« Des médecins cubains vont-ils vraiment arriver en renfort à l’hôpital de Guingamp ? »
Date de publication : 21 février 2024 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=9dd368bfd64d1e0b4c244f14dfe9f83c&id_newsletter=19696&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=19696&from=newsletter

C’est ce que titre Libération, qui souligne que « de la demande de l’agglomération bretonne à l’adoption d’un décret gouvernemental en passant par la négociation de contrats, le chemin est encore long (et sinueux) avant que des professionnels de santé cubains ne posent le pied dans les Côtes-d’Armor ».
Elsa de La Roche Saint-André explique que « la balle est désormais dans le camp de l’exécutif. […] L’examen de la demande de décret pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Dans le cadre de ce processus, les autorités de santé, et en premier lieu l’ARS, ainsi que les représentants de la profession, devraient être consultés. Une autre ARS, celle de Nouvelle-Aquitaine, avait fait de la résistance face à une précédente requête émanant de la communauté de communes de Charente Limousine en 2021. Retoqué, le projet visait à faire venir 15 médecins cubains pendant 2 ans pour lutter contre les déserts médicaux ».
La journaliste relève que « l’initiative guingampaise pourrait également rencontrer l’opposition d’une partie de la profession, craignant de subir une forme de dumping social si les salaires des médecins cubains n’étaient pas alignés sur le régime français. Pour l’anticiper, le président de Guingamp-Paimpol Agglomération a fait part de sa volonté d’échanger avec le conseil national de l’Ordre des médecins ».
Elsa de La Roche Saint-André note que selon le vice-président de l’Ordre, Jean-Marcel Mourgues, « deux cas pourraient se présenter. Soit les praticiens embauchés par l’hôpital de Guingamp seraient placés sous l’autorité d’un médecin hospitalier, auquel cas ils n’auraient pas à solliciter l’autorisation de l’Ordre des médecins ».
« Soit il s’agirait de recruter des «praticiens de plein exercice», censés «remplacer des médecins hospitaliers avec toute l’indépendance et la responsabilité que la fonction implique». Dans cette configuration, les médecins cubains seraient préalablement soumis à «un processus de vérification des connaissances et d’autorisation d’exercice» », précise la journaliste.
Elle ajoute que « l’un des enjeux tient au fait que le champ du décret, s’il était adopté, s’étendrait au-delà de la seule agglomération de Guingamp. Et précisément, d’autres communes de Bretagne auraient déjà manifesté leur souhait de bénéficier de la venue de soignants cubains : les noms de Lannion, Carhaix ou Plédran ont été cités »
Vincent Le Meaux, président de la communauté d’agglomération de Guingamp, a quant à lui souligné : « On n’est pas sur des solutions de long terme, mais au moins à moyen terme, on peut aider la France à soigner ses Français et ses Françaises ».
Elsa de La Roche Saint-André indique en outre que « si les collectivités françaises sollicitent des accords avec Cuba en particulier, c’est que cet Etat insulaire conduit depuis plus de six décennies une politique de coopération médicale internationale ».
« Il s’agit pour Cuba de former en masse des médecins, dont une importante part sont ensuite envoyés dans les pays qui sollicitent cette coopération. Quelque 12.000 praticiens sont formés chaque année sur l’île, dix fois plus que ce dont le pays a besoin. En 2023, «57 brigades médicales – employant 22.632 collaborateurs» opéraient sur tous les continents », poursuit la journaliste.
Elle indique que « l’envoi de médecins en mission à l’étranger constitue désormais la principale rentrée de devises pour Cuba. D’après les chiffres officiels, ce service lui a rapporté 6,4 milliards de dollars en 2018, 5,4 milliards en 2019 et près de 4 milliards en 2020. […] Mais ces recettes sont le fruit de l’appropriation par l’Etat cubain de plus des trois quarts du montant des salaires versés à ses soignants. Une ponction évaluée entre 75 et 89% de la rémunération », précise-t-elle.
Des médecins cubains pour sauver l’hôpital de Guingamp ? La CME, ni consultée, ni convaincue
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PUBLIÉ LE 21/02/2024
Alors que les élus locaux, les syndicats et le directeur de l’hôpital de Guingamp ont rencontré l’ambassadeur de Cuba en France, le 16 février, le Dr Olivier Quéré, vice-président de la CME, profite de cette mise en lumière médiatique pour souligner plutôt les tensions en matière de recrutements au sein de son établissement. Témoignage.

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En tant que vice-président de la CME, avez-vous été à l’initiative du projet de recruter des médecins cubains ?
Nous n’en sommes pas à l’origine ! La communauté de communes et les élus locaux sont porteurs de cette idée. Cela ne relève pas du tout de notre compétence locale. Nous avons l’habitude, dans notre établissement, de recruter des médecins étrangers, des Padhue. Je précise qu’il faudra passer de toute façon par un décret et une compétence au niveau du ministère de la Santé pour valider cette initiative. Nous restons observateurs de ce qu’il va se passer.
Mais souhaitez-vous recruter des médecins cubains ? N’est-ce pas un constat d’échec pour sauver cette maternité, voire…(suite abonnés)