Quentin Haroche|17 Avril 2024
Paris – Les derniers chiffres de la Drees sur les effectifs des hôpitaux publics montrent une réalité contrastée : le nombre de médecins est en hausse, celui des paramédicaux en baisse.
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On entend tout et son contraire à propos de la situation de l’hôpital public et du travail quotidien des soignants qui y exercent. Selon les syndicats, la crise de l’hôpital public s’aggrave de jour en jour, marquée par un manque de moyens et une baisse des effectifs, le service public s’enfonçant dans un cercle vicieux où le manque de bras détériore les conditions de travail ce qui pousse de plus en plus de soignants à la démission. Sans nier cette réalité, le gouvernement et les autorités sanitaires répètent régulièrement à qui veut bien l’entendre que la situation s’améliore progressivement.
Derrière ces discours partisans, demeure la réalité des chiffres, qui nous sont livrés, comme souvent, par la Drees, le service des statistiques du ministère de la Santé. Ce lundi, l’organisme a actualisé ses données sur les effectifs hospitaliers, livrant son bilan de l’année 2022 pour l’hôpital public. En apparence, c’est une certaine stabilité qui règne à l’hôpital public, avec un peu plus d’un million de salariés en poste (répartis entre la fonction publique hospitalière et la fonction publique d’Etat) et une baisse de 0,2 % des effectifs entre 2021 et 2022.
Une embellie du côté des médecins
Une légère baisse qui « s’explique en partie par le départ des effectifs venus en renfort en 2020 et 2021 lors de la crise sanitaire qui n’a été que partiellement compensé par des embauches pérennes, dans un contexte tendu de recrutement dans les métiers du soin » explique la Drees. Avant cela, les effectifs salariés du secteur hospitalier public avaient progressé d’environ 1 % par an entre 2003 et 2014, stagné jusqu’à la pandémie puis de nouveau augmenté en 2020 et 2021.
Cette quasi-stabilité dissimule cependant des disparités selon les professions considérées. On observe bel et bien une embellie en 2022 concernant le personnel médical (médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sage-femmes) avec une hausse de 1,8 % des effectifs. Les effectifs sont certes en grande partie tirés vers le haut par la hausse du personnel médical en formation (internes, docteurs juniors, faisant fonction d’internes…) mais la progression du personnel médical hors personnel en formation est tout de même de 0,9 %.
Les infirmières continuent de fuir l’hôpital
En revanche, les effectifs de paramédicaux voient leur chute s’accélérer : après avoir baissé de 0,3 % en 2021, ils reculent de 1,3 % en 2022, retrouvant ainsi leur niveau d’avant la crise sanitaire. D’abord limitée aux infirmières en 2021, la décrue touche désormais également les aides-soignantes. Enfin, le personnel non soignant, qui regroupe la filière administrative et la filière technique et ouvrière (préparateurs en pharmacie hospitalière et techniciens de laboratoire notamment) continue de progresser en 2022 de 1,5 % (après une hausse de 1,9 % en 2021), signe que la bureaucratisation de l’hôpital public a encore de beaux jours devant elle.
Au total, depuis 2003, les effectifs médicaux ont augmenté de plus de 40 %, que ce soit dans le public ou dans le privé, tandis que le nombre de paramédicaux n’a augmenté que de moins de 20 % dans le privé et d’à peine 10 % dans le public. C’est donc vers les paramédicaux et en particulier vers les infirmières que doivent se concentrer les efforts de recrutement et de renforcement de l’attractivité.
On sait que les infirmières françaises sont parmi les moins bien payées des pays de l’OCDE et qu’elles sont nombreuses à jeter l’éponge face à la surcharge de travail, au stress et au manque de considération. Attirer de nouveau les jeunes vers cette profession risque d’être difficile : selon une étude de la Drees de mai dernier, 14 % des élèves infirmières abandonnent au cours de leur formation et n’obtiennent pas leur diplôme.