l’Australian Taxpayers’ Alliance : https://www.taxpayers.org.au/voice

[16Voir par exemple la déclaration de Daniel Wild, directeur exécutif adjoint de l’Institute of public affairs « No Vote A Victory For The Australian Way Of Life », 14 octobre 2023 : https://ipa.org.au/publications-ipa/media-releases/no-vote-a-victory-for-the-australian-way-of-life

[17Dr Marion Hercock, « Western Australian launch of the NO to the Aboriginal Voice Campaign » https://www.mannwest.com/wp-content/uploads/2023/03/No-to-the-Voice-Seminar-expanded-notes6.pdf

[18« Association Multi stops a minimum wage increase in Bosnia and Herzegovina », Atlas network, 7 mars 2020
 https://www.atlasnetwork.org/articles/association-multi-stops-a-minimum-wage-increase-in-bosnia-and-herzegovina

[19« Opening up food trade in Indonesia a win for former Think Tank Shark Tank winner », Atlas network, 22 janvier 2018 – https://www.atlasnetwork.org/articles/opening-up-food-trade-in-indonesia-a-win-for-former-think-tank-shark-tank-winner

[20Lucas Araldi, « The Atlas Network and the Building of Argentina’s Donald Trump », DeSmog, 22 août 2023 – https://www.desmog.com/2023/08/22/javier-milei-argentina-atlas-network/

[21Parmi les partenaires Atlas en Argentine, la Fundación Centro para la Apetura y el Desarrollo de America Latina publiera quelques articles plus mesurés ou critiques sur Javier Milei, appelant au respect des droits humains. Mais la majorité des organisations du réseau apporte un soutien plus ou moins actif au candidat d’extrême-droite ultralibéral.

[22Voir le post du compte Facebook de Javier Milei en date du 28 février 2018 : « MUCHAS GRACIAS Fundación Atlas por distinguirme con el « Premio de la Libertad 2018 » por la defensa de los Valores de una Sociedad Abierta. » https://www.facebook.com/JavierMileiEconomista/photos/a.1706764086299195/1761475520828051/?type=3

[23Voir par exemple le post du compte Instagram de Students for Liberty (@sfliberty) du 16 décembre 2023 : « Javier Milei, the newly elected Libertarian President of Argentina, talks about the SFL pin on his suit » https://www.instagram.com/sfliberty/reel/C05JzQXN7rw/

[24Lucas Araldi, « The Atlas Network and the Building of Argentina’s Donald Trump », DeSmog, 22 août 2023 – https://www.desmog.com/2023/08/22/javier-milei-argentina-atlas-network/

[25Voir par exemple : Fundación Para el Progreso (membre Atlas) : https://www.chilelapiensa.cl/qui%C3%A9nes-somos

[26La Fundation Interpreta montre qu’entre le 4 juillet 2021 et avril 2022, le hasthag pour rejeter la nouvelle constitution (#RechazodeSalida) avait été utilisé 1 304 022 fois contre seulement 176 242 mention pour celui en faveur du oui, l’utilisateur du hashtag anti-constitution tweetant en moyenne 4 fois plus que son opposant. Voir Dr Karin Fisher, « Atlas think tanks : manufacturing “rechazo” in Chile », 15 août 2022 http://thinktanknetworkresearch.net/blog_ttni_en/atlas-think-tanks-manufacturing-rechazo-in-chile/

[27Samuel Ravier-Regnat, « Au Chili, une nouvelle Constitution pour tourner définitivement la page Pinochet », Libération, 5 juillet 2022 – https://www.liberation.fr/international/amerique/au-chili-une-nouvelle-constitution-pour-tourner-definitivement-la-page-pinochet-20220705_5ITGMO3ZSBCDNMCHCZODUURAQ4/

[28Voir le message d’Alekandro Chafuen sur le réseau Twitter (devenu X) le 19 décembre 2021 : « Happy birthday Miguel Kast (1948-1983), I hope that from Heaven, you will make another miracle and help your brother’s quest for true freedom in Chile and beyond. Good luck Jose Antonio Kast. No matter what happens, the fight and dedication will continue !” (“ » Joyeux anniversaire Miguel Kast (1948-1983), j’espère que du Ciel, tu feras un autre miracle et aideras la quête de ton frère pour une vraie liberté au Chili et au-delà. Bonne chance à Jose Antonio Kast. Quoi qu’il arrive, la lutte et le dévouement continueront ! ») – https://twitter.com/Chafuen/status/1472351408687099913

[29« Students For Liberty plays strong role in Free Brazil Movement », Atlas network, 1er avri 2015 – https://www.atlasnetwork.org/articles/students-for-liberty-plays-strong-role-in-free-brazil-movement

[30Brad Lips, « The Freedom Movement : Its Past, Present, and Future », Atlas network, janv. 2020, page 22

[31Geanluca Lorenzon « From student mobilization to management consulting », Site de Students for Liberty https://studentsforliberty.org/success-story/geanluca-lorenzon/

[32Voir le profil Linkedin de GeanLuca Lorenzon : https://www.linkedin.com/in/geanluca-lorenzon

[33Il voulait modifier les livres d’histoire pour réhabiliter la dictature militaire et obliger les élèves à chanter – en étant filmés – l’hymne national en la concluant par le slogan de campagne de Jair Bolsonaro : « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous ». Voir Claire Gatinois, « Au Brésil, le ministre qui veut réduire les sciences humaines », Le Monde, 3 mai 2019

[34Felicity Lawrence, Rob Evans, David Pegg, Caelainn Barr et Pamela Duncan, « How the right’s radical thinktanks reshaped the Conservative party », The Guardian, 29 novembre 2019 https://www.theguardian.com/politics/2019/nov/29/rightwing-thinktank-conservative-boris-johnson-brexit-atlas-network

[35Adam Bychawski, « Revealed : Truss-allied think tank met dozens of MPs prior to leadership win », OpenDemocracy, 11 janvier 2023 – https://www.opendemocracy.net/en/institute-of-economic-affairs-liz-truss-2022-accounts/

[36Voir The Institute of economic affairs, « Trustees’ report and financial statements », 31 mars 2023

[37George Monbiot, « Has Liz Truss handed power over to the extreme neoliberal thinktanks ? », The Guardian, 23 septembre 2022 – https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/sep/23/liz-truss-power-extreme-neoliberal-thinktanks

[38Dharna Noor, « ‘Project 2025’ : plan to dismantle US climate policy for next Republican president », The Guardian, 27 juillet 2023 – https://www.theguardian.com/environment/2023/jul/27/project-2025-dismantle-us-climate-policy-next-republi- can-president

[39Greenpeace, Federalist Society for Law and Public Policy Studies, Koch Industries Climate Denial Front Group https://www.greenpeace.org/usa/fighting-climate-chaos/climate-deniers/front-groups/federalist-society-for-law-and-public-pol- icy-studies/

[40Nina Martin, “Behind Supreme Court’s Obamacare Case, A Secretive Society’s Hidden Hand », ProPublica, 3 mars 2015. https://www.propublica.org/article/behind-supreme-courts-obamacare-case-a-secretive-societys-hidden-hand

[41Message de Kevin Roberts sur le réseau Twitter (devenu X), 29 novembre 2022. https://twitter.com/KevinRobert- sTX/status/1597701538306490368 ?s=20

**L’Ifrap : bon élève du réseau Atlas, et lobby des 10% les plus riches

L’un des plus anciens think tanks français lié au réseau Atlas est aussi l’un des plus actifs aujourd’hui et des plus omniprésents dans les médias : la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap). Extrait de notre rapporLe réseau Atlas, la France et l’’extrême-droitisation des esprits.

Publié le  22 mai 2024 , par  Anne-Sophie Simpere https://multinationales.org/fr/enquetes/le-reseau-atlas-la-france-et-l-extreme-droitisation-des-esprits/l-ifrap-bon-eleve-du-reseau-atlas-et-lobby-des-10-les-plus-riches

Fondée en 1985, l’Ifrap, qui a pour objectif la production de recherches et publications sur les dépenses publiques, est partenaire d’Atlas depuis ses débuts. En 1987, l’un de ses fondateurs, Bernard Zimmern (voir plus loin), va chercher des conseils auprès d’Antony Fisher pour gagner la bataille des idées en France. Établi aux États-Unis, Zimmern est l’un des grands donateurs de l’Heritage Foundation dont il admire l’action, et il souhaite reproduire ce modèle en France [1]. En 1989, la directrice des recherches de la Fondation Ifrap rencontre le nouveau directeur d’Atlas, Alejandro Chafuen, avec pour objectif de reproduire les méthodes développées aux États-Unis pour s’attaquer à la bureaucratie française [2].

Aujourd’hui, le visage de l’Ifrap est celui d’Agnès Verdier-Molinié, qui en a pris la direction en 2009. Fille de viticulteurs bordelais et épouse d’un consultant en stratégie chez PricewaterhouseCoopers, elle a brièvement travaillé comme journaliste avant d’être embauchée par la fondation en 2002. En 2004, elle est l’une des premières lauréates de la bourse Tocqueville fondée par Alexandre Pesey (voir plus loin), ce qui lui permet d’aller se former un mois aux États-Unis auprès de partenaires du réseau Atlas. Elle se familiarise avec les méthodes et le fonctionnement des think tanks américains, et dira avoir été marquée par le professionnalisme de l’Heritage Foundation et du Cato Institute [3].

Forte de cette expérience, Agnès Verdier-Molinié va booster les activités et la visibilité de l’Ifrap en France. Depuis 2008, elle a publié neuf livres, tous sur les dépenses publiques. La Fondation produit également des dizaines d’études qui permettent à Verdier-Molinié d’être omniprésente dans les médias. Selon les chiffres de la fondation, l’Ifrap a accumulé plus de 800 passages médias en 2022, contre 100 en 2009 [4]. Il s’agit en majorité de médias étiquetés à droite (Le Figaro, Cnews, Le JDD, Europe 1), mais pas seulement, puisqu’elle multiplie également les prises de parole sur la chaîne d’informations continues BFM, ainsi que sur RMC, France télévision (C dans l’air, C l’hebdo, C ce soir…) ou La chaîne parlementaire (LCP). Outre ses prises de parole médiatiques ciblant le « climat des idées », l’Ifrap mène une activité de lobbying directe auprès des parlementaires et du gouvernement, et s’est enregistré auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Ses déclarations, quoique lacunaires, offrent un petit aperçu de ses interventions auprès des politiques [5].

L’OBSERVATOIRE DANS VOTRE BOÎTE EMAIL

Pour recevoir toutes les informations sur nos publications et nos événements.ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER

Ces différentes activités correspondent étroitement aux modèles d’actions enseignés dans le réseau Atlas, qui dans sa formation sur « les bases des think tanks », explique que ces organisations doivent mener des activités de « vulgarisation », qui permettent de « changer ce qui est politiquement possible (…) en commercialisant largement leurs produits auprès du public (livres, émissions de radio, page web, conférences) ou (plus généralement) en se faisant connaître dans les médias » [6]. Les prises de parole médiatiques permettent d’élargir la fenêtre d’Overton en imposant dans le débat des idées « inacceptables » pour élargir le champ des possibles. Au moment de la réforme des retraites de 2023, Agnès Verdier-Molinié repousse ainsi les limites du débat sur l’âge de départ : « 67, ça aurait été vraiment l’idéal, mais 65, on était d’accord pour dire que déjà, ça améliore les choses car à l’horizon 2050, ça fait un peu plus de 40 milliards d’euros d’économies et ça permet vraiment d’équilibrer le régime tandis que 64, ça s’essouffle très très vite, beaucoup trop vite » [7]. En ce qui concerne le lobbying auprès des décideurs, en revanche, il s’agira toujours de pousser des idées, mais en restant dans le cadre de la fenêtre d’Overton existante. Les propos peuvent être alors moins radicaux [8].

Derrière l’indépendance affichée : des hommes d’affaires fortunés

Que ce soit dans les médias ou auprès des responsables politiques, Agnès Verdier-Molinié revendique une expertise neutre : « Dire qu’il faut baisser la dépense publique et les impôts, ce n’est pas être libéral, c’est être objectif [9]. » Certains médias (comme France info ou TV5 Monde) vont préciser qu’elle dirige un think tank « libéral » ou « d’inspiration libérale » [10], mais bien souvent, les journalistes n’indiquent pas l’idéologie de son laboratoire d’idée. Pourtant, à sa création, l’Ifrap est liée à des entrepreneurs très à droite. Son fondateur Bernard Zimmern, après avoir travaillé chez Renault puis Cegos, a fait fortune aux États-Unis grâce à des centaines de brevets sur des compresseurs rotatifs. Il est aussi membre du club de l’Horloge, qui milite pour un rapprochement entre la droite et l’extrême-droite, où il a fréquenté entre autres Philippe Baccou, conseiller de Marine Le Pen sur son programme économique en 2017 [11], ou encore Jean-Yves Le Gallou, ex cadre du Front National, époux de l’ancienne candidate frontiste Anne-Laure Blanc, elle-même fille de Robert Blanc, ancien Waffen-SS. Ce partisan de la remigration, opposé au mariage homosexuel, a ensuite rejoint Eric Zemmour [12]. Selon certaines sources (comme le site « Debunkers de hoax »), Baccou et Le Gallou auraient d’ailleurs participé à la création de l’Ifrap. Les statuts d’origine de sa fondation n’étant pas accessibles, et l’institut n’ayant pas répondu à nos demandes d’entretien, nous n’avons pas pu confirmer cette information.

Le conseil d’administration actuel de la fondation illustre également ses liens avec les milieux d’affaires. Charles-Marie Jottras, son président, est dirigeant de la société Daniel Féau, entreprise spécialisée dans l’immobilier de prestige. En 2007, un article dans Les Échos dresse ainsi son portrait :  « Membre actif du très sélect club MBC [13], résident fidèle de Neuilly, chaque samedi d’hiver, il rassemble ses copains et cinquante Anglo-Poitevins pour une chasse à courre [14]… » Le vice-président du think tank est Olivier Allez, dirigeant de la société de construction de réseaux électriques Allez & Cie, qu’il a hérité de son grand-père. Le trésorier, Jean-Pierre Lagay, a un cabinet d’expertise comptable [15], et le secrétaire est Olivier Tardy, PDG de l’Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest (ETPO) et de la Compagnie Industrielle et Financière d’Entreprises (CIFE). Les présidents précédents étaient Olivier Mitterrand, 200e fortune de France en 2023 avec 650 millions d’euros [16], puis Jean-Claude Rouzaud, ancien Président du groupe Champagne Louis Roederer dont il a lui aussi hérité, ce qui en fait l’une des plus grosses fortunes françaises.

Les collèges des « amis », « fondateurs » ou « personnalités qualifiées » de l’Ifrap réunissent aussi majoritairement ce même type de profil, parfois avec des liens avec le monde politique. Hugues Charbonnier, du collège des personnes qualifiées, dirige avec sa compagne Karine Charbonnier l’entreprise Beck Industries dont cette dernière a hérité de son grand-père. Elle a aussi été vice-présidente de la région Hauts-de-France et candidate LR aux législatives de 2017. Autre « personnalité qualifiée » de l’Ifrap : Jean-Michel Fourgous, lui aussi chef d’entreprise, mais qui est ensuite devenu député pour l’UMP, de 1993 à 1997 puis de 2002 à 2012.

Malgré ces liens, l’Ifrap maintient qu’elle « est parfaitement indépendante dans son fonctionnement, tant vis-à-vis des entreprises que des partis politiques » et qu’« elle ne propose pas de mesure dans l’intérêt d’une entreprise ou d’un secteur d’activité spécifique mais forme des propositions de nature à favoriser le développement économique et le plein emploi, dans un but d’intérêt général ». C’est ce que la Fondation répond à un article du journal Marianne en 2018, qui calculait que sur les 229 notes publiées par l’Ifrap en 2017, seules deux avaient été rédigées par un chercheur en activité. Marianne notait les biais dans les sujets de recherche : 16 études pour demander la suppression de l’ISF en 2017, mais aucune sur la fraude fiscale. Et constatait que certaines publications relevaient moins de l’analyse que du pamphlet contre les candidats à la présidentielle, en particulier ceux dont le programme n’était « pas favorable aux entreprises et aux riches » [17].

Le lobby des riches

Aujourd’hui encore, l’essentiel des messages et des combats de l’Ifrap visent la protection des intérêts des plus fortunés, que la porte parole de l’organisation défend âprement : « [L]es 10% les plus riches payent plus de 50% des impôts directs payés par les ménages français. S’ils n’étaient pas là pour payer leurs impôts, nous n’aurions pas la possibilité de faire tourner nos services publics [18]. » Agnès Verdier-Molinié semble plus intéressée par la fraude sociale que la fraude fiscale [19], elle est vent debout contre tout rétablissement de l’ISF, dénonce « l’essorage » fiscal des classes supérieures, et quand on l’interroge sur les ultra-riches, elle regrette qu’on leur reproche de payer trop peu d’impôts, « parce que là on parle des grands entrepreneurs de France, qui créée la richesse dans notre pays » [20]. Si l’Ifrap s’intéresse beaucoup aux impôts payés par les plus riches, elle l’est beaucoup moins par la TVA, qui concerne l’ensemble de la population, mais que la fondation exclut de ses calculs sur les prélèvements obligatoires [21]. Quand une interlocutrice lui signale qu’elle ne se concentre que sur la fiscalité des riches, elle tranche : « Les Français, eux, savent ce qu’ils paient [22] », laissant penser que son propos serait général, alors que les Français auxquels elle s’intéresse ne sont que les 10% des plus hauts revenus. En ce qui concerne le reste de la population, en effet, l’Ifrap milite surtout pour repousser le départ à la retraite, déréguler le salaire minimum et baisser les allocations chômages [23].

SOUTENEZ L’OBSERVATOIRE

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com’ du CAC 40.FAITES UN DON

Comme la plupart des partenaires du réseau Atlas dans le monde, l’Ifrap critique aussi les réglementations environnementales, ciblant pêle-mêle la loi climat, les éoliennes, l’interdiction de la voiture thermique [24] et la fiscalité écologique et recommandant de repousser la transition aux calendes grecques [25]. Son projet économiquement ultralibéral s’accompagne aussi d’un volet conservateur. Il y a en effet un domaine dans lequel la fondation ne critique pas l’augmentation du nombre de fonctionnaires, mais en demande encore plus : la police [26], sous prétexte que les Français auraient placé la sécurité en tête de leurs préoccupations pour l’élection présidentielle de 2022. Une affirmation qui n’est pas sourcée et qui est contredite par les sondages sur la période, où ce sont bien le pouvoir d’achat, la santé et l’environnement qui arrivent en tête des enjeux pour la population [27]. Peut-être que là encore, « les Français » dont parle l’Ifrap sont les 10% les plus riches ? La fondation si prompte à dénoncer la « gabegie » des finances publiques ne s’interroge pas non plus sur l’efficacité des policiers dont les données du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure indiquent pourtant qu’elle est en chute libre [28]. Même traitement de faveur pour les dépenses militaires, que l’Ifrap appelle là aussi à augmenter [29], sans aucune demande sur la transparence qui fait pourtant défaut dans ce secteur [30]. Par ailleurs, le think tank, pourtant si soucieux des équilibres budgétaires, défend les aides aux entreprises, arguant qu’elles créent de l’emploi et de la richesse [31]. Et dans le même temps, il critique les subventions aux associations qui aident les migrants, sans s’interroger, cette fois, sur les emplois créés ou les bénéfices de leurs missions sociales pour la société [32].

Sans surprise, les propositions de l’Ifrap trouvent plus d’écho à droite et à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Si l’on regarde les mentions de la fondation dans les questions parlementaires des trois dernières législatures, à l’Assemblée nationale, elles viennent pour la quasi totalité des Républicains et de députés d’extrême-droite [33]. C’est François Fillon qui a accordé à l’organisation le statut d’utilité publique, qui fait que les dons qu’elle reçoit (elle n’est financée que par le secteur privé) sont déductibles à 66% des impôts sur le revenu, et même 75% de l’impôt sur la fortune immobilière. Le tout sans aucune limite de financement contrairement aux partis politiques, et en toute discrétion puisqu’il n’existe pas d’obligation de transparence sur les contributeurs.

À l’assaut de l’Éducation nationale

En dehors de la quantification des passages dans les médias, il est compliqué de mesurer l’impact de think tanks sur le « climat des idées ». De même, les décisions politiques résultent de nombreuses influences ainsi que des convictions des personnes qui les prennent. Ainsi, la suppression de l’ISF peut être revendiquée comme une victoire de l’Ifrap, mais il est impossible de lui attribuer totalement : il s’agissait d’une demande venant de plusieurs acteurs, et dont Emmanuel Macron pouvait déjà être convaincu du bien-fondé.

Sans pouvoir parfaitement définir les contours de son influence, il existe un domaine où les idées promues par l’Ifrap (et d’autres partenaires du réseau Atlas) semblent particulièrement progresser : l’éducation. Peut-être parce que Christophe Kerrero, membre du conseil scientifique du think tank, a travaillé pour le cabinet du ministre de l’Éducation Luc Chatel de 2009 à 2012, puis été directeur de celui de Jean-Michel Blanquer de 2017 à 2020 ? Peut-être aussi parce qu’Agnès Verdier-Molinié a l’oreille de Gabriel Attal [34] ?

Reste que si l’on compare les propositions de l’Ifrap dans le domaine éducatif [35] et les projets portés par les ministres récents (Gabriel Attal, puis Nicole Belloubet), on constate beaucoup de similarités. Le think tank voulait recentrer les programmes sur les fondamentaux ; Gabriel Attal annonce le renforcement de l’enseignement des mathématiques et du français. L’Ifrap recommandait le tutorat et des groupes de compétences ; les ministres mettent en place des groupes de niveaux (ou groupes de besoin). L’Ifrap considérait qu’il faut plus de stages et de découverte professionnelle ; Attal instaure un stage en juin pour les élèves de seconde. L’Ifrap recommandait de conditionner l’accès au lycée à l’obtention du brevet ; Attal déclare que ce sera le cas [36].

Toutes les demandes du think tank ne sont pas encore reprises par le gouvernement actuel. Mais d’autres politiques les soutiennent. L’instauration de la bivalence des professeurs (enseignement de deux matières) et l’autonomie des établissements scolaires sont deux recommandations de l’Ifrap que l’on retrouve dans une proposition de loi du sénateur Républicain Max Brisson, adoptée en première lecture par le Sénat et transmise à l’Assemblée nationale en avril 2023 [37]. Le texte n’a pour l’instant pas été mis à l’ordre du jour de l’Assemblée, mais l’Ifrap semble espérer des évolutions en matière de décentralisation et d’autonomie des établissements scolaires avec la nouvelle ministre Nicole Belloubet, qui par le passé a déclaré y être favorable. Une logique de territorialisation de l’éducation qui suscite des inquiétudes chez des chercheurs, qui alertent sur la fragmentation et les inégalités que ce type de système a pu créer aux Etats-Unis ou en Suède [38].

Anne-Sophie Simpere

Notes

[1Voir l’hommage d’Alain Dumait à Bernard Zimmern sur le site de Contrbibuables associés : https://www.touscontribuables.org/contribuables-associes-rend-hommage-a-l-un-de-ses-fondateurs

[2Voir par exemple la rencontre mentionnée dans le courrier de Antony Fisher à Bernard Zimmern en date du 11 décembre 1987.

[3Bourse Tocqueville – « Parole de Lauréats » avec Agnès Verdier-Molinié : https://www.dailymotion.com/video/xp3dij

[4Voir le site de l’Ifrap : https://www.ifrap.org/qui-sommes-nous

[5Voir la fiche de l’Ifrap sur le site de la HATVP : https://www.hatvp.fr/fiche-organisation/?organisation=519556013

[6Extrait d’une formation Atlas sur les bases des think tanks, décembre 2023

[7Europe 1, « Retraites : pour Agnès Verdier-Molinié, « les syndicats n’ont pas compris l’urgence financière » », 8 janvier 2023 – https://www.europe1.fr/politique/retraites-pour-agnes-verdier-molinie-les-syndicats-nont-pas-compris-lurgence-financiere-4159599

[8En 2015, alors qu’Agnès Verdier-Molinié participe à une audition parlementaire à l’Assemblée nationale, la députée socialiste Christine Pirès-Beaune note : « J’ai été plutôt agréablement surprise par l’exposé que vous nous avez présenté, beaucoup moins caricatural que ne le sont parfois vos interventions sur les plateaux de télévision ou même que votre dernier livre. » Voir : https://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cecip/14-15/c1415012.asp#P3_201.

[9François Krug, « Agnès Verdier-Molinié, égérie de la diète publique », Le Monde, 27 janvier 2017 – https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2017/01/27/agnes-verdier-molinie-egerie-de-la-diete-publique_5069859_4497186.html

[10Par exemple sur TV5Monde : https://europe.tv5monde.com/fr/guide-tv/info-societe/l-invite/agnes-verdier-molinie-951679

[11Marine Turchi et David Dufresne, « Les conseillers secrets de la campagne de Marine Le Pen », Mediapart, 22 janvier 2018 – https://www.mediapart.fr/journal/france/220118/les-conseillers-secrets-de-la-campagne-de-marine-le-pen

[12Maxime Macé et Pierre Plottu, « Jean-Yves Le Gallou, l’intellectuel très radical qui murmure à l’oreille de Zemmour », StreetPress, 25 janvier 2022 – https://www.streetpress.com/sujet/1643048991-jean-yves-gallou-intellectuel-tres-radical-zemmour-grand-remplacement-guerre-raciale

[13Le Cercle MBC, communément appelé simplement MBC, est un cercle privé basé à Paris et à Genève. Il est l’héritier de l’ancien Maxim’s Business Club d’où il tient son nom. Il a été fondé en 1968 pour réunir de jeunes hommes d’affaires et faciliter des relations amicales et professionnelles. En 2003, le cercle change de lieu de rencontre et passe du restaurant Maxim’s au Fouquet’s.

[14Marie-Sophie Ramspacher, « Portrait : Charles-Marie Jottras », Les Echos, 21 mars 2007 – https://www.lesechos.fr/2007/03/charles-marie-jottras-1074106

[15https://www.verif.com/dirigeants/Jean-pierre-LAGAY-3632690/

[16Voir Challenges, « Les 500 plus grandes fortunes de France 2023 » : https://www.challenges.fr/classements/fortune/olivier-mitterrand-et-sa-famille_26744

[17Etienne Girard, « L’Ifrap d’Agnès Verdier-Molinié : faux institut de recherche et vrai lobby ultra-libéral », Marianne, 6 mars 2018 – https://www.marianne.net/economie/l-ifrap-d-agnes-verdier-molinie-faux-institut-de-recherche-et-vrai-lobby-ultra-liberal

[18Mathilde Durand, « Est-on riche avec 3.740 euros par mois ? », Europe 1, 10 juin 2020 – https://www.europe1.fr/societe/cinq-millions-de-riches-en-france-on-est-dans-une-denomination-qui-ne-veut-rien-dire-3974080

[19« La fraude fiscale est traquée depuis des années, la fraude sociale quasiment pas ! » déplore Agnès Verdier-Molinié dans une interview avec Eugénie Bastié dans Le Figaro, le 11 mai 2023 : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/agnes-verdier-molinie-la-fraude-fiscale-est-traquee-depuis-des-annees-la-fraude-sociale-quasiment-pas-20230511. Le Bullletin d’information de l’Ifrap de novembre 2023 (n°27) indiquait aussi que le mardi 10 octobre 2023, la Fondation participait au 1er Conseil de l’évaluation des fraudes fiscales et sociales présidé par le ministre chargé des Comptes publics, Thomas Cazenave afin d’y présenter ses propositions et sa méthode de chiffrage de la fraude sociale.

[20Pierre de Vilno, « Fiscalité : l’essorage des classes moyennes supérieures », Europe 1, 9 septembre 2023 – https:// www.europe1.fr/emissions/les-grandes-voix-du-weekend/fiscalite-lessorage-des-classes-moyennes-superieures-4202816.

[21Samuel-Frédéric Servière, « Les 10% les plus aisés paient plus de 30% des prélèvements obligatoires », Fondation iFrap, 26 novembre 2023 – https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/les-10-les-plus-aises-paient-plus-de-30-des-prelevements-obligatoires

[22La Chaîne Parlementaire, « Ça vous regarde – Climat : qui doit payer la facture ? », mai 2023. https://www.dailymotion.com/video/x8lachj

[23Fondation Ifrap, « Supprimer le Smic universel et confier la négociation des bas salaires aux seuls partenaires sociaux », octobre 2011 – https://www.ifrap.org/emploi-et-politiques-sociales/supprimer-le-smic-universel-et-confier-la-negociation-des-bas-salaires-aux-seuls-partenaires-sociaux  ; Bertrand Nouel, « Augmentation des salaires minimums en Europe, attention aux contresens ! », Fondation iFrap, 31 mars 2016 https://www.ifrap.org/emploi-et-politiques-sociales/augmentation-des-salaires-minimums-en-europe-attention-aux-contresens

[24Agnès Verdier-Molinié, « Stop à la folie de l’interdiction des véhicules thermiques en 2035 », 21 mars 2023. https://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/stop-la-folie-de-linterdiction-des-vehicules-thermiques-en-2035

[25Agnès Verdier-Molinié, « Non, il ne faut pas augmenter les impôts pour financer la transition écologique », 3 avril 2023 – https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/non-il-ne-faut-pas-augmenter-les-impots-pour-financer-la-transition-ecologique

[26Samuel-Frédéric Servière « Sécuriser : mettre 20 milliards en plus d’ici 2027 », Société Civile n°226, septembre 2021 – https://www.ifrap.org/la-revue/securiser-mettre-20-milliards-en-plus-dici-2027

[27Analyse de Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, « « Fractures françaises » : l’environnement s’impose comme un enjeu majeur dans les préoccupations des Français », Le Monde, 7 septembre 2021- https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/09/07/fractures-francaises-la-preoccupation-environnementale-gagne-du-terrain-dans-les-priorites-des-francais_6093692_823448.html ou encore Salomé Vincendon, « SONDAGE BFMTV – Présidentielle : le pouvoir d’achat principale préoccupation des Français, loin devant l’immigration ou la sécurité », BFM, 20 octobre 2021https://www.bfmtv.com/societe/sondage-bfmtv-presidentielle-le-pouvoir-d-achat-principale-preoccupation-des-francais-loin-devant-l-immigration-ou-la-securite_AN-202110200007.html

[28« Détaillant l’évolution, tant pour la police que pour la gendarmerie, du taux de réussite dans les enquêtes, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMI) affirme que, en 2019 (dernière année pleine hors Covid), les services ne parvenaient plus à élucider, après un an d’investigation, que 72 % des homicides, quand le ratio atteignait 78 % l’année précédente. (…) Pour [l]es vols avec effraction au domicile ou en tout lieu, le taux de réussite demeure dramatiquement bas : 8 % seulement. Soit 92 % d’échec. » Jean-Marc Leclerc, « Inquiétante chute de l’efficacité policière en France », Le Figaro, 25 octobre 2022 https://www.lefigaro.fr/actualite-france/inquietante-chute-de-l-efficacite-policiere-en-france-20221025

[29Samuel-Frédéric Servière, « Programmation militaire 2024-2030 : encore insuffisante pour atteindre les 2% du PIB », Fondation iFrap, 11 avril 2023. https://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/programmation-militaire-2024-2030-encore-insuffisante-pour-atteindre-les-2-du-pib

[30Une bonne partie des dépenses militaires est classifiée.

[31Samuel-Frédéric Servière, « Supprimer les aides aux entreprises ? C’est augmenter les impôts des entreprises ! », Fondation Ifrap, 31 août 2023 – https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/supprimer-les-aides-aux-entreprises-cest-augmenter-les-impots-des-entreprises

[32Samuel-Frédéric Servière, « Sur 10 ans, des subventions aux associations d’aides aux migrants multipliées par 3… contre un nombre de reconduites à la frontière divisé par 3 », Fondation Ifrap, 24 octobre 2023. https://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/sur-10-ans-des-subventions-aux-associations-daides-aux-migrants-multipliees-par-3-contre-un-nombre-de-reconduites-la-frontiere

[33Seul un socialiste les cite, mais avec prudence. Dans les questions écrites, les références à l’iFrap se font assez rares depuis 2017, alors que la Fondation était beaucoup plus souvent citée (à 92 reprises sur la mandature de 2012 à 2017, presque exclusivement par des députés des Républicains.

[34Daniel Bernard, « Les connexions privées de Gabriel Attal pour préparer l’après-Macron », La Lettre A, 21 avril 2023 – https://www.lalettre.fr/fr/action-publique_executif/2023/04/21/les-connexions-privees-de-gabriel-attal-pour-preparer-l-apres-macron,109947752-ar2

[35R.C., « Collège unique : les réformes à faire », Fondation Ifrap, 3 juin 2015 – https://www.ifrap.org/education-et-culture/college-unique-les-reformes-faire

[36Sophie Cazaux, « Le brevet va devenir plus difficile et indispensable pour accéder directement au lycée », BFM, 5 décembre 2023 – https://www.bfmtv.com/societe/education/le-brevet-va-devenir-plus-dur-et-indispensable-pour-acceder-directement-au-lycee_AN-202312050444.html

[37Proposition de loi pour une école de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité, présenté par Max Brisson : 
https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/textes-legislatifs/la-loi-en-clair/proposition-de-loi-pour-une-ecole-de-la-liberte-de-legalite-des-chances-et-de-la-laicite.html

[38François Jarraud, « L’inexorable fragmentation des systèmes éducatifs nationaux », Le café pédagogique, 13 février 2018 – https://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/02/13022018Article636541007632411411.aspx.html et François Jarraud, « Avec Belloubet, vers un Acte III de l’éducation ? », Le café pédagogique, 11 février 2024 https://www.cafepedagogique.net/2024/02/11/avec-belloubet-vers-un-acte-iii-de-leducation/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire