Qu’attendent les pédiatres du gouvernement ?
Quentin Haroche|30 Avril 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/quattendent-pédiatres-du-gouvernement-2024a10008cj?ecd=wnl_all_240507_jim_jim-pro_etid6487802&uac=368069PV&impID=6487802&sso=true
Paris – Avant les assises de la pédiatrie prévues pour le mois prochain, la société française de pédiatrie (SFP) a présenté plus de 350 propositions (!) au gouvernement pour améliorer la santé des enfants.
Cette foi, les assises de la pédiatrie devraient bien avoir lieu…sauf imprévu bien sûr. Demandée par les pédiatres depuis le difficile hiver 2022-2023, au cours duquel les services de pédiatrie hospitalière ont été débordés par des enfants atteints de bronchiolite, cette conférence entre le gouvernement et les représentants de la pédiatrie française a été plusieurs fois repoussée ces 18 derniers mois, la faute au nombreux remaniements ministériels.
Il était ainsi prévu que les assises de la pédiatrie débutent le 21 décembre dernier, mais la démission du ministre de la Santé Aurélien Rousseau la veille de cette échéance a provoqué le report de cette réunion. Cette fois, tout le monde espère que la nouvelle date, fixée au 24 mai prochain, sera tenue.
En vue de cette grande échéance qu’ils attendent donc depuis 18 mois, les pédiatres ont tenu à préparer leurs arguments, pour ne pas venir à la table des discussions les mains vides. C’est donc un rapport contenant plus de 350 propositions que la Société française de pédiatrie (SFP) a remis mardi dernier au gouvernement, à un mois de l’ouverture des assises. Un rapport rédigé par le « comité d’orientation des Assises de la pédiatrie et de la petite enfance », dirigé par le Pr Christèle Gras-Le Guen, cheffe du service de pédiatrie du CHU de Nantes et présidente de la SFP et l’ancien secrétaire d’Etat à l’Enfance Adrien Taquet.
La pédopsychiatrie, parent pauvre d’une spécialité en crise
Le rapport part d’un constat régulièrement répété : la pédiatrie française est en crise. Les difficultés s’accumulent notamment à l’hôpital où, dans un cercle vicieux bien connu, les conditions de travail difficiles poussent les soignants à quitter leur établissement entrainant un manque d’effectifs qui à son tour détériore encore plus les conditions de travail.
« La plupart des services de néonatalogie ont de grandes difficultés à recruter des praticiens et beaucoup d’offres d’emploi ne trouvent pas preneurs » confie le Pr Elsa Kermorvant, vice-présidente de la société française de néonatalogie. « Dans certains hôpitaux comme le mien, une infirmière s’occupe parfois de douze enfants, ce n’est pas possible ! » alerte dans le même sens le Pr Gras-Le Guen.
Mais si l’hôpital représente la face visible de cette crise de la pédiatrie, « le mal est bien plus large et se situe tant en amont qu’en aval » peut-on lire dans le rapport. « La crise des urgences pédiatriques n’est que la face immergée de l’iceberg : au-delà, la médecine de ville, les centres de PMI (protection maternelle et infantile) et la médecine scolaire sont en grandes difficultés » résume Adrien Taquet.
Le rapport s’inquiète particulièrement pour la situation désastreuse de la psychiatrie pédiatrique, alors que la santé mentale des enfants et adolescents s’est dégradée depuis la crise sanitaire. « Les délais d’attente dans les CMP infanto juvénile varient entre 6 et 12 mois comme autant de pertes de chances pour les enfants qui en ont pourtant le plus besoin » s’inquiète le rapport.
Les pédiatres demandent un « choc d’attractivité »
Pour répondre à cette situation, les propositions des pédiatres français sont donc nombreuses et plus ou moins ambitieuses. Pour palier la pénurie de pédiatres et de pédopsychiatres en ville comme à l’hôpital, le rapport préconise classiquement de « créer un choc d’attractivité » en « revalorisant toutes les prises en charge de l’enfant » : le projet de convention médicale, actuellement au point mort du fait de la suspension des négociations, prévoit de revaloriser les consultations et les avis pédiatriques.
Le rapport préconise également de « sanctuariser le nombre de lits de réanimation pédiatrique et néonatale pour pouvoir face à une crise sanitaire sans perte de chance pour les enfants » et ce alors que les services de réanimation pédiatrique sont régulièrement saturés en cas de forte épidémies hivernales.
Le rapport contient également plusieurs propositions concernant l’école, comme la mise en place d’un « bilan de santé mentale » à l’entrée au collège, la création d’un nouveau « service de santé des élèves » et l’instauration d’une « heure partagée » au cours de laquelle les élèves pourront faire part de leurs problèmes personnels et par exemple dénoncer des situations de harcèlement.
Booster les campagnes de vaccination
En matière de santé publique, le rapport préconise de renforcer les campagnes de vaccination (grippe, rotavirus mais aussi HPV et VRS) et soutient le projet d’interdire les écrans aux enfants avant l’âge de trois ans (voir notre autre article du jour sur ce sujet). Enfin, pour éviter d’être à la merci des caprices des politiques, la SFP demande l’instauration d’une conférence nationale de la santé de l’enfant devant se réunir tous les deux ans.
« Le gouvernement ne reprendra pas les 350 propositions, mais on espère que les annonces seront fortes, structurantes et ambitieuses » commente Adrien Taquet à propos de ce rapport.
Le ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux a en effet annoncé qu’il ferait des annonces en faveur de la santé de l’enfant dès l’ouverture des Assises de la pédiatrie le 24 mai prochain.
A condition qu’il ne démissionne pas la veille.