« L’Orgie capitaliste » : l’urgente nécessité de la sobriété
Face à l’état du monde qui l’alarme, notamment en matière climatique, le romancier Marc Dugain, sans refuser la modernité, s’insurge, dans son nouveau livre, contre la dictature consumériste, la surveillance numérique et la croyance libertarienne dans le progrès.
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Le romancier et cinéaste Marc Dugain entend transformer sa colère en moteur de changement. Face à l’évolution du monde qui l’alarme, il ne peut plus se taire. Cela donne une longue conversation, découpée en six chapitres, dont le premier s’intitule L’Orgie capitaliste, retenu comme titre de l’ouvrage (Allary, 224 pages, 20,90 euros). Il a pour interlocuteur Adrien Rivierre, fondateur de Résonances, un média en ligne, et rédacteur en chef de la revue trimestrielle Portfolio, qui traite de la création contemporaine. Leur conversation résonne comme une version moderne du dialogue philosophique que Diderot a construit entre Jacques et son maître.
Mais là où Jacques est fataliste, Marc Dugain adopte, lui, un ton résolument combatif. Il ferraille contre le capitalisme néolibéral, la dictature consumériste et la surveillance numérique, au risque de ressembler à Don Quichotte qui, accompagné de son fidèle Sancho Pança, part à l’assaut des moulins de la sulfureuse modernité. Comparaison n’est pas raison, car cet ouvrage a du souffle et du panache. Il est d’ailleurs dicté par une conviction : l’urgence de la crise climatique rend nécessaire de se poser la question de l’état de la planète dans laquelle nous vivons et que nous allons transmettre à la génération suivante.
« Menace d’une potentielle disparition »
« Pour la première fois, nous sommes menacés par notre être collectif », explique Marc Dugain. « Les jeunes intègrent parfaitement la menace de notre potentielle disparition en tant qu’espèce. Qu’importe que cette dernière soit une disparition pure et simple, provoquée par la destruction de notre environnement, ou une disparition causée par l’émergence d’une nouvelle espèce augmentée, mécanisée, robotisée, hybridée au numérique », poursuit-il.
Le romancier se transforme volontiers en procureur des années 1980-2020, quarante années qui ont accouché d’une dérive libertarienne, avec toujours plus d’excès, de démesure et d’égoïsme. D’individuel, l’égoïsme a prospéré en vase clos, au sein du club des plus privilégiés de la planète. Dans sa diatribe, il a aussi des fulgurances, notant par exemple que les grands patrons à la tête des entreprises géantes du numérique ont tous des « comportements autistiques », d’Elon Musk à Mark Zuckerberg, en incluant Bill Gates ou Larry Page.
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Marc Dugain ne refuse pas la modernité. Ecrivain à succès, il utilise, comme ses semblables, smartphones et réseaux sociaux. Mais c’est aussi un père de famille inquiet des discours sans nuances sur les bienfaits de la « start-up nation » ou de la panacée du technosolutionnisme.
Sa réflexion part d’un monde qui a été radicalement transformé grâce aux découvertes faites par Robert Oppenheimer et Alan Turing au XXe siècle. Il décrit les dérives à venir, qui pourraient ressembler à la fête filmée par Paolo Sorrentino dans La Grande Bellezza (2013). Aller vers plus de sobriété est nécessaire. « Pour renverser la table, il faut embrasser le récit strictement opposé à celui de la croissance infinie », dit-il.
« L’Orgie capitaliste », de Marc Dugain, entretiens avec Adrien Rivierre (Allary, 224 p., 20,90 €).
