Village landais Alzheimer : bilan positif à 3 ans
Stéphanie LavaudAUTEURS ET DÉCLARATIONS
29 janvier 2024
France – Trois ans après l’ouverture du très innovant Village Landais Alzheimer, les premiers enseignements issus de la pratique et de la recherche se montrent très encourageants : tant pour ce qui concerne l’évolution des capacités cognitives des résidents, que celle de leur santé mentale, ou encore le vécu des proches aidants.
Approche novatrice
Il y a 3 ans, nous rapportions l’ouverture aux portes de Dax (40) d’un lieu unique en France dédié à une prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer : le Village Landais Alzheimer. L’idée était alors de créer une structure novatrice dans la prise en charge de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer et apparentées – un lieu où l’on mettrait en avant une approche non-médicamenteuse et des activités thérapeutiques permettant de préserver au mieux les capacités cognitives et pratiques des résidents – le tout dans un environnement sécurisé reproduisant l’organisation d’un village où les résidents vivent au sein de petites unités d’habitation. Autre point fort de cette structure, il était prévu que plusieurs études évaluent « l’efficacité » de ce mode de prise en charge original, sous la houlette d’Hélène Amieva, directrice de recherche Inserm (Lire l’interview d’Hélène Amieva : Village landais Azheimer : un modèle à répliquer ?). Trois ans après, l’équipe INSERM a présenté les premiers résultats qui s’appuient sur des entretiens proposés aux aidants, des auto-questionnaires administrés aux bénévoles et aux professionnels, et un examen clinique approfondi des résidents au moyen de différents tests et échelles, tous les six mois pendant vingt-quatre mois, puis à trente-six mois après leur entrée au Village. Menée initialement sur les 120 premières personnes intégrant le Village, la décision a été prise – au vu de données préliminaires encourageantes – de mener une cohorte prospective « ouverte » qui compte aujourd’hui plus de 160 Villageois.
Pas de dégradation de la santé cognitive et mentale au cours des 12 premiers mois
Sur la base des indicateurs recueillis auprès des participants, on observe une diminution progressive de leurs capacités fonctionnelles, témoignant de l’évolution naturelle de la maladie d’Alzheimer. « En revanche, les premières tendances ne montrent pas de dégradation de la santé cognitive et mentale au cours des douze mois qui suivent l’arrivée au Village des résidents » indique le dossier de presse, comme en témoigne la stabilité de divers indicateurs, qu’il s’agisse des mesures des fonctions cognitives, des scores d’anxiété et de symptômes dépressifs des troubles du comportement ou encore des mesures de la qualité de vie. Ces résultats contrastent fortement avec les nombreuses publications internationales qui rapportent, après l’entrée en institution « classique », une accélération du déclin des fonctions cognitives des malades d’Alzheimer (Wilson et coll., 2007; Gonzalez-Colaço et coll., 2014), une dégradation de la qualité de vie (cf. Villeneuve et coll., 2020; Scocco et coll., 2006; Mjorud et coll., 2014; Olsen et coll., 2016; Hoe et coll., 2009, Castro-Monteiro et coll., 2014) ; et une hausse de la mortalité (cf. Aneshensel et coll., 2000).
Laisser la possibilité de faire
Dans une approche complémentaire, qui s’appuie sur une proximité quotidienne avec les résidents, la Dre Gaëlle Marie-Bailleul, psychogériatre et médecin référente au Village, met en exergue l’impact de la philosophie du soin et de l’accompagnement proposée au Village, qui repose sur une sollicitude, une bienveillance et une patience fondamentales de la part du personnel médico-social. Par exemple, dans les gestes du quotidien (hygiène, préparation du repas, alimentation, etc.), les maîtres et maîtresses de maison ne font pas à la place des Villageois mais avec eux. Cette approche répond à un double enjeu de mobilisation du cerveau, dans une intrication des fonctions cognitives et des capacités comportementales, mais aussi de santé mentale des résidents.
« On leur laisse la possibilité de faire. On baisse aussi la contrainte environnementale humaine, et avec, le stress autour de la tâche à réaliser. Le Village est basé sur cette hypothèse environnementale qu’en améliorant l’architecture, en formant les professionnels soignants, en permettant à la famille d’être présente, et en abaissant le stress de tout le monde, on va améliorer les conditions de vie et la qualité de vie des Villageois. Et donc contribuer au maintien de leurs capacités fonctionnelles, comportementales et cognitives plus longtemps et à la diminution de l’apparition chez eux de troubles psycho-comportementaux », résume la psychogériatre.
Alléger aussi le fardeau des aidants
L’étude s’est aussi intéressée aux aidants qui portent un lourd fardeau quand leurs proches sont atteints par la maladie d’Alzheimer et apparentées. Ainsi, les premières données pointent une absence d’augmentation des scores d’anxiété et de dépression chez les aidants, une diminution de la consommation d’antidépresseurs et d’anxiolytiques dès 6 mois, ainsi qu’une diminution substantielle du sentiment de fardeau observée entre l’admission du proche au Village Landais et la visite à 6 mois, diminution qui se maintient à 12 mois. « Notre hypothèse, c’est que dans la façon que nous avons d’accompagner les Villageois et leur famille, nous allons réussir à améliorer la santé mentale des deux », conclut la Dre Marie-Bailleul.
Une autre évaluation scientifique est en cours, celle du modèle novateur du Village sur la santé des villageois, celle des proches aidants et des soignants, en comparaison avec le placement des malades d’Alzheimer en institution classique et l’évolution de leur santé. D’abord freinée par la Covid, cette étape comparative a démarré fin 2021 et a été rendue possible grâce à la participation active de 11 EHPAD landais. Avec la même méthodologie que celle déployée au Village, l’équipe de chercheurs propose une évaluation des résidents présentant une maladie d’Alzheimer tous les six mois. Dès à présent, « les premières tendances sont très encourageantes » alors même qu’elles ont été obtenues à une période où « le Village ne fonctionnait pas dans un mode optimal » du fait de l’épidémie de Covid-19, indique Hélène Amieva.
Autant de signaux encourageants et en faveur d’une philosophie du soin où la personne, ses besoins, son bien-être et sa dignité, sont au centre de la prise en charge.