« Patients morts faute de prise en charge : « Il faut déclarer l’aval des urgences priorité nationale hospitalière » »
Date de publication : 16 février 2024
Nathalie Raulin constate dans Libération que « les critiques acerbes, voire les plaintes «pour non-assistance à personne en danger» ou «homicide involontaire», se multiplient ces dernières semaines contre les urgences hospitalières. A tort ou à raison, les familles endeuillées imputent le décès de leur proche à une absence ou à une mauvaise prise en charge médicale ».
« Selon le Dr Marc Noizet, président de Samu-Urgences de France, les dysfonctionnements organisationnels sont tels qu’on peut aujourd’hui parler de «maladie nosocomiale de l’hôpital», l’hôpital étant à l’origine de la souffrance – voire du décès – de patients », note la journaliste, qui livre un entretien avec le médecin.
Elle questionne ainsi : « Les drames aux urgences sont-ils plus nombreux ou seulement plus relayés par les médias ? ».
Le Dr Noizet répond que « c’est un peu les deux. Les familles n’ignorent plus les difficultés de fonctionnement du système de santé en général et des urgences en particulier. En cas de drame, elles s’interrogent davantage et se tournent vers les médias pour contraindre les établissements à leur fournir des explications. Mais, cela va de pair avec une vraie dégradation de l’accueil et de la prise en charge des malades ».
Le médecin indique qu’« une étude de l’Inserm publiée en novembre dans la revue internationale Jama *, portant sur 97 services d’urgences, a démontré qu’il y a une mortalité inhérente à la mauvaise organisation des prises en charge à l’hôpital : une personne de plus de 75 ans qui passe une nuit entière sur un brancard aux urgences en attendant un lit d’hospitalisation a un risque de décéder majoré de 40% ! ».
« On le constate tous les jours : les personnes âgées vulnérables sont celles dont la durée de passage aux urgences est la plus longue. Les services spécialisés ne se précipitent pas pour accepter ces patients qui réclament plus de soins et dont la durée d’hospitalisation est souvent plus longue », note-t-il.
Nathalie Raulin poursuit : « Que faire pour éviter de futurs accidents ? ».
Le Dr Noizet déclare qu’« il faut déclarer l’aval des urgences «priorité nationale hospitalière». […] Tout le monde a conscience qu’on ne pourra pas recruter en quelques mois les 100.000 soignants qui nous manquent. Mais on ne va quand même pas rester les bras croisés jusqu’au prochain drame ! On doit pouvoir accueillir les patients dans des conditions de sécurité sanitaire acceptables. Or, pour l’heure, on assiste au mouvement inverse. Les patients sont toujours plus nombreux et les délais de prise en charge toujours plus longs ».
Le médecin continue : « Il faut revoir l’organisation globale des hôpitaux. Il faut contraindre tous les établissements de santé à mettre en place une «cellule d’ordonnancement», sorte de tour de contrôle chargée de gérer les flux d’admission des patients programmés et non programmés. L’objectif est de conserver suffisamment de lits d’hospitalisation pour couvrir en temps réel les besoins des urgences. A l’hôpital de Poitiers par exemple, ça fonctionne ».
Interview
Patients morts faute de prise en charge : «Il faut déclarer l’aval des urgences priorité nationale hospitalière»
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Alors que plusieurs décès inattendus aux urgences ont récemment été relayés par les médias, le président de Samu-Urgences de France, le docteur Marc Noizet, déplore une organisation hospitalière dysfonctionnelle et presse l’exécutif de prendre des mesures drastiques.
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par Nathalie Raulin
publié le 15 février 2024 à 19h51 https://www.liberation.fr/societe/sante/patients-morts-faute-de-prise-en-charge-il-faut-declarer-les-urgences-priorite-nationale-hospitaliere-20240215_YA6SNG46AZEQ7ILCEEUAESDQ2A/
Les critiques acerbes, voire les plaintes «pour non-assistance à personne en danger» ou «homicide involontaire», se multiplient ces dernières semaines contre les urgences hospitalières. A tort ou à raison, les familles endeuillées imputent le décès de leur proche à une absence ou à une mauvaise prise en charge médicale. Il y a Lucas, 25 ans, qui a succombé le 1er octobre à un choc septique après dix heures d’attente aux urgences de l’hôpital d’Hyères. Ou cette femme de 86 ans retrouvée le 2 janvier sans vie sur un brancard aux urgences du CHU de Nantes. Ou encore Josiane, 66 ans, morte d’un arrêt cardiaque le 8 février après dix heures d’attente sans soins aux urgences de l’hôpital d’Eaubonne (Val-d’Oise).
Autant de drames inhérents à l’activité même de ces services spécialisés dans les soins aigus et l’urgence vitale ? Pas si sûr. Selon le docteur Marc Noizet, président de Samu-Urgences de France, les dysfonctionnements organisationnels sont tels qu’on peut aujourd’hui parler de «maladie nosocomiale de l’hôpital», l’hôpital étant à l’origine de la souffrance – voire du décès – de patients.
Les drames aux urgences sont-ils plus nombreux ou seulement plus relayés par les médias ?
C’est un peu les deux. Les familles n’ignorent plus les difficultés de fonctionnement du système de santé en général et des urgences en particulier. En cas de drame, elles s’interrogent davantage et se tournent vers les médias pour contraindre les établissements à leur fournir des explications (Suite abonnés…)
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