Cotiser plus pour être moins bien remboursé

Dépenses de santé : la fin de « l’open bar » ?

Quentin Haroche|27 Mars 2024

https://www.jim.fr/viewarticle/dépenses-santé-fin-lopen-bar-2024a10005tq?ecd=wnl_all_240331_jim_jim-pro_etid6408228&uac=368069PV&impID=6408228&sso=true

Paris – Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a ouvert la porte à de nouvelles économies sur les dépenses de santé et n’a pas exclu une éventuelle différenciation des remboursements selon les revenus. Des propositions dénoncées par l’opposition et certains médecins.

A partir de dimanche prochain, la franchise médicale, c’est-à-dire le montant d’une dépense de santé qui n’est pas prise en charge par la Sécurité Sociale et les mutuelles, passera de 50 centimes à 1 euro pour les boites de médicaments et de 2 euros à 4 euros pour les transports sanitaires. La franchise sur les consultations médicales et les actes de biologie médicale avait déjà été doublée le 18 février dernier pour passer de 1 à 2 euros. Une augmentation des franchises qui permettrait à l’Assurance Maladie d’économiser 800 millions d’euros par an.

« Ce n’est pas de la roupie de sansonnet, c’est beaucoup d’argent » s’est félicité le ministre de l’Economie Bruno Le Maire ce mardi au micro de RTL. Beaucoup d’argent, mais bien trop peu pour rétablir l’équilibre des comptes publics. Le gouvernement a en effet eu la mauvaise surprise d’apprendre ce mardi que le déficit public se chiffrait en 2023 à 5,5 % du PIB selon l’Insee et non pas à 4,9 % comme le prévoyait l’exécutif. Le déficit de la Sécurité Sociale s’élève pour sa part à 8,8 milliards d’euros en 2023 et devrait atteindre 11,2 milliards d’euros en 2024. Bien qu’il soit sans doute l’un des responsables de ce dérapage financier (il est en poste à Bercy depuis maintenant presque 7 ans), Bruno Le Maire a donc appelé à « une prise de conscience collective ». 

Cotiser plus pour être moins bien remboursé

Et comme souvent ces derniers mois lorsqu’il s’agit de trouver des économies, l’énarque a visé les dépenses de santé. « Les médicaments, ça ne peut pas être open bar, les médicaments que vous accumulez chez vous, ça un coût, c’est le contribuable qui paye » a lancé le ministre. Interrogé sur la possibilité de différencier les remboursements des dépenses de santé selon les revenus, Bruno Le Maire s’est dit « ouvert à tous les débats » et n’exclut donc pas que les plus fortunés (qui cotisent le plus) soient moins bien remboursés. 

« On ne va pas ratiboiser tout le monde, mais la personne en bonne santé, qui consomme des médicaments et qui fait beaucoup d’analyses médicales, elle doit sans doute contribuer davantage » a-t-il ajouté. Le ministre a en revanche semble-t-il exclu, contrairement à une rumeur persistante des derniers mois, que des économies soient réalisées sur la prise en charge des ALD. « Une personne qui a un cancer ne doit pas en plus avoir de soucis financiers » a-t-il justifié. 

Les propos de Bruno Le Maire sur une éventuelle différenciation des remboursements selon les revenus ont provoqué un véritable tollé dans l’opposition, à droite comme à gauche. Le sénateur socialiste Bernard Jomier, également médecin généraliste, accuse le ministre de porter atteinte aux principes fondamentaux de la Sécurité Sociale. « On reçoit selon ses besoins et on contribue selon ses moyens » a rappelé le sénateur qui dénonce une « idéologie de la contraction des dépenses » (bien que sur ce point, le gouvernement semble croyant mais non pratiquant). « C’est proprement scandaleux » s’emporte la sénatrice LR Corinne Imbert, rapporteuse du dernier projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS). 

Bruno Le Maire rouvre le bar

Le monde médical est également outré par les propositions du locataire de Bercy. « Il est absurde de vouloir moduler les taux de remboursement des médicaments en fonction des revenus, la solidarité s’applique déjà par le biais des cotisations, qui varient en fonction des salaires, n’allons pas jeter les gens dans les bras des assureurs » dénonce le Pr André Grimaldi, ancien chef de service de diabétologie à la Pitié-Salpêtrière. « Attention, si on fait cela, on change complètement l’esprit du système français universel » prévient Frédéric Bizard, économiste spécialiste de la santé. 

Avant de remettre en cause l’un des fondements de la Sécurité Sociale, d’autres pistes d’économies sont envisageables expliquent ces critiques. Le sénateur Bernard Jomier appelle ainsi à augmenter les cotisations sociales et rappelle que le déficit de l’Assurance Maladie avait été quasiment résorbé en 2018, avec seulement 700 millions d’euros de perte. Le Pr Grimaldi appelle quant à lui à un « débat sur le remboursement de certains médicaments, dits de confort, qui n’ont pas toujours un vrai intérêt thérapeutique » et propose par exemple de diminuer le remboursement des cures thermales. 

Sans doute échaudé par cette polémique naissante, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a indiqué ce mardi soir lors d’une réunion avec des députés Renaissance que ses propos avaient été mal compris et qu’il n’était pas question de différencier les remboursements selon les revenus. Le ministre a donc fermé la porte…et rouvert le bar.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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