Déficits des établissements hospitaliers publics et lucratifs, face à une politique d’austérité qui va aggraver leur fonctionnement

Crise de l’hôpital : « 40 % de nos cliniques se retrouvent en déficit en 2023, c’est du jamais-vu »

Le président de la Fédération de l’hospitalisation privée, Lamine Gharbi, alerte sur la situation financière de son secteur, en difficulté comme les hôpitaux publics. Et en appelle à l’Etat. 

Propos recueillis par Camille Stromboni

Publié le 19 février 2024 à 12h00, modifié le 20 février 2024 à 10h32 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/02/19/crise-de-l-hopital-40-de-nos-cliniques-se-retrouvent-en-deficit-en-2023-c-est-du-jamais-vu_6217327_3224.html

Temps de Lecture 3 min. 

Dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital privé Elsan - Clinique Oceane à Vannes, en avril 2021.
Dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital privé Elsan – Clinique Oceane à Vannes, en avril 2021.  LOIC VENANCE / AFP

Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée, qui compte 1 030 cliniques et hôpitaux privés à but lucratif, s’inquiète d’un déficit inédit qui touche aussi son secteur, en raison de l’inflation. Il appelle l’Etat à compenser ces coûts, et regrette une « dichotomie de traitement » avec le secteur public qu’il estime injustifiée.

Voilà plusieurs mois que vous alertez sur les finances dégradées des cliniques, quelle est la situation ?

En 2023, 40 % de nos cliniques et hôpitaux privés se retrouvent en déficit, pour 670 millions d’euros, contre 25 % les années précédentes. C’est du jamais-vu. Si rien ne change, ce sera le cas cette année de la moitié de nos 1 030 établissements, qui représentent 19 milliards de budget. Les répercussions sont déjà là. La chirurgie réussit à rester à l’équilibre mais il y a tout le reste : ce sont des fermetures ou des diminutions d’activité aux urgences, en obstétrique, en soins médicaux et de réadaptation, le blocage de toute extension en psychiatrie…

Lire aussi |  Crise de l’hôpital : le déficit des CHU a triplé en un an *

Cela fait des mois que nous attendons une réponse de l’Etat. Nous demandons au minimum qu’il « solde » l’inflation 2023, qui est la cause de nos difficultés. Avec la fédération des hôpitaux publics [la Fédération hospitalière de France], nous avons évalué à 1,5 milliard d’euros l’enveloppe nécessaire. Le ministère de la santé vient d’annoncer une aide de 500 millions d’euros, ça ne peut être qu’une première étape, car c’est bien en deçà des besoins.

Contrairement au secteur public, votre volume d’activité est plus important que prévu en 2023. Vos ressources n’ont-elles pas augmenté ?

Nous avons 400 millions d’euros de « surexécution » budgétaire [par rapport à ce qui était prévu dans l’objectif national de dépenses d’assurance-maladie]. Nous avons pris en charge des patients qui en avaient besoin, des patients que le public ne pouvait pas soigner, nous avons joué notre rôle de complémentarité. Mais nous sommes pénalisés : à cause de l’inflation, les tarifs pour cette activité [que verse l’Etat aux établissements pour chaque groupe de patients et de séjours, dans le cadre de la tarification à l’activité qui représente 90 % des revenus du privé à but lucratif] ne couvrent absolument pas nos charges. Donc plus on travaille, plus on perd de l’argent, c’est un effet ciseaux inacceptable ! Nous demandons d’urgence une campagne tarifaire [la fixation des tarifs pour l’année 2024 par l’Etat, qui est décidée en mars] à la hauteur des véritables coûts pour nos établissements.

Le secteur privé n’a-t-il pas des activités plus rentables, avec moins de permanence des soins (gardes de nuit, week-end) à assurer, que le secteur public ?

Si nous étions si malins, et que nous sélectionnions nos patients et les pathologies les plus rentables, pourquoi serions-nous en déficit ? Il faut arrêter ces fantasmes, nous accueillons aussi des patients « lourds », comme dans le public, nous avons des services d’urgences [20 % des passages], nous faisons de l’obstétrique, de la gériatrie… Certains établissements se spécialisent, certes : il y a des cliniques qui ne font que de l’orthopédie par exemple, nous avons cette liberté.

Mais on ne peut nous reprocher des choix faits par la puissance publique : c’est elle qui délivre des autorisations pour ouvrir des urgences ou des lits de réanimation. Et elle nous les refuse. De même, sur la permanence de soins : on nous reproche de ne pas assez y participer, mais les médecins ne travaillent pas bénévolement, non ? Pourtant, dans nos cliniques, elle n’est pas financée. Ce sont les agences régionales de santé qui décident des « lignes de garde » qu’elles rémunèrent. L’Etat a préféré jusqu’ici choisir le public. Le gouvernement a annoncé qu’il allait revoir la répartition, lancer des appels d’offres. C’est très bien, nous serons là pour y répondre.

Lire le décryptage |    Système de soins en crise : « C’est terriblement dangereux, pour les soignants comme pour les patients »

Mais il faut arrêter cette dichotomie de traitement entre privé et public. Nos professionnels travaillent la nuit aussi, mais ils n’ont pas eu droit aux revalorisations annoncées par le gouvernement cet été, pourquoi ?

N’avez-vous pas la possibilité de rogner sur vos marges pour augmenter vos personnels ou faire face au déficit ?

Nos marges restent de l’ordre de 1 % à 2 %. Tous les économistes le disent : pour pouvoir investir, produire des bâtiments de qualité, innover… il faudrait au moins se situer à 3 %. Notre capacité d’investissement n’a cessé de diminuer, et nous arrivons au bout du bout. Cela va encore provoquer un mouvement de concentration, ce qui n’est pas souhaitable.

L’idée que nous aurions des groupes privés, qui donnent de l’argent à tout-va à des actionnaires ou à des fonds de pension, est totalement fausse. Je rappelle que les deux principaux groupes aujourd’hui – Elsan, avec 140 établissements, et Ramsay, avec 120 cliniques – ne distribuent aucun dividende.

*Crise de l’hôpital : le déficit des CHU a triplé en un an

Les difficultés financières que connaissent les CHU sont « peut-être les plus graves depuis [leur] création en 1958 », estiment les instances représentatives des directeurs, doyens et médecins. 

Le Monde avec AFPPublié le 29 janvier 2024 à 19h58 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/01/29/crise-de-l-hopital-le-deficit-des-chu-a-triple-en-un-an_6213719_3224.html

Temps de Lecture 2 min. 

Les trente-deux centres hospitaliers universitaires (CHU) français ont atteint un déficit cumulé de 1,2 milliard d’euros fin 2023, soit trois fois plus qu’en 2022, alertent lundi 29 janvier les instances représentatives des directeurs, doyens et médecins, réclamant des « mesures d’urgence ».

Ces derniers chiffres montrent à quel point « la dégradation a été profonde et rapide », après le déficit de 402 millions d’euros fin 2022, écrivent dans un communiqué les présidents des conférences des directeurs généraux de CHU, des doyens de facultés de médecine et des présidents de commission médicale d’établissement. « La capacité d’autofinancement des CHU, et par conséquent d’investissement, a chuté de 86 % », poursuivent-ils. Ces difficultés sont « peut-être les plus graves depuis la création des CHU en 1958 ».

La dégradation « est liée à plusieurs facteurs externes », dont une explosion des dépenses en raison de l’inflation (avec un reste à charge pour les CHU de 585 millions d’euros en 2023), un manque de financement de mesures du Ségur de la santé et une baisse des recettes dues aux fermetures de lits après l’épidémie de Covid-19, expliquent les présidents. Ces chiffres « pèsent lourdement sur les espoirs d’embellie », récemment constatée sur le plan de l’attractivité des carrières et de la fidélisation des soignants, estiment-ils.

Lire aussi |    Santé : Gabriel Attal critiqué pour sa « communication trompeuse » sur les 32 milliards d’euros supplémentaires annoncés

Un « turnover toujours important chez les infirmiers »

Les CHU ressentaient « un léger mieux en termes d’absentéisme », malgré un « turnover toujours important chez les infirmiers ». Même si des lits ont pu être rouverts ces derniers mois, plusieurs secteurs sont en grande difficulté, comme la gériatrie, la pédiatrie ou la psychiatrie, détaille dans le communiqué Rémi Salomon, qui représente les médecins.

Par ailleurs, les CHU sont « chargés d’une triple mission » de soins, de formation et de recherche, nécessitant « des finances saines et solides », observent encore les présidents. La situation actuelle va, selon eux, entraîner « un allongement des délais de paiement des fournisseurs et une fragilisation profonde des opérations d’investissement Ségur, dans un moment où le recours à l’emprunt est plus difficile et plus coûteux »« A court terme, il est encore temps d’éviter le pire », plaident-ils.

Lire le décryptage |    Aux urgences, toujours sous pression, des soignants sur le pont… et « sur le fil »

Des maires ont demandé à s’entretenir avec Gabriel Attal

Ils appellent les pouvoirs publics à « compenser l’inflation » élevée de 2023 et à « restituer aux hôpitaux publics » la part de l’objectif national des dépenses de l’Assurance-maladie réservée aux hôpitaux, mais qui n’a pas été effectivement consommée. Un montant qu’ils estiment à 800 millions d’euros. Ils réclament enfin une « stratégie de financement à long terme ».

Dans un courrier adressé au premier ministre, Gabriel Attal, de nombreux maires de grandes villes dont Anne Hidalgo (Paris), Grégory Doucet (Lyon), Pierre Hurmic (Bordeaux) ou Martine Aubry (Lille), qui sont également présidents des conseils de surveillance des CHU de leurs communes, ont demandé lundi un « rendez-vous » pour pouvoir « présenter des propositions » au gouvernement

Les hôpitaux publics, tous établissements confondus − des CHU au petit hôpital de proximité − réclament au gouvernement 1,8 milliard d’euros de financement supplémentaire pour 2023, dont 1,1 milliard au titre de l’inflation, selon des chiffres diffusés lundi par la Fédération hospitalière de France.

Lire le décryptage |    Système de soins en crise : « C’est terriblement dangereux, pour les soignants comme pour les patients »

Le Monde avec AFP

Voir aussi: pour l’économie française, l’austérité en vue ! L ‘assurance maladie serait épargnée

Finances publiques : une impuissance collective face aux déficits

Éditorial

Le Monde

L’ajustement annoncé par Bruno Le Maire de 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires est à l’image de la façon dont la France gère ses finances publiques depuis des décennies. Les décisions sont prises au pied du mur, sans que les problèmes de fond soient traités.

Publié aujourd’hui à 11h30, modifié à 12h00  Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/22/finances-publiques-une-impuissance-collective-face-aux-deficits_6217902_3232.html

Pas plus que ses voisins européens, la France n’échappe au ralentissement de la croissance : durcissement de la politique monétaire pour contrer l’inflation, guerre en Ukraine, les raisons en sont essentiellement internationales. Mais la façon dont sont conduits en France les ajustements qui en résultent révèle l’ampleur de notre malaise démocratique.

Il y a d’abord eu l’illusion du déni : alors que la plupart des prévisionnistes pointaient un risque de net ralentissement, le gouvernement s’est longtemps arc-bouté sur un chiffre bien trop optimiste d’une progression du PIB de 1,4 % cette année, sachant que son objectif d’atteindre le plein-emploi en fin de quinquennat en découlait. La révision à 1 %, annoncée dimanche 18 février par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, ne fait qu’acter ce qui ne faisait plus de doute : l’année budgétaire est à peine commencée que l’équation de nos finances publiques est déjà caduque.

Lire aussi |   Bruno Le Maire annonce 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires dès cette année

Ensuite est venu le réveil brutal marqué par l’annonce d’un plan d’économies de 10 milliards d’euros visant à garder un semblant de crédibilité vis-à-vis de nos créanciers comme de nos partenaires européens. Vu l’ampleur du manque à gagner du fait de recettes moins importantes, alors que les dépenses continuent d’augmenter, la logique aurait voulu que soit élaboré un projet de loi de finances rectificatif débattu au Parlement. L’exécutif, privé de majorité absolue à l’Assemblée nationale, a rejeté cette option, jugeant politiquement trop coûteux de recourir une fois encore à l’article 49.3 juste avant les élections européennes de juin. Il a donc choisi de rectifier le tir par simple décret.

En décidantd’agir ainsi, au gré des aléas de la conjoncture et de ses marges de manœuvre politiques, le gouvernement s’est condamné à des mesures superficielles, qui non seulement ne sont pas à la hauteur des enjeux, mais donnent aussi un sentiment de flottement sur la politique menée. Une nouvelle fois, le pouvoir a recours au « rabot » budgétaire, dérasant ici et là, sans priorité évidente.

Discours lénifiant

Incapable de dire clairement que le pays vit au-dessus de ses moyens et qu’il est temps de remettre à plat notre fiscalité et nos priorités budgétaires, le gouvernement se croit obligé de tenir un discours lénifiant selon lequel les Français seraient épargnés par les coupes claires et que l’Etat serait le seul à en subir les conséquences. Ce n’est pas en utilisant de tels arguments que la prise de conscience collective émergera.

Cet ajustement est à l’image de la façon dont la France gère ses finances publiques depuis des décennies. A force d’être dans le déni, les décisions sont prises avec retard, au pied du mur, sans que les problèmes de fond (repenser l’efficacité de la dépense publique, réduire le mille-feuille administratif et territorial) soient traités.

Lire aussi |    Croissance : la France engluée dans la stagnation

L’irresponsabilité budgétaire dont font preuve les oppositions en situation de majorité relative aggrave la crise : sachant que tout finira par un 49.3, aucune n’est incitée à élaborer un contre-budget crédible. Le Rassemblement national, qui prétend incarner l’alternance, ne se sent notamment comptable de rien et fait croire que la préférence nationale et la lutte contre la fraude résoudront tous nos maux.

La politique budgétaire à courte vue du gouvernement traduit en fait notre impuissance collective à gérer nos déficits. Il y a pourtant urgence : entre des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques qui sont en proportion du PIB parmi les plus élevés au monde, notre modèle est à bout de souffle. Tôt au tard, il faudra assumer nos inconséquences, dont la responsabilité est largement partagée.

Le Monde

Bruno Le Maire annonce une révision à la baisse des prévisions de croissance de la France

Le gouvernement espérait une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,4 %, une prévision sur laquelle il a bâti le budget de l’année. Les pronostics des organisations économiques étaient plus pessimistes. 

Le Monde avec AFP

Publié le 18 février 2024 à 20h18, modifié le 18 février 2024 à 21h38

https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/02/18/budget-2024-bruno-le-maire-annonce-une-revision-a-la-baisse-des-previsions-de-croissance-de-la-france_6217219_3234.html

Temps de Lecture 3 min. 

Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, a annoncé dimanche 18 février une révision à la baisse des prévisions de croissance de la France pour 2024, de 1,4 à 1 %. Cela implique un « effort immédiat de 10 milliards d’euros d’économie », a-t-il ajouté, au journal télévisé de 20 heures de TF1. Cette nouvelle prévision « reste positive[mais] tient compte du nouveau contexte géopolitique », a expliqué le ministre de l’économie, évoquant tout à la fois la guerre en Ukraine, « les affrontements au Moyen-Orient », le « ralentissement économique très marqué en Chine » et « une récession en 2023 en Allemagne ». Paris maintient par ailleurs son objectif d’abaisser le déficit public à 4,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2024.

Avant son annonce, Bruno Le Maire redisait que l’objectif de croissance à 1,4 % apparaissait de moins en moins atteignable. « J’aurai l’occasion de préciser notre stratégie économique et notre stratégie de finances publiques avec le président de la République et le premier ministre dans les jours qui viennent », avait-il déclaré jeudi. « Je crois, depuis sept ans, avoir fait preuve à chaque fois de clarté et de fermeté sur ces sujets. »

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est la dernière formation économique en date à avoir abaissé lundi, à 0,6 %, son estimation de croissance du (PIB) de la France pour cette année. Elle a emboîté le pas au Fonds monétaire international (FMI) qui table désormais sur une hausse de 1 %. La Banque de France prévoit 0,9 % tandis qu’un consensus d’économistes interrogés par l’agence Bloomberg s’attend à 0,7 %.

Lire aussi |   Bercy s’apprête à revoir ses prévisions de croissance pour 2024

Baisse des dépenses ministérielles et des politiques publiques

Le ministre a assuré que l’exécutif dégagerait ces milliards d’euros d’économies sur les dépenses de l’Etat, s’engageant « comme depuis sept ans » à ne pas augmenter les impôts. « Les Français n’en peuvent plus des impôts, nous n’augmenterons pas les impôts », a-t-il dit, précisant encore que « ce n’est pas la Sécurité sociale qu’on va toucher, ce n’est pas les collectivités locales qu’on va toucher, c’est l’Etat qui va faire un effort immédiat de dix milliards d’euros d’économies ».

Le ministre de l’économie a détaillé où l’exécutif compte trouver ces dix milliards d’euros. La moitié proviendra d’une baisse des « dépenses de fonctionnement de tous les ministères », qui devront donc resserrer leur budget d’« énergie, [de] mobilier, [d’]achats ». « Tous les ministères contribueront à hauteur de ce qu’ils représentent dans le budget national », a précisé M. Le Maire. L’exécutif compte récupérer les cinq milliards d’euros restants sur les « politiques publiques », en réduisant notamment « de près d’un milliard d’euros le montant de l’aide publique au développement »et d’un autre milliard, MaPrimeRénov’, le dispositif d’aide aux travaux d’économie d’énergie.

M. Le Maire a évoqué une troisième source d’économies : « Les opérateurs de l’Etat, toutes les institutions qui peuvent dépendre de l’Etat », qui vont « contribuer à hauteur de quelques dizaines de millions d’euros, pour que les opérateurs de l’Etat fassent une économie collective d’un milliard d’euros ». Le ministre de l’économie a notamment cité l’Agence nationale de cohésion des territoires, Business France (qui aide les entreprises françaises à s’internationaliser), France compétence (chargée de la formation professionnelle et de l’apprentissage) et le Centre national d’études spatiales.

Un ralentissement manifeste

En 2023, Bruno Le Maire avait déjoué les pronostics les plus pessimistes. La croissance avait atteint 0,9 %, selon l’Insee, un niveau très proche de son anticipation, soit 1 %. Mais cette résistance de la deuxième puissance économique de la zone euro, dans un contexte d’inflation encore mordante et de vives tensions géopolitiques, masque des évolutions très divergentes du PIB : un deuxième trimestre en croissance (+ 0,7 %), les trois autres en stagnation.

Lire aussi :  

 L’OCDE prévoit une croissance mondiale fragile en 2024, sur fond d’inflation

Le ralentissement est manifeste. L’activité en 2024 est rattrapée par la hausse des taux d’intérêt décidée pour contrer l’inflation, mais qui pèse sur les investissements des entreprises et des ménages. Et en Europe, le voisin allemand se porte mal. Avec notamment un ralentissement de l’inflation, le principal soutien à l’activité économique résiderait dans un regain – modéré – de l’appétit d’achat des ménages.

L’Insee prévoit une croissance de 0,2 % pour chacun des deux premiers trimestres de 2024. Avec un acquis de croissance estimé à 0,5 % à la mi-année, il faudrait une croissance du PIB de 1,2 % au troisième trimestre ainsi qu’au quatrième pour atteindre 1,4 %, que prévoyait le gouvernement. C’est « beaucoup », remarque-t-on à l’institut statistique.

Lire aussi   « Timide redémarrage » de l’économie française, selon l’Insee

Bruno Le Maire a émis l’hypothèse d’un budget rectificatif à l’été, « en fonction des circonstances économiques et de la situation géopolitique ». « Tout cela obéit à un principe de responsabilité : agir au bon moment (…) pour garder la maîtrise de nos finances publiques, de nos déficits et de notre dette. » En attendant, le ministre de l’économie veut croire en ces « dix milliards d’économies sur l’Etat immédiates, pas sur les Français, pas sur les collectivités locales, [mais] sur l’État ».

Une croissance moindre complique le difficile exercice de redressement des finances publiques que le gouvernement affiche comme une priorité. Plutôt que des hausses d’impôts, il table en effet sur un surplus d’activité ainsi que des économies considérables pour réduire une dette de plus de 3 000 milliards d’euros et ramener le déficit public à 4,4 % du PIB en 2024 (contre 4,9 % anticipés pour 2023), puis sous la limite européenne de 3 % en 2027. Après la fin des soutiens exceptionnels de crise cette année, l’objectif est d’économiser au moins 12 milliards d’euros par an à partir de 2025.

Lire le décryptage |   L’inflation qui dure et la crise du pouvoir d’achat alimentent la défiance et le sentiment de déclassement en France

Le Monde avec AFP

Bruno Le Maire annonce 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires dès cette année

Bercy a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2024, de 1,4 % à 1 % du PIB. Le gouvernement doit trouver de nouvelles économies, qui seront dégagées « exclusivement sur le budget de l’Etat », a annoncé, dimanche, le ministre de l’économie. 

Par Elsa Conesa

Publié le 18 février 2024 à 21h44, modifié le 19 février 2024 à 09h37 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/02/18/bruno-le-maire-annonce-10-milliards-d-euros-d-economies-supplementaires-des-cette-annee_6217223_823448.html

Temps de Lecture 3 min. 

 Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, à Paris, le 5 décembre 2023.
Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, à Paris, le 5 décembre 2023.  STEPHANIE LECOCQ / REUTERS

Cela faisait des semaines que les équipes de Bercy préparaient le terrain. Mais l’exécutif tergiversait, dans l’attente d’un moment sinon politiquement propice, du moins relativement pacifié pour annoncer ce qui s’apparente à une mauvaise nouvelle : l’économie française montre des signes de faiblesse. Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, a finalement choisi le milieu des vacances d’hiver pour cette opération vérité sur l’état de l’économie française, en s’invitant au « 20 heures » de TF1, dimanche 18 février. « La croissance ralentit partout dans le monde, notamment en Europe, avec une révision de croissance significative en Grande-Bretagne et en Allemagne, a expliqué le numéro deux du gouvernementEt elle ralentit encore davantage en Chine. Tout cela a un impact sur la croissance française. Je réviserai donc la croissance française de 1,4 à 1 % en 2024. »

Lire aussi |   Croissance : la France engluée dans la stagnation

Une révision qui va nécessiter 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires dès cette année et pourrait justifier un passage devant le Parlement, après les élections européennes, pour présenter un budget rectificatif « en fonction de la conjoncture et notamment le niveau des taux d’intérêt, et de la situation géopolitique », a-t-il précisé. En l’absence de texte législatif, le gouvernement ne peut pas réduire la dépense au-delà de 10 milliards d’euros par la voie réglementaire, même si celle-ci offre l’avantage de la rapidité.

Les prévisions de Bercy pour 2024, qui dataient de l’automne, semblaient de plus en plus décalées avec celles des organisations internationales, lesquelles tablaient presque toutes sur une croissance du PIB inférieure à 1 % pour la France cette année, contre 1,4 % dans les documents budgétaires. Bercy a toutefois veillé à ce que la correction fasse apparaître une légère amélioration par rapport à 2023. L’an dernier, le PIB a en effet crû de 0,9 %, selon l’Insee.

« La croissance française résiste mieux que les autres grands pays développés », a insisté Bruno Le Maire, rappelant que la France n’était « pas passée par la case récession en 2023 », contrairement à certains de ses grands voisins comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, auxquels elle est le plus souvent comparée. « Nous estimons que la croissance en 2024 sera supérieure à celle de 2023, a-t-il poursuivi. Notamment grâce aux mesures de simplification de la vie des entreprises, et les réformes de structure qui ont été annoncées. »

Les nouvelles dépenses se sont multipliées

Ces mesures visent aussi à rassurer les agences de notation, qui se pencheront de nouveau sur la qualité de la signature française en avril. L’objectif d’un déficit public ramené de 4,9 % en 2023, à 4,4 % en 2024, est ainsi confirmé. Mais les 16 milliards d’euros d’économies prévues dans le budget 2024, adopté en fin d’année dernière, et issues pour l’essentiel de l’arrêt de dispositifs de crise, ne suffiront pas. D’autant que les nouvelles dépenses se sont multipliées ces derniers jours, avec notamment 400 millions d’euros pour les agriculteurs, et jusqu’à 3 milliards d’euros d’aide pour l’Ukraine.

Quelque 10 milliards d’euros supplémentaires seront donc économisés « exclusivement sur le budget de l’Etat », a précisé Bruno Le Maire, qui dit emprunter là « la voie du courage » plutôt que celle de la « facilité » consistant à augmenter les impôts. Les collectivités locales et la sphère sociale (retraites, chômage, assurance maladie, prestations sociales, etc.) sont à ce stade épargnées. L’agenda de réformes prévoit toutefois un nouveau tour de vis sur l’assurance chômage dès cette année, et dans la santé avec un doublement des franchises médicales. Si elle se confirmait, la baisse des taux d’intérêt constatée depuis quelques semaines pourrait toutefois offrir un peu de marge de manœuvre au gouvernement, en réduisant la charge de la dette, prévue à 52 milliards d’euros cette année. En attendant, « l’Etat va se serrer la ceinture », a résumé M. Le Maire.

Lire aussi |    Pouvoir d’achat : depuis quatre ans, les revenus du travail n’ont pas enrichi les Français, selon l’OFCE

La moitié des 10 milliards d’euros annoncés proviendront d’annulations de crédits dans les budgets des ministères – tous « sans exception », a-t-il précisé – sur la gestion de leur immobilier, leurs recrutements, leurs dépenses énergétiques ou leurs achats. Un décret d’annulation de crédits doit être signé dans les jours qui viennent. Le signal se veut fort : « Annuler 10 milliards d’euros de crédits en février alors qu’ils ont été votés en décembre, c’est du jamais-vu », souligne l’entourage du ministre délégué au budget, Thomas Cazenave. Sept cents millions d’euros seront gagnés sur les dépenses de personnel et 750 millions sur les achats, a précisé ce dernier sur France 2, lundi 19 février.

Contribution réduite à l’ONU

Les 5 autres milliards seront prélevés sur différentes politiques publiques, à commencer par le budget des opérateurs de l’Etat, ces agences spécialisées dont les crédits seront réduits à hauteur d’un milliard d’euros. Bruno Le Maire a notamment cité France compétences (chargée de la formation professionnelle et de l’apprentissage), le Centre national d’études spatiales, l’agence nationale de la cohésion des territoires, ou encore Business France, qui aide les entreprises françaises à s’internationaliser.

Un milliard d’euros seront par ailleurs retranchés du budget de l’aide à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’, qui sera ramené de 5 à 4 milliards d’euros cette année, tout en continuant à augmenter par rapport à l’année précédente. Enfin, 800 millions d’euros seront ponctionnés dans les crédits de l’aide publique au développement, avec notamment une contribution réduite à l’ONU.

Si l’économie se dégradait davantage, un budget rectificatif pourrait s’imposer, a prévenu le ministre. Mais le contexte politique rend l’exercice très périlleux en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale et alors qu’un nouveau premier ministre vient de prendre ses fonctions. Pas question de le fragiliser dès maintenant avec un 49.3, ou en offrant aux oppositions l’occasion d’une motion de censure. L’option retenue consiste donc à y recourir, en cas de nécessité, à l’été.

Lire le décryptage |  L’inflation qui dure et la crise du pouvoir d’achat alimentent la défiance et le sentiment de déclassement en France

Elsa Conesa

Bruno Le Maire annonce « au moins 10 milliards d’économies » pour réduire l’endettement de la France

Le ministre de l’Économie a annoncé avoir identifié de nombreux postes de dépenses à réduire, tout en affirmant ne pas vouloir conduire une politique d’austérité, « qui tuerait notre croissance ».

Article rédigé par franceinfo avec AFP

France Télévisions

Publié le 19/06/2023 15:35Mis à jour le 19/06/2023 16:53 https://www.francetvinfo.fr/politique/bruno-le-maire/assises-des-finances-publiques-bruno-le-maire-annonce-au-moins-10-milliards-d-economies-pour-redresser-les-finances-publiques_5897993.html

Temps de lecture : 1 min

« Maintenant que nous revenons à la normale, qui comprendrait que nous continuions à dépenser autant ? » A l’occasion de la journée d’ouverture des assises des finances publiques, lundi 19 juin, Bruno Le Maire a annoncé que le gouvernement avait identifié « au moins 10 milliards d’euros d’économies » pour redresser les comptes dégradés de la France d’ici 2027. 

Après avoir échappé à la sanction de l’agence S&P Global, qui a maintenu la note de solvabilité française, l’exécutif entend réaffirmer son sérieux budgétaire et tourner la page des mesures de soutien du « quoi qu’il en coûte » face aux crises sanitaire et énergétique. Pour ce faire, l’exécutif entend tabler sur la fin du bouclier énergétique, les gains des réformes sur les retraites et l’assurance-chômage, et le plein-emploi, tout en taillant dans des dépenses de santé ou des avantages fiscaux aux carburants. Des mesures contre l’explosion des arrêts maladie et « les dérives » des dépenses en médicaments, devraient être prises, a précisé Bruno Le Maire.

Des efforts face à la remontée des taux d’intérêt

Les aides au logement et le soutien à l’emploi sont également dans le viseur du gouvernement et devraient permettre deux milliards d’euros d’économie. Autre cible, les avantages fiscaux sur les carburants dont bénéficient certaines professions comme les transporteurs routiers ou les agriculteurs seront supprimés progressivement d’ici 2030, avec un accompagnement pour permettre à ces professions d’opérer cette bascule.

L’objectif est de réduire l’endettement de la France à 108,3% du PIB en 2027 et de ramener le déficit public sous l’objectif européen de 3%. Le tout sera inscrit dans une loi de programmation prévue en septembre. Ces efforts sont jugés d’autant plus nécessaires que l’environnement économique se durcit, avec rétablissement l’an prochain des règles budgétaires européennes et la forte remontée des taux d’intérêt qui alourdit significativement la charge de la dette.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire