Parlement européen : Ursula von der Leyen n’exclut pas une alliance de la droite avec le groupe de Giorgia Meloni
L’actuelle présidente de la Commission européenne, tête de liste du parti PPE pour les élections européennes, participait, à Maastricht, à son premier débat de campagne.
Par Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)Publié le 30 avril 2024 à 10h33, modifié le 30 avril 2024 à 11h12 https://www.lemonde.fr/international/article/2024/04/30/parlement-europeen-ursula-von-der-leyen-n-exclut-pas-une-alliance-de-la-droite-avec-le-groupe-de-giorgia-meloni_6230747_3210.html
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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est enfin entrée en campagne. Près de deux mois après avoir été désignée tête de liste par le Parti populaire européen (PPE, droite), pour les élections européennes du 6 au 9 juin, elle a débattu, lundi 29 avril, à Maastricht, pour la première fois avec sept autres candidats des principaux partis européens, dont le socialiste luxembourgeois Nicolas Schmit, la libérale allemande Marie-Agnès Strack-Zimmermann, l’écologiste néerlandais Bas Eickhout ou le candidat d’extrême droite danois d’Identité et démocratie (ID) Anders Vistisen.
Après quatre ans aux manettes de la Commission, l’ex-ministre d’Angela Merkel, également candidate à un nouveau mandat, était au centre des débats, ciblée par tous ses opposants sur les thèmes choisis, le changement climatique, la question migratoire, les affaires extérieures – notamment la guerre à Gaza – ou encore l’état de la démocratie. Et c’est dans cette dernière partie que Mme von der Leyen a créé la stupeur dans l’amphithéâtre qui réunissait un millier d’étudiants.
Alors que Bas Eickhout l’interrogeait sur une éventuelle coalition majoritaire du PPE avec les Conservateurs et réformistes européens (ECR) réunissant droite et extrême droite de Giorgia Meloni, la présidente du conseil italien et cheffe du parti Fratelli d’Italia, Ursula von der Leyen a clairement laissé la porte ouverte. « Cela dépendra des résultats des élections et de la composition de chaque groupe au Parlement européen », a-t-elle annoncé.
« Le climat n’attend pas »
Selon les sondages, les groupes ECR et ID, réunissant tous deux des partis d’extrême droite, sont aujourd’hui au coude à coude avec les libéraux de Renew pour devenir la troisième force du Parlement. « Les valeurs et les droits ne peuvent pas être bradés en fonction d’arrangements politiques », a rétorqué M. Schmit, dont le groupe socialiste partage historiquement la majorité avec le PPE et se refuse à envisager toute majorité avec l’extrême droite.
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La cheffe de file du PPE a néanmoins estimé qu’il était impossible de travailler avec le groupe ID, qui abrite notamment l’AfD allemande ou le Rassemblement national (RN) français. L’un des élus de ce groupe a d’ailleurs attaqué, d’emblée, l’actuelle présidente de la Commission lors du débat. « Il est temps d’assécher le marais de Bruxelles », a martelé Anders Vistisen, reprenant l’un des slogans favoris de l’ancien président américain Donald Trump. S’adressant ensuite à Mme von der Leyen, il a lancé : « [Il y a cinq ans], personne n’a voté pour vous, et personne ne votera à nouveau pour vous. Votre Commission a été un désastre… Et quand nous gagnerons les élections, vous serez la première à être virée ! »
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Bien plus policés, Bas Eickhout et Nicolas Schmit ont cependant pris à partie Mme von der Leyen sur sa volonté de faire une pause sur la question climatique. « Le climat n’attend pas », a argumenté le Luxembourgeois. « Il y a cinq ans, vous évoquiez le Pacte vert comme votre grand projet, à l’image de Kennedy et sa volonté d’envoyer un homme sur la Lune, a martelé le Néerlandais. Cinq ans après, vous souhaitez vous arrêter. Comme si Kennedy avait laissé ses astronautes à mi-chemin… »
Question migratoire
« Nous avons conçu le Pacte vert comme une nouvelle stratégie de croissance, s’est justifiée Mme von der Leyen. Nous disposons du cadre législatif, nous devons maintenant le mettre en œuvre sur le terrain. Pour nous, c’est la voie à suivre. » « Et pourtant, lui répond du tac au tac l’écologiste, vous avez tout fait pour réduire la portée du Pacte vert ces derniers mois pour nos agriculteurs en revoyant à la baisse les exigences en matière de pesticides, par exemple ! » « Nous avons invité les agriculteurs, les ONG, etc., à trouver une solution durable, reprend la présidente de la Commission. Comme vous, je pense qu’ils sont les meilleurs ambassadeurs de la transition verte. Ne vous polarisez pas : nous devons trouver un compromis et travailler ensemble. »
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Autre sujet polémique, la question migratoire. Si le candidat d’ID n’hésite pas à défendre l’idée australienne de bannir du territoire quiconque essaye d’y entrer irrégulièrement, c’est bien Mme von der Leyen qui a été une nouvelle fois mise en cause pour le manifeste du PPE qu’elle défend. Ce dernier prévoit le développement de l’externalisation des demandeurs d’asiles dans des pays tiers, sur le modèle britannique avec le Rwanda.
Guerre d’Israël contre le Hamas
« Nulle part dans le manifeste vous ne verrez de référence au Rwanda, a-t-elle plaidé. Les Britanniques ont quitté l’Union, laissez-les en dehors de cela. Nous remplissons nos obligations internationales, en respectant la convention de Genève et la Convention européenne des droits de l’homme. Nous, Européens, avons le droit de décider qui entrera en Europe, et non les passeurs. C’est pour cela que nous soutenons les accords avec les pays tiers afin de créer des voies d’accès légales et sûres… »
Autre moment de tension, l’évocation de la guerre d’Israël contre le Hamas à Gaza. Par deux fois, le candidat de la gauche Walter Baier a demandé à la présidente de la Commission si l’Union européenne (UE) devait prendre des sanctions contre Israël après la mort de près de 35 000 Palestiniens et le blocus humanitaire de l’enclave. « Nous avons besoin d’un cessez-le-feu maintenant, lui a-t-elle répondu. Si Israël devait attaquer Rafah, ce serait inacceptable. Nous nous assiérons avec les Etats membres et prendrons une décision… » « Cette réponse est inacceptable, a fustigé M. Baier. Nous devons mettre un terme à ce drame. L’UE doit agir plus vite ! »
Quand le débat s’est ouvert sur la question des ingérences étrangères, la présidente de la Commission a enfin connu son premier moment de répit, et, cette fois, c’est le candidat ID qui a été clairement visé par les autres candidats. A M. Vistisen, qui évoquait cette question, M. Eickhout l’a interrompu : « Je suis fatigué de vous entendre. La Chine ou la Russie achètent votre groupe ID et vos partis : l’AfD, le RN, le FPÖ [en Autriche]. Avant de donner des leçons à tout le monde, faites le ménage chez vous ! » Le prochain débat paneuropéen aura lieu le 23 mai au sein du Parlement européen.