Covid-19 : Retour sur la bataille des lits de réanimation
Quentin Haroche|15 Mars 2024
https://www.jim.fr/viewarticle/covid-19-retour-bataille-des-lits-réanimation-2024a10004y2
Paris – Dans une étude approfondie, la Drees revient sur l’évolution du nombre de lits de réanimations entre 2020 et 2022 pour faire face à l’afflux de patients atteints de la Covid-19.
Il y a quatre ans presque jour pour jour, le 16 mars 2020, Emmanuel Macron mettait en place le tout premier confinement pour tenter de freiner la pandémie de Covid-19. L’objectif de cette mesure de restriction de liberté sans précédent était notamment d’éviter la submersion des services de réanimation et de leur permettre de faire face à l’afflux de patients atteints par la maladie. Tout au long de ces deux ans de crise, le gouvernement et les Français ont suivi avec attention le taux d’occupation des services de réanimation, dont dépendait bien souvent la dureté des mesures sanitaires mises en place par les autorités. Dans une étude publiée ce jeudi, la Drees, le service des statistiques du ministère de la Santé, revient sur l’évolution du nombre de lits de réanimation tout au long de la pandémie.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-03/ER1299.pdf
Pour rappel, les lits de soins critiques comprennent les lits de réanimation, les lits de soins intensifs et les lits de surveillance continue, ces différentes unités étant définies selon la gravité de l’état de santé des patients qu’ils prennent en charge. Pour faire face à l’afflux de patients atteints de la Covid-19, le nombre de lits de soins critiques a augmenté de 3,6 % en 2020 par rapport à 2019, alors qu’il n’augmentait que de 1,1 % par an en moyenne lors de la décennie précédente. Le nombre de lits de réanimation est celui qui a connu l’augmentation la plus importante : après avoir stagné depuis 2013 (+ 0,1 % par an en moyenne), il a grimpé de 14,5 % en 2020, passant de 5 420 lits au 31 décembre 2019 à 6 210 un an plus tard.
Près de 9 200 patients en réanimation en avril 2020
Le nombre de lits de réanimation a ensuite diminué en 2021 (- 3,8 %) et en 2022 (- 4,6 %) mais est tout de même resté supérieur au niveau d’avant pandémie : au 31 décembre 2022, on comptait 5 700 lits de réanimation, soit 5,2 % de plus qu’avant la pandémie. Certains de ces lits de réanimation correspondent à de nouvelles unités ouvertes pour donner suite à des autorisations temporaires, tandis que d’autres sont des lits de soins critiques qui ont été reconvertis en lits de réanimation. Ainsi, le nombre de lits de soins intensifs n’a augmenté que de 0,6 % en 2020 et 2021 (contre + 1,6 % par an en moyenne les années précédentes) tandis que le nombre de lits de surveillance continue a diminué de 1,4 % en 2020.
Cette fluctuation du nombre de lits de réanimation, au gré des vagues épidémiques, était bien sûr rendue nécessaire par le nombre très important de patients à prendre en charge. Lors de la première vague épidémique au printemps 2020, ce sont près de 9 200 patients qui ont dû être pris en charge en réanimation, soit deux fois plus que le nombre maximal constaté en temps normal depuis 2013. Au cours de la période 2020-2022, les patients Covid-19 ont ainsi représenté 11,3 % des personnes pris en charge en réanimation et 21,1 % des journées d’hospitalisation en réanimation, en raison de séjours en réanimation en moyenne deux fois plus longs pour les patients atteints de la Covid-19.
Les transferts de patients ont permis d’éviter la saturation
Mais des focus sur les pics épidémiques qu’a connus la France permettent de mieux comprendre les difficultés qu’ont pu rencontrer les services de réanimation lors de certaines périodes. Les patients atteints de la Covid-19 ont ainsi représenté 61 % des patients en réanimation en avril 2020 et 50 % en avril 2021. L’augmentation du nombre de lits de réanimation a cependant permis d’empêcher la saturation des services : le taux d’occupation des lits sur l’année a atteint 89 % en 2020 et 95 % en 2021, contre 88-89 % en temps normal. En 2022, ce taux est redescendu à 86 %, soit moins que lors des années précédant la pandémie.
L’étude de la Drees montre également que certaines régions ont connu plus de difficultés que d’autres durant ces deux années de crise sanitaire à l’hôpital. Durant la première vague, ce sont l’Ile-de-France et le Grand Est qui ont été le plus touchés. Fin mars 2020, alors que le nombre de lits nécessaires au niveau national correspondait à 140 % des capacités normale en réanimation, ce taux atteignait 226 % dans le Grand Est et 250 % en Ile de France. Les transferts de patients vers des régions moins touchées ont alors permis d’éviter une saturation des services rappelle la Drees. Lors des vagues suivantes, ce sont les départements d’outre-mer qui ont été les plus durement touchés : en août 2021, les hôpitaux martiniquais ont dû prendre en charge plus de 120 patients en réanimation, malgré une capacité initiale de seulement 30 lits.
Rappelons qu’en mars 2022, au sortir de la crise sanitaire, le gouvernement avait promis de maintenir le nombre de lits de réanimation au-dessus des 6 000, afin notamment de répondre au vieillissement de la population. Un objectif qui n’aura donc pas été atteint, la faute sans doute à la difficulté d’attirer des soignants et notamment des infirmières vers la réanimation.
Le nombre de lits en réanimation a t’il augmenté suite à la crise du COVID 19?
Une étude de la Drees apporte des éléments de réponse
Publié le 14 mars 2024 https://www.capgeris.com/actualite-pro-2216/le-nombre-de-lits-en-reanimation-a-t-il-augmente-suite-a-la-crise-du-covid-19-a47255.htm

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude sur l’adaptation des capacités d’accueil en soins critiques pendant la crise due au Covid-19. S’appuyant sur les données issues de l’enquête statistique annuelle des établissements de santé (SAE) et sur le programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), cette étude analyse l’évolution du nombre de lits en soins critiques et plus particulièrement en réanimation, entre fin 2019 et fin 2022, afin de faire face à l’afflux de patients atteints de Covid-19.
La statistique annuelle des établissements de santé (SAE) est une enquête annuelle exhaustive et obligatoire auprès de l’ensemble des hôpitaux publics et des établissements d’hospitalisation privés en France (France métropolitaine et départements et régions d’outremer [DROM]). Cette enquête permet de recueillir, pour chaque établissement et pour chaque autorisation d’activité de soin, des informations sur leur activité, leurs capacités, leurs équipements, et leurs personnels médicaux et non-médicaux. Le nombre de lits mesuré dans cette enquête est celui au 31 décembre de l’année. Le programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) est un système d’information mis en place par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH). Il recueille, pour chaque séjour, des informations sur les caractéristiques des patients et des séjours, sur les actes réalisés ainsi que sur les diagnostics.
Un nombre de lits en réanimation qui reste supérieur fin 2022 par rapport à fin 2019
Depuis mars 2020, l’offre de soins critiques a été profondément affectée par la crise sanitaire. L’augmentation du nombre de lits en soins critiques s’est fortement accentuée en 2020 (+3,6 %) pour faire face à la crise sanitaire due au Covid 19, par rapport à la période 2013-2019 (+1,1 % par an en moyenne). Fin 2022, les établissements de santé français comptent 19 740 lits de soins critiques, se répartissant au sein de trois types d’unités définies à partir de la gravité de l’état de santé des patients : la réanimation, les soins intensifs et la surveillance continue.
L’évolution du nombre de lits diffère cependant selon les types d’unités, du fait notamment de réorganisations internes pour faire face aux contraintes spécifiques de la crise sanitaire. Ainsi, le nombre de lits en réanimation, qui avait stagné entre 2013 et 2019 (+0,1 % par an en moyenne), a augmenté de 14,5 % en 2020, passant de 5 420 lits à la fin de l’année 2019 à 6 210 au 31 décembre 2020, soit 790 lits supplémentaires dont 420 lits ouverts dans des unités avec autorisation temporaire pour Covid-19 (graphique 1). Les années 2021 et 2022 sont marquées par un recul du nombre de lits de réanimation, respectivement -3,8 % et -4,6 %, répercussion d’une importante baisse du nombre de séjours dans les unités de ce type. Fin 2022, le nombre de lits en réanimation reste néanmoins supérieur à ce qu’il était en 2019.
Des autorisations temporaires en réanimation pour faire face à la crise sanitaire
Les besoins en lits de réanimation ont fluctué de manière inédite au cours de la crise sanitaire due au Covid 19, caractérisée par une succession d’afflux ponctuels et massifs de patients au cours des différentes vagues épidémiques. Lors de la première vague (du 1er mars au 5 juillet 2020), le nombre de patients en réanimation a atteint un pic de 9 200 patients, soit un niveau près de deux fois plus élevé que le nombre maximal constaté depuis 2013. Au cours de la période 2020-2022, les patients atteints de Covid-19 représentent 11,3 % des personnes prises en charge et 21,1 % des journées d’hospitalisation en réanimation adulte. En infra-annuel, la proportion de patients malades du Covid-19 a atteint jusqu’à 60,9 % des patients en service de réanimation début avril 2020 et 50,0 % en avril 2021. Des autorisations temporaires en réanimation ont été délivrées afin de faire face à ce surplus de patients. Sur l’ensemble de la période 2020-2022, les services avec une autorisation temporaire ont pris en charge 2,0 % des patients en réanimation, une proportion qui s’est élevée à 5,5 % début avril 2020 et 4,1 % en avril 2021.
Une saturation des capacités habituelles en réanimation
Avant la crise sanitaire, et malgré la quasi-stagnation du nombre de lits, le taux d’occupation en réanimation avait légèrement baissé entre 2013 et 2019, passant de 89,1 % à 88,4 %. En 2020, la hausse du nombre de lits permet de compenser le surcroît d’activité et le taux d’occupation n’augmente que légèrement sur l’année, pour atteindre 89,2 %. Il augmente en revanche très fortement en 2021, où il atteint 94,9 %, avant de décroître de nouveau. En 2022, le nombre de séjours baisse plus fortement que le nombre de lits et le taux d’occupation atteint ainsi le niveau historiquement bas de 85,6 %.
Une forte fluctuation des besoins en lits de réanimation à partir de mars 2020 et des disparités régionales
Les taux d’occupation annuels et nationaux ne reflètent que partiellement les tensions exercées sur les capacités en réanimation pour adultes, qui présentent d’importantes disparités infra-annuelles et régionales. Fin mars 2020, le nombre de lits nécessaires a ainsi représenté 140 % du nombre de lits disponibles au 31 décembre de l’année précédente au niveau national, allant jusqu’à 250 % pour la région Île-de-France et 226 % pour la région Grand Est, tandis que les vagues suivantes ont fortement impacté l’ensemble du territoire (graphique 2). Les départements et régions d’outre-mer (DROM) ont été touchés plus tardivement et plus intensément par rapport à leurs capacités initiales que ceux situés en France métropolitaine, avec des vagues épidémiques plus marquées à partir de 2021.
Évolution du nombre de patients adultes en réanimation, par région

Des taux d’occupation en surveillance continue et en soins intensifs en baisse depuis 2020
La progression régulière du nombre de lits en surveillance continue et en soins intensifs entre 2013 et 2019 s’est interrompue avec la crise sanitaire, du fait de la requalification d’une partie d’entre eux en lits de réanimation. Les capacités d’accueil dans ces unités continuent depuis à stagner ou baisser légèrement. Ces évolutions ne reflètent que partiellement la baisse d’activité et les taux d’occupation dans ces deux types d’unités ont baissé entre 2019 et 2022.
Le nombre de lits en réanimation a t’il augmenté suite à la crise du COVID 19?
Le nombre de lits en réanimation, qui avait stagné entre 2013 et 2019 (+0,1 % par an en moyenne), a augmenté de 14,5 % en 2020, passant de 5 420 lits à la fin de l’année 2019 à 6 210 au 31 décembre 2020, soit 790 lits supplémentaires dont 420 lits ouverts dans des unités avec autorisation temporaire pour Covid-19 (graphique 1).
Les années 2021 et 2022 sont marquées par un recul du nombre de lits de réanimation, respectivement -3,8 % et -4,6 %, répercussion d’une importante baisse du nombre de séjours dans les unités de ce type. Fin 2022, le nombre de lits en réanimation reste néanmoins supérieur à ce qu’il était en 2019. source Drees