La consommation de certains émulsifiants, des additifs couramment utilisés dans l’industrie agroalimentaire,

Santé : des additifs alimentaires associés à un risque accru de cancer

Dans une étude réalisée sur plus de 90 000 participants, des chercheurs français démontrent que la consommation de certains émulsifiants, des additifs couramment utilisés dans l’industrie agroalimentaire, est associée à un risque plus élevé de cancer. 

Par Publié aujourd’hui à 20h00 https://www.lemonde.fr/sante/article/2024/02/13/sante-des-additifs-alimentaires-associes-a-un-risque-accru-de-cancer_6216375_1651302.html

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Une madeleine moelleuse comme si elle avait été préparée le jour même, un yaourt qui se conserve des semaines sans que son goût soit altéré, une glace qui ne fond pas trop vite même en plein été. Tout cela est rendu possible grâce à l’ajout d’émulsifiants lors du processus de fabrication industrielle : ces additifs permettent de rendre ces aliments ultratransformés plus appétissants et de stabiliser dans le temps leur goût et leur texture.

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Sauf que la consommation de certains émulsifiants est associée à un risque plus élevé de développer un cancer. C’est la conclusion d’une étude française publiée mardi 13 février dans la revue mensuelle PLOS Medicine, et menée sur plus de 90 000 personnes faisant partie de la cohorte NutriNet-Santé, dont la santé et les habitudes de vie et de consommation ont été analysées sur près de sept années.

Ce suivi réalisé sur une si large cohorte a permis d’isoler un à un les additifs consommés et en quelles quantités, en se fondant sur les produits achetés par les participants. D’autres facteurs de risque, tels que l’alcool ou le tabac, ont également pu être pris en compte pour compenser d’éventuels biais.

Desserts, viennoiseries ou crèmes glacées

Parmi la soixantaine d’émulsifiants étudiés, plusieurs ont été identifiés comme

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problématiques. Par exemple, les chercheurs ont découvert qu’un apport plus élevé en E471 – des mono- et diglycérides d’acides gras – augmente le risque de cancers de 15 %, et plus particulièrement celui du sein (24 %) et de la prostate (46 %). Certains additifs ou groupes d’additifs (E407 et E407a, E450, E440 et E500) ont été associés à un risque accru de cancer du sein – en particulier chez les femmes préménopausées pour les trois derniers. D’autres associations ont également été observées, mais elles n’étaient pas suffisamment robustes pour passer l’ensemble des tests statistiques réalisés par les scientifiques.

On retrouve ces émulsifiants dans de nombreux produits industriels – plus de huit participants sur dix consommaient par exemple des produits contenant de l’E471 de façon quotidienne. On peut notamment en retrouver dans des desserts, des viennoiseries ou des crèmes glacées, mais aussi dans « des aliments qui ne sont pas forcément estampillés “malbouffe” », souligne la nutritionniste et directrice de recherche à l’Inserm Mathilde Touvier, qui a mené cette étude avec son équipe. On peut citer par exemple « des biscottes aux céréales ou de la margarine enrichie en oméga 3, qui sont plutôt consommées par des personnes qui veulent prendre soin de leur santé cardio-vasculaire », illustre-t-elle.

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Si d’autres études avaient déjà mis en évidence un lien entre le risque de cancer et les aliments ultratransformés, celle-ci est la première au monde à se concentrer sur les effets des émulsifiants en particulier, et ce sur un large pan de la population. Elle vient s’ajouter à d’autres travaux de la même équipe de recherche, publiés en septembre 2023 dans le British Medical Journal, qui révélaient un lien entre la consommation d’additifs et, cette fois, l’augmentation du risque de maladies cardio-vasculaires.

Prendre « des mesures de précaution »

D’autres publications encore, réalisées chez l’animal seulement, montrent également les effets néfastes de plusieurs émulsifiants sur la santé. « Cette étude vient confirmer une hypothèse globale qui a été lancée il y a dix ans et qui commence à être de plus en plus confirmée », résume Jean-Claude Moubarac, professeur au département de nutrition de l’Université de Montréal, qui n’a pas participé à ces travaux. « La méthodologie est assez solide, donc je pense qu’il faut prendre ça au sérieux », ajoute-t-il.

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Les risques que présente l’utilisation d’émulsifiants dans l’alimentation sont régulièrement réévalués par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Mais les publications accumulées au fil des années, réalisées chez l’animal et maintenant chez l’humain, sont-elles suffisantes pour appeler à un durcissement des réglementations concernant ces substances ? « On aimerait que d’autres études épidémiologiques confirment ces résultats, de manière à avoir un niveau de preuves consolidé », soutient Mathilde Touvier. Mais, « si on attend d’avoir fini de tout explorer et de comprendre exactement comment fonctionne le moindre additif, dans vingt ans, on y sera encore. Entre-temps, certaines mesures de précaution pourraient être prises », suggère la chercheuse.

Un avis partagé par Jean-Claude Moubarac. « On met des colorants, des saveurs [dans ces aliments industriels], on joue sur la formulation pour arriver à un produit très attirant, et on néglige peut-être des effets sur la santé qu’on ne connaît pas. Ce sont des expériences en temps réel que l’on fait sur les populations », lâche-t-il. Selon le chercheur, « il nous faudrait revenir à des ingrédients plus nobles, plus complets, avec lesquels on cuisine depuis très longtemps ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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