Alors que, sur le terrain, les tensions et les ruptures d’approvisionnement de médicaments s’amplifient, le gouvernement tarde à dévoiler sa feuille de route pour lutter contre les pénuries.

Députée PS du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault fait voter une loi pour endiguer la pénurie de médicaments

La députée de la première circonscription du Tarn-et-Garonne a proposé un texte grâce auquel l'ANSM deviendra une "tour de contrôle" des approvisionnements.La députée de la première circonscription du Tarn-et-Garonne a proposé un texte grâce auquel l’ANSM deviendra une « tour de contrôle » des approvisionnements. ARCHIVES DDM – MANUEL MASSIP

Politique,  Santé,  Tarn-et-Garonne

Publié le 03/03/2024 à 12:03

https://www.ladepeche.fr/2024/03/03/deputee-ps-du-tarn-et-garonne-valerie-rabault-fait-voter-une-loi-pour-endiguer-la-penurie-de-medicaments-11801703.php#_=_

La rédaction

l’essentiel

Vice-présidente de l’Assemblée nationale, Valérie Rabault vient d’obtenir le vote d’une majorité de députés pour sécuriser les stocks de médicaments dans un contexte de pénurie grandissante.

Valérie Rabault, députée PS de la première circonscription et vice-présidente de l’Assemblée nationale, vient de faire adopter une loi pour endiguer la pénurie de médicaments, ce jeudi 29 février. Il s’agit notamment de mieux sécuriser les approvisionnements.

« J’ai choisi de traiter la question des stocks pour privilégier des actions qui peuvent avoir un effet positif à court et moyen termes. En parallèle, il est indispensable d’augmenter la production de médicaments », explique l’élue.

Cette nouvelle loi permettra ainsi de la multiplication par 5 des sanctions financières appliquées aux laboratoires qui ne respectent pas leur obligation de constituer des stocks de médicaments ; l’inscription, pour la première fois dans la loi, d’une durée de stocks pouvant aller jusqu’à 6 mois, une durée qui pourra s’appliquer à tous les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), dès qu’un risque ou une pénurie est identifié ; et d’élargir le pouvoir de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM) qui pourra ainsi décider de demander des stocks plus élevés aux industriels. Ainsi, l’ANSM pourra devenir une véritable tour de contrôle du médicament grâce à un système informatique unifié pour avoir une vraie connaissance des stocks à tout instant.

Pénuries de médicaments : l’Assemblée nationale instaure une obligation de stocks planchers

Le texte prévoit également un durcissement des sanctions à l’égard des industriels qui ne remplissent pas leurs obligations d’approvisionnement. 

Par Zeliha Chaffin

Publié le 01 mars 2024 à 09h13, modifié le 01 mars 2024 à 13h49 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/03/01/penuries-de-medicaments-l-assemblee-nationale-instaure-une-obligation-de-stocks-planchers_6219456_3234.html

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Carton plein à l’Assemblée nationale pour la première proposition de loi consacrée à la lutte contre les pénuries de médicaments. Le texte, porté par les socialistes, et débattu en première lecture jeudi 29 février, a fait consensus dans l’hémicycle du Palais-Bourbon, qui a voté à l’unanimité son adoption en fin de soirée. Il prévoit de renforcer les obligations faites aux industriels de constituer des stocks de sécurité et de durcir les sanctions en cas de défaut d’approvisionnement.

« On a fait avancer une vraie problématique pour les Français, qui est celle de l’accès aux médicaments », s’est réjoui le député du Rhône Cyrille Isaac-Sibille (MoDem et indépendants) à l’issue du vote peu avant minuit, tandis que l’élue du Loiret Stéphanie Rist (Renaissance) saluait un « débat constructif ».

Depuis le 1er septembre 2021, les laboratoires commercialisant des médicaments en France doivent disposer d’un stock de sécurité afin d’en garantir l’approvisionnement en cas de problème. Selon les médicaments, ces stocks doivent assurer une couverture des besoins nationaux pour des durées s’étendant d’une semaine à quatre mois. Le texte adopté jeudi à l’Assemblée nationale, et qui devra désormais aller au Sénat, prévoit d’inscrire dans la loi la constitution de stocks planchers de deux mois pour les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, ces médicaments considérés comme indispensables pour soigner les malades, et qui représentent près de la moitié des produits aujourd’hui autorisés à la vente dans l’Hexagone (soit environ 6 000 médicaments).

Lire le décryptage |    Pénuries de médicaments : une crise sans fin

Le plafond de quatre mois, qu’il avait été initialement question d’augmenter, demeurerait quant à lui inchangé. La proposition de loi laisserait toutefois à la main de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) la possibilité de moduler ces obligations à la baisse ou à la hausse (au maximum jusqu’à six mois) selon les cas. « Augmenter les stocks de médicaments ou même les rendre obligatoires ne sont pas l’alpha et l’oméga de la gestion des pénuries », a néanmoins souligné le ministre délégué chargé de la santé, Frédéric Valletoux, rappelant que ces dernières étaient multifactorielles.

Sanctions durcies

En parallèle, le texte prévoit de faciliter le rôle de vigie du gendarme des médicaments, en actant la mise en place d’une plate-forme de suivi des stocks de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur commune à l’ensemble des acteurs de la chaîne (laboratoires pharmaceutiques, pharmaciens, grossistes-répartiteurs). Il s’agit, selon la députée socialiste Valérie Rabault, rapporteuse du texte, de faire de l’ANSM une « véritable tour de contrôle »« Comme sur un aéroport, la tour de contrôle sait exactement où se trouvent les avions à tout instant. C’est ce qu’il faut faire pour l’ANSM qui mobilise aujourd’hui trop de ressources pour consolider des fichiers », a-t-elle plaidé.

Les sanctions seront par ailleurs durcies à l’encontre des industriels qui ne respecteraient pas leurs obligations. Actuellement, le montant de la pénalité infligée à un laboratoire pharmaceutique ne peut excéder 30 % du chiffre d’affaires du médicament concerné, dans la limite de 1 million d’euros. La proposition de loi fait grimper cette sanction à 50 % au maximum des ventes du produit, dans la limite de 5 millions d’euros, afin de rendre la menace plus dissuasive. Lors de leurs déclarations en cas de rupture ou de risque de rupture d’approvisionnement auprès de l’ANSM, les industriels devront également impérativement préciser les causes associées aux pénuries.

Lire aussi |    Comment l’Etat veut enrayer la pénurie de médicaments

Autre changement : en cas d’amende, les décisions seront obligatoirement publiées sur le site de l’ANSM et demeureront disponibles pendant une période d’un an à compter de leur publication. « Nous devons développer la pratique du “name and shame”, c’est-à-dire de nommer les acteurs qui ne respectent pas la loi », a souligné le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj.

Lors d’une pénurie, il sera également interdit aux laboratoires pharmaceutiques de faire la publicité des médicaments concernés par les ruptures ou risques de rupture d’approvisionnement, « sauf dérogations accordées par l’ANSM ».

Enfin, l’adoption d’un amendement des députés du groupe parlementaire La France insoumise-Nupes prévoit la remise d’un rapport annuel, avant le 1er octobre de chaque année, sur les ruptures et risques de ruptures des médicaments et produits de santé survenus au cours de l’année précédente.

Zeliha Chaffin

ENTRETIEN. Pénurie de médicaments : peut-on à nouveau en produire en France ? « Pour les industriels, les lois changent trop souvent »

Santé,  Economie,  France – Monde

Publié le 26/02/2024 à 06:30 , mis à jour à 14:14 https://www.ladepeche.fr/2024/02/26/entretien-penurie-de-medicaments-peut-on-a-nouveau-en-produire-en-france-pour-les-industriels-les-lois-changent-trop-souvent-11783275.php

Recueilli par Yohan Lemaire

l’essentiel

Frédéric Bizard livre ses impressions sur la question de la pénurie des médicaments que connaît le pays actuellement. L’économiste, spécialiste des questions de protection sociale et de santé, lance des pistes à explorer pour retrouver la souveraineté souhaitée par Emmanuel Macron.

Comment explique-t-on la pénurie actuelle de médicaments en France ?

Elle est assez facile à expliquer. Il faut regarder ça sur une durée assez longue. Ce qu’il s’est passé depuis 10 ans, c’est qu’il y a eu une externalisation de plus en plus poussée vers les pays à faible coût de production concernant les médicaments les plus anciens. C’est ceux-là qui posent problème car les produits innovants rapportent beaucoup et sont produits en quantité suffisante.

Quel est le véritable problème selon vous ?

On se retrouve avec des produits qui sont très consommés mais qui ont très peu de producteurs. En particulier pour les substances actives. Il faut différencier la notion de substance active et les autres étapes du processus de production. Ce qui compte c’est d’avoir la substance active en quantité suffisante. C’est celle-ci qui a été à 90% externalisée dans les pays asiatiques. C’est pour ça qu’on a perdu toute souveraineté. On ne maîtrise plus la matière première du médicament puisqu’elle est faite ailleurs. Enfin, il y a une très forte poussée de la demande via les pays émergents. Il y a une restriction de la base de la production et une forte demande de ces produits donc on n’arrive pas à faire face.

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Qu’aurait pu faire la France pour éviter ça ?

Imaginez si on avait eu un plan d’action stratégique qui aurait compris les leviers principaux à utiliser à court, moyen et long terme. Si on avait lancé ça en 2021, après avoir pris conscience du problème avec le Covid-19, on serait en train d’apprécier les résultats si on avait respecté les échéanciers. Le problème c’est qu’on n’a rien de tout ça. Oui, c’est un problème mondial. Et c’est justement pour ça qu’il faut une vraie feuille de route stratégique qui n’existe pas à l’heure d’aujourd’hui.

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Que peut-on faire à court terme ?

Il n’y a aucune visibilité pour les industriels en France puisque les lois de financement de Sécurité sociale changent trop souvent. Il faudrait avoir une gestion très administrative des prix qui prennent en compte les contraintes économiques de production. En faisant ça, nos 250 usines existantes auront envie d’investir. Il faut travailler sur l’attractivité et redonner de l’élan à l’industrie française. Je pense qu’il faudrait concentrer nos investissements sur les médicaments innovants de demain.

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Une usine de production de paracétamol verra le jour en 2025 à Toulouse, la première en Europe, vous voyez ça d’un bon œil ?

J’ai envie de m’en réjouir car on refait du principe actif donc c’est très important. Mais cette usine sera-t-elle viable pour le marché français ? Je me le demande… C’est un peu comme la crise de l’agriculture. Si on veut sortir de cette crise, les Français doivent accepter de payer un peu plus. Si on a fermé la dernière usine en 2009 c’était pour une raison. Le projet est louable, mais il ne faut pas rêver. Cette usine elle fermera s’il faut servir le marché français dans les conditions de prix actuels.

Pourra-t-on un jour produire nos propres médicaments ?

Si on le souhaite, il faut créer l’environnement pour. Je pense que ce n’est pas une question de prix mais plutôt de réglementation. Pour accéder au marché en France, il faut environ 300 jours, c’est trop. En Allemagne c’est 120 jours par exemple. On pourrait simplifier les procédures. Mais on a un état qui a du mal à s’atteler à cette tâche. C’est un ensemble de facteurs qui sont à considérer. Mais qu’on ne dise pas « c’est partout pareil à l’étranger on ne peut rien faire ». C’est faux, on peut faire. 

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Produire des médicaments en France, une difficile reconquête sanitaire

Les laboratoires pharmaceutiques estiment que les prix des médicaments sont trop bas pour pouvoir investir davantage dans des chaînes de production sur le territoire français. 

Par Zeliha ChaffinPublié le 09 janvier 2023 à 10h44, modifié le 22 février 2023 à 12h04. https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/01/09/medicaments-le-defi-de-la-relocalisation_6157139_3234.html

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Sur le site de Roussillon (Isère), l’heure est aux grandes manœuvres. « Les travaux de recherche et développement sont achevés. Nous allons entamer, cette année, la prochaine étape : la construction de l’unité de production », détaille Pierre Luzeau, président de Seqens. Avec une capacité annuelle de production de 15 000 tonnes, la future usine permettra, lors de sa mise en service, prévue à la fin de 2025, de couvrir la moitié des besoins en paracétamol de l’Europe. Tout un symbole. La fabrication de ce principe actif, un basique des armoires à pharmacies que l’on retrouve en France sous les marques Doliprane ou Efferalgan, avait déserté le pays depuis près de quinze ans, au profit, notamment, de la Chine et de l’Inde.

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Un premier pas dans le projet de « reconquête sanitaire » annoncé par Emmanuel Macron, le 16 juin 2020. En pleine épidémie de Covid-19, le président de la République avait alors promis de rapatrier sur le sol national la production de certains médicaments critiques, afin d’en garantir la disponibilité aux patients français.

Dans la foulée, des dispositifs d’aides devaient être mis en place pour soutenir financièrement les efforts des industriels. Dont acte, avec le plan France Relance et l’appel à manifestation d’intérêt baptisé « Capacity Building ». « Le coût du projet sur le paracétamol est d’environ 100 millions d’euros, dont près d’un tiers est financé par l’Etat. Sans cette subvention, nous ne l’aurions jamais fait », confesse M. Luzeau.

Si le mouvement est enclenché, il reste toutefois, deux ans et demi après, encore timide. Sur les 106 projets labellisés France Relance et destinés à « renforcer la chaîne de valeur de médicaments », seuls 18 concernent réellement une relocalisation de la production de principes actifs sur le territoire national. Au total, cela représente « au moins 35 principes actifs », précise Bercy.

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Parmi eux figure celui du spécialiste de la chimie fine, Axyntis, qui prévoit, entre autres, de produire de l’adrénaline et de la noradrénaline, deux molécules cruciales en réanimation, qui ont frisé la pénurie, au printemps 2020. Le laboratoire Pierre Fabre travaille sur le Mektovi, un anticancéreux qu’il commercialise. « Nous produirons bientôt son principe actif, le binimetinib, en interne sur notre site de Gaillac [Tarn] », explique Marc Urbain, directeur industries du groupe. Le francilien Diverchim sécurisera, de son côté, la fabrication de plusieurs curares et anesthésiques.

« Cela demande du temps »

« Le mouvement est en cours, mais cela demande du temps. Entre la recherche et le développement sur les procédés de synthèse du principe actif, la mise en place de l’outil industriel et les contrôles qualité, il faut compter, en moyenne, entre trois et quatre ans avant de pouvoir commercialiser un produit », observe Vincent Touraille, président du Syndicat de l’industrie chimique organique de synthèse et de la biochimie (Sicos).

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La reconquête sanitaire est d’autant plus longue à effectuer qu’elle nécessite d’identifier en amont les molécules indispensables à rapatrier, tant sur le plan thérapeutique qu’industriel. Avec plus de 5 500 principes actifs sur le marché, la tâche est ardue. Certes, la France dispose, depuis 2016, d’un fichier référençant des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, mais « cette liste est particulièrement longue et ne paraît pas précisément adaptée à des prises de décision relatives à des produits critiques », souligne un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publié en décembre 2021.

Pour sélectionner les projets de relocalisation, le gouvernement a donc, dans l’urgence, privilégié ceux se concentrant sur les principes actifs en tension pendant la pandémie. En parallèle, un travail pour établir une liste de produits essentiels a été lancé. Une première version de cette liste, sur laquelle Bercy ne donne aucun détail, hormis qu’elle suit « les préconisations du rapport de l’IGAS », vient tout juste d’être réalisée.

Equation économique fragile

Encore faut-il que les industriels pharmaceutiques soient prêts à investir sur des chaînes de production en France. Si les nouvelles techniques permettent aux fabricants de concevoir localement des médicaments à des coûts parfois presque aussi compétitifs qu’en Chine, l’équation économique reste fragile. Le dernier industriel tricolore de poches de perfusion, Carelide, en a fait les frais. Incapable de s’aligner sur les tarifs de ses rivaux étrangers, le nordiste a vu ses parts de marché fondre en France. En faillite, il cherche désormais un repreneur.

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« Nous nous sommes réjouis des plans de soutien lancés par le gouvernement, qui permettent, en amont, d’allouer des financements pour développer des lignes de production. Mais, pour que cela fonctionne, il faut aussi traiter l’aval », souligne Didier Véron, président du G5 Santé, qui regroupe les grands laboratoires tricolores.

Dans la ligne de mire des industriels : le prix des médicaments en France. « Trop bas, regrette Marie-Hélène Dick, présidente du laboratoire Panpharma, l’unique fabricant tricolore d’antibiotiques injectables pour les hôpitaux. On se bat pour quelques centimes. Avec des rentabilités aussi faibles, comment voulez-vous que l’on ait les moyens d’investir ? » Les vieux médicaments, dont beaucoup sont pourtant essentiels, ont souvent des prix très faibles en comparaison avec les produits plus innovants.

« Besoin d’avoir de la stabilité et une visibilité à long terme »

L’inflation et la crise énergétique, qui ont fait grimper les coûts de production, n’ont rien arrangé. « Dans le même temps, on nous impose une loi de financement de la Sécurité sociale, qui prévoit 800 millions d’euros de baisses de prix sur les médicaments, et un mécanisme de régulation de la croissance, qui pourrait ponctionner 2,4 milliards d’euros sur le chiffre d’affaires des industriels », déplore Didier Véron.

« On est passé, avec la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, des promesses à la déception » – Olivier Nataf, président d’AstraZeneca France

De quoi susciter la colère des laboratoires pharmaceutiques. « Pour investir, les industriels ont besoin d’avoir de la stabilité et une visibilité à long terme », analyse Guillaume Bouchara, président du cabinet de conseil en santé Nextep. Des conditions qui, selon Corinne Blachier-Poisson, directrice générale d’Amgen France et présidente d’Agipharm, l’association des laboratoires pharmaceutiques américains en France, ne sont pas réunies à l’heure actuelle, malgré les efforts réalisés ces dernières années.

Le gouvernement a notamment baissé les impôts de production et mis en place un accès précoce pour accélérer la mise sur le marché des médicaments innovants. Sans compter le dispositif du crédit d’impôt recherche, particulièrement attrayant. « Nous avions vu des signaux positifs, ce qui nous avait conduits à faire des annonces lors du sommet Choose France. Mais on est passé, avec la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, des promesses à la déception. Comment un pays qui combine à la fois une fiscalité aussi lourde et des prix aussi bas peut-il espérer être attrayant ? », s’indigne Olivier Nataf, président d’AstraZeneca France.

La reconquête sanitaire n’est pas encore totalement gagnée. « Si l’on ne remédie pas à ces problèmes, on ne dira bientôt plus Choose France, mais Lose France », ironise un patron de laboratoire.

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Zeliha Chaffin

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Relocaliser la production de médicaments, un chantier de longue haleine

Analyse

Zeliha ChaffinService Economie

Une stratégie européenne est nécessaire afin de remédier à la régression de l’industrie française, amorcée au tournant des années 1990 et récemment mise en lumière par la pénurie et la crise due au Covid-19.

Publié le 07 juillet 2023 à 06h30, modifié le 07 juillet 2023 à 06h35  https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/07/07/relocaliser-la-production-de-medicaments-un-chantier-de-longue-haleine_6180906_3232.html

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Après un hiver de pénuries de médicaments, le printemps n’aura guère apporté de soulagement aux 21 000 officines de l’Hexagone. Ni d’ailleurs aux hôpitaux. Certes, le paracétamol et l’amoxicilline ont peu à peu fait leur retour sur les étagères, mais ils ne constituent qu’un mince aperçu de l’ampleur des difficultés observées sur le terrain. En 2022, plus de 3 500 signalements de ruptures de stocks et de tensions d’approvisionnement ont été enregistrés auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Un chiffre vertigineux comparé aux 1 500 déclarations recensées trois ans plus tôt, et qui, déjà à l’époque, affolait les professionnels de santé. Leurs cris d’alarme n’avaient toutefois guère trouvé d’écho auprès des pouvoirs publics.

Lire aussi la tribune :  s  Pénuries de médicaments : « En trois ans, il doit être possible de poser les bases solides d’un plan industriel pharmaceutique »

Depuis, le Covid-19 est passé par là. Les Français ont compris à quel point le pays avait perdu la main sur sa production. Champion européen il y a encore quinze ans, l’Hexagone n’occupe désormais que le cinquième rang des fabricants de produits de santé, derrière la Suisse, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le constat est amer. Car le recul français s’inscrit dans celui, plus large, du continent dans son ensemble. En effet, 40 % des médicaments commercialisés dans l’Union européenne proviennent aujourd’hui de pays situés en dehors du continent, tandis que 60 % à 80 % des principes actifs pharmaceutiques sont produits en Chine et en Inde.

Pour appréhender l’étendue de cette régression, un bref retour en arrière s’impose. Au tournant des années 1990, l’Europe est alors la pharmacie du monde. Mais elle se voit peu à peu concurrencée par la Chine et l’Inde, qui profitent de l’essor des médicaments génériques pour développer leurs industries de chimie fine. Avec leurs coûts de production imbattables grâce à une main-d’œuvre abondante et peu chère, auxquels s’ajoute l’absence de contraintes réglementaires environnementales, les deux pays attirent les laboratoires pharmaceutiques, qui y voient un bon moyen de produire à moindres frais de vieux médicaments dont les marges s’étiolent. Dans les années 2000, le mouvement de délocalisation s’accélère. La France laisse filer ses usines à l’étranger sans que l’Etat s’en émeuve. En quête d’économies pour combler le déficit de la Sécurité sociale, les pouvoirs publics voient même ces départs comme une occasion de baisser encore les prix de vente.

Chaîne de production éclatée

La volte-face opérée depuis la crise due au Covid-19 est spectaculaire. Du moins dans les intentions. En Ardèche, Emmanuel Macron a déroulé sa feuille de route, le 13 juin, pour accélérer cette stratégie de « reconquête sanitaire » et déjouer la « fatalité » de la désindustrialisation du pays. Dans sa besace, la relocalisation d’une cinquantaine de médicaments – identifiés au sein d’une liste plus large de 450 médicaments estampillés « essentiels » – jugés particulièrement vulnérables sur le plan industriel, qui sera pour la moitié lancée « dans les prochaines semaines ».

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Attendue de longue date, cette liste a fait bondir les professionnels de santé. Trop de produits ayant un même usage, des oublis importants, des principes actifs qui ne sont plus prescrits… La pertinence des choix opérés interroge. Tout comme celle des projets industriels présentés, dont les détails restent souvent flous. « Que relocalise-t-on exactement ? La fabrication du principe actif ? Le conditionnement ? Pour être efficace, il faut s’attaquer à l’intégralité de la chaîne de production, et pas seulement à une partie de celle-ci », observe l’eurodéputée centriste Nathalie Colin-Oesterlé. Sans cela, les pénuries ne seront pas résolues.

Car la chaîne de production est complexe et particulièrement éclatée. Rares sont les usines qui regroupent sur un même site, souvent même dans un seul pays, toutes les étapes de fabrication. En raison du nombre de médicaments concernés, cette tâche titanesque ne peut d’ailleurs avoir du sens qu’à l’échelon européen. Mais, jusqu’à présent, les Vingt-Sept ne se sont guère montrés ambitieux pour mettre en œuvre une politique commune sur le sujet.

Renforcer la recherche

Par ailleurs, il faut convaincre les industriels de l’intérêt de produire sur le sol national tant des médicaments déjà éprouvés – les principaux concernés par les pénuries – que les produits innovants, afin de préparer l’avenir. Pour cela, « il faut une cohérence de la vision sur l’ensemble de la chaîne », observe-t-on au LEEM, l’organisation professionnelle des industriels du secteur. La France s’y est attelée depuis 2021 à travers son plan Innovation Santé 2030 en renforçant les investissements sur la recherche et en s’attaquant aux délais administratifs d’évaluation des médicaments, préalables à leur commercialisation.

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Les laboratoires pharmaceutiques réclament surtout une refonte de la régulation d’un secteur largement administré et une révision des prix de vente des médicaments, trop bas, selon eux, sur les anciens médicaments pour en garantir la rentabilité. Toutefois, l’argument n’est pas totalement convaincant dans la mesure où des pays pratiquant des prix plus élevés qu’en France connaissent également des phénomènes de pénurie. A l’inverse de ces propositions souhaitant assouplir le cadre administratif, certaines ONG et des partis de gauche réclament au contraire la mise en place de productions pilotées par la puissance publique sur certains produits.

Dans tous les cas, cette amorce de réindustrialisation ne produira pas de résultats avant plusieurs années. Annoncée en 2020 par le chef de l’Etat, la nouvelle usine de paracétamol, première pierre de la reconquête sanitaire, ne sera pas opérationnelle avant la fin de l’année 2025.

Zeliha Chaffin(Service Economie)

Pénuries de médicaments : une crise sans fin

En 2023, plus de 4 925 médicaments ont été signalés en risque de tension ou de rupture d’approvisionnement auprès de l’ANSM. Parmi eux, 40 % ont dû faire l’objet de mesures du gendarme sanitaire. Sur le terrain, pharmaciens, médecins et patients s’organisent comme ils peuvent. 

Par Zeliha Chaffin Publié le 27 janvier 2024 à 06h00, modifié le 27 janvier 2024 à 08h16 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/01/27/penuries-de-medicaments-une-crise-sans-fin_6213351_3234.html#

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« Non seulement ça ne s’améliore pas, à part sur quelques médicaments, mais, en plus, ça s’aggrave. » A la pharmacie de l’Hôtel de Ville, dans le centre d’Aurillac, Christophe Nouvel est intarissable lorsqu’il s’agit d’énumérer les médicaments qu’il peine à se procurer pour ses patients. Antibiotiques, traitements contre l’hypertension ou le cholestérol, antidiabétiques, antiépileptiques, traitements ophtalmiques… « C’est simple, lorsqu’un patient arrive avec une ordonnance pour une pathologie chronique, dans un cas sur deux, il nous manque un des produits prescrits. Et on ne parle pas ici de bobologie, mais de traitements indispensables voire vitaux pour les malades », constate-t-il, dépité.

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Dans 90 % des cas, le pharmacien parvient heureusement à trouver une solution de rechange en fouillant ses étagères pour dénicher un autre médicament aux propriétés identiques ou en commandant le médicament de substitution auprès de son grossiste. « Le patient se retrouve alors avec un traitement où il devra peut-être prendre deux comprimés au lieu d’un. C’est un peu perturbant, mais c’est un moindre mal », détaille-t-il. Mais de plus en plus souvent, faute de trouver des équivalents disponibles, il est amené à décrocher son téléphone pour joindre les médecins afin de trouver d’autres options de traitement.

« Encore faut-il qu’ils nous répondent, car eux aussi sont débordés », soupire Cynthia Guichard, qui juge la situation « catastrophique » depuis deux ans. Comme la dizaine d’officines contactées, la pharmacienne, installée à Marseille, ne compte plus les heures passées chaque semaine à tenter de mettre la main sur un médicament manquant. « Chaque fois que je passe une commande, j’ai en retour environ 150 références que mes grossistes ne sont pas en mesure de me livrer », observe-t-elle.

Lire l’analyse :   Pénurie de médicaments : une crise qui perdure, résultat d’une chaîne de causes industrielles et commerciales

Parmi les basiques en quasi rupture en ce moment dans ses rayons, l’Augmentin, un antibiotique associant de l’acide clavulanique et de l’amoxicilline, utilisé dans le traitement des infections bactériennes. « Si on arrive à avoir une boîte de temps en temps, c’est la fête », ironise-t-elle, avant de souligner : « Tout cela est délétère pour la santé publique. Et en plus, c’est coûteux pour la Sécurité sociale, car à chaque traitement d’une ordonnance, des honoraires de dispensation sont facturés. Lorsqu’un patient doit faire deux pharmacies au lieu d’une pour obtenir l’ensemble de ses médicaments, ces honoraires sont donc multipliés par deux. »

Courir d’un fournisseur à l’autre

Une autre solution adoptée en cas d’impasse consiste à faire appel aux pharmacies préparatoires, des officines autorisées à fabriquer elles-mêmes certains médicaments. Après avoir été appelées à la rescousse en novembre 2022 pour pallier l’absence d’amoxicilline, elles se sont notamment attelées cet hiver à la confection de la Flécaïne, un médicament couramment prescrit aux patients souffrant de troubles du rythme cardiaque, et dont les approvisionnements ont connu de très fortes perturbations ces derniers mois. Non sans un certain prix, le coût de ces préparations artisanales revenant parfois jusqu’à trois fois plus cher que le médicament fabriqué industriellement.

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Ces difficultés de terrain ne se cantonnent pas aux pharmacies d’officines. Dans les hôpitaux aussi, les pénuries sont devenues routinières. « On est sur un fil en permanence. Entre 2022 et 2023, on a observé une augmentation de 30 % de nos lignes de produits en tension ou en rupture. A l’heure actuelle, 160 lignes sur les 2 500 que compte notre nomenclature sont concernées », note Pierre-Antoine Fontaine, pharmacien chargé des achats de médicaments au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice.

Avec son équipe, il passe ses journées à courir d’un fournisseur à l’autre pour trouver des solutions de remplacement qui ne pénaliseront pas les patients. Un travail de longue haleine. Car il ne s’agit pas seulement de débusquer l’alternative idéale, « il faut ensuite adapter les protocoles, informer les personnels, paramétrer les systèmes d’information, et s’assurer qu’il n’y a pas de mélanges dans les rangements », précise Rémy Collomp, chef du pôle pharmacie de l’hôpital.

Au CHU de Rennes, ce surcroît d’activité mobilise au quotidien l’équivalent de trois personnes à temps plein, constate son homologue breton, Vincent Gicquel. « En ce moment, 3 % à 4 % de nos références sont en rupture. Cela semble peu, mais c’est énorme comparé à il y a dix ans. A cette époque, les rares moments où on était confrontés à ces situations, c’était parce qu’on s’était loupé sur la passation de commande », explique le pharmacien, qui déplore par ailleurs la variabilité des modes d’information utilisés par les laboratoires pharmaceutiques pour communiquer sur ces sujets. « Il y a ceux qui envoient un fax, ceux qui téléphonent, ceux qui envoient un mail, ceux encore qui informent de toutes leurs pénuries et nous laissent la charge de faire le tri pour repérer celles qui concernent les produits que nous référençons… », ajoute-t-il.

Recourir à des substitutions

Malgré la mobilisation des autorités de santé, la tendance n’est pas près de s’inverser. En 2023, le rythme des pénuries s’est encore accéléré. Au total, 4 925 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur ont été signalés en risque de tension ou de rupture d’approvisionnement auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), soit une augmentation de 30 % par rapport à 2022 (où 3 761 médicaments étaient dans ce cas de figure).

Parmi ces déclarations, toutes ne se sont pas traduites par de réelles tensions ou des ruptures sèches, c’est-à-dire une indisponibilité supérieure à soixante-douze heures pour les patients, mais un nombre non négligeable, environ 40 %, ont tout de même nécessité la prise de mesures par le gendarme du médicament. L’ANSM a ainsi dû, selon les cas, opter pour des contingentements, autrement dit limiter les prescriptions à une partie des patients, recourir à des substitutions (l’autorisation pour les pharmaciens de remplacer un traitement manquant par des alternatives) ou s’appuyer sur des importations de surplus de stocks de pays voisins.

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Cette situation affecte les patients. Les établissements hospitaliers, malgré leurs efforts pour trouver des solutions, sont parfois dans une impasse. Certains ont ainsi dû parfois se résoudre à reporter de quelques jours une chirurgie, faute de disposer du matériel nécessaire, les dispositifs médicaux – ces produits qui recouvrent toute une palette d’articles comme les pansements, les sutures, les sondes d’intubation, les systèmes de monitorage d’oxygène, etc. – étant également concernés par les pénuries. Par manque de médicaments, d’autres encore ont dû quelquefois prescrire directement des traitements de deuxième ligne, habituellement utilisés lorsque le traitement de première ligne n’a pas l’effet escompté.

Pour les patients souffrant de maladies chroniques, contraints de renouveler régulièrement à la pharmacie leur stock de médicaments, c’est l’angoisse. Josée Gaillard, secrétaire générale de l’association France glaucome, pointe ainsi les récentes difficultés pour se procurer de l’Azopt, un collyre utilisé quotidiennement par de nombreux malades pour diminuer la tension intraoculaire. « La pharmacie de mon village n’en recevait plus. J’en ai trouvé dans une autre officine à 5 kilomètres, mais tous les malades n’ont pas toujours cette chance », relate-t-elle.

Christophe Lucas, président de l’association Epilepsie France, abonde : « Sur les 27 molécules commercialisées en France pour traiter l’épilepsie, qui concerne 650 000 personnes, toutes ont été en tension au minimum deux mois dans l’année en 2023. Imaginez la panique lorsque c’est votre vie ou celle de votre enfant qui est en péril si vous n’avez pas le traitement. » Sur le groupe Facebook de l’association, un drôle de troc, où l’on voit les malades en difficulté appeler les mieux pourvus à les dépanner en urgence d’une plaquette de comprimés, a ainsi fait son apparition ces dernières années.

Zeliha Chaffin

Pénuries de médicaments : la feuille de route promise par le gouvernement se fait attendre

Alors que, sur le terrain, les tensions et les ruptures d’approvisionnement de médicaments s’amplifient, le gouvernement tarde à dévoiler son plan. 

Par Zeliha Chaffin Publié le 27 janvier 2024 à 15h00 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/01/27/penuries-de-medicaments-la-feuille-de-route-promise-par-le-gouvernement-se-fait-attendre_6213404_3234.html

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Dans une pharmacie de Riedisheim (Alsace), le 23 octobre 2023.
Dans une pharmacie de Riedisheim (Alsace), le 23 octobre 2023.  SEBASTIEN BOZON / AFP

C’est la boussole que tous – industriels pharmaceutiques, grossistes répartiteurs, professionnels de santé, patients – attendent avec une certaine impatience. Alors que, sur le terrain, les tensions et les ruptures d’approvisionnement de médicaments s’amplifient, le gouvernement tarde à dévoiler sa feuille de route pour lutter contre les pénuries.

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La faute en partie à la valse des ministres de la santé. Le 20 juillet, l’ex-locataire de l’Avenue de Ségur, François Braun, devait en faire la présentation aux acteurs de la filière. Mais le remaniement ministériel, qui s’est soldé le jour même par son départ, a remisé l’annonce dans les cartons. Rebelote six mois plus tard. Le 19 décembre, la présentation prévue est une nouvelle fois annulée alors que le ministre en poste, Aurélien Rousseau, vient de présenter sa démission. Depuis, c’est le silence radio au ministère.

Un contretemps qui n’est pas sans poser quelques soucis, car « de nombreuses réponses pour prévenir ces pénuries nécessitent d’être mises en œuvre par la puissance publique. Tant que nous n’avons pas le pilotage global dans le cadre d’une feuille de route, il est difficile de faire avancer un certain nombre de parties de ce dossier », observe Thomas Borel, directeur scientifique au LEEM, l’organisation professionnelle des industriels pharmaceutiques. Le syndicat a fait dans ce cadre plusieurs propositions, dont notamment la mise en place d’une plate-forme qui permettrait à chaque maillon de la chaîne du médicament (laboratoires, grossistes, pharmaciens, médecins) de disposer des informations sur les stocks disponibles en temps réel.

Le chantier des pénuries n’est cependant pas complètement à l’arrêt. En 2023, plusieurs mesures ont été mises en place par le gouvernement. En juin, une liste de 450 médicaments considérés comme essentiels a été établie, dont 147 à ce jour, selon la direction générale des entreprises, ont été jugés « prioritaires à la relocalisation ».

« Situation chaotique »

Un plan hivernal, destiné à lutter contre les pénuries saisonnières, a par ailleurs été mis en place, sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Objectif : éviter les pénuries de la saison 2022-2023, où l’amoxicilline et le paracétamol avaient fortement manqué en raison d’un défaut d’anticipation des laboratoires. Avec des résultats encore timides.

Si le paracétamol ne pose plus de souci, les difficultés persistent sur de nombreux antibiotiques, dont l’amoxicilline pédiatrique. « Les tensions sont liées à une dérégulation du système de distribution. Il y a en effet les quantités nécessaires chez les industriels, mais en raison de la disette de l’année passée, certains ont adopté des comportements qui ont abouti à cette situation chaotique d’indisponibilité des produits pour les patients », explique Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale de l’ANSM.

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Pour que chacun – laboratoires, grossistes répartiteurs et pharmaciens – retrouve « son barycentre », une charte d’engagement a été signée, fin novembre entre les acteurs. « La situation tend à s’améliorer. On a demandé extrêmement fermement aux industriels de lâcher leurs stocks. Les officines arrivent à avoir une visibilité de quelques jours et les grossistes ont été réapprovisionnés en amoxicilline. On est sur le bon chemin, mais il faut être très prudent et poursuivre les efforts », ajoute-t-elle.

En parallèle, le pouvoir du gendarme sanitaire a été renforcé grâce à loi de financement de la Sécurité sociale votée en décembre, notamment en matière de sanction financière. « Une bonne nouvelle », se félicite Catherine Simonin chez France Assos Santé, qui appelle le gouvernement à « prendre des mesures fortes » pour endiguer le fléau.

Zeliha Chaffin

Pénurie de médicaments : une crise qui perdure, résultat d’une chaîne de causes industrielles et commerciales

Les ruptures d’approvisionnement sont devenues un fléau qui touche toutes les gammes de médicaments, et qui s’est aggravé depuis la crise sanitaire liée au Covid-19. 

Par Zeliha Chaffin et Camille StromboniPublié le 11 septembre 2023 à 16h17 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/09/11/penurie-de-medicaments-une-crise-qui-perdure-resultat-d-une-chaine-de-causes-industrielles-et-commerciales_6188888_3224.html

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Dans une pharmacie de Colomiers (Haute-Garonne), le 23 mars 2023.
Dans une pharmacie de Colomiers (Haute-Garonne), le 23 mars 2023.  VALENTINE CHAPUIS / AFP

« Tension d’approvisionnement »« rupture de stock »… Chaque jour, ou presque, un nouveau médicament apparaît dans la liste mise à jour par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sur la disponibilité des produits de santé. Après un hiver marqué par des pénuries sur l’amoxicilline et le paracétamol qui ont fait grand bruit, les tensions sont loin d’être retombées. Ces dernières semaines dans les pharmacies, les difficultés n’ont jamais été aussi fortes pour se procurer de la Flécaïne, un antiarythmique qui concerne quelque 380 000 personnes souffrant de troubles du rythme cardiaque. Retour sur une crise désormais installée.

« Dix ans » de tensions

« On va de médicament en médicament, toutes les semaines il y en a un nouveau », décrit Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. Anti-infectieux, antiépileptiques, antibiotiques, antidiabétiques… Les ruptures d’approvisionnement sont devenues un fléau qui touche toutes les gammes de médicaments. « Les pénuries sont permanentes, c’est un sujet préoccupant », relate Agnès Giannotti, présidente de MG France, principal syndicat de médecins généralistes.

« Cet été, les tensions ont continué à s’accentuer, notamment sur les médicaments en cardiologie », confirme la docteure Isabelle Yoldjian, directrice médicale à l’Agence nationale de sécurité du médicament. L’alerte sur la Flécaïne, un médicament dit « d’intérêt thérapeutique majeur » – soit pour lequel une interruption de traitement est susceptible de mettre en jeu le pronostic vital à court ou moyen terme ou représente une perte de chance importante pour le patient – n’est que la dernière en date. « Quand il s’agit de maladie cardio-vasculaire, cela n’est jamais confortable, mais on ne peut opposer les pathologies ou faire une échelle de gravité dans les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur qui manquent, toute rupture est problématique », reprend la responsable.

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Depuis la sortie du Covid-19, la liste n’a cessé de s’allonger : les chiffres de l’année 2023 ne sont pas encore communiqués par l’ANSM, mais en 2022, plus de 3 000 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur ont été signalés en rupture ou risque de rupture par les industriels pharmaceutiques, contre 1 504 en 2019.

Selon le baromètre de France Assos Santé, qui représente patients et usagers, datant de mars, le nombre de patients se disant confrontés à une pénurie sur un médicament a bondi de 29 % à 37 % en un an. « Cela fait dix ans que les pénuries se font sentir, mais le phénomène est en augmentation et surtout on n’en voit pas la fin », s’inquiète Catherine Simonin, membre de France Assos Santé, qui cite aussi des tensions sur des médicaments en neurologie ou certaines chimiothérapies.

Sur le terrain, le système se grippe parfois même au-delà des indicateurs nationaux. « Quand il n’y a pas de fluidité dans les stocks, c’est un vrai problème », reprend le pharmacien Philippe Besset, qui décrit des « problématiques locales » et des « situations différenciées » dans les officines, selon leurs stocks, leur nombre de patients, ou encore les grossistes avec lesquels elles travaillent. Sans oublier des mécaniques « classiques » en temps de pénuries : quand un patient ne trouve pas un médicament, il va se le procurer dans une autre pharmacie et y achète la boîte prévue pour un autre patient, qui à son tour va devoir aller chercher ailleurs son traitement…

Des recommandations pour des traitements alternatifs

Quand un médicament d’intérêt majeur est recensé en tension ou en rupture, l’ANSM travaille avec médecins, pharmaciens et patients pour trouver des alternatives. Concernant la Flécaïne, qui fait d’ores et déjà l’objet « d’une distribution contingentée et d’une interdiction temporaire d’exportation par les grossistes-répartiteurs », précise l’agence, une « conduite à tenir » a ainsi été rendue publique le 31 août, à destination des pharmaciens et médecins prescripteurs, pour ce produit délivré principalement en ville. « Nous nous sommes réunis pour proposer des recommandations claires, éviter tout accident médical avec des switches inappropriés vers d’autres traitements », explique la docteure Yoldjian.

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D’abord le remplacement par une autre « spécialité » de flécaïnide à libération prolongée ou immédiate ; ensuite le recours à une préparation « magistrale » effectuée par la pharmacie. Et si ces deux options ne sont pas possibles, un changement pour un autre médicament, à base de propafénone, « après consultation d’un cardiologue et sur présentation d’une ordonnance ».

« Des solutions, on en invente tous les jours, reprend le docteur Besset. On bricole un peu, mais on n’a pas le choix. » « Quand on est obligé de changer de traitement, il n’y a pas forcément de perte de chance, assure la docteure Yoldjian.Mais c’est une situation désagréable pour tout le monde, c’est toujours un inconfort. »

Des origines multiples

Retard de livraison d’une matière première, défaut de qualité sur un lot, hausse brutale de la consommation en raison d’une forte épidémie, décision commerciale, catastrophe naturelle… Il serait difficile de dresser une liste exhaustive des raisons qui conduisent aux pénuries tant elles varient d’une situation à l’autre. Bien souvent d’ailleurs, elles s’entremêlent. En témoigne la pénurie de pilules abortives qui a touché la France au printemps. Une erreur humaine lors d’une commande de principe actif avait alors provoqué des tensions d’approvisionnement sur le Gymiso. Au même moment, les livraisons du Misoone, son seul substitut, étaient suspendues après une alerte lors de contrôles de qualité.

Ces problèmes, qui sont le lot commun de tout industriel, ne sont pas rares. Ils ne justifient pas pour autant l’accélération des pénuries observée depuis plusieurs années, notamment sur les produits de santé anciens. Elle s’explique en partie par une hausse de la demande de médicaments à l’échelle mondiale, à laquelle les industriels peinent à faire face faute de capacités immédiates de production. C’est le cas par exemple de l’Ozempic, un antidiabétique aux vertus amincissantes, dont le succès génère des tensions d’approvisionnement.

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Surtout, elle trouve ses racines dans la mécanique complexe qui constitue la chaîne de production. Le rapport issu de la commission d’enquête sénatoriale sur les pénuries de médicaments, publié cet été, en détaille les vulnérabilités. Il met en cause notamment l’affaiblissement de l’outil industriel, qui rend l’Hexagone, et plus largement l’Europe, dépendant aux livraisons de l’étranger.

En effet, 40 % des médicaments commercialisés dans l’Union européenne proviennent aujourd’hui de pays situés en dehors du continent, tandis que 60 % à 80 % des principes actifs pharmaceutiques sont produits en Chine et en Inde. A cette perte de souveraineté s’ajoute une fragmentation de la chaîne de fabrication. Or, le recours croissant à des sous-traitants « limite la visibilité sur les différents maillons », notent les auteurs du rapport.

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Autre problème : la concentration, souvent pour des motifs économiques, de la production de certains principes actifs ou matières premières à seulement quelques fournisseurs dont dépendent les laboratoires du monde entier.

La hausse des prix, une solution qui fait débat

Afin de limiter les pénuries, le ministre de la santé, Aurélien Rousseau, a proposé cet été de relever de 10 % le prix de vente de l’amoxicilline, l’antibiotique le plus couramment prescrit en France. Objectif : inciter les fabricants à privilégier le marché tricolore dans leurs livraisons. En échange, les industriels seront soumis à des obligations de stocks et d’approvisionnement. La majorité des laboratoires concernés ont signé la convention avec le Comité économique des produits de santé qui entérine la mesure, précise le ministère de la santé, sans toutefois en détailler les modalités.

Pour la présidente de la commission d’enquête sénatoriale sur la pénurie de médicaments, Sonia de la Provôté (Union centriste), cette décision est « légitime » au vu du caractère essentiel de ce traitement. « Pour contenir les dépenses, on a tiré vers le bas le prix des médicaments matures ces dernières années, sans tenir compte de leur intérêt thérapeutique. Certains ont aujourd’hui un prix de vente inférieur à leur coût de fabrication », explique-t-elle, précisant toutefois qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle.

Cela suffira-t-il à enrayer les pénuries ? La rapporteuse Laurence Cohen, sénatrice du Val-de-Marne (Groupe communiste républicain citoyen et écologiste) est critique. « Le gouvernement cède au chantage des grands laboratoires sans que rien n’atteste que cette hausse de prix changera la situation. Les pénuries que nous vivons en France existent aussi dans d’autres pays dont les prix sont pourtant bien plus élevés », observe-t-elle.

Zeliha Chaffin et  Camille Stromboni

Pénuries de médicaments : le Sénat plaide pour un renforcement des contrôles

Créée à l’hiver 2022-2023, après que la France a manqué de paracétamol et d’amoxicilline, la commission d’enquête sénatoriale sur les pénuries pharmaceutiques livre un diagnostic sombre de la situation et fait 36 recommandations pour l’améliorer. 

Par Zeliha Chaffin

Publié le 07 juillet 2023 à 07h59, modifié le 07 juillet 2023 à 08h41 https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/07/07/penuries-de-medicaments-le-senat-plaide-pour-un-renforcement-des-controles_6180915_3234.html

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« Absence d’une vision d’ensemble »« pilotage aléatoire »« contrôles lacunaires », « manque d’anticipation »… Le constat dressé par la sénatrice Sonia de La Provôté (Calvados, groupe Union centriste), venue présenter, jeudi 6 juillet, les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur la pénurie de médicaments dont elle est présidente, est pour le moins critique. « Il y a une faillite de la politique du médicament », résume, à son côté, Laurence Cohen (Val-de-Marne, groupe Communiste républicain citoyen et écologiste), rapporteuse de la commission.

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Si le rapport de 400 pages, fruit de cinq mois de travaux, au cours desquels plus d’une cinquantaine d’auditions ont été menées auprès de professionnels de la santé, d’associations de malades, d’industriels du médicament, de représentants des agences gouvernementales et de ministres, livre un diagnostic plutôt sombre de la gestion des pénuries en France, il formule également une série de prescriptions destinées à y remédier.

Parmi les 36 recommandations formulées par les sénateurs figure notamment un renforcement des contrôles concernant les obligations auxquelles sont soumis les industriels. Les fabricants qui commercialisent des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur sont tenus d’établir des plans de gestion des pénuries et de conserver des stocks de sécurité de deux mois pour pallier les ruptures d’approvisionnement.

Pouvoirs de sanctions « trop peu utilisés »

« Ces obligations sont toutefois inégalement appliquées et insuffisamment contrôlées », relève le rapport, qui plaide à cet effet pour un renforcement des moyens de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), dont les pouvoirs de sanction sont « trop peu utilisés ».

Rappelant les pénuries d’amoxicilline et de paracétamol qui ont touché le pays à l’hiver 2022-2023, les sénateurs recommandent également de « contrôler davantage » les prévisions des industriels en amont des pics épidémiques saisonniers.

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Cette surveillance accrue doit aussi s’exercer au niveau des aides publiques distribuées aux industriels, prévient le rapport. Dans la ligne de mire des sénateurs, le crédit d’impôt recherche. Si l’attractivité de ce dispositif n’est pas remise en cause, les sénateurs estiment qu’il doit toutefois être soumis à des garanties claires d’« approvisionnement du marché français » et de « pérennité de la présence industrielle ».

Créer un secrétariat général du médicament

Soulignant le manque de coordination entre les différentes agences gouvernementales, les sénateurs conseillent, par ailleurs, de créer un secrétariat général du médicament, placé sous l’autorité de Matignon, afin d’améliorer le pilotage de l’action politique.

Face aux pénuries les plus graves, ce dernier animerait « une force d’action rapide », en mobilisant notamment les pharmacies hospitalières pour préparer des médicaments. Les sénateurs se montrent à cet égard particulièrement critiques sur le démantèlement des capacités de production publique de la pharmacie centrale des Hôpitaux de Paris, « qui doit être d’urgence arrêté », insiste le rapport.

La commission se montre également favorable à une hausse des prix sur certains médicaments matures essentiels, « mais sous des conditions strictes », prévient Laurence Cohen. Ces dernières devront tenir compte de l’intérêt thérapeutique du médicament et de l’implantation des sites de production, afin de « valoriser les relocalisations ».

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Alors que Bercy est à la recherche d’économies à réaliser, les sénateurs appellent également à augmenter l’enveloppe annuelle allouée aux dépenses de médicaments, jugée inadaptée aux besoins sanitaires, compte tenu du vieillissement de la population et de l’augmentation du nombre de patients atteints de maladies chroniques.

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Zeliha Chaffin

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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