Des patientes traitées par Androcur reprochent à l’ANSM d’avoir tardé à sonner l’alerte sur le lien entre progestatifs et méningiomes.

Androcur : les victimes portent plainte contre l’ANSM

Quentin Haroche|29 Mars 2024

Paris – Des patientes traitées par Androcur reprochent à l’ANSM d’avoir tardé à sonner l’alerte sur le lien entre progestatifs et méningiomes.

C’est un scandale sanitaire sans doute comparable à celui du Mediator ou de la Dépakine. Des centaines de femmes et quelques hommes traités par acétate de cyprotérone, un progestatif commercialisé par le laboratoire Bayer sous le nom d’Androcur et prescrit dans de nombreuses pathologies (hirsutisme, acné hormono-dépendante, règles abondantes, endométriose, syndrome des ovaires polykystiques, cancer de la prostate…), mais également comme contraceptif ou pour les personnes transgenres ont développé des méningiomes en lien avec ce médicament. 

Ces patients reprochent désormais à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) d’avoir tardé à alerter les professionnels de santé et les malades sur le risque de méningiome induit par l’Androcur. Deux requêtes en indemnisation visant l’ANSM ont été déposées devant le tribunal administratif de Montreuil le 7 mars dernier révèle le journal Le Monde ce vendredi et ce sont au total 450 dossiers d’indemnisation qui sont en préparation. Les requérants qui sont tous des requérantes demandent plusieurs centaines de milliers d’euros pour indemniser les lourdes séquelles laissées par les méningiomes et les interventions qu’elles ont dû subir. 

Dix ans pour alerter les professionnels de santé et les patientes

Ce qui est reproché à l’ANSM, comme dans d’autres scandales sanitaires, c’est avant tout d’avoir longtemps gardé le silence sur les effets secondaires de l’Androcur. Les premières alertes de pharmacovigilance sur le lien entre Androcur et méningiomes sont en effet lancées en 2004. Mais selon l’avocat des requérantes, la responsabilité de l’Etat apparait en 2008, quand le Pr Sébastien Froelich, neurochirurgien à l’hôpital Lariboisière, publie une étude sur la forte prévalence des méningiomes chez les femmes transgenres traitées sous Androcur. « C’est la jurisprudence depuis l’affaire Mediator : la seule suspicion de risques suffit à faire naître l’obligation d’information » explique Maître Charles Joseph-Oudin, avocat d’une quinzaine de plaignantes.

Pourtant, il a fallu attendre 2018, « alors que plus de 20 publications étaient parues sur le sujet et que plus de 500 méningiomes chez des patientes traitées par acétate de cyprotérone avaient été déclarés » note une expertise judiciaire, pour que l’ANSM commence à agir. L’agence du médicament rend alors publique une étude menée par la CNAM sur près de 400 000 femmes traitées par Androcur entre 2006 et 2015 : on y découvre que le risque de méningiome est multiplié par sept avec une dose de 25 mg par jour pendant six mois et par vingt avec une dose de 50 mg par jour pendant cinq ans. L’ANSM recommande alors de ne pas prescrire l’Androcur en cas d’antécédent de méningiome et d’arrêter le traitement en cas d’apparition d’une tumeur. 

Deux ans plus tard, l’ANSM recommande de réaliser une IRM en début et en cours de traitement par Androcur. Conséquence logique : les prescriptions d’Androcur ont été divisées par 10, passant de 90 000 personnes traitées fin 2017 à seulement 9 000 désormais. Le médicament ne peut désormais être prescrit que si la patiente signe une attestation indiquant qu’elle a bien été informée des risques potentiels.

D’autres médicaments progestatifs également responsable de méningiome

« L’Agence du médicament et les laboratoires étaient informés des risques, mais il a fallu plus de dix ans pour que les médecins prescripteurs et les patientes soient correctement informés des risques liés à l’Androcur » résume Maître Joseph-Oudin. « Ce retard dans la délivrance d’une information précise et circonstanciée constitue une faute de l’autorité de santé ». Quand l’ANSM avait enfin commencé à alerter sur le risque de méningiome induit par l’Androcur en 2018, la ministre de la Santé de l’époque Agnès Buzyn avait déclaré qu’il n’y avait « pas de scandale sanitaire ». Des propos que les victimes ont encore du mal à digérer six ans plus tard. Outre l’ANSM, le laboratoire Bayer est évidemment également dans le viseur de la justice : un premier procès en responsabilité est prévu à Poitiers en avril 2025. 

Le nombre précis de patients victimes de l’Androcur est inconnu. Si l’ANSM a recensé 500 personnes opérées d’un méningiome entre 2008 et 2018, l’association de victimes de méningiomes liés à l’Androcur (Amavea) revendique 900 adhérents. Mais l’Androcur n’est pas le seul médicament impliqué : cinq autres progestatifs à risque ont été identifiés, ce qui pourrait porter le nombre de victimes potentielles entre 3 000 et 5 000 estime l’Amavea.

Depuis que le risque de méningiome induit par l’Androcur a été identifié, tous les médicaments progestatifs sont scrutés à la loupe. Le groupement EPI-Phare, regroupant l’ANSM et la CNAM, a justement publié ce mercredi dans le BMJ une étude menée au sein des services de gynécologie de l’hôpital Bicêtre et de neurochirurgie de l’hôpital Lariboisière sur les risques présentés par différents méningiomes (nous y reviendrons prochainement dans nos actualités médicales). On y découvre qu’une augmentation importante du risque de méningiome a été identifié en cas de prise de médrogestone ou d’acétate de médroxyprogestérone injectable mais pas pour un traitement par progestérone, dydrogestérone ou lévonorgestrel. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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