Nous devons stopper les expositions aux poisons identifiés tels les pesticides et l’amiante qui tuent (13 mutuelles françaises)

Treize mutuelles appellent à une agriculture française et européenne sans pesticides

8 février 2024 par  Rédaction

https://basta.media/appel-treize-mutuelles-agriculture-francaise-europeenne-sans-pesticide-amiante-maladies-chroniques-prevention-reparation-prejudices

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« 23 millions de Français souffrent d’une ou plusieurs maladies chroniques. Nous devons stopper les expositions aux poisons identifiés tels les pesticides et l’amiante qui tuent », rappellent 13 mutuelles. Elles formulent plusieurs propositions pour en sortir.

 ÉCOLOGIE

  • Temps de lecture :4 minutes

« Aujourd’hui, 23 millions de Français souffrent d’une ou plusieurs maladies chroniques. Nous devons stopper les expositions aux poisons identifiés tels les pesticides et l’amiante qui tuent. » C’est en ces termes que 13 mutuelles [1], couvrant plus de 3 millions de Français·es, interpellent le Premier ministre Gabriel Attal, après que ce dernier ait annoncé une pause du plan Ecophyto visant à réduire l’usage des pesticides. SUR LE MÊME SUJET

Dans un communiqué commun publié le 6 février, elles rappellent que 200 000 tonnes d’amiante sont toujours présentes dans les bâtiments et que plus de 60 000 tonnes de pesticides sont utilisés chaque année. « Les pesticides polluent l’air, l’eau, la terre, nos aliments et nos corps. Cela doit cesser »affirment-elles.

« Face à l’augmentation inédite des maladies chroniques, tel que le cancer, en partie dû aux pesticides, nous prenons la responsabilité d’interpeller les pouvoirs publics en formulant des demandes pour la prévention et la réparation des préjudices de tous »précisent ces mutuelles. « Nous sommes légitimes à agir car le ministre [du Travail] Ambroise Croizat a donné aux mutuelles cette responsabilité en 1945 : “La Mutualité a sa place marquée dans l’organisation française de la Sécurité sociale. Elle doit être l’élément moteur, l’élément qui prend les initiatives nouvelles et réalise les expériences, qui va de l’avant.” »

Indemniser les victimes des pesticides

Elles rappellent que « la responsabilité d’agir incombe en premier lieu à l’État ». Les mutuelles formulent ainsi plusieurs demandes auprès de Gabriel Attal. Elles revendiquent notamment la création d’une base de données répertoriant la présence d’amiante accessible au public via internet, ainsi que l’amélioration du suivi médical post-professionnel des travailleurs exposés à l’amiante.

Les mutuelles demandent également qu’au même titre que les victimes de l’amiante, les professionnels victimes des pesticides obtiennent une réparation intégrale (incapacité fonctionnelle, perte de gains, frais résultant de la pathologie, préjudice moral et physique…). Cela signifie la prise en charge de tous les préjudices par les fabricants de pesticides et l’État, via le FIVP (fonds d’indemnisation des victimes de pesticides).

Il paraît nécessaire que l’État organise l’accompagnement des collectivités dans la mise en œuvre effective des mesures en faveur du bio dans les cantines

Elles demandent aussi l’application de la loi Alimentation (dite EGalim) qui fixait un objectif de 20 % de bio dans les cantines publiques en 2022. « En 2023, nous en sommes à 7 %, déplorent-elles. Cette trajectoire doit donc être amplifiée. À ceux qui brandissent le prix du bio et l’inflation comme arguments, questionnons-nous : l’assiette de nos enfants doit-elle être la variable d’ajustement ?Rappelons que le coût matière en restauration collective ne représente en moyenne que 18 à 25 % du prix d’un repas. Or le bio, c’est une filière vertueuse qui profite à tous : le bio réduit la pollution, restaure la biodiversité, crée de l’emploi. »

Les objectifs fixés par la loi EGAlim n’étant pas atteints, il paraît nécessaire que l’État organise l’accompagnement des collectivités dans la mise en œuvre effective des mesures en faveur du bio dans les cantines. SUR LE MÊME SUJET

Elles demandent enfin la mise en œuvre du scénario INRAE (Institut national pour la recherche agronomique et environnementale) pour une agriculture française et européenne sans pesticides en 2050« Cet exercice de prospective aide à mieux cerner les leviers mobilisables et les trajectoires possibles pour supprimer les pesticides chimiques », observent-elles. « Nous vous proposons d’en décortiquer quelques éléments pas à pas. »

L’engagement des mutuelles dans le combat contre les pesticides

par

 Capucine Bordet

20 février 2024

https://www.vivamagazine.fr/lengagement-des-mutuelles-dans-le-combat-contre-les-pesticides/

Organisé par plusieurs mutuelles, le colloque « Amiante et pesticides, drames d’hier et d’aujourd’hui, quelles solutions pour demain ? » a eu lieu au Sénat le 5 février 2024. © Patrice Raveneau Andeva
Organisé par plusieurs mutuelles, le colloque « Amiante et pesticides, drames d’hier et d’aujourd’hui, quelles solutions pour demain ? » a eu lieu au Sénat le 5 février 2024. © Patrice Raveneau Andeva

Actrice de la santé et du mouvement social, la mutualité se mobilise pour combattre et dénoncer le scandale sanitaire des pesticides. Avant les élections européennes, et après le recul du gouvernement avec la « mise en pause » du plan Ecophyto, plusieurs mutuelles ont organisé un colloque au Sénat.

« En tant que premier acteur de prévention après la puissance publique, les mutuelles ont un rôle de vigie. (…) Dans l’intérêt des populations, nous devons défendre une agriculture qualitative, une alimentation de bon niveau, défendre également la qualité de l’eau… Cela est d’autant plus important compte tenu des conséquences en termes de réparations. Celles-ci pèsent directement sur notre système de santé, qui est pourtant déjà en situation de tension importante. » Le président de la Mutualité Française était présent le 5 février 2024 au Sénat, à l’occasion du colloque « Amiante et pesticides : drames d’hier et d’aujourd’hui, quelles solutions pour demain ? ». Un événement organisé à l’initiative de sept mutuelles, dont La Mutuelle FamilialeEntrain, et Mutami. Eric Chenut a alors rappelé l’engagement du mouvement mutualiste dans la lutte contre ces crises sanitaires. 

« L’amiante, plus jamais ça ! »

Deux anciennes sénatrices du Nord, région fortement impactée par le drame de l’amiante, ont ensuite détaillé les points communs entre ces scandales de santé publique. « “L’amiante, plus jamais ça !” Ce slogan, je l’ai vu figurer en titre des tracts, en ouverture des discours, sur des banderoles pendant toute la bataille pour la reconnaissance de ce drame social dont les conséquences sont toujours là aujourd’hui. Et qui est encore loin d’être terminé, » raconte ainsi Michelle Demessine. 

Risque invisible

Pour l’ancienne élue, ce slogan « peut inspirer la lutte contre cet autre fléau qu’est l’utilisation des pesticides. » Elle détaille ainsi les similitudes qui peuvent exister entre les deux. « Il y a notamment le risque invisible, qui se développe ultérieurement, les lobbys et leur “stratégie du doute”, la culpabilisation du salarié ou de la victime qui n’aurait – soi-disant – pas fait le nécessaire pour se protéger. » Michelle Demessine insiste enfin sur l’importance de l’action de mobilisation dans l’interdiction de l’amiante. « Si l’on a réussi, c’est grâce au mouvement social. »

La présidente de la Mutuelle SMH, Carole Moreira (au centre, en rouge) explique les raisons de sa participation au colloque : « Nous sommes déterminés à nous battre contre les lobbys de l’industrie agrochimique en continuant d’interpeller nos dirigeants. » © Elina Doumbia

Bouffée d’espoir

Représentants politiques, associatifs et scientifiques invités ont souligné l’importance du rôle des mutuelles dans ce combat. Marie-Christine Blandin, également ancienne sénatrice du Nord, a notamment fait part de cette conviction. « Notre colloque ouvre une vraie brèche contre la négligence, la complaisance ou le fatalisme. Et les valeurs de la mutualité, le commun, le collectif, la solidarité, l’indépendance donnent des outils pour agir. Vous nous donnez une énorme bouffée d’espoir. » 

Sociologue et directrice de recherche à l’Inserm, Annie Thébaud-Mony a quant à elle souligné la possibilité « pour la prévention, que les mutuelles puissent peser dans le champ politique, pour une interdiction des substances toxiques, au premier rang desquelles, les pesticides ».

https://www.vivamagazine.fr/leau-potable-contaminee-par-un-herbicide/embed/#?secret=Wt6iPIt3ny#?secret=ZLM4Cty43j

Des résidus de pétrole extrêmement cancérogènes

Le biologiste Gilles-Eric Séralini, auteur d’une étude dénonçant la présence de produits non déclarés dans les bidons de pesticides, a ensuite pris la parole dans la salle. Ce dernier a rappelé que « les produits tels qu’ils sont commercialisés n’ont jamais fait l’objet de tests. Or, ils contiennent beaucoup de résidus de pétrole extrêmement cancérogènes. » 

« Les données et les études scientifiques ont par ailleurs révélé une contamination par des résidus de pesticides chimiques chez la quasi-totalité des personnes en France », a alerté Denis Lairon, biochimiste, nutritionniste et directeur de recherche émérite à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). « Les associations entre l’exposition à ces résidus de pesticides et de nombreuses maladies ont par ailleurs fait l’objet d’un rapport officiel en France par l’Inserm en 2013, et mis à jour en 2021. »

L’alternative de l’agriculture biologique

Le spécialiste a alors insisté sur l’alternative de l’alimentation biologique pour la santé. « Depuis les années 2000, de nombreuses études épidémiologiques ont été réalisées sur des dizaines de milliers d’adultes. Ces recherches ont démontré que les consommateurs réguliers de produits bio, en prenant en compte d’autres facteurs d’influence (âge, sexe, activité physique, tabac, alcool…), ont une probabilité plus faible de surpoids et d’obésité (-31 %), (…) ainsi que de risques cardiovasculaires. Ces recherches ont également démontré une diminution du risque de diabète de type 2 (-35 %), et de développement de cancer (-25 %), notamment pour les cancers du sein et les lymphomes… »

Pour contrer l’argument d’une alimentation bio trop onéreuse pour les consommateurs, Denis Lairon a appelé à la responsabilité des pouvoirs publics. « En réduisant ces impacts sur la santé humaine et environnementale, des économies de l’ordre de centaines de milliards d’euros pourront être réalisées. »

https://www.vivamagazine.fr/la-sante-globale-en-question/embed/#?secret=aYGo2v6OR5#?secret=kKWPOEua3l

L’illusion d’un usage contrôlé

Le retrait complet de ces substances chimiques était également au cœur des débats. Car une utilisation « contrôlée » des pesticides apparaît en effet comme illusoire pour les participants, dont Andy Battentier, directeur de la campagne de Secrets toxiques, une coalition de 80 organisations engagées dans cette lutte. « Il a fallu attendre 1997 pour aboutir à l’interdiction de l’amiante, alors que les premiers éléments de dangerosité étaient connus dès 1904. C’est justement l’illusion d’un usage contrôlé qui a été à l’origine de ce maintien. »

Le mur dressé par les industriels

Tour à tour, les intervenants ont développé les stratégies de l’industrie agrochimique pour semer le doute dans l’esprit du grand public, en diffusant de fausses informations sur les pesticides, et en minimisant leurs effets sur la santé. Co-organisateur du colloque, le sénateur Daniel Salmon a mis en avant la « manière positive dont les citoyens perçoivent la diminution de leur utilisation, voire l’éventualité de s’en passer totalement. » 

Ce mur est érigé grâce à un procédé quasiment universel dans le domaine : c’est la fabrique du doute.Le Sénateur Daniel Salmon

Mais, selon lui, il faudra avant cela faire tomber « le mur dressé par les industriels qui fabriquent ces poisons. Ce mur est érigé grâce à un procédé quasiment universel dans le domaine : c’est la fabrique du doute. La même technique a été employée pour le tabac, pour le réchauffement climatique, pour certains médicaments, et bien entendu, pour l’amiante et les pesticides… Or le doute permet de retarder la prise de décision, la réglementation, voire l’interdiction. »

Pousser les réglementations dans le bon sens 

Dans son discours introductif, le président de la FNMF avait rappelé la volonté de la mutualité d’agir aux côtés des associations : « Il est fondamental que nous profitions de l’échelon qui est le nôtre pour pousser un certain nombre de réglementations dans le bon sens. Et faire en sorte que les lobbys industriels ne gagnent pas ce combat-là. »

Recul politique

A de nombreuses reprises au cours de cette journée, les participants sont revenus sur la déclaration, début février, du Premier ministre de « mettre en pause » Ecophyto, le plan national sur la réduction de l’utilisation de ces substances. Et également sur l’annonce qu’aucun pesticide ne pourra désormais être interdit en France avant que sa substance active ne le soit dans toute l’Europe. Pour s’opposer à cet important recul politique, 14 mutuelles dont La Mutuelle Familiale, la SMH, Mutami et la 525e Mutuelle ont adressé un communiqué à Gabriel Attal, dès le lendemain du colloque. 

Un nouvel événement en avril à Bruxelles

« Face à l’augmentation inédite des maladies chroniques et de cancers, en partie dus aux pesticides, nous prenons la responsabilité d’interpeller les pouvoirs publics en formulant des demandes pour la prévention et la réparation des préjudices de tous, détaille cette communication. (…) Aujourd’hui, 23 millions de Français souffrent d’une ou plusieurs maladies chroniques. Nous devons stopper les expositions aux poisons identifiés tels les pesticides et l’amiante qui tuent. (…) Cela doit cesser. La responsabilité d’agir incombe en premier lieu à l’Etat. »

Après avoir été relayé dans plusieurs médias, dont une tribune parue dans Le Monde et signée par 40 responsables de mutuelles, ce premier événement commun dans la lutte contre les pesticides sera suivi d’un nouveau colloque au Parlement européen le 11 avril. Les mutuelles belges ont annoncé soutenir et participer à cette prochaine action de mobilisation.

* Ces pays européens qui veulent sortir du glyphosate (et le font)

14 novembre 2023 par  Sophie Chapelle

https://basta.media/pesticides-ces-pays-europeens-qui-veulent-sortir-du-glyphosate-et-le-font-alternative-luxembourg

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L’agriculture peut-elle se passer de glyphosate, substance herbicide la plus utilisée ? Alors qu’un vote sur le renouvellement de son autorisation au niveau européen a lieu le 16 novembre, le Luxembourg a décidé d’en réduire drastiquement l’usage.

 ALTERNATIVES

  • Temps de lecture :8 minutes

Mise à jour le 16 novembre 2023 : Faute de majorité qualifiée des Etats membres, la décision est revenue à la Commission, qui a annoncé qu’elle autoriserait le glyphosate pour les dix prochaines années.


Plusieurs pays en Europe s’opposent au renouvellement de l’autorisation du glyphosate, qui fera l’objet d’un vote des 27 États membres ce 16 novembre. C’est le cas du Luxembourg, premier pays au sein de l’Union européenne (UE) à avoir totalement interdit la commercialisation de cette substance active sur son territoire, et de l’Autriche.

Le Luxembourg a retiré l’autorisation de mise sur le marché aux produits à base de glyphosate le 1er février 2020, tout en tolérant l’écoulement des stocks existants, avant d’interdire complètement leur utilisation sur les sols luxembourgeois onze mois plus tard. C’était sans compter l’opposition du principal fabricant de glyphosate, le géant allemand de la chimie Bayer (et propriétaire de Monsanto). Il dépose un recours devant les juridictions administratives du pays. Le 31 mars dernier, le Luxembourg est finalement contraint de lever l’interdiction sur décision de justice. Selon la Cour administrative du Luxembourg, le gouvernement n’a pas suffisamment expliqué pourquoi le contexte particulier du pays justifie une interdiction malgré l’autorisation à l’échelle de l’UE.

« Les agriculteurs, viticulteurs et maraîchers luxembourgeois ont démontré ces dernières années qu’il était possible de cultiver les champs et vignes sans l’utilisation de produits à base de la substance active glyphosate », réagit dans la foulée le gouvernement luxembourgeois qui « encourage à continuer dans cette voie afin de contribuer à une agriculture plus durable ». Le Luxembourg entend réduire de 30 % d’ici 2025 l’usage des produits phytosanitaires les plus dangereux. Une baisse de 26 % a été constatée dès 2021 en éliminant le glyphosate, relève le ministre de l’Agriculture Claude Haagen.

Repère :

France : Le rétropédalage du gouvernement français sur le glyphosate

Subventions aux agriculteurs renonçant au glyphosate

« Les agriculteurs, viticulteurs et maraîchers luxembourgeois ont démontré qu’il était possible de cultiver sans l’utilisation de produits à base de la substance active glyphosate »

L’interdiction temporaire du glyphosate a conduit les agriculteurs luxembourgeois à apprendre à s’en passer. Cela a notamment nécessité l’acquisition de nouvelles machines pour désherber mécaniquement, avec du temps de travail et des dépenses de carburant accrues. Pour pallier cette hausse des charges, 80 % des exploitations agricoles luxembourgeoises ont conclu avec le gouvernement des contrats de cinq ans selon lesquels ils renoncent au glyphosate en échange de subventions (30 euros par hectare pour les terres arables, 100 euros pour l’arboriculture). 

« Les exploitants voient bien dans la pratique que c’était possible, et même bénéfique pour leur image de marque », a déclaré le ministre de l’Agriculture luxembourgeois auprès de l’AFP, précisant que le gouvernement continuera de durcir sa réglementation encadrant le stockage et l’usage de ces produits. L’épandage de pesticides contenant du glyphosate reste interdit près des sources souterraines d’eau potable. Le gouvernement luxembourgeois étudie également un nouveau retrait de mise sur le marché. Alors que le jugement reprochait au gouvernement de ne pas suffisamment argumenter sur l’interdiction du glyphosate, le ministre de l’Agriculture entend étoffer la liste des reproches faits à cette substance, en s’appuyant sur un institut de recherche.

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L’Autriche fait valoir le « principe de précaution »

L’Autriche a également annoncé s’opposer à la reconduction de l’autorisation du glyphosate. Le gouvernement autrichien est légalement obligé de voter contre toute autorisation renouvelée du glyphosate au niveau européen, à la suite d’une décision prise en 2017 par la commission des affaires européennes de son parlement national.

Les députés autrichiens ont même presque réussi à interdire la mise sur le marché de produits à base de glyphosate sur le territoire national, les sociaux-démocrates faisant voter un amendement en ce sens en juillet 2019 au nom du « principe de précaution ». Mais six mois plus tard, le gouvernement annonce finalement qu’il ne mettra pas en œuvre l’interdiction, à cause d’un vice de procédure. La proposition de loi n’a pas été soumise aux instances européennes comme elle aurait dû l’être.

La chancelière autrichienne, Brigitte Bierlein, a expliqué dans son courrier au Parlement qu’une promulgation de la loi exposerait l’Autriche à « des risques juridiques », compte tenu de l’absence de notification préalable à la Commission européenne. « Je tiens à souligner qu’il ne s’agit que d’une décision juridique formelle et non d’une appréciation du contenu de la loi », a-t-elle ajouté. Cette imbroglio juridique n’empêchera pas l’Autriche de s’opposer au glyphosate au niveau européen.

Une sortie du glyphosate fin 2023 en Allemagne

L’Allemagne, pays le plus peuplé de l’UE, qui pèse donc lourd dans le vote sur le renouvellement du glyphosate, a elle aussi indiqué « ne pas accepter » la prolongation de l’autorisation [1]. Le pays prévoit de retirer le glyphosate du marché d’ici fin 2023 à la suite du contrat de gouvernement décidé par la coalition qui réunit sociaux-démocrates (SPD), les Verts et les libéraux (FDP). « Tant que l’on ne peut pas exclure que le glyphosate soit nuisible à la biodiversité, son autorisation à l’intérieur de l’UE devrait être suspendue », déclare en septembre dernier le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir (Verts). Le gouvernement allemand plaide ainsi pour une sortie européenne du glyphosate.

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Des premières limitations sont entrées en vigueur en Allemagne en 2020 avec une interdiction du glyphosate dans les espaces publics (parcs, terrains de sports, cours d’école, etc.) et dans les jardins des particuliers. En février dernier, une initiative citoyenne européenne a rassemblé 1,75 million d’électeurs bavarois pour « sauver les abeilles » et imposer 20 % de surface agricole en agriculture biologique, donc sans recours aux pesticides. Dans l’éventualité où l’autorisation du glyphosate soit renouvelée, d’intenses batailles juridiques ne sont pas à exclure si l’Allemagne décide malgré tout d’en maintenir l’interdiction.

Interdictions partielles

 SUR LE MÊME SUJET

D’autres pays de l’Union européenne ont adopté des interdictions partielles. Depuis fin 2015, les Pays-Bas interdisent la vente d’herbicides à base de glyphosate à toutes les entités autres que les entreprises. En août 2016, le ministère italien de la Santé a interdit l’utilisation du glyphosate dans les lieux publics. En Belgique, la vente est interdite aux utilisateurs non professionnels depuis octobre 2018. Son usage est limité en République tchèque depuis 2019.

En France, la loi Labbé – du nom de l’ancien sénateur écologiste du Morbihan – interdit les pesticides de synthèse, et donc le glyphosate, dans les espaces publics depuis 2017 et chez les particuliers depuis 2019. Un amendement visant à interdire le glyphosate a été rejeté de justesse à l’Assemblée nationale en 2018, seule la gauche et une petite partie des députés de la majorité ayant voté pour.

Selon un sondage réalisé en août par l’institut Ipsos [2] dans six pays européens, plus des deux tiers des Allemand·es et des Français·es interrogé·es sont favorables à une interdiction du glyphosate en Europe. La France, elle, s’est abstenue lors du précédent vote début octobre (voir l’encadré en début d’article). Plusieurs organisations dont l’UFC Que Choisir, appellent la France à s’opposer clairement au renouvellement de l’autorisation du glyphosate, lors du vote qui se tient ce jeudi 16 novembre.

Sophie Chapelle

Photo : Des citoyens européens sont soumis à un test de dépistage du glyphosate lors d’une action organisée par le mouvement citoyen mondial Avaaz, devant le bâtiment de la Commission européenne, à la veille d’un vote clé en novembre 2017 sur l’avenir de l’herbicide probablement cancérigène.  CC0 1.0 Michael Chia, Avaaz.

SUIVI 

Mise à jour le 16 novembre 2023 : Faute de majorité qualifiée des Etats membres, la décision est revenue à la Commission, qui a annoncé qu’elle autoriserait le glyphosate pour les dix prochaines années.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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