« À terme, il n’y a pas plus injuste que de ne pas faire de transition »
La « transition juste », inscrite dans l’Accord de Paris, émet un postulat clair : la lutte contre le réchauffement climatique doit prendre en compte ses impacts économiques et sociaux sur les populations et entreprises. Un constat partagé par l’ADEME dans son avis « Verdir l’économie et la société : l’ambitieuse trajectoire de la transition juste » publié le 3 avril 2024. Zoom sur un concept longtemps resté méconnu du grand public.
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Le climat et l’environnement relégués en arrière-plan du discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe
Le chef de l’Etat a intégré, jeudi à la Sorbonne, les défis climatiques à d’autres défis, notamment ceux de l’énergie, de la compétitivité et de la production.
Par Matthieu Goar Publié le 26 avril 2024 à 10h31, modifié le 26 avril 2024 à 10h31
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Un défi évoqué à de multiples reprises. Mais jamais décrit comme un dossier prioritaire de la future mandature européenne. Alors que, depuis quelques jours, l’Elysée faisait monter la pression sur ce discours destiné à « orienter et peser sur le prochain agenda stratégique de l’Union européenne [UE] », le président de la République n’a parlé qu’en filigrane des enjeux climatiques et environnementaux, jeudi 25 avril, à la Sorbonne.
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« On a beaucoup entendu critiquer le Green Deal [le Pacte vert européen, ensemble de textes votés depuis 2019] (…) Mais l’Europe est le seul espace politique au monde qui a planifié ses transitions », s’est d’abord félicité le chef de l’Etat, sans mettre en débat de nouvelles propositions pour atteindre la baisse de 55 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030, objectif affiché des Vingt-Sept.
Dans le grand amphithéâtre, M. Macron a préféré esquisser les enjeux climatiques en les intégrant à d’autres défis, notamment ceux de l’énergie, de la compétitivité et de la production. Après avoir agi pour « nous défaire de notre dépendance aux hydrocarbures russes », l’UE doit poursuivre le « déploiement du renouvelable et du nucléaire » pour construire « l’Europe de l’atome ».
« Plus vite nous ferons la transition, plus vite nous retrouverons cette compétitivité prix », a-t-il espéré tout en demandant d’investir dans les interconnexions électriques en Europe. « C’est ce qui fera de l’Europe une véritable puissance électrique, une Europe de la libre circulation des électrons décarbonés, peu importe qu’ils viennent du renouvelable ou du nucléaire. »
Pas de nouvelles idées concrètes
Tout en multipliant les références aux technologies ou à l’industrie « vertes », le chef de l’Etat a espéré que l’Europe soit un jour le premier « continent zéro plastique » et a chanté les louanges de la biodiversité, « un trésor que nous avons reçu en héritage et que nous allons transmettre ». Même s’il a fait une avancée sur un sujet très attendu par les acteurs de la cause climatique, le financement, sur lequel il faudrait un « grand plan d’investissement collectif budgétaire » et même une politique monétaire intégrant des « objectifs de décarbonation », il n’a pas dévoilé de nouvelles idées concrètes.
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Cette imbrication des enjeux climatiques dans d’autres dossiers reflète l’analyse développée par M. Macron et ses proches sur la scène française. Depuis plusieurs mois, et notamment depuis la crise agricole du début de l’année, l’Elysée considère qu’il faut décrire les opportunités économiques créées par la transition écologique en évoquant le moins possible les contraintes, afin de ne pas alimenter le populisme d’extrême droite.
Jeudi, en mettant en avant la compétition économique avec la Chine et les Etats-Unis, le président a même encore une fois plaidé pour un recul sur les normes à « travers des vagues de simplification ». « On ne peut pas avoir durablement les normes environnementales les plus exigeantes (…) et penser qu’on continuera à créer des emplois. Le risque, c’est le décrochage », a-t-il lancé, tout en incitant à « produire plus vert (…) sans rien enlever de nos ambitions ».
Changement de ton
Un changement de ton très net par rapport à son discours du 26 septembre 2017 dans le même lieu. A l’époque, le président de la République, élu depuis quelques mois, avait consacré un long passage à la transition écologique, une des « clés de notre souveraineté », et poussé ses partenaires de l’UE à devenir « les leaders d’un nouveau modèle productif (…) qui sera un modèle de société, de civilisation, qui permettra aussi de repenser les inégalités, les externalités d’une société dont les principales victimes des déséquilibres sont les plus faibles et les plus fragiles ».
En juin de la même année, M. Macron avait réagi à la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris en lançant « Make our planet great again ». Deux moments qui avaient contribué à l’installer comme une voix importante du climat sur la scène internationale. Plusieurs de ses propositions de 2017 ont d’ailleurs été mises en œuvre, comme la taxe carbone aux frontières. Jeudi, le chef de l’Etat a seulement proposé de l’étendre puisque le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, actuellement en phase de test jusqu’en 2026, n’est pour le moment appliqué qu’à des marchandises à forte intensité carbone, comme l’acier ou le ciment.
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Sept ans plus tard, l’image d’Emmanuel Macron s’est ternie sur ces sujets-là. A l’approche des élections européennes qui se dérouleront entre le 6 et le 9 juin, lui et ses proches sont obnubilés par le « backlash », une réaction éruptive de l’opinion contre les réglementations environnementales, malgré des sondages contrastés sur ces sujets.
« Dire qu’il souhaite protéger la forêt tout en essayant de repousser la loi européenne phare contre la déforestation importée et en soutenant les reculs environnementaux de la politique agricole commune, c’est désolant », affirme Pierre Cannet, de l’ONG ClientEarth. Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, le rejoint : « Le climat est le grand absent de son discours alors même que l’urgence est de plus en plus forte. »