56,9 % des eaux françaises ne sont pas en bon état écologique, selon les agences de l’eau


300 polluants contaminent nos eaux souterraines

300 polluants contaminent nos eaux souterraines

15 mai 2024 à 17h48

https://reporterre.net/300-polluants-contaminent-nos-eaux-souterraines

Les eaux souterraines alimentent les cours d’eau et les sources, où est présente une grande biodiversité. – Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0 Deed/David Graus

Les eaux souterraines françaises sont contaminées. Voilà le constat d’une grande enquête menée par le journal Le Monde et six autres médias européens. D’après leurs résultats, sur près de 24 700 stations de contrôle de France, 6 900 ont enregistré au moins un dépassement de leurs valeurs seuils entre 2016 et 2023. Soit plus d’un quart. Au total, 300 polluants contaminent nos nappes souterraines.

La première source de contamination ? Les pesticides et leurs sous-produits, appelés métabolites. Ils sont présents dans 97 % des stations de contrôle. Ces produits dépassent les normes dans près de 20 % d’entre elles. « Sans surprise, la carte de la pollution aux pesticides se superpose à celle des zones où les traitements phytosanitaires sont les plus fréquents », indique le quotidien.

Sans se contenter de les infiltrer, ces produits persistent dans nos sous-sols pendant des décennies. En Martinique et en Guadeloupe par exemple, le chlordécone, utilisé jusque dans les années 90 dans les bananeraies, dépasse encore les seuils aujourd’hui.

Dans toute la France, l’atrazine — un herbicide utilisé jusqu’à 2003 pour la culture du maïs — et ses métabolites excèdent 1 microgramme par litre dans 7 % des points de contrôle où cette molécule était recherchée. Deux métabolites de la chloridazone — un herbicide autorisé jusqu’en 2020 pour la culture des betteraves — dépassent la norme de qualité dans 18 % des stations. Des polluants d’origine industrielle sont également présents dans les nappes phréatiques.

Consommation humaine

Or les eaux souterraines alimentent les cours d’eau et les sources, où est présente une grande biodiversité, rappelle Le Monde« Quand les zones sont trop dégradées, les captages destinés à la consommation humaine sont abandonnés », ajoute le journal. Selon ses informations, 13 000 captages d’eau potable ont été fermés. Un tiers d’entre eux l’ont été en raison de la mauvaise qualité des eaux. En mars, Reporterre dévoilait que 16 % des captages d’eau en France ne bénéficient d’ailleurs pas de périmètre de protection.

Alors que l’objectif européen était de restaurer un bon état des eaux souterraines dès 2015, il a été repoussé à 2027. « Il reste encore beaucoup à faire pour atteindre le bon état des masses d’eau et cet objectif ne sera pas atteint »notait la Cour des comptes en juillet 2023.

Les cours d’eau français sont en mauvais état écologique, selon le WWF

Un nouveau rapport du WWF France alerte sur l’état écologique des rivières françaises. Leur biodiversité, en apparence stable, est en réalité menacée, en particulier dans les petits cours d’eau. 

Biodiversité  |  Aujourd’hui à 00h01  |  M. Scharff

https://www.actu-environnement.com/ae/news/WWF-france-rapport-biodiversite-rivieres-44074.php4#xtor=EPR-50

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Les cours d'eau français sont en mauvais état écologique, selon le WWF

© Fred51Les populations de grèbe huppé, considéré comme emblématique avec la truite des rivières, ont chuté de 91 % en vingt ans.

« Les populations d’oiseaux et de poissons d’eau douce stagnent de manière inquiétante en France. » C’est avec ce constat que s’ouvre le nouveau rapport « Pour des rivières vivantes » (1) de la section française du Fonds mondial pour la nature (WWF), publié le 22 mai 2024, à l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité. Cet état des lieux de la vie sauvage dans les eaux douces françaises intègre le nouvel indice rivières vivantes (IRV), qui agrège des données sur diverses espèces d’oiseaux et de poissons. L’IRV est en diminution de 0,4 % depuis une vingtaine d’années. En d’autres termes : depuis 2001, le nombre d’individus des populations (2)de poissons et d’oiseaux observés en rivières a diminué en moyenne de 0,4 %.

Une baisse qui peut paraître anecdotique, en première lecture, mais qui est à mettre en perspective avec les investissements massifs – près de 500 milliards d’euros – déployés depuis vingt ans pour assurer la préservation des rivières. En outre, selon les agences de l’eau, plus de la moitié (56,9 %) des eaux françaises ne sont pas en bon état écologique. La France est donc bien loin de l’objectif fixé par la directive-cadre sur l’eau : atteindre un bon état écologique pour 100 % de ses eaux à l’horizon 2027, alors qu’il s’agit déjà de la seconde dérogation par rapport à l’ambition initiale fixée à 2015.

Une moyenne qui cache de grands écarts

56,9 %

des eaux françaises ne sont pas en bon état écologique, selon les agences de l’eau.

Un bilan alarmant pour le WWF, donc. D’autant plus que le calcul de l’IRV, effectué avec la même méthode que son fameux Indice planète vivante, représente une moyenne. Il masque par conséquent une multitude de phénomènes, détaillés dans le rapport. La différence d’état écologique entre les grands fleuves et les plus petits cours d’eau, en premier lieu. Grâce aux efforts des villes et des industries, l’eau qui coule dans les fleuves est plus propre aujourd’hui, notamment à l’aval des métropoles. Mais les milliers de kilomètres de petits cours d’eau ruraux voient leur qualité écologique se dégrader. En cause, l’agriculture et l’aquaculture intensives, les obstacles aux écoulements, la dégradation de la morphologie des cours d’eau ainsi que les pressions anthropiques liées aux prélèvements et à l’industrie.

« L’eau des villes va mieux, l’eau des champs va moins bien, pour le dire comme ça », résume Yann Laurans, directeur des programmes du WWF France. La progression des populations d’espèces invasives se trouve aussi noyée dans la masse de données, alors que les populations de grèbes huppés et de truites des rivières, deux espèces mises en avant dans le rapport car considérées comme « emblématiques », ont diminué respectivement de 91 % et 43 % en vingt ans.

Un appel à l’action“ L’eau des villes va mieux, l’eau des champs va moins bien ”Yann Laurans, WWF France

Alors comment réagir pour protéger ces écosystèmes ? En France, le WWF s’est fixé deux priorités. La préservation des zones humides d’une part, via une politique d’acquisition foncière, notamment en Brenne et en Camargue, où les équipes du Fonds mondial sont présentes depuis plusieurs dizaines d’années, à laquelle 5 millions d’euros seront attribués. L’association met aussi en place des paiements pour services environnementaux (PSE). D’autre part, le renforcement de la résilience en eau est privilégié, via la promotion de pratiques agroécologiques pour « moins compter sur la chimie de synthèse et plus sur le vivant », précise Yann Laurans.

Le rapport se veut aussi comme un signal d’alarme envers les pouvoirs publics, et n’est pas avare de recommandations à leur égard. En particulier, le WWF exhorte le gouvernement français à réaffirmer et mettre en œuvre l’engagement de protection et de restauration des écosystèmes d’eau douce pris à l’occasion des Assises de l’eau en 2018 : préserver 25 000 km de cours d’eau et leur continuité à l’horizon 2030. « Soit 4 % des cours d’eau français, clarifie le directeur des programmes de l’association. Il ne s’est pas rien passé [depuis 2018], mais c’est trop lent, et souvent entravé par des actions des lobbies. On vide l’océan à la petite cuillère. » L’ONG demande aussi une réévaluation de la fiscalité de l’eau pour appliquer le principe de pollueur-payeur face aux impacts des pollutions agricoles sur la ressource, et inciter à réorienter les pratiques agricoles vers l’agroécologie.

Enfin, le rapport appelle également les particuliers à se mobiliser pour la préservation des rivières. « Plus qu’un simple décor bucolique », ces écosystèmes remplissent des fonctions hydrauliques (régulation des crues, autoépuration, remplissage des nappes phréatiques) et écologiques essentielles.1. Consulter le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44074-rapport-wwf-france-rivieres-2024.pdf2. En biologie, on emploie le terme de population pour chaque groupe d’individus d’une même espèce vivant simultanément dans une même zone géographique. Autrement dit, une espèce peut être représentée par plusieurs populations situées dans différentes zones géographiques, sans interactions régulières les unes avec les autres.

Marie Scharff, journaliste
Stagiaire journaliste

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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