Une nuit passée sur un brancard augmente de 40 % le risque de mortalité des personnes âgées.

« Le risque de mourir des plus fragiles double après une nuit sur un brancard aux urgences »

LA CHRONIQUE DE STÉPHANE DEMORAND. Une étude alerte sur la mortalité des personnes âgées lors de leur passage dans des services d’urgence. Analyse avec le professeur Yonathan Freund.

Propos recueillis par Stéphane DemorandPublié le 13/11/2023 à 10h00

https://www.lepoint.fr/invites-du-point/le-risque-de-mourir-des-plus-fragiles-double-apres-une-nuit-sur-un-brancard-aux-urgences-13-11-2023-2542851_420.php#11

Emmanuel Macron a promis de désengorger les urgences d’ici à avril 2024.
Emmanuel Macron a promis de désengorger les urgences d’ici à avril 2024. © ADRIEN NOWAK / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Temps de lecture : 3 min

La crise du Covid-19 est passée, mais les difficultés à l’hôpital perdurent. Une étude, conjointement menée en France dans 97 services d’urgence répartis sur le territoire, a été publiée dans la prestigieuse revue Jama Internal Medicine et ses conclusions sont sans appel : une nuit passée sur un brancard augmente de 40 % le risque de mortalité des personnes âgées. Le professeur Yonathan Freund, urgentiste à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et coauteur de cette étude, décrypte pour Le Point.fr les clés de cette étude.

LA NEWSLETTER DÉBATS ET OPINIONS

Tous les vendredis à 7h30

Recevez notre sélection d’articles tirée de notre rubrique Débats, pour comprendre les vrais enjeux du monde d’aujourd’hui et de notre société

En vous inscrivant, vous acceptez les conditions générales d’utilisations et notre politique de confidentialité.

Le Point : L’hiver approche et la publication de votre étude rappelle combien les urgences sont sous tension tous les ans à cette saison, et ce, bien avant l’épidémie de Covid-19. Comment appréhendez-vous cette nouvelle saison ?

Yonathan Freund : Comme tous les ans, hélas. Chaque année, on craint un hiver plus difficile que le précédent. L’hiver 2022 a tenu, hélas, toutes ses promesses avec une augmentation rarement vue du nombre de passages et d’hospitalisations en décembre. Il n’y a pas eu de changements substantiels dans l’accueil des patients en urgence, ni pour les soins non programmés ni pour l’aval hospitalier, depuis l’hiver dernier. Le problème de la gériatrie reste entier avec des lits fermés qui ne peuvent pas rouvrir faute de personnel. Les urgences restent sous-dotées en personnel médical ou paramédical et manquent de locaux pour faire face à un tel afflux de patients. En temps normal, la plupart des services d’urgence peinent à offrir une offre de soins digne, mais, en temps de crise hivernale, c’est encore plus difficile.

Vous avez conduit une étude portant sur presque 1 600 patients admis dans des services d’urgences du 12 au 14 décembre 2022. Quels ont été les critères d’évaluation que vous avez retenus ?

Cette étude a donc été réalisée pendant une période particulière. Le mois de décembre 2022 a été un des moments les plus difficiles que j’ai connus depuis quinze ans d’activité en service d’accueil des urgences, à l’exception de la pandémie. C’est pour cela que nous avons voulu conduire cette étude observationnelle. Le premier constat est déjà interpellant : sur les 1 600 patients âgés de plus de 75 ans qui ont été inclus, 45 % ont passé au moins une nuit entière sur un brancard en attendant un lit d’hospitalisation. C’est énorme. Heureusement, cela ne reflète pas le quotidien, mais ce problème existe bel et bien…

à lire aussi Un automne sous haute tension à l’hôpitalLes résultats montrent que le fait de passer une nuit sur un brancard lorsqu’on est âgé de plus de 75 ans augmente de 40 % la mortalité hospitalière. Cela augmente aussi le risque de complications hospitalières, et la durée moyenne du séjour à l’hôpital. Cet impact délétère est encore plus marqué chez les patients fragiles et dépendants, pour qui le risque de mortalité peut presque doubler après une nuit sur un brancard.

Une nuit passée sur un brancard augmenterait de 40 % le risque de mortalité. Comment l’expliquez-vous ?

L’explication est, bien sûr, multifactorielle et complexe. On voit dans cette étude que c’est associé à un risque de complications comme à un risque plus élevé de chutes, d’infections nosocomiales ou d’escarres. Mais tout simplement il est bien connu que la perturbation du sommeil des patients fragiles a des conséquences délétères sur leur santé. Alors une nuit entière aux urgences, sur un brancard la plupart du temps, au milieu du bruit, de la lumière, il est évident que cela va affaiblir encore plus nos patients.

à lire aussi Système de santé : à quand le traitement de choc ?En outre, le simple fait que des patients doivent attendre sur un brancard renforce le risque de surcharge des urgences, cela conduit à une dégradation des soins et de la surveillance des plus fragiles d’entre eux.

Quels sont les facteurs de risque pouvant expliquer cette surmortalité ? Comment diminuer ce risque ?

Le principal facteur de risque semble être la fragilité du patient. Je n’ai pas de solution magique pour minorer ce risque, et ce n’est pas à moi de dire ce qu’il convient de faire. Ce n’est pas mon métier. C’est aux tutelles et surtout aux pouvoirs publics de s’emparer de cette étude importante et de travailler pour limiter au mieux ce risque. Il faut donner aux hôpitaux les moyens nécessaires à leur bon fonctionnement.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics en réponse à cette étude pour améliorer la prise en charge des patients dans les services d’urgence ? Pensez-vous encore possible d’obtenir les moyens de désengorger les urgences d’ici à avril 2024, comme s’y était engagé Emmanuel Macron au printemps dernier ?

On est le 12 novembre à l’heure où on se parle. Il faudrait donc régler ce problème en six semaines. Sacré challenge, non ?

Voir aussi:

Urgences : une nuit passée sur un brancard augmente de 40 % le risque de mortalité des patients âgés

Une étude menée par des équipes de l’AP-HP, de l’Inserm et de Sorbonne Université quantifie les conséquences dramatiques d’une mauvaise prise en charge, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Un travail qui, espèrent les urgentistes, agira comme une alarme. 

Par Mattea Battaglia

Publié le 08 novembre 2023 à 21h14 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/11/08/urgences-une-nuit-passee-sur-un-brancard-augmente-de-40-le-risque-de-mortalite-des-patients-ages_6199042_3224.html

Temps de Lecture 3 min. 

« Laisser nos patients passer la nuit sur un brancard, on mesurait déjà l’indignité de la chose, relève la docteure Catherine Legall, cheffe des urgences à l’hôpital d’Argenteuil (Val-d’Oise) ; on peut désormais affirmer, chiffres à l’appui, que c’est mortel ! ». Comme bon nombre de ses collègues, l’urgentiste n’a pas été surprise par les résultats de l’étude publiée, le 6 novembre, par des équipes de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l’Inserm et de Sorbonne Université dans la revue JAMA Internal Medicine. D’autant moins surprise que « ses » urgences ont pris part à l’enquête, avec 96 autres services dans toute la France.

Lire aussi :   Aux urgences de Rennes engorgées : « Un tiers des patients étaient déjà là hier quand j’ai fini ma journée »

La Dr Legall n’en souligne pas moins l’« importance » des chiffres annoncés : le risque de mourir à l’hôpital, pour un patient de plus de 75 ans accueilli aux urgences et qui passe une nuit entière à attendre un lit dans un autre service, passe de 11,1 % à 15,7 %. Soit une hausse de près de 40 %, selon cette étude baptisée « No bed Night » (« nuit sans lit »), menée du 12 au 14 décembre 2022, alors qu’une « triple épidémie » (Covid, grippe et virus respiratoires) déferlait, et incluant 1 598 patients âgés de plus de 75 ans.

Pour la frange de patients déjà dépendants, peu ou pas autonomes, une nuit passée à attendre une place d’hospitalisation multiplie pratiquement par deux le risque de mourir, y apprend-on. L’étude montre aussi un risque plus élevé de complications – des chutes, infections nosocomiales, escarres…

« Inconfort prolongé, manque de repas »

« On est parti du constat, récurrent dans nos services, que les malades attendent trop longtemps aux urgences, et des alertes, tout aussi récurrentes, que chaque hiver est plus difficile que le précédent, pour lancer cette investigation statistique poussée, basée sur une cohorte prenant en compte les comorbidités, l’âge et l’état de gravité initial des patients, explique le professeur Yonathan Freund (AP-HP) qui, avec la docteure Mélanie Roussel (Université de Rouen Normandie), a coordonné les travaux. C’était des choses suggérées, pressenties, pour lesquelles on a maintenant démontré qu’il y a une vraie association », fait valoir ce médecin de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

Parmi les facteurs pouvant expliquer cette surmortalité, il cite « le fait de ne pas dormir, de ne pas avoir la surveillance suffisante, car les urgences sont surchargées, ou de ne pas avoir toujours le traitement à temps, l’inconfort prolongé, le manque de repas… »

Des « études préliminaires rétrospectives » avaient suggéré ce sur-risque de mortalité chez des patients âgés, a rappelé l’AP-HP dans un communiqué. « Pour la première fois, la preuve scientifique est apportée », écrit-elle aussi, en appelant à ce que l’objectif de « zéro lits brancards » aux urgences, notamment pour les personnes âgées, soit considéré comme un « objectif de santé publique ». Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, s’était engagé, en avril, à « désengorger » les urgences d’ici à la fin 2024.

Lire aussi :    « Désengorger » les urgences d’ici à fin 2024 : les médecins « attendent de voir » comment sera déclinée la promesse

« Nous alertons depuis vingt ans »

« On espère que ces données, et tout le travail statistique qui a été fait dans cette étude, vont jouer comme un déclic auprès de nos tutelles », souligne Marc Noizet, patron de SAMU-Urgences de France, en rappelant qu’une partie des résultats avait été dévoilée, en juin, au congrès annuel Urgences 2023. A l’époque, depuis déjà six mois, son syndicat alertait sur les « décès inattendus » sur les brancards. « On avait commencé à les recenser en décembre 2022, sur une base déclarative, rappelle celui qui est aussi chef des urgences de Mulhouse. On a arrêté un mois plus tard, en janvier. On était déjà arrivé au chiffre effarant de 43… » SAMU Urgences de France comme la Société française de médecine d’urgence, a soutenu l’étude tout juste dévoilée.

A Montauban, le service que dirige Hélène Pizzut y a lui aussi participé. « Cette étude devrait faire date, relève la cheffe de service. Elle va nous permettre d’incarner nos difficultés. Dix lits d’aval [d’hospitalisation] qui ferment, ce sont dix personnes âgées qui vont peut-être passer une nuit sur un brancard, et voir leur risque de mourir augmenter de 40 %.  »

A Nice, le docteur Pierre-Marie Tardieux espère, lui aussi, que « ce sur quoi nous alertons depuis vingt ans » sera enfin entendu. Dans son service, le plus grand de France métropolitaine, un « salon de sortie » permet aux patients, déjà diagnostiqués aux urgences, d’attendre « plus facilement » une place d’hospitalisation. « On y a disposé des lits d’appoints, des rideaux pour respecter l’intimité de chacun, la lumière est tamisée…  » Une « adaptation désormais indispensable », conclut-il, alors que plus d’un patient sur quatre qui passe dans son service a plus de 75 ans.

Lire aussi la tribune : Crise des urgences : « La gestion des lits brancards à l’hôpital présente de nombreuses similitudes avec celle des migrants »

Mattea Battaglia

Une nuit passée sur un brancard aux urgences augmente de 40 % le risque de mortalité des patients âgés

PAR 

JULIEN MOSCHETTI – 

PUBLIÉ LE 07/11/2023

https://www.lequotidiendumedecin.fr/hopital/urgences/une-nuit-passee-sur-un-brancard-aux-urgences-augmente-de-40-le-risque-de-mortalite-des-patients-ages?utm_medium=Social_Echobox&utm_campaign=Echobox_PA&utm_source=LinkedIn#Echobox=1699376052-2

Crédit photo : BURGER / PHANIE 

Pour les patients de plus de 75 ans hospitalisés après un passage aux urgences, une nuit passée sur un brancard aux urgences augmente de près de 40 % le risque de mortalité hospitalière, qui passe ainsi de 11,1 % à 15,7 %.

Annoncés en juin lors du congrès annuel Urgences 2023, les résultats (identiques) de l’étude« No Bed Night » ont été publiés dans la revue JAMA Internal Medicine, le 6 novembre. Pour la première fois, « la preuve scientifique d’une surmortalité chez ces patients est apportée », indique le communiqué de presse. 

Coordonnées par le Pr Yonathan Freund (AP-HP) et la Dr Mélanie Roussel (UFR santé de Rouen, Université de Rouen Normandie), les équipes de l’AP-HP, de l’Inserm et de Sorbonne Université ont étudié la mortalité des patients âgés ayant passé une nuit aux urgences sur un brancard en attendant une place d’hospitalisation. L’étude s’est déroulée du 12 au 14 décembre 2022, dans 97 services d’accueil des urgences en France, incluant un total de 1 598 patients de plus de 75 ans hospitalisés après passage aux urgences.

« Si tous les patients de cette étude avaient pu être admis avant la nuit dans une chambre d’hospitalisation, 3% des décès auraient pu être évités », illustre l’étude. 

L’échantillon utilisé est « représentatif des services d’urgences en France, ce qui fait la force de ces résultats », explique au Quotidien la Dr Roussel. Les études précédentes étaient « rétrospectives, avec des biais, et pas d’aussi grande ampleur ». Si celles-ci « sous-tendaient un plus grand nombre d’effets indésirables et une plus grande mortalité pour cette population [les personnes âgées, NDLR], elles ne s’intéressaient pas toutes à la population gériatrique », précise l’urgentiste du CHU de Rouen.

Priorité aux personnes âgées

Les personnes âgées représentent pourtant « un quart des consultations dans les services d’urgences. Pour elles, le fait de rester dans un service d’urgences est extrêmement délétère », observe la Dr Roussel. Un effet confirmé par le risque d’apparition de complications durant l’hospitalisation (infections nosocomiales, chutes, saignements, …), précise l’étude.

Cette surmortalité chez les personnes âgées signifie que l’on doit « être extrêmement vigilant avec ces patients-là qui doivent être prioritaires sur les lits d’hospitalisation », alerte-t-elle encore. L’étude considère d’ailleurs que l’objectif de « zéro lits brancards » aux urgences, en particulier pour les patients de plus de 75 ans, « doit être considéré comme un objectif de santé publique ».

Interrogée sur le sujet, l’urgentiste du CHU de Rouen admet qu’il n’y a « pas de solution magique, car c’est un problème multifactoriel ». Qu’il s’agisse de « la médecine de ville qui est parfois défaillante » ou de « l’aval qui dysfonctionne  » : fermeture de services, lits non disponibles, etc.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire