Edouard Philippe relance le débat sur la liberté d’installation
Quentin Haroche|21 Février 2024
Le Havre – L’ancien Premier Ministre a déclaré ne pas être totalement opposé à un encadrement de la liberté d’installation des médecins, se démarquant ainsi de la politique menée par le gouvernement.
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L’échéance a beau être dans plus de trois ans, l’élection présidentielle de 2027 est déjà dans toutes les têtes des représentants politiques. Parmi les probables futurs candidats, on trouve bien sûr l’ancien Premier Ministre Edouard Philippe, à la tête depuis 2021 de son propre parti de centre-droit, Horizons. Déjà en quasi-campagne présidentielle, le maire du Havre était en déplacement ce jeudi dans la Mayenne. Dans ce département, le troisième de France avec le moins de médecins par habitants, l’ancien Premier Ministre a, au micro de France Bleu, présenté les esquisses de ce qui pourrait être son programme présidentiel sur la santé, avec une proposition choc : réguler l’installation des médecins libéraux.
« Imposer la régulation, ce n’est pas inutile »
« Parce que je fais confiance aux médecins, j’aurais aimé que les médecins libéraux s’entendent eux-mêmes sur des règles qui puissent réguler l’installation » a commencé Edouard Philippe « mais s’ils ne trouvent pas eux-mêmes une règle, à un moment ou à un autre, elle sera imposée par le pouvoir politique ». Sans soutenir clairement l’idée d’un encadrement de la liberté d’installation des médecins, le maire du Havre estime que cette mesure pourrait participer de l’amélioration de l’accès aux soins. « Quand on est en situation de manque de médecins, imposer la régulation, ce n’est pas inutile » explique l’ancien chef du gouvernement avant de rajouter « mais quand vous réguler la pénurie, elle est régulée, mais vous avez toujours la pénurie ».
« Aujourd’hui, la grande question de l’accès aux soins n’est pas la question de la régulation de l’installation des médecins libéraux, c’est la question de la production du nombre de médecins, le nombre de médecins augmente mais ne va pas assez vite par rapport à l’explosion des besoins » a ajouté celui dont le gouvernement a supprimé le numerus clausus dans les études de médecine en 2019.
Cela fait désormais plusieurs années que la régulation de l’installation des médecins, par exemple en mettant en place un conventionnement sélectif, est défendue par certains comme la solution pour résoudre le problème de la désertification médicale et de l’inégale répartition des médecins sur le territoire. Ses partisans mettent en avant les politiques de régulation mises en place, avec succès selon eux, pour les autres professionnels de santé libéraux (infirmières, kinésithérapeutes, pharmaciens et désormais dentistes). Ses opposants rétorquent au contraire qu’une telle mesure risque de désinciter les jeunes médecins à s’installer.
La majorité présidentielle divisée sur la liberté d’installation
En remettant en cause la liberté d’installation, Edouard Philippe s’oppose frontalement à son ancien supérieur, Emmanuel Macron. Ces dernières années, le Président de la République s’est à plusieurs reprises publiquement exprimé en défaveur de toute contrainte à l’installation, la dernière fois en date lors de sa conférence de presse du 16 janvier dernier, au cours de laquelle il a déclaré que « la contrainte n’était pas la bonne solution ». Lors de la présentation de son programme présidentiel le 17 mars 2022, le chef de l’Etat avait pourtant dit vouloir « réguler l’installation » des médecins en « stoppant les conventionnements dans les zones que l’on considère comme déjà dotées ».
Les divisions au sein de la majorité sur ce sujet étaient apparues au grand jour à l’Assemblée Nationale le 14 juin dernier. Ce jour-là, dans le cadre de l’examen de la proposition de loi Valletoux, les députés avaient rejeté un amendement proposant d’interdire aux médecins de s’installer dans les zones considérées comme suffisamment dotées en praticiens (sauf en cas de remplacement). L’amendement était notamment défendu par le député Horizons de la Mayenne Yannick Favennec, membre d’un groupe transpartisan de députés luttant contre la désertification médicale. Mais la quasi-totalité des députés Renaissance et la majorité des députés Horizons avaient voté contre l’amendement. Parmi les opposants à la régulation de l’installation, on trouvait notamment Frédéric Valletoux, un proche d’Edouard Philippe, devenu depuis ministre délégué à la Santé.
Au cours de son interview, Edouard Philippe a également défendu des mesures plus consensuelles dans le domaine de la santé, comme « la montée en compétence de l’ensemble des professions qui concourent à la santé, dont les infirmiers et les pharmaciens » et la mise en place de « politique de prévention réelle ». Si jamais Edouard Philippe venait à affronter un candidat issu des rangs macronistes en 2027 (Gabriel Attal ?), les questions de santé seraient peut-être un moyen de se démarquer pour l’ancien Premier Ministre.