Les accusations de violences sexuelles commises par le Hamas, confirmées dans un rapport de l’ONU.

Un rapport de l’ONU confirme des crimes sexuels du Hamas le 7 octobre

Une équipe de l’ONU s’est rendue dans quatre endroits ciblés par les commandos palestiniens le 7 octobre 2023 près de Gaza. Elle confirme les accusations de violences sexuelles commises par le Hamas, une première de la part d’une organisation internationale.

Rachida El Azzouzi

5 mars 2024 à 20h11

https://www.mediapart.fr/journal/international/050324/un-rapport-de-l-onu-confirme-des-crimes-sexuels-du-hamas-le-7-octobre

Mise en garde

Cet article fait état de violences sexuelles, sa lecture peut être choquante.

IlIl existe des « motifs raisonnables de croire »que des victimes des attaques du Hamas du 7 octobre 2023 ont été violées, tout comme certain·es des otages détenu·es à Gaza, conclut un rapport des Nations unies rendu public lundi 4 mars. 

Fruit d’une mission de terrain (et non d’une enquête en tant que telle, précise l’ONU), réalisée par sa représentante spéciale sur les violences sexuelles lors des conflits, Pramila Patten, ce rapport d’une vingtaine de pages marque une étape importante. 

C’est la première fois qu’une organisation internationale confirme les allégations d’Israël au sujet des violences sexuelles commises par le mouvement islamiste palestinien et d’autres factions armées lors des attaques du 7 octobre, qui ont fait 1 200 morts. 

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Une femme capturée lors de l’attaque du 7 octobre 2023, transportée dans un camion à Khan Yunès, dans la bande de Gaza. © Photo AFP

Un sujet extrêmement sensible, au cœur de vives polémiques et instrumentalisationsdepuis cinq mois en Israël et au-delà. Les ONG de défense des droits humains, les organisations féministes et l’ONU Femmes ont ainsi été accusées en Israël, ou encore en France, de fermer volontairement les yeux sur ces violences de genre. 

Signe des tensions, juste avant la publication du rapport onusien, Israël Katz, le ministre israélien des affaires étrangères, a accusé les Nations unies de vouloir « passer sous silence le rapport » et annoncé le rappel de son ambassadeur à l’ONU pour consultations. Ce qu’a nié le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, assurant que l’institution n’a « en aucun cas fait quoi que ce soit » pour l’étouffer.

Des « informations claires et convaincantes »

S’il confirme l’extrême difficulté de documenter les crimes sexuels, le rapport de l’ONU n’est pas en mesure d’évaluer l’ampleur des violences sexuelles commises lors des attaques du 7 octobre, tant celle-ci « pourrait prendre des mois voire des années à apparaître, et pourrait n’être jamais réellement connue ». 

Le Hamas a rejeté le rapport dès le lendemain de sa publication, dénonçant dans un communiqué de « fausses affirmations » et un document qui n’apporte pas de preuves. 

Le rapport documente aussi en partie les sévices subis par les Palestinien·nes, notamment celles et ceux qui sont en prison dans le cadre de l’occupation. L’équipe de Pramila Patten a rencontré et interrogé quatre détenus récemment libérés ainsi que des organisations de la société civile et des responsables de l’Autorité palestinienne, qui rapportent des « traitements cruels, inhumains et dégradants infligés aux Palestiniens en détention, notamment le recours accru à diverses formes de violence sexuelle, notamment les fouilles corporelles invasives ; menaces de viol ; et une nudité forcée prolongée ». 

Lors d’un point presse, Pramila Patten, qui s’est rendue avec une dizaine d’expert·es en Israël et en Cisjordanie occupée du 29 janvier au 14 février, a insisté sur les « informations claires et convaincantes » attestant de « diverses formes de violences sexuelles liées aux conflits, y compris viol et torture sexualisée, ainsi que des traitements cruels, inhumains et dégradants sexualisés » commises le 7 octobre 2023. 

Quatre lieux visités

Son équipe a mené 34 entretiens confidentiels, notamment avec des survivant·es et des témoins des attaques du 7 octobre, des otages libéré·es, visionné plus de 5 000 images photographiques, 50 heures de séquences vidéo. Elle précise n’avoir rencontré directement aucune victime « malgré les efforts concertés les encourageant à se manifester ».

L’organisation affirme s’être heurtée à de nombreux obstacles, notamment au « manque de confiance des survivants des attaques du 7 octobre et des familles des otages envers les institutions nationales et internationales, dont l’ONU ».

Elle s’est rendue dans quatre endroits ciblés par les commandos palestiniens le 7 octobre près de Gaza : la base militaire de Nahal Oz, le kibboutz Be’eri, le site du festival de musique Nova et la route 232. Elle a également recueilli des cas de crimes sexuels qui auraient été commis dans les kibboutz Kfar Aza et Reïm, sans se rendre sur place.

Autre obstacle majeur : « l’absence de preuves médico-légales exhaustives ». La collecte de celles-ci, explique l’organisation, a été entravée par plusieurs facteurs, à commencer par l’attaque elle-même, perpétrée en plusieurs lieux et provoquant un grand nombre de victimes impliquant plusieurs auteurs. 

De nombreux corps ont aussi subi des brûlures destructrices, rendant impossible l’identification de potentielles violences sexuelles. La priorité accordée aux opérations de sauvetage et à la récupération, à l’identification et à l’enterrement des défunt·es, conformément aux pratiques religieuses, a aussi nui à la collecte de preuves médico-légales.

Certaines allégations démontées

Le rapport de l’ONU fait état de violences sexuelles dans plusieurs endroits à la périphérie de Gaza, y compris des viols et des viols en réunion, dans au moins trois lieux, notamment la route 232 et le kibboutz Reïm. Dans plusieurs lieux, cependant, comme à la base militaire de Nahal Oz, l’équipe de Pramila Patten a déclaré qu’elle ne pouvait pas vérifier les cas de viol signalés.

Elle a constaté que plusieurs corps entièrement nus ou partiellement nus, de la taille aux pieds, avaient été retrouvés – principalement des femmes – les mains liées et blessées à plusieurs reprises, souvent à la tête. « Bien que circonstancielle, une telle tendance à déshabiller et à immobiliser les victimes peut être révélatrice de certaines formes de violence sexuelle », écrit l’organisation

Ce fut le cas notamment au festival de musique Nova et dans ses environs, l’un des théâtres de ces atrocités, d’après le rapport. 

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S’il éclaire la réalité d’une arme de guerre, devenue banale dans les conflits armés, le rapport onusien démonte aussi plusieurs allégations de violences sexuelles, notamment au kibboutz Be’eri, largement reprises dans les médias alors qu’elles étaient infondées. 

L’une d’entre elles, très médiatisée, faisait état d’une femme enceinte éventrée avant d’être tuée et dont le fœtus aurait été poignardé dans son ventre. 

Un autre récit faisait état du corps d’une jeune fille retrouvée séparée du reste de sa famille, nue jusqu’à la taille. 

L’équipe onusienne a déterminé que la scène du crime avait été modifiée par une équipe anti-bombes et que les corps avaient été déplacés, expliquant ainsi la séparation du corps de la jeune fille du reste de sa famille. Les allégations concernant des objets trouvés insérés dans des organes génitaux féminins n’ont pas non plus pu être vérifiées par l’équipe de l’ONU, « en grande partie à cause de la disponibilité limitée et de la mauvaise qualité des images ».

Plusieurs témoins et sources, note encore le rapport, ont adopté au fil du temps « une approche de plus en plus prudente et circonspecte à l’égard des récits passés, allant même dans certains cas [jusqu’à] se rétracter sur des déclarations faites précédemment ». Certains ont également déclaré à l’équipe en mission qu’ils n’avaient « plus confiance dans leurs souvenirs ».

Dans l’ensemble, l’équipe de Pramila Patten n’a pas été en mesure de déterminer si des violences sexuelles avaient eu lieu dans le kibboutz Beeri. 

En Israël, l’« intimidation » des femmes palestiniennes

Concernant les sévices subis par les Palestinien·nes dans le cadre de l’occupation, l’équipe de Pramila Patten relate encore, parmi les préoccupations, la prise et la diffusion de photos de femmes détenues sur les téléphones personnels des soldats et des enquêteurs, la privation de protections menstruelles pour les femmes. 

Ses interlocuteurs ont également fait état de harcèlement sexuel et de menaces de viol, lors de perquisitions à domicile – y compris la nuit – et aux postes de contrôle. Ils ont également souligné les actes d’intimidation, y compris les menaces de viol, si les conditions de détention étaient signalées ou rendues publiques après la libération. 

« Bien qu’aucun cas de viol n’ait été signalé, les organisations de femmes palestiniennes ont constamment souligné qu’outre l’intimidation et l’insécurité, le niveau élevé de stigmatisation, les normes culturelles conservatrices et le déséquilibre des pouvoirs dans le contexte de l’occupation empêchent de dénoncer les violences sexuelles », note l’organisation.

Elle demande aux autorités israéliennes de « permettre l’accès » d’une mission du Haut commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme et de la Commission d’enquête indépendante sur les territoires palestiniens, pour mener « des enquêtes à part entière sur toutes les accusations de violations, et compléter et approfondir » les résultats de cette mission.

Rachida El Azzouzi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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