Les enfants des ménages les plus modestes s’avèrent particulièrement touchés par les maladies respiratoires causées par la pollution de l’air.

Une étude alerte sur les dangers de la pollution de l’air pour les jeunes enfants

par

 Capucine Bordet

19 février 2024

https://www.vivamagazine.fr/une-etude-alerte-sur-les-dangers-de-la-pollution-de-lair-pour-les-jeunes-enfants/

Chaque année, 11 000 enfants de moins de trois ans sont hospitalisés en urgence à cause de leur asthme. © 123 RF
Chaque année en France, 11 000 enfants de moins de trois ans sont admis en urgence pour asthme, et 28 000 tout-petits de moins de deux ans pour bronchiolite. © 123RF

L’organisme public de statistiques a publié au début de l’année 2024 une étude sur les conséquences de l’exposition aux polluants atmosphériques sur la santé, dès les premières années de vie. Les enfants des ménages les plus modestes s’avèrent particulièrement touchés par les maladies respiratoires causées par la pollution de l’air.

Chaque année, 11 000 enfants de moins de trois ans sont hospitalisés en urgence à cause de leur asthme. Ce chiffre figurant dans une récente étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES)*** porte sur la période 2008-2017. Publiée au début de l’année 2024, l’enquête précise que ces hospitalisations concernent 1,4 % des enfants en France. « Et 1,9 % (…) des enfants les plus modestes. »

Autre maladie respiratoire, la bronchiolite est responsable de 28 000 hospitalisations annuelles en urgence pour des enfants âgés de moins de deux ans. Ce qui représente 3,6 % de cette tranche d’âge. Là aussi, le risque est « doublé pour les plus modestes par rapport aux plus aisés ».

Les enfants inégalement exposés

Cette étude de la Drees pointe la responsabilité de la pollution atmosphérique dans la responsabilité de ces pathologies infantiles. Les chercheurs démontrent par ailleurs que les enfants des ménages modestes sont « plus exposés » à ces particules fines. Une inégalité de santé qui s’explique par leur lieu de résidence. 

Ce sont les enfants des ménages les plus modestes qui sont les plus exposés.La Dress

« Les moins aisés vivent, plus souvent, au sein des aires d’attraction des villes, dans les communes les plus polluées. Au sein de ces espaces, ce sont les enfants des ménages les plus modestes qui sont les plus exposés, du fait de leur localisation. »

Mais l’enquête met également en avant un risque accru pour les plus jeunes issus de milieux favorisés. « La pollution atmosphérique se concentre dans les villes, où les plus aisés résident plus souvent. »

https://www.vivamagazine.fr/pollution-aux-particules-fines-en-france/embed/#?secret=qShddVwPIC#?secret=aSbExxkNRX

Fardeau sanitaire

Quelques semaines avant la parution de cette analyse, une autre étude alarmante sur la pollution atmosphérique * était relayée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Fin 2023, l’établissement public rappelait ainsi que « 99 % de la population mondiale respire un air qui ne respecte pas les limites relatives à la qualité de l’air recommandées par l’Organisation mondiale de la santé ».

Le document détaille également les conséquences pour l’organisme de l’exposition aux particules fines **, qualifiée de « fardeau sanitaire » : bronchites, bronchiolites, pneumonies, mais aussi cancers… La pollution atmosphérique est en effet « classée comme cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2013 ».

Les particules fines, responsables de la pollution atmosphérique
Leur diamètre n’excède pas celui d’un cheveu, pourtant elles s’avèrent particulièrement toxiques. Ces microparticules solides et chimiques proviennent des rejets industriels. Elles émanent notamment des fumées des usines, mais aussi des transports (gaz d’échappement) et du chauffage au bois ou au charbon…

*Pollution atmosphérique : Respirer est-il mauvais pour la santé ?

99 % de la population mondiale respire un air qui ne respecte pas les limites relatives à la qualité de l’air recommandées par l’Organisation mondiale de la santé. Les conséquences sur notre santé sont multiples, non seulement pour les voies respiratoires mais aussi pour l’ensemble de notre organisme.

Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°58

https://www.inserm.fr/actualite/pollution-atmospherique-respirer-est-il-mauvais-pour-la-sante/

Plus de quatre millions ! C’est, selon l’OMS, le nombre de décès prématurés provoqués par la pollution de l’air extérieur chaque année dans le monde. Obstructions et infections des voies respiratoires, accidents cardiovasculaires et cancers sont les principales causes de cette mortalité prématurée due à la présence dans l’air que nous respirons de polluants : gaz, métaux lourds, particules et poussières en suspension. Ceux qui ont le plus d’impact sur notre santé sont indéniablement les fameux PM (pour particulate matter en anglais), en particulier les PM2,5, les particules fines dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns. Santé publique France estime ainsi qu’environ 40 000 décès prématurés sont attribuables aux PM2,5 en France.

Des effets immédiats…

Qu’ils soient d’origine naturelle ou émis par les activités humaines, les polluants atmosphériques ont de prime abord des impacts à court terme sur notre santé. Ceux-ci sont particulièrement flagrants lors des pics de pollution et dans les jours qui suivent. « Ces pics s’accompagnent notamment d’une hausse des consultations et des hospitalisations pour allergies et infections des voies respiratoires », indique Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste et directrice de recherche Inserm à Montpellier. Les polluants sont en effet des irritants très réactifs qui abîment les muqueuses et facilitent les réactions allergiques et inflammatoires mais aussi les infections par des micro-organismes. » Les cas de bronchites, bronchiolites, pneumonies, otites explosent alors. Ces infections peuvent entraîner des complications, voire des décès pour les personnes les plus vulnérables comme les enfants en bas âge, les personnes malades et/ou âgées. Des travaux fondés sur des données de six pays d’Europe occidentale, auxquels a participé Isabella Annesi-Maesano, ont d’ailleurs montré que la mortalité associée à la Covid-19 augmente lors des pics de pollution aux PM2,5.

Par ailleurs, « les pics de pollution peuvent occasionner une diminution transitoire de notre capacité pulmonaire et exacerber les symptômes de maladies respiratoires », ajoute Valérie Siroux, spécialiste de la santé respiratoire et directrice de recherche Inserm à Grenoble. C’est par exemple le cas de l’asthme ou encore de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) – une pathologie caractérisée par une obstruction progressive des voies aériennes et des poumons. De plus, « les particules les plus fines peuvent également pénétrer en profondeur dans les bronches, atteindre la circulation sanguine et déclencher entre autres des accidents vasculaires cérébraux (AVC)ou des infarctus du myocarde », poursuit Isabella Annesi-Maesano.

… comme à long terme

Mais le fardeau sanitaire le plus élevé découle de l’exposition chronique à la pollution atmosphérique. « Nous y sommes tous exposés dès notre conception, rappelle Valérie Siroux. Toutefois il est plus difficile d’étudier ces effets à long terme sur la santé qui apparaissent même à des expositions considérées comme acceptables. » Pour les identifier, les épidémiologistes mettent en place des études de cohortes qui suivent la santé de milliers de personnes sur de longues périodes, parfois des décennies. À l’heure actuelle, plusieurs consensus ont toutefois été établis sur la contribution de la pollution de l’air extérieur au développement et/ou à l’aggravation de maladies chroniques. C’est le cas par exemple du cancer du poumon, dont l’incidence est accrue en cas d’exposition continue à des concentrations même relativement faibles de PM. La pollution atmosphérique a d’ailleurs été classée comme cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer dès 2013. L’impact sur les maladies cardiovasculaires et respiratoires est aussi largement documenté. Par ailleurs, « les femmes exposées à la pollution atmosphérique pendant leur grossesse ont plus de risques d’accoucher prématurément et/ ou de mettre au monde un enfant avec un faible poids de naissance », précise Valérie Siroux. Des issues de grossesse qui peuvent contribuer à la mortalité néonatale.

En outre, un faisceau d’éléments de plus en plus probant suggère depuis une vingtaine d’années des associations plus ou moins fortes entre pollution de l’air et de nombreux troubles de la santé et des pathologies chroniques : diabète, obésité, maladies auto-immunes, allergies, troubles du développement et du spectre autistique, altération de la cognition et maladies neurodégénératives, troubles de l’humeur… Ainsi, « à l’aide des données récoltées dans le cadre de l’étude Constances, une cohorte épidémiologique généraliste en population générale constituée d’un échantillon de 200 000 adultes, nous avons pu montrer que les participants les plus exposés présentent de moins bonnes performances cognitives dans le domaine de la mémoire, du langage et des fonctions exécutives, et cela dès 45 ans, indique Bénédicte Jacquemin, chargée de recherche Inserm à Rennes. De façon similaire, nous avons mis en évidence une association entre l’exposition à des polluants atmosphériques et une augmentation des symptômes dépressifs. »

Continuer d’explorer les effets sur la santé

Au bout du compte, « tous les organes de notre corps sont affectés par l’exposition aux polluants atmosphériques, même à de faibles doses », remarque Isabella Annesi-Maesano. Pour autant, les mécanismes toxicologiques responsables de ces impacts sanitaires ne sont pas toujours clairement caractérisés. Et certains composés très nocifs, comme les particules ultrafines, les PM0,1, dont le diamètre est inférieur à 0,1 micron, sont encore trop peu étudiés. Pourtant « elles pénètrent très profondément dans l’organisme », ajoute l’épidémiologiste, qui regrette que le suivi de ces polluants ne soit pas encore réglementé. Par ailleurs, « nous manquons de données sur les interactions entre ces polluants et l’effet cocktail qui en résulte, mais aussi sur l’influence d’autres sources de pollution et de notre hygiène de vie », remarque Isabella Annesi-Maesano. Des informations qui pourraient être obtenues en étudiant notre exposome, c’est-à-dire l’ensemble des expositions environnementales auxquelles nous sommes soumis quotidiennement, et qui permettraient alors d’orienter les politiques de santé publique pour réduire l’énorme impact sanitaire de la pollution atmosphérique. La recherche n’est pas près de souffler.

Isabella Annesi-Maesano : unité d’accueil UA11 Inserm/Université de Montpellier, Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique

Valérie Siroux : unité Inserm 1209/Université Grenoble Alpes/CNRS, Institut pour l’avancée des biosciences

Bénédicte Jacquemin : unité 1085 Inserm/Université de Rennes 1/École des hautes études en santé publique, Institut de recherche en santé, environnement et travail

**La pollution aux particules fines réduit l’espérance de vie de deux ans

par Capucine Bordet

17 juin 2022

https://www.vivamagazine.fr/la-pollution-aux-particules-fines-reduit-lesperance-de-vie-de-deux-ans/

La pollution aux particules fines réduit l'espérance de vie de 2 ans © 123 RF
L’OMS explique que l’exposition chronique aux particules contribue au risque de développer des maladies cardiovasculaires, respiratoires, et des cancers pulmonaires. © 123 RF

La pollution due aux particules fines amputerait l’espérance de vie mondiale de plus de deux ans, selon une équipe de chercheurs de l’université de Chicago. D’après leur étude, les confinements liés au Covid-19 n’auraient pas permis d’améliorer la qualité de l’air.

Une équipe de l’université de Chicago vient de démontrer que l’exposition aux particules fines réduit fortement l’espérance de vie. Cette récente étude scientifique apporte, une nouvelle fois, la preuve des conséquences dramatiques de la pollution atmosphérique sur la santé

https://aqli.epic.uchicago.edu/wp-content/uploads/2022/06/AQLI_2022_Report-Global.pdf

Deux ans d’espérance de vie en moins

A l’échelle mondiale, cette amputation s’élève à plus de deux ans. Selon les chercheurs, réduire drastiquement la pollution de l’air permettrait « d’ajouter 2,2 années à l’espérance de vie moyenne ». Cette moyenne s’élève même à cinq ans en Asie du Sud, toujours selon l’étude. Et l’Inde est particulièrement impactée, puisque les particules fines y diminuent l’espérance de vie de huit ans. Et jusqu’à dix ans dans la ville de New Delhi.

Cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires…

Cette mortalité est causée par les particules fines. Il s’agit de microparticules dont le diamètre n’excède pas celui d’un cheveu (moins de 2,5 microns). Mais qui s’avèrent particulièrement dangereuses pour la santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle sur son site que « ces dernières peuvent franchir la barrière pulmonaire et entrer dans la circulation sanguine. L’exposition chronique aux particules contribue au risque de développer des maladies cardiovasculaires, respiratoires, et des cancers pulmonaires. »

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Non-respect des seuils fixés par l’OMS

Ces microparticules sont essentiellement générées par l’activité industrielle. Ainsi que par les transports (véhicules routiers) et l’agriculture… L’OMS a récemment communiqué de nouvelles directives sur la qualité de l’air. Dans lesquelles les seuils maximums de particules fines sont détaillés. Or, l’enquête de l’université de Chicago prouve une nouvelle fois que ces taux ne sont pas respectés. Et ce dans toutes les régions du monde.

Confinements et pollution

Autre fait édifiant mis en lumière par les scientifiques américains, les confinements liés au Covid-19 n’ont pas permis de réduire la pollution liée aux particules fines. En effet, les interruptions de l’activité économique mondiale ont entraîné « peu de changement » sur la qualité de l’air. Dans l’introduction de l’étude, il spécifié qu’en « Asie du Sud, la région la plus polluée du monde, la pollution a même augmenté au cours de la première année de la pandémie. »

La nécessité de politiques fortes

Selon les chercheurs, cette stagnation de la pollution, malgré les périodes de confinements, met en évidence qu’il s’agit « d’un problème tenace. Et qui ne pourra être résolu que par des politiques fortes. »

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***Plus exposés à la pollution de l’air, les jeunes enfants des ménages modestes, plus fragiles, sont les plus affectés

ÉTUDES ET RÉSULTATS

N° 1292

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/plus-exposes-la-pollution-de-lair-les-jeunes#:~:text=Cela%20représente%20environ%2011%20000,risque%20multiplié%20par%201%2C6.

Paru le 04/01/2024

Milena Suarez Castillo (DREES), avec la collaboration de Vianney Costemalle (DREES), David Benatia (CREST) et Christine le Thi (Insee)

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude sur les inégalités de santé chez les jeunes enfants en lien avec la pollution de l’air. Au-delà des différences d’exposition, qui sont en défaveur à la fois des jeunes enfants des ménages les plus aisés et des ménages les plus modestes, il existe de fortes disparités de vulnérabilité vis-à-vis de la pollution de l’air. 10 % des enfants concentrent l’essentiel des effets observables lors d’une augmentation de l’exposition à la pollution de l’air avant leur premier anniversaire, via le recours aux soins en lien avec certaines pathologies respiratoires. Plus souvent dans un moins bon état de santé à la naissance, ils ne sont pas répartis de façon égale sur l’échelle de niveaux de vie des parents : parmi ces enfants les plus affectés, le dixième le plus modeste est 1,6 fois plus représenté que le dixième le plus aisé. 

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-01/ER1292MAJ2.pdf


L’exposition à la pollution de l’air est plus élevée chez les enfants les plus aisés et les plus modestes

En France métropolitaine, ce sont les jeunes enfants vivant dans les ménages les plus aisés et dans les ménages les plus modestes qui sont les plus exposés à la pollution de l’air due aux particules fines de moins de 2,5 micromètres. D’une part, la pollution atmosphérique se concentre dans les villes, où les plus aisés résident plus souvent. D’autre part, les moins aisés vivent plus souvent, au sein des aires d’attraction des villes, dans les communes les plus polluées : au sein de ces espaces, ce sont les enfants des ménages les plus modestes qui sont les plus exposés du fait de leur localisation (graphique).

Les enfants modestes, plus fragiles à la naissance et plus souvent hospitalisés en urgence pour asthme et bronchiolite

Alors que les enfants nés prématurément représentent 9,1 % des naissances parmi les 10 % les plus modestes de la cohorte étudiée, ils représentent 6,1 % des enfants parmi les 10 % les plus aisés. Ainsi, les enfants les plus modestes ont un risque 1,5 fois plus élevé de naître prématurément que les plus aisés. En outre, parmi les enfants nés à terme, les plus modestes nécessitent en moyenne plus de soins lors de leur séjour de naissance. Avant leur troisième anniversaire, 1,4% des enfants sont admis à l’hôpital en urgence pour asthme sur la période étudiée (2008-2017). Cela représente environ 11 000 enfants nés chaque année qui sont touchés avant leur trois ans. En ce qui concerne les enfants les plus modestes, ils sont 1,9 %  à être admis à l’hôpital en urgence pour asthme avant leur troisième anniversaire, contre 1,2 % des plus aisés, soit un risque multiplié par 1,6. Concernant les hospitalisations en urgence pour bronchiolite avant le deuxième anniversaire, qui concernent 3,6 % des enfants soit de l’ordre de 28 000 enfants nés chaque année, les différences sont encore plus marquées, avec un risque doublé pour les plus modestes par rapport aux plus aisés (graphique). En revanche, les délivrances de médicaments contre l’asthme en pharmacie de ville, qui concernent un peu plus d’un quart des enfants, sont bien moins fréquentes chez les plus modestes que pour les dixièmes de niveaux de vie intermédiaires à élevés. En l’absence de mesure directe de l’état de santé respiratoire, la consommation des médicaments contre l’asthme peut être interprétée à la fois comme le marqueur d’une pathologie respiratoire, aiguë ou chronique, mais également comme un indicateur de la qualité de sa prise en charge, puisqu’il existe des différences d’accès, de recours et d’observance des traitements.

Des recours aux soins respiratoires plus fréquents chez les enfants surexposés à la pollution dans leur première année de vie

La simple comparaison d’enfants plus exposés à la pollution de l’air que les autres de par leur lieu de vie sur des données observationnelles ne permet d’établir qu’une coïncidence entre cette exposition en moyenne sur l’année et le fait d’être traité pour soins respiratoires. Afin de pouvoir donner une interprétation causale aux estimations de l’effet d’une surexposition à la pollution atmosphérique, deux groupes de jeunes enfants sont ici comparés, un groupe « surexposé » et l’autre « sous-exposé » (l’appartenance à chaque groupe n’étant pas déterminé de façon univoque par le lieu de vie). L’assignation des enfants au groupe « fortement exposé » repose sur leur exposition dans leur première année de vie à un nombre plus important de jours avec une inversion thermique qu’habituellement dans leur commune de résidence, phénomène météorologique ayant pour conséquence l’accumulation des polluants atmosphériques, notamment, mais pas seulement, les PM2,5 et donc par une sur-exposition à la pollution de l’air de ces enfants « fortement exposés » (voir précaution méthodologique).

Sur la période 2008-2017, environ 28 000 enfants de chaque génération sont hospitalisés pour bronchiolite avant leurs deux ans et 11 000 pour asthme avant leurs trois ans. Si l’on pouvait diminuer l’exposition moyenne annuelle aux principaux polluants atmosphérique d’environ 1 % sur la première année de vie, ce qui revient à préserver les enfants de moins de un an d’une quinzaine de jours d’augmentation ponctuelle importante de leur exposition à ces polluants, alors de l’ordre de 2 000 cas hospitalisés de bronchiolites, 1 800 cas hospitalisés d’asthmes et 6 100 prises en charge d’enfants avec des délivrances de médicaments anti-asthmatiques seraient évités.

Les enfants les plus affectés par un surcroît de pollution de l’air font plus souvent partie des plus modestes

La vulnérabilité à la pollution de l’air est vraisemblablement variable d’un enfant à l’autre, ce qu’occultent ces comparaisons globales. Concernant les hospitalisations en urgence pour bronchiolite et la délivrance de médicaments contre l’asthme, les effets importants, détectables statistiquement, seraient concentrés dans un groupe représentant 10 % des enfants, le groupe des enfants les plus affectés par la pollution de l’air. Que ce soit en termes d’hospitalisations en urgence pour bronchiolite ou de délivrance de médicaments anti-asthmatiques, les enfants les 10 % les plus affectés présentent plus souvent un état de santé défavorable à la naissance et font également plus souvent partie des plus modestes. Pour ce qui est des hospitalisations pour bronchiolite, ces disparités sont particulièrement marquées : les enfants les plus affectés par un surcroît de pollution de l’air dans leur première année sont avant tout des enfants dont l’état de santé à la naissance est moins favorable: 18,7 % sont nés prématurément, contre 5,9 % parmi les 50 % les moins affectés. Ces enfants appartiennent aussi 1,9 fois plus souvent au dixième de niveau de vie le plus modeste, qui représente 17,4 % des enfants les plus affectés.

Précautions méthodologiques

Les estimations interprétées de façon causale sont issues d’une méthode quasi-expérimentale (méthode par variable instrumentale en forme réduite).  L’approche quasi expérimentale est une des approches statistiques qui a émergé pour dépasser certaines limites des études observationnelles établissant des associations. Elle a conforté dans ce cadre d’analyse les études observationnelles établissant un lien entre état de santé dégradé et exposition à la pollution atmosphérique. Cette étude repose sur la quasi-expérience suivante : certains enfants connaissent, dans leur première année de vie, une exposition plus importante à la pollution de l’air que des enfants comparables nés dans la même commune, du fait d’un nombre d’inversions thermiques plus important. Une inversion thermique est une inversion du gradient de température avec l’altitude (ie la température est temporairement plus élevée en altitude qu’au niveau du sol) favorisant l’accumulation de la pollution de l’air au sol. Ce phénomène n’est pas spécifique aux particules fines de moins de 2,5 micromètres et impacte également la concentration d’autres polluants de l’air par le même mécanisme. Ainsi, les effets estimés ici s’interprètent plutôt comme une réponse à un surcroît de pollution de l’air induite par une inversion thermique (PM2,5, mais aussi d’autres polluants comme les oxydes d’azote ou le monoxyde de carbone) que la réponse à un surcroît d’un seul polluant (Godzinski, Suarez Castillo, 2021). Alors que l’exposition à la pollution de l’air est très liée aux caractéristiques des enfants (leur lieu de vie en particulier, qui se trouve très corrélé à d’autres variables socio-économiques), l’exposition à un surcroît d’inversion thermique permet de séparer des groupes d’enfants plus homogènes globalement au vu de leurs caractéristiques moyenne, mais dont l’un est plus exposé à la pollution atmosphérique que l’autre. Les ordres de grandeurs de recours aux soins évités par une moindre exposition à la pollution résultent des estimations tirées de cette méthode quasi-expérimentale ; ils ne doivent pas faire oublier les incertitudes statistiques (i.e. taille des intervalles de confiance) ainsi que les limites spécifiques à la stratégie empirique adoptée ici (variable instrumentale non spécifique à un polluant donné, et instrume

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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