Un gouffre entre Macron et les écologistes, (Pascal Cantin de « Renaissance » ne doit plus savoir ou il campe et en est réduit à critiquer l’absence d’écologie au sein du RN !)

Au Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron creuse un peu plus le gouffre avec les défenseurs de l’environnement

Le fiasco du débat annulé avec les associations, samedi, et les propos du président, qui s’en est de nouveau pris aux « normes », ont alimenté l’inquiétude des écologistes. 

Par Matthieu GoarPublié le 26 février 2024 à 06h00, modifié le 26 février 2024 à 10h58 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/02/26/au-salon-de-l-agriculture-emmanuel-macron-creuse-un-peu-plus-le-gouffre-avec-les-defenseurs-de-l-environnement_6218583_823448.html

Temps de Lecture 4 min. 

Emmanuel Macron s’entretient avec un agriculteur lors de sa visite au Salon de l’agriculture, porte de Versailles, à Paris, le 24 février 2024.
Emmanuel Macron s’entretient avec un agriculteur lors de sa visite au Salon de l’agriculture, porte de Versailles, à Paris, le 24 février 2024.  POOL / VIA REUTERS

Samedi 24 février, cela fait déjà de très longues minutes qu’Emmanuel Macron est retranché dans un coin du Salon international de l’agriculture. Cerné par les huées des agriculteurs, à l’écart des empoignades entre les exploitants et les forces de l’ordre, le président de la République est obligé de se défendre d’avoir mis le feu aux poudres.

Lire aussi |  En direct, colère des agriculteurs : le Salon de l’agriculture se poursuit en France, des agriculteurs manifestent à Bruxelles avant une réunion sur la PAC

A-t-il vraiment voulu convier Les Soulèvements de la Terre, un collectif écologiste radical, à un débat qu’il voulait organiser ce même jour ? « Toute cette histoire m’a mis en colère à un point que vous ne pouvez pas imaginer, déclare-t-il devant les journalistes. Je démens totalement cette information. Totalement. Je n’ai jamais songé initier une telle invitation. Et vous parlez au président de la République qui a assumé de faire passer en conseil des ministres la dissolution des Soulèvement de la Terre. »

Si le chef de l’Etat et ses proches admettent seulement une « erreur » de communication et tentent déjà de passer à autre chose, cet épisode risque de laisser des traces. Car l’évocation, jeudi 22 février, d’une présence des Soulèvements de la Terre à ce débat, a agi comme un chiffon rouge sur les syndicats agricoles, provoquant le boycott de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le premier syndicat agricole, et des Jeunes Agriculteurs (JA), radicalisant les positions et déclenchant de facto l’annulation de l’événement prévu par l’Elysée.

Lire aussi |    Le Salon de l’agriculture, champ de bataille des élections européennes

Les Soulèvements de la Terre approchés mais pas conviés

M. Macron est-il responsable de ce fiasco ? Selon nos informations, le président de la République a raison de dire que Les Soulèvements n’ont pas été formellement conviés, mais il enrobe la réalité des derniers jours, plusieurs sources de l’exécutif ayant bien tenté de les approcher.

Mardi 20 février, lors d’une entrevue à l’Elysée, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, et Arnaud Gaillot, président des JA, poussent pour un débat qui irait au-delà du monde paysan. Le chef de l’Etat vient de leur faire part de son désir d’inviter les distributeurs, mais aussi des associations environnementalistes connues pour leurs actions spectaculaires, telles qu’Extinction Rebellion. Lors de réunions préparatoires, les équipes de l’Elysée avaient aussi réussi à convaincre les organisateurs du Salon de l’agriculture. Il n’était pas alors question des Soulèvements de la Terre, un collectif très actif lors des affrontements autour des mégabassines de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), dont l’exécutif avait décidé la dissolution, avant que le Conseil d’Etat n’annule cette décision.

Mais, jeudi, des conseillers de l’Elysée et Matignon approchent l’entourage du député européen Pascal Canfin (Renaissance) dans le but d’obtenir les coordonnées des militants des Soulèvements ou encore de Bassines non merci. Pour « rendre service », l’équipe de M. Canfin leur transmet alors des contacts au sein du parti Europe écologie-Les Verts (EELV), mais se défend d’être à l’initiative. « Nous n’étions pas là pour organiser le débat du président de la République, nous n’y étions même pas invités », raconte-t-on dans l’entourage du député européen. Plusieurs cadres d’EELV transmettent alors les numéros des collectifs.

Parapluies

Lors d’une réunion le même jour, Benoît Faraco, chef du pôle écologie, agriculture, énergie, transports, logement du président de la République, et Mathias Ginet, conseiller agriculture à l’Elysée et Matignon, affirment que ces mouvements seront présents. Devant le tollé provoqué par cette information lorsqu’elle fuite, aucun carton n’est finalement envoyé aux Soulèvements alors que d’autres acteurs de la société civile reçoivent un mail formel d’invitation du salon, comme le Réseau Action Climat, la Fondation pour la nature et l’homme et quasiment toutes les associations qui participent aux discussions sur le plan Ecophyto.

Lire aussi |    Pesticides : crise ouverte entre le gouvernement et les associations de défense de l’environnement sur le plan Ecophyto *

Un communiqué du mouvement a soutenu cette version, samedi dans l’après-midi. « L’Elysée a bien cherché à inviter Les Soulèvements de la Terre à ce débat. Le jeudi 22 février, à partir de 18 heures, un député européen EELV confirme avoir transmis le numéro de téléphone d’une de nos porte-parole au cabinet de Pascal Canfin, qui était en charge de faire le lien avec l’Elysée », affirment les militants tout en précisant qu’ils ne se seraient pas rendus à cette« mascarade ».

S’il est impossible pour le moment de démêler la répartition exacte des rôles, les parapluies sont ouverts du côté de l’exécutif, où tout le monde souligne le rôle des deux conseillers, MM. Faraco et Ginet. La volonté de M. Macron d’organiser un débat très ouvert, où il aurait pu apparaître comme un point central, les a-t-elle incités à élargir le spectre jusqu’aux associations les plus décriées par la majorité des agriculteurs ? Contacté, M. Faraco n’a pas souhaité réagir,mais les deux hommes ont été défendus par M. Macron dans les colonnes du Figaro, lundi 26 février : « Le jeu qui consiste à cibler des conseillers est insupportable. Quand les choses viennent de l’Elysée, il y a un responsable, c’est moi ! »

Avancer « à fond la caisse » sur la simplification

Finalement, la présidence de la République et Matignon sont perdants sur deux tableaux. Car ce débat annulé et la journée de samedi ont réussi à alimenter un peu plus la colère des agriculteurs tout en creusant le gouffre avec les écologistes. Samedi, le chef de l’Etat a finalement réussi à dialoguer avec des participants sélectionnés par les syndicats agricoles et ses déclarations n’ont pas rassuré la société civile et les associations pro-environnement. Au milieu de ses échanges, il a ainsi promis d’avancer « à fond la caisse » sur la simplification, notamment sur les normes. Lors d’une brève rencontre, il a sèchement répondu à une agricultrice spécialisée dans le bio en affirmant qu’elle disait « n’importe quoi ».

« Avec son débat, Emmanuel Macron espérait se placer audessus de tout le monde, ça a complètement échoué… Depuis le début de cette crise, il a pris le parti des défenseurs d’une agriculture productiviste car il n’a aucune réponse sur le principal problème, les prix et les importations, estime Marine Tondelier, secrétaire nationale d’EELV, avant de citer un sondage BVA publié jeudi. Sur le terrain, la réalité c’est que beaucoup d’agriculteurs peuvent parler calmement avec des écologistes car 62 % d’entre eux comprennent l’urgence de la transition pour défendre leurs terres. »

Au cœur de cette crise où l’exécutif a d’abord essayé de s’en sortir en ciblant les normes environnementales, le premier ministre, Gabriel Attal, conscient du fossé qui est en train de s’installer, envoie parfois quelques signaux pour tenter de rassurer les militants écologistes. Lors de son discours de politique générale, mardi 30 janvier, il a évoqué la planification écologique mais sans faire d’annonces importantes. Vendredi 23 février, il a visité un écoquartier à L’Houmeau, près de La Rochelle. Au même moment, l’avion de la République française chargé de venir le récupérer effectuait un vol à vide de sept minutes entre Rochefort et La Rochelle, deux villes distantes de 39,6 kilomètres. Une information révélée par Sud-Ouest aussitôt reprise sur les réseaux sociaux des militants environnementaux.

Matthieu Goar

*Pesticides : crise ouverte entre le gouvernement et les associations de défense de l’environnement sur le plan Ecophyto

Huit associations environnementales ont quitté une réunion du comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto, à laquelle participaient cinq ministres du gouvernement Attal. 

Par 

Publié le 12 février 2024 à 20h49, modifié le 22 février 2024 à 08h59

Temps de Lecture 3 min. 

Le premier ministre, Gabriel Attal, dans une ferme à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024. <img src= »https://img.lemde.fr/2024/02/12/0/0/5760/3840/664/0/75/0/9cfa98c_1707759064354-vn20240126-attal-agriculteurs-071.jpg » alt= »Le premier ministre, Gabriel Attal, dans une ferme à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024. « ><span class= »Apple-converted-space »> </span>

Le premier ministre, Gabriel Attal, avait suscité un tollé en annonçant la suspension du plan Ecophyto, censé réduire l’usage des produits phytosanitaires de 50 % à l’horizon 2030 (par rapport à la période 2015-2017), « le temps de mettre en place un nouvel indicateur » de référence pour mesurer leur utilisation. Cela s’est transformé en crise ouverte avec les associations de défense de l’environnement. Générations futures, France Nature Environnement, le Fonds mondial pour la nature (WWF), la Fondation pour la nature et l’homme, la Ligue de protection des oiseaux ou encore Alerte des médecins sur les pesticides ont claqué la porte du comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto, réuni lundi 12 février, pour ne pas « cautionner un retour en arrière de quinze ans ».Dans une déclaration commune, les ONG estiment que « remettre en cause l’indicateur NODU [nombre de doses unités], c’est remettre en cause l’objectif même de la réduction des usages des pesticides (…) et donc l’existence même du plan Ecophyto ».

L’indicateur NODU, en vigueur en France depuis le lancement du premier plan Ecophyto en 2009, mesure le nombre de traitements employés à l’hectare. En s’appuyant sur les doses de référence, propres à chaque substance active, il a l’avantage de tenir compte de l’efficacité des molécules qui, à tonnage identique, peuvent avoir un impact très différent sur la santé et l’environnement. L’industrie agrochimique et la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) militent pour un autre référentiel, l’indicateur de risque harmonisé (HRI-1), qui pondère les quantités de pesticides utilisées par un coefficient censé refléter leur dangerosité.

Proposé par la Commission européenne dans le cadre du règlement sur l’usage des pesticides – rejeté par les eurodéputés en novembre 2023, puis retiré par l’exécutif européen le 6 février –, cet indicateur a été qualifié de « trompeur » par les autorités sanitaires allemandes : elles considèrent qu’il induirait une baisse en trompe-l’œil. Sur la base des données fournies par la Commission européenne et le ministère de l’agriculture, l’association Générations futures a comparé les résultats en appliquant à la France les deux indicateurs sur la période 2011-2021. Selon le HRI-1, l’usage de pesticides baisse de 32 %, alors qu’il augmente de 3 % avec le NODU.A l’issue du comité d’orientation stratégique du plan Ecophyto de lundi, le gouvernement a indiqué que l’objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides d’ici à 2030 était « maintenu », mais que le choix de l’indicateur qui serait retenu pour évaluer cette baisse n’était « pas encore fait ». L’arbitrage devrait intervenir avant l’ouverture du Salon international de l’agriculture, le 24 février.

« On ne casse pas le thermomètre », commente-t-on dans l’entourage du premier ministre. « L’indicateur français ne sera pas abandonné, assure l’exécutif pour calmer les ONG. Il sera intégré dans un panel d’indicateurs. » De même source, on rappelle que 250 millions d’euros seront consacrés à la recherche d’alternatives aux pesticides, dans le cadre du plan, toujours en discussion. Lancé en 2009 dans la foulée du Grenelle de l’environnement, le premier plan Ecophyto visait déjà à réduire de 50 % en dix ans l’usage des herbicides, fongicides et autres insecticides.

Eviter une nouvelle crise

« En donnant le signal que l’agriculture peut relâcher ses efforts sur les pesticides, le gouvernement a choisi d’ouvrir la boîte de Pandore, déplore Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF. C’est un cadeau à l’agriculture industrielle plus qu’aux agriculteurs dans leur diversité, alors que le monde agricole disait vouloir du soutien, pas des pesticides. » Les ONG demandent à être reçues « au plus vite » par le premier ministre, afin de « renouer le dialogue avec la société civile ».

De son côté, le ministère de l’agriculture a condamné l’attitude des associations : « Il n’est pas acceptable de quitter une réunion d’échange et de concertation alors qu’aucune décision n’a été prise. » Pas moins de cinq membres du gouvernement ont participé au comité de suivi du plan Ecophyto : le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, et Agnès Pannier-Runacher, qui vient de le rejoindre à l’agriculture, le ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Sylvie Retailleau, ainsi que le ministre délégué à la santé et à la prévention, Frédéric Valletoux.A dix jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, le gouvernement veut montrer qu’il ne reste pas les bras croisés pour s’éviter une nouvelle crise agricole. Gabriel Attal doit recevoir, mardi 13 février, les présidents de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs. Dimanche 11 février, dans un entretien à BFM-TV, le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a agité le chiffon rouge d’une reprise des blocages si le gouvernement n’accélérait pas « le tempo ». Pour déminer le terrain, le cabinet du ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, était chargé de détailler à la presse, lundi 12 février,« toutes les actions engagées » depuis les annonces du premier ministre pour « répondre aux attentes des agriculteurs ».

Les fonds d’urgence, d’abord : pour la filière viticole, pour les agriculteurs affectés par les tempêtes et les inondations, pour les éleveurs concernés par la maladie hémorragique épizootique… La simplification, ensuite, avec les « remontées des propositions du terrain » par les préfets et un « travail d’influence » au niveau européen. Les contrôles, enfin, avec « 124 procédures » lancées pour des « irrégularités » dans l’application de la loi EGalim, censée assurer une meilleure rémunération des agriculteurs. Avec un mot d’ordre : « Le tempo fixé par le premier ministre est d’aller le plus vite possible. » Quitte à passer en force sur le dossier des pesticides.

**La suspension du plan Ecophyto, un « signal désastreux », selon les ONG de défense de l’environnement

Parmi les mesures annoncées par Gabriel Attal pour satisfaire les agriculteurs figure la suspension du plan visant à réduire de 50 % les usages de pesticides d’ici à 2030. 

Par Stéphane Foucart

Publié le 01 février 2024 à 18h41, modifié le 02 février 2024 à 10h18 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/01/la-suspension-du-plan-ecophyto-un-signal-desastreux-selon-les-ong-de-defense-de-l-environnement_6214293_3244.html

Temps de Lecture 3 min. 

Devant la cour d’appel de Bordeaux, en 2021.
Devant la cour d’appel de Bordeaux, en 2021.  PHILIPPE LOPEZ / AFP

Question parmi les plus sensibles du dossier agricole, la réduction de l’utilisation des pesticides avait été, jusqu’à présent, évitée par le gouvernement – le premier train d’annonces visant à apaiser la colère des exploitants n’y faisait aucune référence. La pression de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) a fini par payer : le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, a annoncé, jeudi 1er février, la mise « en pause » du plan Ecophyto, dont la dernière déclinaison, toujours en discussion, visait à réduire de 50 % les usages de pesticides d’ici à 2030, par rapport à la période 2015-2017.

Le premier ministre, Gabriel Attal, a pour sa part mis en cause, sans la nommer, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), affirmant qu’il faut « sortir d’une situation où notre agence sanitaire » interdit une molécule en France avant qu’elle soit interdite dans l’Union européenne.

Lancé en 2008, le plan Ecophyto n’a jusqu’à présent pas permis d’atteindre les objectifs visés. Officiellement, il n’est pas abandonné mais mis à l’arrêt « le temps d’en retravailler un certain nombre d’aspects », selon M. Fesneau. L’objectif est de « mettre en place un nouvel indicateur », a précisé M. Attal. Derrière le caractère technique de l’annonce se cache un point de discorde majeur avec les producteurs de grandes cultures, notamment. L’indicateur actuel, le nombre de doses unités, en place depuis 2008, recense le nombre de traitements appliqués à l’hectare.

Il permet ainsi de tenir compte de l’efficacité des molécules, qui, à tonnage identique, peuvent avoir un impact très différent sur la santé et l’environnement. D’autres indicateurs, promus par les agrochimistes, sont susceptibles de mesurer sur le papier des réductions d’utilisation peu effectives dans les champs. En octobre 2023, les autorités allemandes ont officiellement mis en garde contre l’adoption de tels indicateurs au niveau européen, qualifiés de « trompeurs ».

Lire aussi |  La puissante FNSEA cherche à surfer sur le mécontentement des agriculteurs

« Le gouvernement se trompe de combat », selon WWF France

« En annonçant de graves reculs à venir sur la transition écologique, et notamment la mise à l’arrêt d’Ecophyto 2030, le gouvernement se trompe de combat pour résoudre la crise agricole, selon WWF France. Au lieu de concentrer l’ensemble de ses efforts sur des prix justes pour une transition juste, ce sont les mesures environnementales qui sont prises pour cibles, à Bruxelles comme à Paris. L’annonce d’une mise à l’arrêt du plan Ecophyto est un signal désastreux pour la protection de l’environnement et la santé publique. »

Newsletter « Chaleur humaine »Comment faire face au défi climatique ? Chaque semaine, nos meilleurs articles sur le sujetS’inscrire

L’association Générations futures, associée depuis quinze ans au suivi du plan Ecophyto, dénonce, pour sa part, « un recul historique, une régression vertigineuse qui va nous ramener avant l’ère Sarkozy ». Le député Dominique Potier (Parti socialiste, Meurthe-et-Moselle), rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les pesticides – qui a rendu son rapport en décembre 2023 – se dit « estomaqué » par les annonces du gouvernement et juge « totalement irresponsable » la mise à l’arrêt du plan Ecophyto.

Lire aussi |  Pesticides : une commission d’enquête déplore l’« impuissance publique » à réduire leur usage

Outre la remise en cause du plan Ecophyto, le gouvernement entend reprendre la main sur l’Anses, comme l’a dit M. Attal. Au-delà de l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux des pesticides, l’agence est chargée, depuis 2014, de l’octroi des autorisations de mise sur le marché, ainsi que des décisions de retrait de certaines molécules. A plusieurs reprises, ces derniers mois, des décisions de retrait ou d’encadrement plus strict de certaines molécules ont été au centre de controverses entre le ministre de l’agriculture et l’Anses.

« Une défaite pour l’agriculture »

En avril 2023, notamment, l’Anses avait annoncé le retrait du marché d’un herbicide très utilisé, le S-métolachlore, dont les métabolites contaminent au-delà du seuil réglementaire les nappes phréatiques françaises et l’eau du robinet de millions de foyers. La décision de l’Anses avait ouvert une passe d’armes avec le gouvernement.

Pour le gouvernement, l’Anses n’aurait pas dû prendre de décision avant que l’Union européenne formalise la sienne. Pour l’agence, sa décision relevait de la stricte application du droit européen, la contamination des aquifères lui imposant une décision de retrait – l’interdiction européenne étant rendue inéluctable pour les mêmes raisons. En définitive, le hiatus aura été d’environ six mois. L’interdiction de vente a été effective en France en octobre 2023 (avec un délai de grâce jusqu’à octobre 2024) et doit l’être au plus tard en avril 2024 dans l’ensemble de l’UE.

« Ceux qui refusent le Pacte vert dans le monde agricole et sa traduction française à travers l’agroécologie et le plan Ecophyto sont en train de gagner, et c’est une défaite pour l’agriculture, son économie, l’environnement et la santé publique au sens général, explique M. Potier. La baisse de fertilité des sols liée à l’effondrement de la biodiversité est d’ores et déjà une des premières causes d’insécurité alimentaire. »

M. Fesneau a également annoncé que le gouvernement se positionnerait contre la mise en place de zones de non-traitement contraignantes pour les agriculteurs, c’est-à-dire les distances de sécurité devant séparer les épandages des habitations. Selon le ministre, le gouvernement fera appel du jugement comme celui du tribunal administratif d’Orléans, qui a annulé, au début de janvier, des arrêtés préfectoraux approuvant des « chartes départementales » fixant les conditions de mise en œuvre de ces zones de non-traitement. Des riverains, des maires et des associations les jugeaient trop peu protectrices.

Stéphane Foucart

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire