« Effondrement du système de santé français : Gabriel Attal va encore faire porter le chapeau aux généralistes »
Date de publication : 10 avril 2024

C’est ce qu’écrit Christian Lehmann, médecin et écrivain, dans Libération. Il observe ainsi : « «Nous étions au bord de l’abîme, mais depuis nous avons fait un grand pas en avant.» Cette citation attribuée à l’écrivain Pierre Daninos résume bien la situation du système de santé français ».
Christian Lehmann remarque qu’« on pourra se poser encore longtemps la part de l’intentionnalité perverse et celle de l’improvisation stupide devant l’empilement de mesures catastrophiques qui nous ont amenés à la situation actuelle, mais la prestation de Gabriel Attal samedi 6 avril restera dans les annales ».
« En quelques minutes et autant de mesures démagogiques sorties du chapeau, le Premier ministre a réussi à faire exploser en vol les négociations conventionnelles déjà au stade terminal, et parfaire la destruction de la médecine générale », écrit le médecin.
Christian Lehmann observe que « tout ceci était prévisible depuis des années. Tout le monde aujourd’hui a intégré la crise créée par la baisse du numerus clausus, liée à la conviction, partagée entre économistes et politiques d’inspiration libérale, que le soignant créait de la dépense inutile et donc qu’en restreignant le nombre de médecins le pays économiserait sur des dépenses sociales qui, dans leur imaginaire, rendent la France moins attractive pour les investisseurs étrangers ».
« Peu ont saisi ce qui s’est joué en 2005, quand tentant de faire rentrer dans le giron chiraquien les syndicats médicaux les plus réactionnaires, le gouvernement de l’époque mit en place […] la tartufferie du médecin traitant, énième «réforme de la dernière chance». Il faudra à la Cour des comptes 8 ans pour déclarer cette réforme du médecin traitant comme un échec. Pourtant, dans la semaine qui suivit son annonce, un manifeste signé par des dizaines de milliers de médecins puis de patients en avait analysé la perversion », relève le médecin.
Christian Lehmann continue : « Déléguer des actes médicaux sans diagnostic préalable tout en accumulant sur le seul généraliste des actes administratifs chronophages et en lui laissant la responsabilité du parcours du patient n’a aucun sens. Ce n’est pas la symptomatologie infectieuse, les angines, les cystites (qui peuvent s’accompagner d’autres pathologies) qui prennent du temps-médecin. C’est l’impossibilité pour un patient présentant une gastro-entérite fugace, une migraine plus invalidante que d’habitude, de poser une journée d’arrêt de travail sans voir obligatoirement dans la journée un médecin ».
Il ajoute que « la demande réitérée des généralistes, qui n’arrivent pas à répondre à la demande insistante (et justifiée) de patients coincés par la législation, n’a pas été et ne sera pas entendue par le gouvernement pour une raison très simple : le Medef s’y oppose. […] Ce gouvernement et ses pantins sont là pour gagner du temps, diriger le blâme sur soignants et patients, dépensiers, feignants, globalement inconséquents », conclut Christian Lehmann.