« Pesticides : que sait-on de leur impact sur la santé humaine ? »
Date de publication : 14 février 2024

Cécile Thibert remarque dans Le Figaro que « la suspension du plan gouvernemental Écophyto 2030 qui doit réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici à 2030 relance le débat sur la nocivité des pesticides ».
La journaliste « fait le point sur l’état des connaissances scientifiques concernant leurs effets sanitaires ».
Elle explique que « les chercheurs se sont d’abord intéressés, comme c’est l’usage, aux populations les plus exposées. En l’occurrence, les agriculteurs. En France, l’étude Agrican suit depuis près de 20 ans la santé de 182.000 personnes affiliées à la Mutualité sociale agricole (70% sont des agriculteurs en activité ou retraités) ».
Pierre Lebailly, maître de conférences en santé publique à l’université Caen-Normandie et coordinateur de la cohorte Agrican, indique qu’« il y a globalement moins de cancers que dans la population générale, ce qui s’explique essentiellement par de meilleures habitudes de vie, notamment moins de tabagisme et plus d’activité physique ».
Cécile Thibert précise : « Un phénomène bien connu en épidémiologie, appelé « biais du travailleur sain ». En l’occurrence, 7% de cancers en moins ont été diagnostiqués sur la période étudiée (2005-2011) chez les agriculteurs et 5% de moins chez les agricultrices, par rapport au reste de la population. Prenons le cas du cancer du poumon : 42% en moins chez les hommes et 33% en moins chez les femmes. De même, on dénombre 14% de cancers du sein en moins chez les agricultrices ».
Pierre Lebailly remarque : « En revanche, il y a certains cancers pour lesquels nous avons observé un excès chez les agriculteurs ».
La journaliste évoque ainsi « un léger excès (+ 9%) de cas de lymphomes non-hodgkiniens chez les hommes et un autre encore plus ténu (+ 3%) pour les cancers de la prostate. Des études étrangères de grande ampleur n’ont toutefois pas confirmé ce second résultat. Pour deux types de cancer du sang relativement rares (myélomes multiples et lymphome plasmocytaire), des hausses plus significatives de respectivement + 20% et + 53% ont été observées chez les deux sexes ».
Cécile Thibert souligne qu’« établir un lien de causalité entre une maladie et une substance chimique n’est jamais simple. […] L’absence de registre national de surveillance des cancers en France n’aide pas. Le sujet est d’autant plus complexe qu’il s’agit de pathologies multifactorielles et que plusieurs centaines de molécules peuvent être impliquées ».
La journaliste indique en outre qu’« en 2013, puis en 2021, des experts de l’Inserm ont successivement publié deux rapports de plusieurs centaines de pages sur le sujet. Aucun fait n’y est asséné avec certitude. Tout n’est que « présomption ». Elle est tout de même « forte » pour 6 pathologies chez les agriculteurs : lymphomes non-hodgkiniens, myélome multiple, cancer de la prostate, maladie de Parkinson, troubles cognitifs, bronchopneumopathie chronique obstructive et bronchite chronique ».
« Il n’est toutefois pas évident de savoir quelles substances – parmi les 480 molécules utilisées – sont en cause », poursuit Cécile Thibert.